Aux États-Unis, un couple marié depuis près de 70 ans alerte sur un comportement précis qui, selon lui, détruit silencieusement les relations.
Rosalyn et Irwin Engelman, un couple new-yorkais uni depuis 1956, ont partagé avec le média économique américain CNBC Make It ce qu’ils considèrent comme le signe le plus inquiétant dans un couple. Forts de sept décennies de vie commune, ils décrivent un mécanisme insidieux qui finit par user même les histoires les plus solides.
Un couple soudé depuis l’adolescence
Rosalyn et Irwin Engelman se rencontrent en 1953, lors d’un blind date, alors qu’ils sont encore très jeunes. Elle a 15 ans, lui 19. Elle raconte avoir été immédiatement marquée par ce garçon élégant, en costume bleu marine, attaché-case à la main.
Ils se marient trois ans plus tard, en novembre 1956. Chacun suit ensuite sa propre voie professionnelle : Rosalyn se consacre à l’art, Irwin au monde des affaires. Le couple élève deux filles et déménage à plusieurs reprises sur la côte Est des États-Unis, avant de s’installer aujourd’hui dans une résidence pour seniors à New York.
Au fil des années, ils se forgent des rituels quotidiens qui, à leurs yeux, cimentent la relation. Rosalyn confie qu’ils se disent « je t’aime » et s’embrassent matin et soir, au réveil comme au moment de se coucher. Chaque petite attention compte, insiste-t-elle, car « chaque geste de gentillesse et d’amour renforce la relation ».
Leur priorité : comprendre l’autre plutôt que lui reprocher
Dans son témoignage à CNBC Make It, Rosalyn insiste sur un point : chercher autant que possible à comprendre le point de vue de l’autre. Elle donne un exemple très concret de leur vie de couple : elle n’a jamais reproché à son mari de travailler dur, de passer du temps au bureau, et lui ne s’est jamais plaint qu’elle soit « couverte de peinture » après des heures passées à créer.
Cette tolérance réciproque repose sur une idée simple : accepter que l’autre ait une passion, un métier, un rythme de vie, sans le lui retourner en reproche permanent. Pour le couple, la longévité conjugale se joue aussi dans ces renoncements aux critiques faciles.
Chercher à comprendre l’autre, plutôt que guetter ce qu’on pourrait lui reprocher, constitue l’un des fils rouges de leurs soixante-dix ans de vie commune.
Le signal d’alerte numéro un : la critique qui vise à blesser
À l’inverse, les Engelman ont vu autour d’eux des relations se dégrader. Pour eux, le signe le plus révélateur qu’un couple est en danger tient à une forme bien précise de critique : celle qui ne sert pas à aider, mais à « dévaster et rabaisser » l’autre.
Rosalyn décrit ce type de remarques : des commentaires formulés non pour améliorer une situation, mais pour humilier. Elle cite des exemples du quotidien :
critiquer l’apparence ou le goût d’un plat alors que la personne a passé des heures à le préparer ;
dévaloriser la décoration d’une table en plein accueil des invités ;
se moquer d’une tenue vestimentaire en suggérant, d’un ton cassant, qu’« une autre chemise irait mieux avec ce pantalon ».
Dans ces scènes banales, ce n’est pas tant le sujet de la remarque qui pose problème, mais l’intention derrière : blesser, ridiculiser, reprendre le dessus. Rosalyn parle de « commentaires douloureux faits simplement pour faire mal ».
Pour elle, toute critique formulée dans l’unique but d’humilier constitue une alerte majeure : « C’est douloureux, et la plupart des gens ne veulent pas vivre cela dans une relation qui dure. »
Quand la critique n’est plus « constructive »
Les Engelman insistent sur la différence entre une critique utile, qui aide à régler un problème, et une critique destructrice, qui attaque la personne. La première se concentre sur un fait précis, une situation, avec l’objectif de l’améliorer. La seconde vise l’estime de soi de l’autre, parfois en public, souvent à répétition.
Ce basculement peut s’installer progressivement dans un couple. Une petite remarque moqueuse sur un repas, une pique sur une tenue, puis sur la façon de parler, de se comporter avec les amis ou la famille. À la longue, la personne visée finit par se sentir en permanence jugée.
Une psychologue confirme : derrière « je suis juste honnête », un vrai mépris
La psychologue Sabrina Romanoff, interrogée par CNBC Make It, tire la même sonnette d’alarme. Elle met en garde contre ces critiques blessantes que certains justifient en disant qu’ils sont « simplement honnêtes ».
Pour la spécialiste, se retrancher derrière cette formule montre que la personne ne prend pas réellement en compte les besoins ou les limites de son partenaire. Elle ne cherche pas à ajuster son comportement, ni à ménager l’autre. Elle considère implicitement que ses propres ressentis priment sur tout.
Sabrina Romanoff estime que la méchanceté déguisée en « franchise » indique souvent qu’une personne ne respecte pas assez son partenaire pour modérer ses propos.
La psychologue rappelle que la vie quotidienne est déjà suffisamment rude à l’extérieur. Elle insiste sur la nécessité de trouver auprès de son conjoint un appui fiable, pas une nouvelle source d’hostilité : « La gentillesse figure parmi les traits les plus importants que l’on puisse attendre de son partenaire, car le monde reste cruel et l’on a besoin, à ses côtés, de quelqu’un en qui l’on peut vraiment avoir confiance », explique-t-elle.
La gentillesse comme ciment du couple
Rosalyn et Irwin, comme Sabrina Romanoff, se rejoignent sur la même idée centrale : la gentillesse joue un rôle décisif dans la solidité d’un couple. Cela ne signifie pas ne jamais être en désaccord, ni éviter les sujets difficiles. Il s’agit plutôt de la manière de les aborder.
Une remarque formulée sans mépris, en prenant en compte la sensibilité de l’autre, n’a rien à voir avec une phrase lâchée pour dominer ou rabaisser. Pour un lecteur français, cette distinction renvoie à ce que de nombreux thérapeutes de couple appellent la « communication non violente », qui cherche à exprimer un besoin sans attaquer la personne.
Dans la pratique, les comportements protecteurs d’une relation durable peuvent ressembler à ceci :
exprimer un besoin (« j’aimerais que… ») plutôt qu’une accusation (« tu ne fais jamais… ») ;
critiquer un acte précis (« ce soir, je me suis senti blessé par… ») plutôt que la personne (« tu es toujours… ») ;
éviter les humiliations en public, même pour une « blague » ;
reconnaître ses torts et s’excuser quand un mot a dépassé la pensée.
Ce que cela signifie pour les couples en France
Les mécanismes relationnels décrits par ce couple américain et la psychologue se retrouvent largement en France. Les professionnels français de la thérapie conjugale soulignent eux aussi le rôle toxique de la critique répétée et humiliante.
Dans l’Hexagone, les couples qui n’arrivent plus à communiquer sans se blesser peuvent se tourner vers différents interlocuteurs : médecins généralistes, psychologues libéraux, conseillers conjugaux, mais aussi structures associatives spécialisées dans l’accompagnement des couples. Ces professionnels mettent souvent l’accent sur la gestion des conflits et la reconstruction du respect mutuel.
Sans chiffrage précis, de nombreux praticiens observent un même schéma : les couples consultent rarement pour une « grosse » dispute isolée, mais plutôt après une accumulation de remarques dévalorisantes, de tensions et de ressentiments jamais vraiment réglés. La critique destructrice agit alors comme un fil rouge qui fragilise tout le reste.
Comportement observé
Effet fréquent dans le couple
Critiques humiliantes répétées
Baisse de l’estime de soi, retrait émotionnel
Justification par « je dis la vérité »
Minimisation de la souffrance de l’autre, sentiment de mépris
Absence de excuses
Accumulation de rancœurs, refroidissement du lien
Gestes de gentillesse réguliers
Sentiment de sécurité, confiance renforcée
Comment repérer ce « signal rouge » au quotidien
Pour un lecteur français, le témoignage des Engelman et l’analyse de Sabrina Romanoff peuvent servir de grille de lecture très concrète. Quelques questions simples aident à identifier si la critique a franchi une limite :
La remarque vise-t-elle un comportement précis ou la personne dans son ensemble ?
Est-elle formulée avec l’intention d’aider ou avec celle de « marquer un point » dans la dispute ?
Est-ce que l’autre en sort humilié, rabaissé, ridiculisé, notamment devant des tiers ?
Celui qui critique se remet-il en question après coup, ou balaie-t-il tout en disant qu’il est « juste franc » ?
Si plusieurs réponses penchent du côté de l’humiliation ou du mépris, le signal d’alerte décrit par le couple new-yorkais est probablement présent. Dans ces cas, les spécialistes conseillent souvent de chercher un espace de parole sécurisé, à deux ou avec un tiers formé, pour éviter que ces dynamiques ne s’installent durablement.
Quand la bienveillance devient une stratégie de long terme
Au-delà de l’aspect affectif, la vision de Rosalyn et Irwin Engelman illustre une stratégie de long terme : considérer la gentillesse comme un investissement dans la relation. Dire « je t’aime » chaque jour, multiplier les petites attentions, éviter les attaques personnelles, revient à renforcer régulièrement un capital de confiance.
À l’inverse, chaque pique humiliante, chaque remarque « pour faire mal » entame ce capital. Pour un lecteur français, cette approche peut inspirer une question simple : quel type de climat relationnel souhaite-t-on installer pour les années qui viennent ? Le couple américain, uni depuis 1956, répond par son propre exemple : tolérance pour les imperfections, fermeté face à la méchanceté gratuite, et une place centrale accordée à la gentillesse, y compris dans les désaccords.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quelle est la différence entre une critique constructive et une critique destructrice ?
Une critique constructive se concentre sur un fait précis ou une situation, avec l'objectif de l'améliorer. Une critique destructrice vise l'estime de soi de l'autre en cherchant à blesser, humilier ou rabaisser, souvent en public ou par répétition.
Pourquoi Rosalyn et Irwin Engelman attribuent-ils leur mariage à 70 ans de succès ?
Ils citent des rituels quotidiens comme se dire « je t'aime » matin et soir, accepter les passions de l'autre sans reproches, et privilégier la compréhension mutuelle plutôt que la critique. Pour eux, chaque geste de gentillesse et d'amour renforce la relation.
Qu'est-ce que cela signifie de justifier une critique par la franchise ou l'honnêteté ?
Selon la psychologue Sabrina Romanoff, se retrancher derrière cette formule montre que la personne ne prend pas en compte les besoins de son partenaire et considère que ses propres ressentis priment. C'est souvent une méchanceté déguisée qui révèle un manque de respect.
Comment appliquer la communication non violente dans un couple ?
Il faut exprimer un besoin plutôt qu'une accusation, critiquer un acte précis plutôt que la personne, éviter les humiliations en public, et reconnaître ses torts quand une parole a dépassé la pensée.
Pourquoi la gentillesse est-elle essentielle dans un couple ?
Le monde extérieur étant déjà rude et hostile, le partenaire doit être une source d'appui fiable et de confiance. La gentillesse permet de naviguer les désaccords et difficultés sans ajouter de l'hostilité à la relation.