Paule, 74 ans, sourit en ajustant son foulard, tandis que Jean, 75 ans, vérifie encore une fois les billets imprimés à la maison. Leur destination du jour : un village thermal où ils passeront quatre jours, en demi-saison, loin de la foule. Ils n’ont pas l’air riches, ni particulièrement « chanceux ». Juste organisés, sereins, un peu malins aussi.
À les écouter, on se dit que tout le monde pourrait faire pareil. Avec 2 400 euros de retraite à deux, ils partent pourtant en vacances quatre fois par an. Pas de loterie gagnée, pas d’héritage caché. Juste une méthode patiemment construite, presque artisanale, qui tient plus de la débrouille que du miracle financier. Une méthode qui commence par une idée très simple.
Deux retraités ordinaires, quatre départs par an
Quand on les voit rentrer de voyage avec leurs sacs souples, on pourrait croire à de grands aventuriers. En réalité, Paule et Jean sont des retraités « comme les autres », anciens employés de bureau, revenus modestes, petits-enfants à garder de temps en temps. Leur budget mensuel tourne autour de 2 400 euros à deux, loyer payé, quelques charges fixes, les courses au supermarché du coin. Rien qui fasse rêver un conseiller bancaire. *Et pourtant, ils partent en vacances à chaque saison.*
Leur arme secrète ne tient pas à un placement magique ou à une prime cachée, mais à une façon très particulière de penser les vacances. « On ne cherche jamais un endroit, on cherche un prix », résume Jean. À partir de là, ils laissent les promotions guider leurs destinations. Un week-end à la mer en mars, une semaine à la montagne en septembre, quelques jours chez des amis en mai, un séjour thermal en novembre. Chaque séjour leur coûte entre 150 et 400 euros pour deux. Oui, vraiment.
La première fois qu’ils ont tenté cette méthode, c’était presque par accident. Une offre de dernière minute sur un site de voyages, 5 nuits dans une résidence en bord de mer pour moins de 200 euros. Ils y sont allés en train avec une carte de réduction senior, ont cuisiné presque tous leurs repas sur place et évité les restaurants trop chers. Résultat : un séjour complet pour le prix d’un plein d’essence et d’un grand caddie de courses. À leur retour, Paule a sorti un cahier pour noter toutes les astuces qu’ils avaient utilisées.
Petit à petit, ce cahier est devenu leur « carnet de départs ». Dates à éviter, périodes les moins chères, sites de réservation à surveiller, cartes de fidélité utiles, bons plans de bouche à oreille. Ils ont compris un truc simple : les vacances ne sont pas faites pour montrer qu’on a de l’argent, mais pour se fabriquer des souvenirs. Ensuite, tout s’est enchaîné. En organisant mieux, en acceptant de partir hors saison, en simplifiant leur manière de voyager, ils ont découvert qu’avec une retraite modeste, on peut voyager plus souvent que beaucoup d’actifs pressés.
Leur méthode, pas à pas, presque sans dépenser
La première pierre de leur système, c’est le calendrier. Chaque début d’année, Paule imprime un calendrier vierge et surligne les périodes dites « mortes » : hors vacances scolaires, en milieu de semaine, loin des ponts et des jours fériés. C’est là que se cachent les prix les plus bas et les offres qui passent inaperçues. Ils se laissent ensuite deux ou trois fenêtres possibles par saison, sans destination fixée, juste un budget maximum à ne pas dépasser.
En parallèle, ils ont ouvert un petit « compte vacances » sur lequel ils versent 100 euros par mois dès le début du mois, avant tout le reste. C’est leur règle d’or. « Si on attend de voir ce qui reste, il ne reste jamais rien », glisse Paule avec un sourire. Ce compte sert à tout ce qui touche aux séjours : transport, logement, petites sorties. Ils ne mettent jamais plus, même si l’envie est là. Ce cadre les oblige à chercher des solutions astucieuses plutôt qu’à dépenser sans compter.
Une fois le calendrier posé, ils passent à la chasse aux bons plans. Leur outil principal reste des alertes de prix sur quelques sites de voyages et de trains. Ils fixent un montant maximum, et dès que le tarif descend en dessous, ils réservent sans trop réfléchir à la destination. C’est comme ça qu’ils se sont retrouvés en cure thermale dans une petite ville dont ils n’avaient jamais entendu parler. Résultat : des rencontres, des promenades, un marché local et l’impression d’être « ailleurs » sans avoir traversé le continent.
Pour le logement, ils alternent entre résidences de tourisme en hors saison, échanges de maisons via des plateformes dédiées et invitations chez des proches. Souvent, ils préfèrent un studio avec kitchenette à un hôtel classique. « On cuisine simple, on fait des salades, des plats de pâtes, on se garde un seul vrai restaurant pendant le séjour », raconte Jean. Soyons honnêtes : personne ne cuisine gastronomique tous les jours en vacances. L’essentiel, c’est de ne pas exploser le budget en menus du midi imposés.
Le plus surprenant, c’est que leur méthode n’est pas basée sur la privation, mais sur le choix. Ils ont accepté une vérité qui pique parfois : on ne peut pas tout avoir. Alors ils renoncent aux destinations à la mode, aux restaurants branchés, aux hôtels avec piscine à débordement. En échange, ils gagnent en fréquence de départs, en liberté de dates, en tranquillité sur place. Pour eux, quatre petits voyages répartis dans l’année valent mieux qu’un seul séjour « parfait » qu’on attend pendant douze mois.
Ce qu’ils font différemment… et que vous pouvez copier
Si on regarde dans le détail, leur « astuce » tient surtout à une série de petits réflexes. Le premier : ils préparent toujours un panier de départ. Avant chaque voyage, Paule fait une liste de courses simples à prix bas pour les premiers jours : café, pâtes, biscuits, fromage, fruits, yaourts. Ils arrivent sur place avec un sac isotherme et quelques produits de base. *Les deux premiers jours, ils ne dépensent presque rien en restauration.* Cela suffit à absorber un dîner au restaurant ou un café en terrasse sans culpabilité.
Autre réflexe : ils réduisent leurs frais de transport sans tomber dans l’obsession. Carte senior pour le train, réservation très en avance ou au contraire à la dernière minute si une promo apparaît, covoiturage de temps en temps. Ils ont même pris l’habitude de choisir des destinations accessibles en train direct, pour éviter les coûts cachés de correspondance ou de taxi. Résultat : moins de stress, moins de frais, plus de temps pour flâner à la sortie de la gare. Une forme de simplicité volontaire, loin des itinéraires compliqués qu’on voit sur les blogs.
Sur place, ils ont une manière bien à eux de gérer le rythme. Une journée « visite », une journée « lente », sans programme obligatoire. La journée lente, c’est souvent balade, lecture, parfois sieste, un marché local, un banc au soleil. Paule le dit avec un réalisme désarmant : « À notre âge, faire dix choses dans la même journée, ce n’est plus du plaisir, c’est du sport de combat ». Ce rythme calme limite aussi les dépenses impulsives. Moins de trajets inutiles, moins de « tiens, on prend un taxi », moins de tentations.
La grande erreur que beaucoup commettent, selon eux, c’est d’essayer de tout caser. Tout voir, tout faire, tout visiter. Le fameux « on ne sait pas si on reviendra ». Résultat : des budgets explosés, de la fatigue, et parfois le sentiment de ne pas avoir vraiment profité. Paule et Jean ont pris le contrepied. Ils se fixent un nombre réduit d’activités payantes et le restent sur ce cadre. S’ils découvrent une activité imprévue, ils en enlèvent une autre. Une forme d’équation émotionnelle très simple : une dépense en remplace une autre, elle ne s’ajoute pas.
Ils ont aussi appris à ne pas se comparer. Ni aux voisins qui partent en croisière, ni aux influenceurs qui affichent des couchers de soleil à l’autre bout du monde. « Nous, on veut juste des moments à deux, pas des cartes postales Instagram », lâche Jean en haussant les épaules. Cette phrase résume presque toute leur philosophie. Elle libère de cette pression silencieuse qui pousse à dépenser plus pour « faire comme les autres ». Et elle ouvre un espace pour inventer ses propres vacances, à son échelle.
Un jour, alors qu’ils rentraient d’un séjour à la montagne, leur petite-fille leur a lancé : « Vous êtes plus souvent en vacances que mes parents ! ». Ils ont éclaté de rire. La vérité, c’est qu’ils n’ont rien de super-héros de la gestion budgétaire. Ils ont leurs craquages, leurs envies soudaines, leurs petites erreurs de calcul. Simplement, ils acceptent de corriger le tir au voyage suivant, sans culpabilité excessive. Comme Jean le résume dans une phrase qui pourrait servir de mantra :
« On ne cherche pas à dépenser le moins possible, on cherche à dépenser *juste assez* pour que le souvenir reste plus fort que la facture. »
Pour ceux qui ont envie d’essayer, leur façon de faire peut se résumer en quelques repères très concrets :
Fixer un budget vacances mensuel, même modeste, et le mettre de côté en premier.
Privilégier les périodes calmes du calendrier, loin des vacances scolaires.
Choisir des logements avec cuisine pour limiter restaurants et frais cachés.
Accepter de laisser les promos guider une partie des destinations.
Alterner journées actives et journées lentes pour éviter la fatigue… et les dépenses.
Et si le vrai luxe, c’était de partir plus souvent, mais plus simplement ?
Ce qui frappe quand on passe du temps avec Paule et Jean, ce n’est pas le nombre de séjours cochés sur leur calendrier. C’est la façon dont ils parlent de chaque voyage. Une odeur de pins dans un petit village de Provence, un café partagé avec des inconnus dans un train presque vide, un lever de soleil sur une plage normande balayée par le vent. Quelques minutes de conversation suffisent pour comprendre que ces souvenirs-là ne se mesurent pas en étoiles d’hôtel.
Nous connaissons tous ce moment où, en préparant les valises, on se demande si on ne fait pas une folie. Eux ont apprivoisé cette petite angoisse, en la transformant en choix clair. Ils savent combien ils peuvent dépenser, ce qu’ils sont prêts à sacrifier à la maison – quelques abonnements superflus, des achats impulsifs – pour gagner ces jours de respiration ailleurs. Ce n’est pas un conte de fées, juste une hiérarchie différente des priorités.
*Peut-être que la vraie question n’est pas « Comment se payent-ils quatre voyages par an ? », mais « À quoi renoncent-ils pour les rendre possibles ? ».* Et, en miroir, « À quoi renonçons-nous, nous, sans même nous en rendre compte ? » À ces petits voyages improvisés pour un abonnement qu’on n’utilise jamais, à un week-end au vert pour des achats qu’on oubliera dans trois mois. Chacun peut y voir un miroir plus ou moins confortable. C’est souvent là que commence le vrai changement.
Point essentiel
Détail
Valeur ajoutée pour le lecteur
Calendrier malin
Choisir les périodes creuses et rester flexible sur les dates
Accéder à des tarifs bien plus bas sans réduire la qualité du séjour
Budget dédié
Mettre de côté une somme fixe chaque mois sur un « compte vacances »
Rendre les départs prévisibles, sans stress ni dettes de dernière minute
Vacances simples
Logements avec cuisine, rythme lent, peu d’activités payantes
Multiplier les départs sans sacrifier le plaisir ni les souvenirs
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment deux retraités avec 2 400 euros par mois peuvent-ils partir en vacances quatre fois par an ?
En versant 100 euros par mois sur un compte vacances, en guettant les offres de dernière minute via des alertes de prix, et en choisissant les périodes creuses (hors vacances scolaires, milieu de semaine). Chaque séjour leur coûte entre 150 et 400 euros pour deux, logement compris.
Quels sont les logements qu'ils préfèrent pour économiser ?
Ils alternent entre résidences de tourisme en hors saison, échanges de maisons via des plateformes dédiées, et invitations chez des proches. Ils choisissent des studios avec kitchenette plutôt que des hôtels classiques, ce qui leur permet de cuisiner et de maîtriser les repas.
Comment gèrent-ils les repas pendant les vacances ?
Ils préparent un panier de courses avant chaque départ avec des produits simples bon marché (pâtes, fromage, yaourts, fruits) pour les premiers jours. Sur place, ils cuisinent simple, font des salades et des plats de pâtes, en se gardant un seul vrai restaurant pour le séjour.
Quel est le secret principal de leur méthode ?
Ils ne cherchent jamais une destination puis un prix, mais un prix puis une destination. Ils acceptent également de renoncer aux destinations à la mode et aux hôtels prestigieux en échange d'une fréquence accrue de voyages et d'une plus grande liberté sur les dates.
Comment organisent-ils leur calendrier de vacances ?
Paule imprime chaque début d'année un calendrier vierge et surligne les périodes « mortes » sans vacances scolaires ni jours fériés. Ils se laissent deux ou trois fenêtres possibles par saison sans destination fixée à l'avance, guidés par les promotions qui arrivent.