Les clones de Vespa dans le viseur : l’Union européenne protège désormais la forme de la Primavera comme une marque dans ses 27 pays, après l’Italie et le Royaume-Uni
Symbole du scooter urbain, la Vespa Primavera bénéficie désormais d’une protection renforcée en Europe, un tournant pour les copies circulant dans l’Union européenne.
Le groupe italien Piaggio, propriétaire de Vespa, a obtenu auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) une protection très large de la forme de la Vespa Primavera, rapporte le site spécialisé britannique Visordown. Cette décision consolide un arsenal juridique déjà en place en Italie et au Royaume-Uni, et vise directement les clones et imitations qui profitent de l’aura de ce scooter iconique.
Une protection « 3D » de la Vespa Primavera dans toute l’Union européenne
L’EUIPO a reconnu la Vespa Primavera comme une marque tridimensionnelle, c’est-à-dire que c’est sa forme elle-même qui devient une marque protégée dans les 27 pays de l’Union européenne. Cette protection ne porte pas sur le nom, ni sur le logo Vespa, mais bien sur le dessin et les volumes du scooter.
La silhouette de la Primavera, avec ses lignes caractéristiques, est désormais protégée comme une marque dans l’ensemble de l’Union européenne, ce qui renforce la lutte contre les copies visuelles.
Concrètement, cette reconnaissance signifie que tout scooter ou modèle réduit reprenant trop fidèlement la forme de la Primavera pourrait être attaqué par Piaggio pour atteinte à sa marque. L’enregistrement validé par l’EUIPO couvre en effet :
la Vespa Primavera en tant que véhicule à deux roues ;
les modèles réduits et maquettes reprenant sa forme ;
les futures évolutions de la gamme, dès lors qu’elles conservent les traits distinctifs du modèle actuel.
Visordown explique que cette décision complète les protections déjà obtenues par Piaggio en Italie en février 2024 et au Royaume-Uni en novembre 2025. L’Union européenne devient ainsi le troisième bloc juridique majeur où la Primavera est juridiquement blindée contre les copies de forme.
Ce que change la décision de l’EUIPO pour Piaggio et Vespa
L’un des points clés apportés par l’EUIPO concerne l’évolution du design. Selon Piaggio, l’institution européenne a clarifié que les futurs développements stylistiques de la Primavera n’affaibliront pas la protection existante, tant que les caractéristiques essentielles restent reconnaissables.
L’EUIPO considère que les nouveaux modèles de la Primavera peuvent être vus comme une évolution des versions précédentes, à condition de conserver leurs traits distinctifs centraux.
C’est un enjeu stratégique pour Piaggio : le constructeur peut continuer à moderniser sa Vespa (éclairage, tableaux de bord, motorisations, options, déclinaisons électriques, etc.) tout en gardant un filet de sécurité juridique. La forme de base devient un socle intangible, autour duquel il peut innover sans risque de perdre la protection de marque tridimensionnelle.
L’EUIPO a également mis en avant la présence historique de Vespa sur le marché, non seulement en Europe mais dans le monde entier. Dans sa motivation, l’organisme souligne plus de 70 ans de présence continue de la marque dans le segment des deux-roues. Cette ancienneté, combinée à une silhouette très facilement identifiable par le grand public, a pesé lourd dans la balance.
Pour l’EUIPO, l’usage prolongé de Vespa a fait du scooter une véritable icône du secteur moto, immédiatement reconnue comme provenant d’une source commerciale précise, même après certaines évolutions de style.
Cette reconnaissance permet à Piaggio d’agir plus fermement contre les copies, qu’il s’agisse de scooters à bas prix qui singent la forme de la Primavera ou de modèles réduits qui en reprennent trop fidèlement les lignes sans autorisation.
Clones, copies et imitations : ce qui est désormais risqué en Europe
Avec ce statut de marque tridimensionnelle, les fabricants qui produisent des scooters très proches visuellement de la Vespa Primavera dans l’Union européenne s’exposent à des poursuites. Le risque concerne en particulier :
les scooters dont la silhouette générale, la courbure du carénage avant et la forme de la carrosserie rappellent fortement la Primavera ;
les marques qui jouent sur une confusion stylistique, même si le logo et le nom sont différents ;
les jouets et modèles réduits copiés sans licence officielle.
La protection ne s’étend pas aux éléments purement textuels, comme le lettrage Vespa ou la typographie, qui sont traités par d’autres types de marques. Ici, l’EUIPO vise spécifiquement l’aspect visuel en trois dimensions de l’engin.
Piaggio gagne ainsi un outil puissant pour défendre ce qu’il considère comme un patrimoine industriel et esthétique, déjà ciblé par de nombreux concurrents cherchant à surfer sur l’image « vintage chic » de la Vespa.
Une flexibilité encadrée pour les futurs modèles Primavera
Visordown indique que le niveau de protection accordé offre à Vespa une grande marge de manœuvre pour les futurs modèles Primavera. Le constructeur peut adapter certains éléments esthétiques, moderniser les lignes ou proposer de nouvelles variantes, sans devoir repartir de zéro sur le plan juridique.
Mais cette flexibilité a des limites. Des éléments structurels doivent rester intacts ou clairement reconnaissables, notamment les caractéristiques qui font la « signature » visuelle de la Primavera. C’est ce noyau esthétique que l’EUIPO entend préserver, tout en acceptant des « changements » qui n’en altèrent pas la nature profonde.
Pourquoi la Vespa bénéficie de cette protection particulière
Pour obtenir une marque tridimensionnelle en Europe, un objet doit présenter une forme qui, au-delà de son aspect fonctionnel, permet d’identifier son origine commerciale. Dans son argumentaire, l’EUIPO insiste sur le fait que la Vespa, en plus de sept décennies, a dépassé le simple statut de scooter utilitaire pour devenir un symbole.
Critère
Évaluation par l’EUIPO pour la Vespa Primavera
Présence sur le marché
Plus de 70 ans de présence mondiale dans le deux-roues
Reconnaissance par le public
Reconnaissance immédiate de l’origine commerciale par les consommateurs ciblés
Évolutions du design
Changements n’ayant pas modifié les caractéristiques essentielles ni le cœur distinctif
L’EUIPO note que, même si la Vespa a évolué depuis ses premières générations (matériaux, technologies, proportions), ses traits fondamentaux restent les mêmes et suffisent à la distinguer instantanément d’autres scooters.
Pour Piaggio, cette analyse vient conforter un positionnement déjà très assumé : la Vespa n’est pas seulement un véhicule, c’est une « icône » design, au même titre que certaines voitures ou produits industriels entrés dans l’imaginaire collectif.
Quelles implications pour un lecteur français et la situation en France ?
Pour un consommateur français, la décision de l’EUIPO signifie que les copies de Vespa Primavera visibles sur le marché européen pourront être plus facilement contestées. Les distributeurs qui proposeraient des scooters trop proches de la Primavera en termes de forme s’exposent à des actions de Piaggio.
En France, c’est l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) qui gère les marques, dessins et modèles au niveau national. Lorsqu’une marque est enregistrée au niveau de l’Union européenne comme c’est le cas ici pour la forme de la Primavera, cette protection s’applique automatiquement en France. Un vendeur ou un importateur français ne peut donc pas invoquer l’ignorance de cette protection.
Il existe en droit français des mécanismes proches, via :
la protection par marque tridimensionnelle, lorsque la forme elle-même sert de marque ;
la protection par dessin ou modèle, centrée sur l’apparence d’un produit ;
l’action en concurrence déloyale, utilisée quand un concurrent cherche à créer une confusion avec un produit connu.
Pour un amateur de deux-roues français, l’enjeu est moins juridique que pratique : à terme, le marché pourrait proposer moins de « copies cheap » de la Vespa, mais aussi davantage de modèles clairement différenciés sur le plan du style. Les marques concurrentes devront soigner leur identité visuelle pour éviter toute confusion avec la Primavera.
Un enjeu stratégique pour le groupe Piaggio
Vespa fait partie du portefeuille du groupe Piaggio, qui possède aussi les marques Aprilia, Moto Guzzi et Derbi. La Primavera, notamment dans sa version 125, reste l’un des piliers du catalogue Vespa sur le segment urbain. Protéger la forme de ce scooter revient donc à défendre une part importante de la valeur de la marque.
Pour un constructeur, ce type de protection sert à sécuriser :
l’investissement dans le design et l’ingénierie ;
la valeur symbolique et marketing du produit ;
la perception de qualité, parfois mise à mal par des copies bas de gamme.
À l’échelle européenne, la décision de l’EUIPO envoie aussi un signal : les institutions sont prêtes à reconnaître qu’un objet industriel peut devenir si emblématique que sa forme mérite une protection spécifique, dès lors qu’elle ne se réduit pas à un simple choix technique ou fonctionnel.
Design, propriété intellectuelle et deux-roues : des enjeux concrets
Pour les amateurs de scooters et motos, cette affaire illustre l’importance grandissante de la propriété intellectuelle dans le secteur. Un design réussi devient un actif aussi précieux que le moteur ou la technologie embarquée. C’est notamment le cas sur les marchés urbains, où l’image joue un rôle central dans l’acte d’achat.
Un acheteur français qui choisit une Vespa Primavera paie en partie pour cette identité visuelle forte et pour l’univers que la marque véhicule. En retour, Piaggio cherche à s’assurer qu’aucun concurrent ne vienne capitaliser gratuitement sur ces codes graphiques en lançant des scooters « sosies ».
À l’avenir, ce type de protection pourrait inspirer d’autres constructeurs de deux-roues ou d’automobiles à tenter d’enregistrer la forme de leurs modèles les plus emblématiques. Mais l’exemple Vespa montre que la barre est haute : il faut une longue présence sur le marché, une silhouette immédiatement reconnaissable et une notoriété forte auprès du public, au-delà d’un cercle d’initiés.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.