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Boire 8 verres d’eau par jour : d’où vient vraiment cette règle et ce que disent les scientifiques

Aux États-Unis, la célèbre consigne des huit verres d’eau quotidiens repose sur une origine bien moins solide qu’on ne l’imagine.

Cette règle, souvent répétée comme une évidence, ne s’appuie pas sur une consigne médicale universelle. Le magazine d’actualité américain The Week retrace l’histoire de ce chiffre et rappelle que l’eau contenue dans les aliments comme dans d’autres boissons compte aussi dans l’hydratation quotidienne.

Une règle populaire sans fondement clinique précis

Huit verres d’eau par jour représentent environ deux litres. Pour beaucoup, cette quantité est devenue un objectif à atteindre, parfois au prix d’efforts répétés tout au long de la journée. Or les recherches citées par The Week ne permettent pas d’affirmer qu’une telle consommation d’eau pure améliore automatiquement la santé de tous les adultes.

La quantité d’eau nécessaire varie selon la personne, son alimentation, la température, son activité physique et son état de santé.

Le néphrologue Stanley Goldfarb, chercheur américain spécialisé dans les reins à l’université de Pennsylvanie, conteste l’idée selon laquelle huit verres d’eau apporteraient un bénéfice sanitaire démontré. Selon lui, cette règle relève d’un « mythe urbain » plutôt que d’une recommandation soutenue par des preuves solides.

La soif constitue déjà un signal physiologique utile chez la plupart des personnes en bonne santé. Une journée passée assis dans un bureau climatisé n’impose pas les mêmes besoins qu’un entraînement sportif, un travail physique dehors ou une exposition prolongée à une forte chaleur.

Une recommandation née dans les années 1940

L’origine de cette croyance remonte à 1945. Cette année-là, le Conseil de l’alimentation et de la nutrition de l’Académie nationale des sciences américaine évoquait un apport quotidien de 2 500 millilitres de liquides, soit 2,5 litres.

Le problème tient à la manière dont cette indication a circulé. Le chiffre a progressivement été interprété comme une obligation de boire 2,5 litres d’eau en bouteille ou au robinet. Le document ne s’appuyait pourtant pas, selon les éléments rapportés par The Week, sur une étude clinique de référence établissant un besoin identique pour tous.

Une nuance a aussi disparu au fil du temps : les apports hydriques ne viennent pas uniquement des verres d’eau. Ils incluent les boissons et les aliments consommés au cours de la journée.

  • Le thé et le café participent aux apports en eau.
  • Les fruits, les légumes, les soupes et les yaourts en apportent aussi.
  • Certains aliments peu soupçonnés sont très riches en eau : une pomme de terre cuite en contient environ 75 %.

Le poids des intérêts commerciaux

La diffusion de messages encourageant à boire toujours davantage a aussi suscité des interrogations sur les intérêts économiques en jeu. Dans un article publié en 2011 par le British Medical Journal, la médecin Margaret McCartney s’était penchée sur la promotion de l’hydratation.

Elle relevait notamment qu’une organisation européenne consacrée à ce sujet avait été créée et financée par Danone, groupe qui commercialise entre autres les eaux Volvic, Evian et Badoit. Ce lien ne suffit pas à invalider les messages de santé publique, mais il rappelle la nécessité de distinguer une recommandation médicale d’un argument de communication.

Boire selon ses besoins, plutôt que selon un quota

Les besoins hydriques évoluent d’une journée à l’autre. Une personne qui transpire beaucoup, souffre de fièvre, de diarrhée ou de vomissements peut devoir compenser des pertes d’eau plus élevées. Les nourrissons, les personnes âgées et les personnes atteintes de certaines maladies nécessitent aussi une attention particulière.

À l’inverse, boire de grandes quantités d’eau en très peu de temps n’est pas une pratique anodine. Une consommation excessive peut, dans de rares situations, diluer le sodium dans le sang. Ce déséquilibre, appelé hyponatrémie, réclame une prise en charge médicale.

Le bon repère n’est pas forcément le nombre de verres posés sur un bureau, mais l’ensemble des apports et des pertes d’eau au cours de la journée.

Dans l’article cité, une enquête australienne menée en 1995 estimait que l’alimentation et les boissons apportaient en moyenne 2,8 litres de liquide quotidien aux femmes et 3,4 litres aux hommes. Ces résultats ne constituent pas une règle applicable individuellement, mais ils illustrent le rôle majeur de l’alimentation dans l’hydratation.

Ce que recommandent les autorités sanitaires en France

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, connue sous le nom d’Anses, rappelle que l’eau est la boisson à privilégier au quotidien. Elle ne présente pas la règle des huit verres comme une obligation uniforme.

Les besoins dépendent notamment de l’âge, de la corpulence, du climat, de l’alimentation, de l’exercice et de l’état de santé. Les boissons alcoolisées ne constituent pas une réponse adaptée à la soif. Les boissons très sucrées ne remplacent pas non plus l’eau dans une logique d’équilibre alimentaire.

Pour une personne sans contre-indication médicale, garder une bouteille ou un verre d’eau à proximité peut aider à boire régulièrement, sans transformer chaque gorgée en contrainte. Après une activité physique ou pendant un épisode de chaleur, il est raisonnable d’augmenter ses apports en fonction de la transpiration et de la soif.

Les signes qui doivent alerter

Une soif marquée, une bouche sèche, des urines foncées ou peu fréquentes, des maux de tête, une fatigue inhabituelle ou des vertiges peuvent accompagner un manque d’eau. Ces signes ne permettent pas, à eux seuls, de poser un diagnostic.

Chez une personne fragile, malade ou âgée, une confusion, une somnolence inhabituelle ou une faiblesse importante justifient de demander rapidement un avis médical. Les personnes suivant un traitement ou souffrant d’une maladie des reins, du cœur ou du foie doivent suivre les consignes de leur médecin concernant les quantités à boire.

La règle des huit verres garde donc une force symbolique, car elle incite à ne pas négliger l’eau. Elle ne remplace ni l’écoute de la soif, ni une alimentation variée, ni l’adaptation des apports aux conditions réelles de chaque journée.

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