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Pelouse en automne : pourquoi les experts conseillent d’arrêter de ramasser les feuilles mortes, et quoi faire à la place

Aux États-Unis, des spécialistes invitent les jardiniers à revoir leurs habitudes automnales pour mieux protéger les sols et la biodiversité.

À l’approche de l’hiver en Nouvelle-Angleterre, le réflexe consiste souvent à sortir le râteau ou le souffleur. Le magazine américain Outside rapporte pourtant que les feuilles mortes peuvent rendre de précieux services au jardin, à condition de ne pas les laisser étouffer la pelouse.

Les feuilles mortes ne sont pas des déchets

Dans de nombreux jardins, les feuilles tombées sont aussitôt ramassées, mises en sacs ou brûlées. Cette vision très ordonnée de l’extérieur est remise en cause par des écologues américains. Pour eux, une cour impeccable peut aussi devenir un milieu pauvre pour le vivant.

Les feuilles au sol offrent à la fois nourriture, abri et matière organique à une grande diversité d’animaux et de micro-organismes.

Matthew Shepherd, directeur des actions de sensibilisation et d’éducation de la Xerces Society, une association américaine dédiée à la protection des insectes et autres invertébrés, l’affirme clairement : « Les feuilles ne sont pas des détritus. »

Il précise qu’elles procurent « une nourriture et un abri indispensables aux papillons, aux coléoptères, aux abeilles, aux papillons de nuit et à d’autres invertébrés ». Selon lui, ces petites espèces ne doivent pas être considérées comme de simples nuisibles. Elles participent au fonctionnement des jardins et des écosystèmes.

Les insectes pollinisateurs transportent le pollen d’une plante à l’autre. Ce mécanisme aide de nombreuses plantes, y compris certaines cultures, à se reproduire. Les insectes nourrissent aussi les oiseaux, les reptiles et d’autres animaux. En se déplaçant dans le sol et en décomposant la matière organique, ils contribuent à son aération et au recyclage des nutriments.

Une pelouse parfaite peut appauvrir le jardin

Le modèle du gazon uniforme, tondu court et débarrassé de toute feuille reste très répandu. Aux États-Unis, l’article rappelle que les pelouses représentent une surface considérable, supérieure à celle de l’ensemble des parcs nationaux du pays. Or, un tapis d’herbe très entretenu offre peu de ressources à la faune.

Les feuilles mortes, elles, agissent comme un paillage naturel. Elles limitent l’évaporation de l’eau, protègent la surface du sol et se dégradent progressivement. Cette décomposition restitue des éléments nutritifs à la terre.

Le paradoxe est souligné par Outside : beaucoup de particuliers évacuent les feuilles de leur terrain avant d’acheter des fertilisants pour nourrir leurs plantations. Réemployer une partie de cette matière végétale permet de réduire ce besoin tout en évitant un transport de déchets verts.

Ne pas tout laisser sur le gazon

Laisser les feuilles s’accumuler en couche compacte sur une pelouse n’est pas une bonne solution. Jamie « Dekes » Dedekian, spécialiste américain des pelouses entretenues sans produits de synthèse, avertit que cette couverture peut asphyxier l’herbe.

« Si vous laissez les feuilles s’accumuler sur votre pelouse au fil du temps, sans y toucher, elles peuvent l’étouffer et la faire mourir », explique-t-il. La recommandation n’est donc pas de supprimer toute matière végétale, mais de mieux la répartir.

Les gestes conseillés pour valoriser les feuilles

  • Déplacer les feuilles entières vers les massifs de fleurs et au pied des arbustes.
  • Former une couverture végétale dans ces zones, où les feuilles serviront d’abri et nourriront progressivement le sol.
  • Broyer les feuilles tombées sur le gazon avec une tondeuse, sans utiliser le bac de ramassage.
  • Répartir les fragments finement sur l’herbe afin qu’ils se décomposent plus facilement.
  • Conserver un petit tas de feuilles dans un coin calme du terrain pour la faune.

Le broyage constitue une forme de compostage directement sur place. Une fois réduits en petits morceaux, les végétaux ne forment pas une couche étanche. Ils se décomposent plus vite et peuvent nourrir le sol sous la pelouse.

Un petit tas de feuilles, installé dans un recoin du jardin, peut déjà offrir un refuge utile à des animaux.

Matthew Shepherd conseille de choisir une zone peu fréquentée, puis de laisser le tas se transformer naturellement. Insectes, petits animaux et oiseaux peuvent y trouver de quoi se protéger ou se nourrir.

Le risque d’incendie dans les zones sèches

Cette pratique demande une adaptation dans les territoires exposés aux feux de végétation. Lorsque les feuilles sont sèches, que la météo est chaude et que le vent souffle, elles peuvent alimenter un départ de feu.

Dans ce cas, les spécialistes cités par le média américain recommandent d’éloigner les amas de végétaux des bâtiments. Le département américain de l’Agriculture préconise une distance d’au moins 30 pieds, soit environ 9 mètres, entre une habitation et ce type de matière sèche. Cette indication concerne les États-Unis et les secteurs particulièrement vulnérables aux incendies.

Un jardinier français vivant dans une zone à risque doit suivre les règles locales de débroussaillement et les arrêtés applicables dans sa commune ou son département. Ces obligations peuvent imposer l’élimination de végétaux secs près des constructions.

Quelle situation en France ?

En France, les déchets verts ne doivent pas être brûlés à l’air libre par les particuliers dans les conditions ordinaires. Cette interdiction vise notamment à limiter les émissions de particules et les nuisances pour le voisinage. Des dérogations locales peuvent exister dans des cas encadrés, notamment lorsqu’aucune solution de collecte ou de valorisation n’est disponible.

Pour les feuilles mortes, les options les plus courantes restent le compostage, le paillage des massifs ou le dépôt en déchèterie, selon les consignes de la collectivité. Le compostage transforme les matières organiques en un produit utilisable pour améliorer la structure du sol. Il nécessite un mélange équilibré entre matières humides et matières sèches, ainsi qu’un minimum d’aération.

Sur une pelouse, le broyage peut aussi être pertinent si la couche de feuilles reste modérée. Une épaisseur trop dense prive l’herbe de lumière et favorise l’humidité stagnante. Les feuilles épaisses ou coriaces gagnent souvent à être broyées avant d’être utilisées en paillage.

Garder aussi les tiges et les graines

Les feuilles ne sont pas les seules ressources à conserver dans un jardin à l’automne. Matthew Shepherd conseille d’observer les plantes avant d’intervenir. Les têtes de fleurs séchées peuvent nourrir des oiseaux, tandis que certaines tiges creuses servent de refuge ou de site de nidification à des abeilles solitaires.

Parmi les gestes proposés figurent aussi la récolte de graines sur les plantes que l’on souhaite multiplier et la création d’un tas de branches. Ce dernier doit commencer par les morceaux de bois les plus gros, placés à la base. Des espaces entre les éléments facilitent la circulation de l’air et l’accès des petits animaux.

Diviser certaines plantes vivaces à l’automne peut enfin permettre de densifier un massif sans acheter de nouveaux végétaux. Cette opération consiste à déterrer une touffe, à séparer sa motte en plusieurs parties puis à les replanter. Elle ne convient pas à toutes les espèces, mais elle offre une manière simple de combler les espaces vides du jardin.

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