« Le système électrique était très archaïque » : ce couple a acheté un Renault Trafic de 1985 aménagé en van et a dû presque tout démonter avant de prendre la route
Au Portugal, un couple a mis la main sur un vieux Renault Trafic déjà aménagé. Très vite, le premier voyage a révélé ses limites.
Rita Barros et Rodrigo Machado, qui animent ensemble le projet de nutrition et d’entraînement personnel Oito, ont raconté au site automobile espagnol Motorpasión comment ils ont transformé un Renault Trafic de 1985 en véritable maison roulante, au prix d’un démontage quasi complet et d’allers-retours permanents entre rêves et contraintes techniques.
Un Trafic de 1985 pour vivre et travailler sur la route
À l’été 2025, le couple portugais cherchait une façon de voyager cohérente avec son mode de vie : bouger souvent, travailler à distance et garder un lien fort avec son projet Oito. En juillet, ils trouvent leur bonheur : un Renault Trafic de 1985 déjà transformé en van habitable.
Le véhicule n’est pas neuf, mais il a un avantage décisif à leurs yeux : la base est déjà « camperisée ». Il y a une douche, une couchette et un petit meuble. Pour Rita et Rodrigo, cela signifie moins de travail de départ, moins de dépenses et surtout moins de démarches pour faire homologuer une transformation complète depuis zéro, une étape souvent complexe au Portugal, comme en France pour les fourgons aménagés.
Ils décident aussi de lui donner une identité propre. Le van sera « Jacinto Pinto ». Un nom né d’un détail de la plaque d’immatriculation – « JA » – associé au nom de famille de l’ancien propriétaire. Un clin d’œil qui scelle le début d’une nouvelle vie pour ce Trafic des années 1980.
« Le système électrique était très archaïque » : un premier voyage révélateur
Dès l’achat, les concessions commencent. Si le fourgon est déjà aménagé, son intérieur ne colle pas vraiment à leur façon de vivre. Rita et Rodrigo démontent presque tout pour repartir sur une base plus saine : la douche d’origine disparaît, les parois et le plancher sont retravaillés, l’agencement est revu pour utiliser chaque centimètre.
Ils installent ensuite de nouvelles tables pour pouvoir travailler facilement sur ordinateur, où qu’ils se trouvent, et une couchette plus large et plus confortable.
Le premier grand road trip, en Espagne et dans l’Alentejo portugais, a servi de crash-test grandeur nature pour ce Renault Trafic de 1985.
Un mois après l’achat, en août 2025, le couple prend la route vers le sud de l’Espagne, avant de revenir au Portugal par la région de l’Alentejo. C’est là que les faiblesses du Trafic se dévoilent.
Rita et Rodrigo découvrent un point noir majeur : « Le système électrique était très archaïque et donnait beaucoup de travail », raconte Rodrigo à Motorpasión. Les batteries ne suivent pas, la gestion de l’énergie est compliquée, et tout devient vite contraignant au quotidien.
Autre regret : la suppression de la douche. Sur le papier, gagner de l’espace semblait logique. Sur plusieurs jours de voyage, l’absence de point d’eau intérieur se fait cruellement sentir. Le couple se heurte à une règle bien connue des vanlifers : dans un petit volume, chaque choix est un compromis. Gagner en rangement ou en surface de couchage implique de renoncer à quelque chose d’autre.
Une refonte électrique et un intérieur repensé pour gagner en autonomie
De retour au pays, le verdict est clair : il faut s’attaquer à l’électricité et au rangement. La priorité devient l’autonomie, indispensable pour travailler et cuisiner dans le van sans dépendre des campings ou des branchements extérieurs.
Le couple refait donc entièrement l’installation électrique. L’objectif : alimenter en continu un réfrigérateur et disposer de suffisamment d’énergie pour maintenir leurs ordinateurs portables allumés pendant leurs sessions de travail.
Après la refonte électrique, le frigo tourne en permanence et les ordinateurs restent alimentés : la vie à bord change radicalement.
Lors d’un deuxième voyage, cette fois entre la région de Beira Baixa et la Serra da Estrela, toujours au Portugal, la différence saute aux yeux. Le frigo fonctionne en continu, la batterie suit le rythme et permet au couple de travailler sans compter chaque minute d’écran. « Ce sont des changements que nous n’avions pas faits l’année dernière, mais qui étaient nécessaires cette fois », résument-ils.
Parallèlement, ils construisent un nouveau meuble depuis zéro pour intégrer le réfrigérateur et optimiser les rangements. L’expérience du premier voyage a montré que l’espace disponible restait trop limité pour leurs affaires personnelles et leur matériel de travail.
Un meuble sur mesure pour intégrer le frigo
Plus de rangements fermés pour le matériel de sport et de cuisine
Une surface de couchage mieux dégagée et plus accessible
« Nous avons construit tout le meuble depuis zéro pour laisser davantage de place au lit et au stockage », expliquent Rita et Rodrigo. L’idée est de ne plus sacrifier le confort nocturne au profit des caisses et sacs posés au sol.
Un mini studio de tournage dédié à la cuisine et à la nutrition
Le projet ne se limite pas à un simple fourgon de vacances. Avec Oito, Rita et Rodrigo vivent déjà autour de la nutrition et de l’entraînement personnel. La Trafic doit donc aussi devenir un outil de travail à part entière.
Ils imaginent la suite comme un petit studio roulant. La nouvelle implantation intérieure doit leur permettre de filmer des recettes et des contenus pédagogiques depuis la cuisine du van. Rita l’explique clairement : « L’une des priorités est d’avoir de la place pour éventuellement commencer à faire des vidéos de cuisine dans la camionnette ».
Le Renault Trafic n’est pas seulement une maison roulante : il devient un décor de tournage pour des vidéos de cuisine liées au projet Oito.
Cette double fonction – logement et espace de production de contenus – impose des arbitrages précis : plan de travail dégagé, bonne lumière naturelle, prises électriques accessibles, mais aussi lieux pour ranger discrètement ustensiles et matériel vidéo.
Des voyages tests avant de viser les grands itinéraires européens
Malgré leurs envies de grands espaces, Rita et Rodrigo préfèrent rester prudents. Leur stratégie actuelle : multiplier les circuits au Portugal pour continuer à éprouver Jacinto Pinto avant de viser des trajets plus ambitieux.
Les courts voyages servent de banc d’essai. Ils permettent de repérer les détails qui coincent, les rangements mal pensés, les éléments sous-dimensionnés. Sur un véhicule ancien comme ce Trafic de 1985, cette approche limite les mauvaises surprises loin de chez eux.
Leur prochain grand objectif, racontent-ils à Motorpasión, se situe pourtant déjà bien plus au nord : « Nous voulions aller jusqu’aux Picos de Europa, au moins ». Cette chaîne de montagnes, située au nord de l’Espagne, représente un test sérieux pour ce van vintage : relief, longues distances, météo changeante.
Avant d’y parvenir, le couple continue à appliquer la même méthode : partir, observer ce qui fonctionne vraiment, puis revenir bricoler, renforcer, réagencer.
Acheter un van déjà aménagé : gain de temps ou fausse bonne idée ?
L’histoire de Jacinto Pinto illustre un dilemme courant chez les amateurs de van aménagé. Acheter un véhicule déjà transformé peut faire gagner du temps et limiter les démarches administratives liées à l’homologation. Pourtant, ces aménagements reflètent souvent les besoins, les goûts et les contraintes de l’ancien propriétaire.
Dans leur cas, Rita et Rodrigo ont effectivement évité les premières étapes lourdes – découpe, isolation initiale, premières installations – mais ils ont dû revoir en profondeur :
Le système électrique, trop ancien pour un usage intensif
L’agencement intérieur, inadapté à leur travail nomade
Le compromis entre douche, rangements et espace de couchage
Une camionnette prête pour « dormir de temps en temps » ne correspond pas toujours à une vie quasi permanente à bord, encore moins quand le véhicule sert aussi d’outil professionnel.
Van aménagé : ce que cela représente pour un Français
Pour un lecteur en France, la démarche de Rita et Rodrigo rappelle ce que vivent de nombreux propriétaires de fourgons et camping-cars. Acheter un véhicule déjà aménagé simplifie l’homologation – assurée en France par des organismes comme l’UTAC ou la DREAL pour les transformations lourdes – mais ne règle pas la question de l’usage réel.
Les besoins changent selon que l’on part en week-end, en vacances familiales ou en télétravail longue durée sur la route. Un van acheté « clé en main » nécessite fréquemment :
une adaptation de l’installation électrique pour supporter frigo, ordinateurs et parfois chauffage stationnaire ;
un reconditionnement des rangements pour intégrer matériel de travail, affaires de sport ou équipements de loisir ;
un arbitrage entre douche intégrée, toilettes, espace de stockage et confort du lit.
En France comme au Portugal, les propriétaires passent souvent par une phase de tests sur quelques jours, puis de modifications successives. Cette approche limite les dépenses inutiles et permet d’éviter d’investir immédiatement dans des équipements qui ne serviront pas.
Pourquoi l’électricité devient vite le nerf de la guerre dans un van
Le problème décrit par Rita et Rodrigo touche la plupart des voyageurs en van ancien : l’électricité. Un « système archaïque » signifie généralement une batterie auxiliaire de faible capacité, peu ou pas de gestion de charge et, parfois, des montages vieillissants.
Pour des usages modernes – réfrigérateur en fonctionnement permanent, charge d’ordinateurs, téléphones, éclairage LED, parfois plaques de cuisson électriques – la demande énergétique explose. Sans refonte, les coupures d’alimentation deviennent fréquentes, et le confort s’effondre rapidement.
Un réaménagement sérieux passe souvent par :
Élément
Rôle dans le van
Batterie auxiliaire
Alimenter frigo, éclairage, prises sans vider la batterie moteur
Chargeur ou coupleur-séparateur
Recharger la batterie auxiliaire en roulant
Panneaux solaires
Maintenir l’autonomie à l’arrêt, notamment plusieurs jours au même endroit
Convertisseur 12V/230V
Permettre l’usage d’appareils en 230 V, comme certains ordinateurs ou mixeurs
Une installation correctement dimensionnée évite de devoir « gérer » chaque prise de courant comme un luxe rare. Pour un couple qui travaille et cuisine dans son van, comme Rita et Rodrigo, ce confort énergétique change la vie quotidienne.
La trajectoire de leur Renault Trafic montre aussi un point souvent sous-estimé : un van réussi ne naît pas d’un seul chantier, mais d’allers-retours entre la route et l’atelier, entre les envies et les contraintes techniques. Chaque voyage apporte son lot de petits ajustements, jusqu’à obtenir un véhicule vraiment adapté à la façon de voyager de ses occupants.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.