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Se retenir de péter n’est pas anodin : voici ce que les spécialistes disent des liens entre gaz, fibres et activité physique

Se retenir de péter n'est pas anodin : voici ce que les spécialistes disent des liens entre gaz, fibres et activité physique

En Australie, une nutritionniste tire la sonnette d’alarme : bloquer ses gaz trop souvent pourrait dérégler le transit et favoriser les douleurs.

Dans une tribune publiée par le média australien The Sydney Morning Herald, la nutritionniste et docteure en sciences Joanna McMillan détaille ce qui se passe réellement dans nos intestins quand on se retient de péter. Elle insiste sur le rôle central des fibres et de l’activité physique dans la production… et l’évacuation des gaz.

Se retenir trop souvent, un « problème de bureau » sous-estimé

Joanna McMillan raconte le cas rapporté par une gastro-entérologue avec laquelle elle travaillait sur une émission télé sur la santé digestive. Son patient, couvreur, passait ses journées à l’extérieur. Aucun souci digestif, jusqu’au moment où il s’installe avec sa fiancée.

À la maison, ambiance romantique oblige, il commence à retenir systématiquement ses gaz. C’est à ce moment-là qu’apparaissent ballonnements, inconfort et troubles digestifs. La spécialiste confie alors à Joanna McMillan que bon nombre de ses patients ont un point commun : ils « retiennent trop leurs pets ».

Pour cette gastro-entérologue, chez beaucoup de patients, la racine du problème intestinal vient tout simplement d’une accumulation de gaz qu’on ne laisse jamais sortir.

Dans le contexte moderne, ce comportement est courant : journées entières en open space, réunions, transports bondés, travail sédentaire devant écran… Autant de situations où la pression sociale pousse à se retenir, parfois pendant des heures.

Pourquoi notre mode de vie moderne favorise les gaz coincés

Joanna McMillan rappelle qu’un changement historique a bouleversé notre façon de vivre : nous passons presque tout notre temps à l’intérieur. Elle cite une étude canadienne montrant que les habitants y passent près de 90 % de leur temps, plus 5 % dans des véhicules. Une rupture totale avec la vie très active et essentiellement extérieure de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

Pour illustrer ce contraste, elle mentionne une étude menée chez les enfants BaYaka, un peuple chasseur-cueilleur de la République du Congo : plus de trois heures d’activité modérée à intense par jour, plus trois heures d’activité légère. Rien à voir avec les enfants des pays développés, souvent assis en classe, en voiture ou devant un écran.

Un intestin aime qu’on bouge : l’activité physique stimule le transit, alors que la sédentarité le ralentit et favorise les gaz piégés.

Quand l’intestin tourne au ralenti, la fermentation s’emballe

Selon Joanna McMillan, l’activité physique stimule la « péristaltisme » : ces contractions en vagues qui font avancer aliments et gaz dans l’intestin. Quand on reste assis longtemps, ce mouvement se ralentit.

  • Les aliments stagnent plus longtemps.
  • Les bactéries du côlon disposent de plus de temps pour fermenter les résidus non digérés.
  • Résultat : davantage de gaz produits.

À cela s’ajoute souvent la constipation. Si le transit est lent, l’eau est davantage réabsorbée par le côlon, les selles durcissent et deviennent difficiles à évacuer. On se retrouve avec « double peine » : plus de gaz et un bouchon de selles qui bloque littéralement la sortie.

Mouvements, posture : des détails qui changent tout

Le simple fait de marcher après un repas peut soulager rapidement une sensation de ventre gonflé. Ce n’est pas un hasard, explique la docteure : le mouvement aide mécaniquement à faire avancer les gaz et facilite leur évacuation.

À l’inverse, rester longtemps assis, surtout avachi, comprime l’abdomen et ralentit encore le trajet des gaz. Long trajets en voiture, vols long-courriers, visios interminables : autant de situations propices au « ventre ballon » en fin de journée.

Posture voûtée et immobilité prolongée compriment l’abdomen : les gaz stagnent, le ventre gonfle, la gêne augmente.

Gaz, fibres et mouvement : un trio inséparable

Sans fibres, pas de bon transit… mais avec fibres, forcément du gaz

Au cœur de la mécanique digestive, Joanna McMillan place les fibres alimentaires. Elles ont plusieurs rôles : elles favorisent le transit, nourrissent les bactéries bénéfiques du microbiote et aident à aller à la selle régulièrement.

Elles se trouvent en grande quantité dans :

  • les légumineuses (haricots secs, lentilles, pois chiches) ;
  • les légumes dits « crucifères » (brocoli, chou-fleur, choux de Bruxelles) ;
  • les oignons et l’ail ;
  • les fruits comme la pomme ;
  • les céréales complètes ;
  • les fruits secs.

Ces aliments sont réputés « faire péter ». Pour la nutritionniste, c’est logique : ils sont riches en fibres fermentescibles, excellentes pour le microbiote… et donc génératrices de gaz.

Un peu de gaz après un repas riche en fibres n’est pas un signe de maladie, mais le marqueur d’une flore intestinale active.

Elle précise qu’une augmentation rapide des fibres dans l’alimentation accentue souvent les flatulences au début. Mais les bactéries s’adaptent et, après quelques semaines, la quantité de gaz a tendance à diminuer, le système se rééquilibrant.

Hydratation et mouvement, les alliés des fibres

Les fibres ont besoin d’eau et de mouvement pour agir correctement. Sans ces deux éléments, l’effet « balai » peut se transformer en effet « brique » : selles dures, inconfort, gaz coincés.

Élément Rôle dans le transit Effet sur les gaz
Fibres Augmentent le volume des selles, nourrissent le microbiote Génèrent du gaz via la fermentation
Hydratation Ramollit les selles, facilite l’évacuation Limite les blocages qui retiennent les gaz
Activité physique Active la motricité intestinale Aide à faire avancer et sortir les gaz

Faut-il viser zéro pet ? Ce que disent les chiffres

Dans son texte, la docteure cite un ordre de grandeur souvent méconnu : une personne en bonne santé émet en moyenne entre 13 et 21 pets par jour. Personne n’y échappe, ni les chefs sérieux, ni les professeurs de yoga.

D’où viennent ces gaz ?

  • Essentiellement de la fermentation des fibres par les bactéries du côlon ;
  • et, dans une moindre mesure, de l’air avalé en mangeant vite, mâchant du chewing-gum ou buvant des boissons gazeuses, parfois évacué en rot.

La composition d’un pet est elle aussi connue : azote, hydrogène, dioxyde de carbone, parfois méthane, et une petite part de composés soufrés à l’origine de l’odeur.

Le « zéro gaz » n’est ni réaliste ni souhaitable. Un certain niveau de flatulences témoigne d’un microbiote qui fonctionne.

Des astuces concrètes pour libérer les gaz… discrètement

Joanna McMillan conseille de s’inspirer de sa propre grand-mère, qui allait aux toilettes uniquement pour… péter. L’idée : ne pas laisser les gaz s’accumuler, mais trouver un endroit discret pour les évacuer.

Elle met aussi en avant quelques techniques simples :

  • une marche de quelques minutes, surtout après le repas ;
  • une position de squat léger, qui ouvre l’angle rectal et facilite la sortie ;
  • un automassage doux du ventre dans le sens des aiguilles d’une montre ;
  • certaines postures de yoga favorisant l’évacuation.

La posture de yoga « libération des vents »

La chronique reprend notamment la posture de yoga dite « wind-relieving pose », décrite comme un geste simple pour masser les intestins et aider l’évacuation du gaz. La version expliquée :

  • S’allonger sur le dos, jambes tendues, bras le long du corps.
  • Ramener un genou vers la poitrine et l’entourer avec les mains.
  • Approcher le haut du corps du genou si possible, sans forcer.
  • Respirer profondément pendant 20 à 30 secondes.
  • Changer de côté, puis terminer en ramenant les deux genoux sur la poitrine et en se balançant doucement de droite à gauche.
  • Cette posture masse en douceur les intestins, stimule le transit et peut parfois provoquer, sur le moment, l’évacuation de gaz coincés.

    La nutritionniste recommande de la pratiquer sur un tapis, en respirant lentement, et plutôt à distance des repas : 30 à 60 minutes après avoir mangé si l’on se sent ballonné.

    Et en France ? Une problématique très présente… mais peu avouée

    Si la chronique de The Sydney Morning Herald se concentre sur l’exemple australien, les mécanismes décrits valent aussi pour la France. Le mode de vie sédentaire progresse : généralisation du travail de bureau, télétravail, déplacements quotidiens en voiture ou en transports.

    Les autorités de santé françaises recommandent elles aussi :

    • une consommation suffisante de fibres via fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes ;
    • une activité physique régulière, au moins d’intensité modérée ;
    • une limitation du temps passé assis, en se levant fréquemment.

    Les troubles fonctionnels intestinaux, comme les ballonnements et la constipation, comptent parmi les motifs fréquents de consultation chez les médecins généralistes et les gastro-entérologues. Retenir systématiquement ses gaz n’est pas présenté comme une cause unique, mais les spécialistes français insistent, eux aussi, sur le rôle du mode de vie : alimentation pauvre en fibres, hydratation insuffisante, manque d’activité.

    Ce qu’un lecteur peut retenir pour son quotidien

    Le message de fond de Joanna McMillan reste simple : avoir des gaz, surtout si l’on mange des fibres, est un fonctionnement normal de l’intestin. Le problème naît lorsqu’on les accumule par peur du regard des autres, dans un contexte de vie très sédentaire.

    Un intestin en bonne santé produit du gaz ; un mode de vie adapté aide simplement à le gérer sans douleur ni gêne excessive.

    Pour un Français, cela peut se traduire par quelques ajustements très concrets : marcher après le déjeuner au lieu de retourner immédiatement à son bureau, se lever régulièrement durant la journée, ne pas supprimer systématiquement les aliments riches en fibres au premier pet de travers, mais augmenter les quantités progressivement.

    Et, quand la gêne devient réelle ou que les douleurs s’installent, les médecins recommandent de consulter pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un trouble digestif plus sérieux, plutôt que de continuer à serrer les fesses en silence.

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