Aux États-Unis, des chercheurs alertent sur une habitude anodine en apparence : s’asseoir avec son smartphone aux toilettes, qui augmenterait nettement un risque bien gênant.
Une étude américaine publiée dans la revue scientifique PLOS One, relayée par la chaîne d’information CNN, met en cause une pratique désormais courante : faire défiler son téléphone aux toilettes. Loin d’être un simple réflexe de détente, ce rituel serait associé à davantage d’hémorroïdes, un trouble déjà très fréquent, y compris en France.
Une étude américaine pointe les dangers de la « pause smartphone » aux toilettes
Pour cette recherche, une équipe du Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston, aux États-Unis, a interrogé 125 adultes venus pour une coloscopie de dépistage. Tous ont répondu à un questionnaire détaillé sur leurs habitudes aux toilettes : temps passé, utilisation ou non du téléphone, fréquence des efforts de poussée, consommation de fibres, activité physique.
Les hémorroïdes n’ont pas été déclarées par les patients eux-mêmes, mais recherchées au moyen d’un examen endoscopique, ce qui renforce la fiabilité des résultats. L’objectif : vérifier si le temps supplémentaire passé assis sur la cuvette à cause du smartphone se traduisait par davantage de pathologies hémorroïdaires.
Selon CNN, 66 % des participants ont indiqué utiliser régulièrement leur téléphone sur les toilettes. Ces personnes restaient assises bien plus longtemps que celles qui laissaient leur appareil à l’extérieur de la salle de bains. Parmi les utilisateurs, environ 54 % lisaient l’actualité et 44 % se rendaient sur les réseaux sociaux.
Les chercheurs ont observé qu’emporter son téléphone aux toilettes était associé à un risque d’hémorroïdes supérieur de 46 %.
Autre donnée marquante : 37 % des adeptes du smartphone restaient plus de cinq minutes assis, contre seulement 7 % chez ceux qui n’utilisaient pas leur téléphone aux toilettes.
« On perd la notion du temps » sur les réseaux sociaux
Pour la gastro-entérologue Trisha Pasricha, autrice principale de l’étude et directrice du Gut-Brain Research Institute à Boston, ces résultats confirment une intuition largement partagée. Elle explique à CNN : « Ce nouveau travail apporte une preuve concrète de ce que beaucoup soupçonnaient : on perd la notion du temps dans les toilettes quand on a son téléphone. »
Elle met en cause le fonctionnement même des applications que l’on consulte, souvent sans y réfléchir. « Le modèle économique de ces réseaux sociaux consiste à nous distraire, nous faire perdre la notion du temps et nous rendre dépendants à l’algorithme », décrit-elle. Selon elle, on commence seulement à mesurer l’impact des smartphones « sur beaucoup d’autres aspects de notre vie ».
La spécialiste avance une hypothèse : plus que les efforts de poussée, ce serait ce temps « passif » passé assis, le regard plongé dans l’écran, qui favorise la dilatation des veines hémorroïdaires et l’apparition des symptômes (douleur, démangeaisons, saignements).
Pourquoi la position sur les toilettes aggrave les hémorroïdes
Les hémorroïdes correspondent à des amas de veines situés dans le rectum ou autour de l’anus, qui peuvent se dilater sous l’effet de pressions répétées. Dans l’article de CNN, les médecins rappellent que rester assis longtemps favorise ce phénomène, mais que la position sur la cuvette des toilettes est particulièrement défavorable.
Assis sur une lunette de toilettes, le bassin est plus bas que sur une chaise, le plancher pelvien n’est pas soutenu et le sang a tendance à stagner dans la région rectale.
« Quand vous êtes assis sur une cuvette ouverte, vous n’avez aucun soutien du plancher pelvien », souligne Trisha Pasricha. Avec le temps, la pression exercée par le bord de la cuvette sur la zone anale accentue l’engorgement des veines.
Autre élément en cause : la posture adoptée avec le téléphone. La chirurgienne colorectale Hima Ghanta, qui exerce dans le New Jersey et n’a pas participé à l’étude, explique que les gens ont tendance à se voûter en regardant leur écran. Or, pour une évacuation fluide, le rectum et l’anus doivent former un angle favorable avec le côlon, ce qui se rapproche davantage d’une position accroupie que d’une assise avachie.
« Les personnes qui, autrefois, devaient s’accroupir avaient moins de problèmes, indique-t-elle. Avec les toilettes modernes, nous avons modifié l’angle d’évacuation et, en plus, nous restons assis plus longtemps : ces éléments aggravent les facteurs de risque d’hémorroïdes. »
Le temps, plus que la constipation, au cœur du problème
Contrairement à une idée reçue, cette étude ne retrouve pas de différence nette de constipation entre les utilisateurs de smartphone et les autres, rapporte CNN. Les personnes qui emportaient leur téléphone n’étaient pas davantage sujettes à des efforts de poussée importants.
Pour la gastro-entérologue Trisha Pasricha, le facteur le plus déterminant reste la durée passée assis, pas l’intensité de la poussée.
Elle précise : son hypothèse est qu’un usage passif du téléphone, absorbant mais inutile sur le plan de l’évacuation, laisse le temps aux « coussinets hémorroïdaires » de se gorger de sang et de faire saillie, favorisant ainsi la survenue des hémorroïdes.
L’étude porte sur des adultes de 45 ans et plus, venus en coloscopie de dépistage. Cette tranche d’âge offrait un avantage méthodologique : une partie d’entre eux n’utilisait pas du tout son smartphone aux toilettes, ce qui constituait un vrai groupe de comparaison. Trisha Pasricha estime toutefois que les résultats sont transposables aux plus jeunes, encore plus accros à leur téléphone.
La gastro-entérologue Sandhya Shukla, qui exerce dans un autre centre du New Jersey, confirme à CNN qu’elle voit désormais des patients plus jeunes avec des problèmes d’hémorroïdes. Elle cite parmi les causes possibles l’insuffisance de fibres dans l’alimentation, le surpoids, mais aussi « le défilement sans réfléchir sur les toilettes », qu’elle considère comme un facteur majeur.
Combien de temps rester aux toilettes ? Les médecins donnent des repères
Face à ce constat, les spécialistes interrogés recommandent la solution la plus simple : laisser son téléphone en dehors de la salle de bains. Si cela paraît irréaliste, ils suggèrent de se fixer une limite stricte de temps.
Les gastro-entérologues conseillaient jusqu’ici de ne pas rester plus de dix minutes assis sur la cuvette.
Pour de nombreux experts, l’idéal se situerait plutôt entre trois et cinq minutes.
Certains évoquent même un repère d’environ trois minutes par passage, en rappelant que chaque personne a son propre rythme.
Sandhya Shukla indique qu’« un consensus d’experts » se situe autour de trois minutes par selle, tout en insistant sur le fait que chaque organisme fonctionne différemment. L’idée n’est pas de chronométrer le moindre passage, mais d’éviter de transformer les toilettes en salon annexe.
Pour ceux qui ont tendance à se laisser happer par les vidéos et les fils d’actualité, Trisha Pasricha évoque deux astuces rapportées par CNN : programmer un minuteur sur son téléphone ou se fixer un repère concret, comme deux vidéos sur une application très consultée. Si, à ce moment-là, rien ne se passe sur le plan digestif, mieux vaut se lever et retenter sa chance plus tard, plutôt que d’attendre, assis, que « la magie opère ».
Qu’en est-il pour les Français ?
Les mécanismes mis en avant par ces médecins américains concernent tous les pays, France comprise. La position assise sur la cuvette et l’usage du smartphone n’ont rien de spécifique aux États-Unis, et les hémorroïdes constituent un motif très courant de consultation chez le généraliste ou le gastro-entérologue en France.
Pour un lecteur français, le message reste donc valable : limiter le temps passé assis sur les toilettes, qu’il s’agisse de la salle de bains de la maison, du bureau ou d’un lieu public. En cas de douleurs, de démangeaisons, de saignements ou de gêne persistante, la marche à suivre consiste à prendre rendez-vous avec son médecin traitant, qui pourra si besoin orienter vers un spécialiste en gastro-entérologie ou en chirurgie colorectale.
Le système de soins français n’affiche pas de recommandation chiffrée officielle sur le temps idéal à passer aux toilettes, mais les conseils pratiques rejoignent ceux formulés par les experts américains : ne pas transformer ce moment en session prolongée de navigation sur le téléphone, adopter si possible une posture facilitant l’évacuation (pieds bien posés, buste légèrement penché en avant, genoux un peu relevés, par exemple grâce à un petit marchepied).
Quelques repères pour mieux comprendre les hémorroïdes
Le terme « hémorroïdes » désigne à l’origine des structures normales : des coussinets vasculaires qui contribuent à la continence. On parle de maladie hémorroïdaire lorsque ces veines se dilatent, deviennent douloureuses ou saignent. Plusieurs facteurs peuvent s’additionner : sédentarité, efforts répétés, constipation, grossesse, alimentation pauvre en fibres… À cette liste, les médecins interrogés par CNN ajoutent le temps prolongé passé sur les toilettes avec un smartphone.
Facteur de risque évoqué
Mécanisme principal
Temps prolongé sur la cuvette
Stase sanguine dans les veines rectales et anales
Mauvaise posture, dos voûté
Angle défavorable entre côlon, rectum et anus
Faible apport en fibres
Transit ralenti, selles plus dures, efforts de poussée
Surpoids et sédentarité
Pression accrue dans l’abdomen, mauvaise circulation
Associée à une hygiène de vie adaptée (activité physique régulière, hydratation suffisante, alimentation riche en fibres par les fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes), la limitation du temps passé sur la cuvette représente une mesure simple pour soulager ou prévenir ces troubles.
Les médecins cités par CNN insistent sur un point : dans bien des domaines, les messages de santé recommandent de prendre son temps. Pour la chirurgienne Hima Ghanta, ce principe trouve ici une exception. Certaines expériences méritent qu’on s’attarde. Pour les toilettes, dit-elle en substance, c’est tout l’inverse.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.