En Australie, un convoi routier électrique d’un genre nouveau vient d’entrer en service, bousculant les codes du transport lourd.
En partenariat avec le géant australien de la logistique Qube, la société Janus Electric met en circulation un impressionnant train routier électrique pour transporter du lithium en Australie-Occidentale, rapporte le média spécialisé australien Renew Economy. Ce camion converti, présenté comme le plus lourd camion électrique « routier » au monde, s’appuie sur un système d’échange de batteries pour rouler sans réservoir de carburant ni longs arrêts de recharge.
Un train routier électrique de 115 tonnes sur les routes australiennes
Basée dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud, Janus Electric a annoncé la mise en service du premier train routier électrique d’Australie-Occidentale. Le véhicule, un camion Volvo transformé, tracte deux remorques pour un poids total de 115 tonnes. Il circule entre une mine de lithium située près de Bunbury et le port de Bunbury, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Perth.
Sur ses comptes de réseaux sociaux, le directeur général de Janus Electric, Lex Forsyth, a présenté ce convoi comme « le camion électrique le plus lourd du monde à circuler sur route ». L’entreprise ne détaille pas pour l’instant les caractéristiques techniques précises du Volvo converti, mais elle mise sur un principe clé : la batterie ne se recharge pas à l’arrêt, elle se remplace.
Le camion Volvo converti par Janus Electric transporte 115 tonnes avec deux remorques et est décrit par l’entreprise comme « le camion électrique le plus lourd au monde circulant sur route ».
Ce train routier ne dépend donc ni d’un réservoir de diesel ni d’une recharge prolongée sur borne. L’énergie provient de packs de batteries amovibles, spécialement conçus pour être échangés en quelques minutes dans des stations adaptées.
Une technologie d’échange de batteries pour limiter les temps d’arrêt
Janus Electric a construit son modèle économique sur un système d’échange de batteries appliqué aux camions lourds, ce que les spécialistes appellent en Australie les « Class 8 Prime Movers », l’équivalent des tracteurs routiers de forte puissance en Europe.
Plutôt que d’installer de gigantesques batteries fixes à recharger pendant des heures, l’entreprise :
convertit des camions existants (ici un Volvo) en version 100 % électrique ;
intègre des modules de batteries interchangeables ;
met en place des dépôts ou stations pour retirer une batterie vide et en remettre une pleine ;
réduit ainsi le temps d’immobilisation à quelques minutes, proche d’un plein de carburant classique.
Ce système vise à rendre l’électrification crédible pour les trajets longue distance et les charges extrêmes, comme dans le secteur minier australien où les trains routiers, ces camions articulés à plusieurs remorques, constituent un outil de base pour relier les sites d’extraction aux ports.
En remplaçant la recharge par l’échange de batteries, Janus Electric cherche à offrir aux poids lourds électriques des temps d’arrêt proches de ceux d’un plein de diesel.
Un partenariat avec Qube pour transporter du lithium
Pour ce nouveau train routier électrique, Janus Electric a noué un partenariat avec Qube, présenté comme le plus grand prestataire logistique d’Australie. Le convoi transportera du lithium extrait d’une mine de la région de Bunbury jusqu’au port voisin, où le minerai sera pris en charge pour l’exportation ou la transformation.
Ce type de trajet, répétitif et très encadré, se prête particulièrement à une solution électrique avec échange de batteries : les points de départ et d’arrivée restent fixes, ce qui facilite l’installation d’infrastructures dédiées.
Qube dispose d’une flotte déjà conséquente de camions thermiques. L’intégration progressive de camions électriques lourds permet à l’entreprise de tester, en situation réelle, la faisabilité d’une décarbonation de ses opérations les plus intensives en carburant.
Une étape supplémentaire après un premier train routier électrique triple
Ce nouveau convoi s’inscrit dans la continuité d’une collaboration amorcée début 2023 entre Janus Electric, Qube et le groupe minier Oz Minerals, acteur australien du cuivre. Les trois partenaires avaient alors lancé un essai de 12 mois présenté comme le premier train routier électrique triple au monde.
Dans ce cadre, Janus Electric avait déjà électrifié un camion capable de tracter jusqu’à 165 tonnes, soit la charge potentielle d’un train routier à trois remorques. Le véhicule affichait une autonomie annoncée de 200 à 400 kilomètres avec une seule charge, en fonction de la charge utile, du profil de la route et des conditions d’exploitation.
Lors de la précédente expérimentation avec Oz Minerals, le camion Janus Electric pouvait tracter jusqu’à 165 tonnes sur 200 à 400 kilomètres avec une charge de batteries.
À l’époque, Lex Forsyth saluait déjà « une étape significative pour le secteur du transport ». Il soulignait que son équipe avait mis au point « un véhicule à la fois performant et capable de réduire les émissions de carbone ». Ce nouveau train routier de 115 tonnes en exploitation commerciale en Australie-Occidentale apparaît comme une nouvelle marche dans cette trajectoire.
Quels enjeux pour le transport lourd et le secteur minier ?
Pour les exploitants miniers australiens, le transport routier figure parmi les principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre. Un train routier diesel consommant d’énormes quantités de carburant, chaque trajet électrique permet de réduire l’empreinte carbone liée à l’acheminement du minerai, à condition que l’électricité utilisée pour recharger les batteries soit elle-même peu émettrice.
La technologie d’échange de batteries soulève aussi des questions :
organisation logistique des stations d’échange sur les grands axes ;
standardisation des formats de batteries entre constructeurs ;
coût de conversion des camions existants ;
gestion et recyclage des batteries à long terme.
Pour un lecteur français, ces trains routiers évoquent des véhicules plus imposants que les ensembles routiers autorisés en France, où la réglementation limite le poids total roulant sur la plupart des axes. En Australie, certains convois formés de deux à quatre remorques circulent sur des routes dédiées, en particulier pour relier mines et ports dans des zones peu peuplées.
Où en est le camion électrique lourd en France ?
En France, les trains routiers de type australien n’existent pas. Les poids lourds électriques se limitent plutôt à :
la distribution urbaine et périurbaine ;
certains trajets régionaux de fret ;
des projets pilotes sur des porteurs et des tracteurs routiers classiques.
Les constructeurs comme Volvo, Scania, Mercedes-Benz ou Renault Trucks proposent des gammes de camions électriques pour la distribution et, progressivement, pour la longue distance, avec des batteries de plus en plus grandes et une montée en puissance des bornes de recharge rapide. L’échange systématique de batteries, comme le conçoit Janus Electric, reste marginal en Europe pour les poids lourds.
En France, l’équivalent administratif de la logistique minière australienne se retrouve plutôt dans les flux autour des grands ports maritimes et des plateformes multimodales. L’électrification passe par des tests de camions à batterie, de camions fonctionnant à l’hydrogène ou de solutions hybrides, avec un rôle central pour les énergéticiens et les autorités locales dans la mise en place des infrastructures de recharge ou d’avitaillement.
Comprendre la notion de train routier et ses limites en Europe
Un train routier désigne un ensemble composé d’un tracteur et de plusieurs remorques alignées, formant un convoi de grande longueur et de poids très élevé. En Australie, ces ensembles peuvent dépasser les 50 mètres et transporter bien plus de 100 tonnes sur des routes prévues à cet effet.
En France et dans l’Union européenne, la réglementation encadre strictement le nombre de remorques, la longueur maximale et le poids total. Certains pays testent des ensembles dits « gigaliners » ou « méga-camions », mais dans des conditions beaucoup plus limitées qu’en Australie. Cette différence de cadre réglementaire explique pourquoi les innovations comme le train routier électrique de Janus Electric se développent d’abord sur le continent australien.
L’architecture routière et réglementaire australienne, pensée pour les trains routiers, facilite l’émergence de convois électriques très lourds, difficiles à reproduire en Europe.
Une piste d’inspiration pour la décarbonation du fret
Pour les acteurs français et européens du transport, l’expérience australienne apporte des enseignements concrets. Elle montre qu’un camion électrique peut atteindre des charges très élevées sur des trajets réguliers, à condition de repenser entièrement l’approvisionnement en énergie avec des batteries interchangeables, des dépôts dédiés et une planification fine des rotations.
Ce type de solution pourrait inspirer des projets pour des trajets fixes et répétitifs, par exemple entre une usine et un port ou entre un site industriel et un grand entrepôt, là où l’installation d’une station d’échange de batteries reste plus facile à rentabiliser. Le principal enjeu reste la coordination entre transporteurs, autorités publiques, énergéticiens et industriels pour bâtir un modèle viable à long terme.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment fonctionne le système d'échange de batteries du camion australien ?
Plutôt que de recharger une batterie immobilisée pendant des heures, le camion retire une batterie vide et en remplace une par une batterie pleine en quelques minutes dans des stations adaptées, similaire à un plein de carburant classique.
Quel est le poids et la capacité de charge du train routier électrique de Janus Electric ?
Le convoi pèse 115 tonnes au total avec un camion Volvo converti qui tracte deux remorques. Lors d'essais précédents, Janus Electric avait démontré un véhicule capable de tracter jusqu'à 165 tonnes avec trois remorques.
Quelle est l'autonomie du camion électrique ?
Lors du précédent essai avec Oz Minerals, le camion affichait une autonomie de 200 à 400 kilomètres avec une seule charge, en fonction de la charge utile, du profil de la route et des conditions d'exploitation.
Pourquoi ce type de technologie est-il particulièrement adapté au secteur minier australien ?
Les trajets sont répétitifs et très encadrés, entre des sites d'extraction et des ports, ce qui facilite l'installation d'infrastructures d'échange de batteries aux points de départ et d'arrivée fixes.
Existe-t-il des trains routiers électriques similaires en France ?
Non, en France les trains routiers de type australien n'existent pas. Les poids lourds électriques français se limitent à la distribution urbaine, périurbaine et certains trajets régionaux, avec des véhicules plus légers que les convois australiens.