Au Brésil, l’État de São Paulo teste des radars dopés à l’IA capables de repérer le téléphone au volant, mais la mairie freine leur usage en ville.
À São Paulo, au Brésil, des caméras de surveillance routière dotées d’intelligence artificielle contrôlent déjà le port de la ceinture et l’usage du téléphone sur certaines autoroutes. Mais la municipalité ne veut pas, pour l’instant, s’en servir pour sanctionner les automobilistes en zone urbaine, rapporte le site Autoesporte, média brésilien spécialisé dans l’automobile.
Pourquoi São Paulo refuse ces radars à IA dans les rues de la ville
Les nouvelles caméras intelligentes, capables d’identifier un conducteur au téléphone ou sans ceinture, fonctionnent déjà sur plusieurs tronçons de routes à proximité de la capitale paulista. Pourtant, la Préfecture de São Paulo n’a pas l’intention de les déployer pour verbaliser dans les quartiers de la ville.
Cette position a été clarifiée par Gilmar Miranda, secrétaire exécutif municipal de la Mobilité et du Trafic de São Paulo, lors du « Summit Futuro da Mobilidade 2026 », un événement consacré aux transports, organisé par Autoesporte et Valor Econômico.
Pour le responsable municipal, la surveillance par IA se montre bien plus efficace sur de longues sections de route que sur des segments urbains courts et très chargés.
Gilmar Miranda pointe la configuration même d’une mégalopole comme São Paulo, dense et congestionnée, peu adaptée à ce type d’équipement pour une verbalisation systématique :
Selon lui, sur des tronçons très localisés, la performance de ces caméras diminue. Le volume de véhicules, la proximité entre les voitures, les manœuvres fréquentes compliquent l’identification claire des infractions. Le responsable estime donc que, « dans un premier moment », ce n’est « pas recommandé » pour les périmètres urbains.
Des priorités différentes en zone urbaine
Avant d’envisager un déploiement de ces radars à IA en ville, la Préfecture veut d’abord mieux analyser les sinistres (accidents et incidents) dans chaque secteur de São Paulo. L’idée est de comprendre les principaux facteurs de risque et d’adapter la réponse : aménagements, présence humaine, contrôle ciblé.
À ce stade, la répression des infractions en milieu urbain reste donc entre les mains des agents de la Companhia de Engenharia de Tráfego (CET), équivalent local d’une direction de la circulation, et de la Police militaire de l’État, qui assure aussi des missions de sécurité routière.
Autrement dit, la municipalité privilégie encore la présence sur le terrain plutôt que des dispositifs automatiques pilotés par IA pour les rues de la capitale.
Comment fonctionnent les radars à intelligence artificielle sur les autoroutes
Sur les routes de l’État de São Paulo, ces caméras nouvelle génération sont déjà pleinement opérationnelles. Elles surveillent notamment :
le tronçon urbain de la Rodovia Raposo Tavares, à l’entrée de São Paulo, concédé au groupe Ecovias ;
les sections Sud et Est du Rodoanel Mário Covas, vaste périphérique autoroutier géré par SPMar.
Leur rôle : détecter automatiquement deux comportements dangereux très répandus :
l’absence de ceinture de sécurité côté conducteur comme côté passager ;
l’usage du téléphone au volant, sous plusieurs formes (manipulation, maintien en main, conversation).
Techniquement, la caméra filme le flux de circulation. L’algorithme d’IA analyse les images et identifie les situations suspectes : un conducteur qui tient un téléphone, une silhouette sans ceinture apparente…
Les images signalées par l’IA ne suffisent pas à déclencher une amende : un agent de la Police militaire routière doit valider chaque infraction.
Les séquences repérées sont transmises à une centrale de la Police militaire routière, où un opérateur humain vérifie chaque cas. Ce n’est qu’après cette validation qu’une contravention peut être émise. Le dispositif ne relève donc pas d’une automatisation totale, mais d’un tri préalable par IA destiné à aider les forces de l’ordre.
Des milliers de contraventions en un mois
Les premiers chiffres communiqués par la concessionnaire Ecovias donnent une idée de l’efficacité du système. Entre le 3 août et le 3 septembre, sur un tronçon surveillé, les caméras à IA ont permis de relever :
Type d’infraction
Nombre de cas
Part du total
Absence de ceinture de sécurité
1 386
59,84 %
Usage du téléphone ou des écouteurs
930
40,16 %
Total
2 316
100 %
Sur les 1 386 infractions liées au non-port de la ceinture, 779 concernaient le conducteur et 607 les passagers. Dans tous les cas, la législation brésilienne considère qu’il s’agit d’une infraction grave, passible d’une amende de 195,23 reais et de cinq points retirés sur la Carte nationale d’habilitation (CNH, équivalent du permis de conduire).
Les 930 autres contraventions se rapportent à l’usage du téléphone portable ou d’écouteurs :
579 pour manipulation de l’appareil ;
256 pour le fait de simplement tenir le téléphone en main ;
94 pour l’utilisation active du téléphone.
Dans ces situations, la loi brésilienne parle d’infraction « gravissime », avec une amende de 293,47 reais et sept points sur le permis.
Ecovias annonce enfin que le périmètre de surveillance va s’étendre. De nouveaux radars à IA doivent être installés sur la Rodovia Castelo Branco, dans sa partie urbaine menant à la capitale paulista. Aucune date précise n’est avancée pour l’entrée en service.
Les constructeurs mis à contribution contre le téléphone au volant
Pendant le sommet consacré au futur de la mobilité, Gilmar Miranda a aussi pointé le rôle des technologies embarquées dans les voitures modernes. Selon lui, les véhicules récents disposent déjà de solutions pour limiter l’usage direct du smartphone au volant.
Il évoque notamment la central multimédia, cet écran intégré à la planche de bord qui permet de :
connecter le téléphone au véhicule via un système de jumelage (Bluetooth ou interface dédiée) ;
gérer les appels et la musique depuis l’interface de la voiture ;
afficher des applications de navigation compatibles, ce qui évite de garder le téléphone en main.
Pour le secrétaire exécutif, ces outils atténuent au moins une partie du problème posé par le smartphone au volant en offrant une utilisation plus encadrée, même si le risque de distraction demeure.
Qu’en est-il des radars à IA en France ?
La question intéresse aussi les conducteurs français, confrontés aux mêmes enjeux de sécurité routière. En France, l’usage du téléphone au volant et le non-port de la ceinture constituent déjà des infractions fortement sanctionnées, contrôlées par :
les forces de l’ordre (police, gendarmerie) ;
des radars classiques, principalement pour la vitesse et les franchissements de feux.
Des expérimentations de dispositifs automatisés capables de repérer le téléphone ou l’absence de ceinture ont été menées et restent suivies de près par les autorités. Comme au Brésil, ces systèmes reposent sur l’analyse d’images, souvent avec des briques d’intelligence artificielle.
La mise en place à grande échelle soulève toutefois plusieurs enjeux :
protection des données et respect de la vie privée : traitement des images, durée de conservation, accès aux données ;
fiabilité de la détection : limitation des erreurs, contrôle humain, contestation éventuelle des amendes ;
coût et priorité d’investissement : choix entre renforcement des contrôles existants, actions de prévention ou nouveaux radars intelligents.
En France comme à São Paulo, les pouvoirs publics avancent donc avec prudence sur ces technologies, en arbitrant entre efficacité, acceptabilité sociale et garanties juridiques.
Ce que changent concrètement ces radars à IA pour les conducteurs
Ces systèmes de contrôle assistés par intelligence artificielle transforment la surveillance routière à plusieurs niveaux. Pour un conducteur brésilien circulant sur les autoroutes paulistes, cela signifie :
un risque de contrôle beaucoup plus constant, même en dehors des opérations visibles de police ;
une probabilité accrue d’être sanctionné pour des comportements jugés « banals » comme un téléphone tenu quelques secondes ;
une incitation à modifier durablement ses habitudes (boucler la ceinture, poser le téléphone, utiliser les fonctions mains libres).
Pour les autorités, ces radars à IA constituent un outil de ciblage : ils mettent en évidence les pratiques les plus fréquentes et les zones problématiques. Les données recueillies, une fois anonymisées, peuvent ensuite servir à orienter les campagnes de prévention ou les aménagements.
Le terme « intelligence artificielle » désigne ici des programmes capables de reconnaître, dans une image, certains objets ou postures : un téléphone, une ceinture non bouclée, une main levée. Ils sont entraînés sur des milliers de photos, puis ajustés pour limiter les faux positifs. Cette technologie ne remplace pas entièrement l’agent humain, mais elle filtre et hiérarchise les images à vérifier.
Pour un automobiliste français, l’expérience brésilienne montre à quoi pourrait ressembler une répression beaucoup plus systématique de l’usage du téléphone. Connaître ces évolutions permet d’anticiper l’arrivée possible de dispositifs similaires sur certaines routes, et d’adopter dès maintenant des pratiques plus sûres : téléphone rangé, ceinture bouclée, fonctions mains libres configurées avant de démarrer.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.