EUROTEL

La star américaine des vidéos pour enfants veut faire disparaître 3 comptines : voici lesquelles et pourquoi

La star américaine des vidéos pour enfants veut faire disparaître 3 comptines : voici lesquelles et pourquoi

Une créatrice américaine ultra-populaire de vidéos pour tout-petits aux États-Unis remet en cause plusieurs comptines, qu’elle juge inadaptées ou problématiques.

Invitée d’un podcast new-yorkais très écouté, la star américaine de YouTube Ms Rachel, connue pour sa série pour enfants « Songs for Littles », a détaillé pourquoi, selon elle, certaines comptines devraient disparaître des livres et des berceuses. Le média américain à l’origine de ces éléments rapporte qu’elle vise à la fois des textes jugés éducativement discutables et trois comptines marquées par un héritage explicitement raciste.

Qui est Ms Rachel, la YouTubeuse qui s’attaque aux comptines

De son vrai nom Rachel Griffin Accurso, Ms Rachel est devenue en quelques années une référence pour de nombreux parents anglophones. Son émission « Songs for Littles », diffusée sur YouTube, propose comptines, jeux et activités pédagogiques destinés aux jeunes enfants.

Elle a récemment participé au podcast « Subway Takes », animé par Kareem Rahma, où l’invité doit livrer une opinion très tranchée sur un sujet du quotidien. C’est dans ce cadre qu’elle est arrivée avec une liste de comptines qu’elle souhaiterait « mettre à la retraite ».

Pour Ms Rachel, certaines comptines restent largement chantées alors qu’elles transmettent des messages discutables ou reposent sur un passé raciste bien documenté.

Deux comptines jugées inadaptées pour l’éducation des tout-petits

« Three Little Kittens » : une punition jugée trop sévère

Première cible de Ms Rachel : « Three Little Kittens » (« Trois petits chatons »). Dans cette comptine, des chatons perdent leurs moufles et se mettent à pleurer, avant d’être privés de tarte par leur mère, qui les traite de « vilains chatons ».

Rachel Griffin Accurso explique qu’elle n’adhère pas à cette logique punitive : elle estime que la mère devrait plutôt aider les chatons à mieux s’organiser et à éviter de perdre leurs affaires. Elle confie même qu’elle-même « a besoin de stratégies pour ne pas perdre les choses tout le temps ». Selon elle, la comptine pourrait valoriser davantage l’accompagnement que la sanction pure et simple.

  • Message actuel : faute = punition et privation;
  • Message souhaité : faute = accompagnement, recherche de stratégie;
  • Public concerné : tout-petits en plein apprentissage de l’autonomie.

« Peter, Peter Pumpkin Eater » : un imaginaire conjugal inquiétant

Deuxième texte dans son viseur : « Peter, Peter Pumpkin Eater ». La comptine raconte l’histoire d’un homme qui « avait une femme mais ne pouvait pas la garder » et qui finit par la « garder très bien »… en la mettant dans une coque de citrouille.

Ms Rachel se dit « complètement contre » ce texte. Elle rappelle que l’homme y enferme sa femme dans une coquille de citrouille dont elle ne peut pas sortir, ce qu’elle juge profondément problématique. L’image banalisée d’une femme littéralement enfermée par son mari ne lui paraît pas compatible avec un message sain à transmettre à des enfants.

Pour Rachel Griffin Accurso, certaines images conjugales présentes dans les comptines ne sont tout simplement « pas acceptables » pour un public d’enfants, même sous couvert de fantaisie.

Trois comptines épinglées pour leurs racines racistes

Au-delà des messages éducatifs, Ms Rachel met surtout en cause trois comptines anglo-saxonnes très connues pour leurs origines racistes : « Jimmy Crack Corn », « Eenie Meeny Miny Mo » et « Oh! Susanna ».

« Jimmy Crack Corn » : une chanson née dans les spectacles racistes

« Jimmy Crack Corn » est à l’origine une chanson relatant la vie d’un homme réduit en esclavage, prénommé Jimmy, qui se réjouit de la mort de son maître, tombé de son cheval après une piqûre d’insecte. Le titre a été popularisé par les spectacles de minstrel shows, où des artistes blancs se grimaient en noir (blackface) pour caricaturer les personnes noires.

Les paroles originales incluaient le mot raciste le plus violent de la langue anglaise, aujourd’hui banni, et décrivaient un esclave au service d’un « maître » qu’il doit nourrir, servir et protéger des mouches. L’un des couplets les plus cités montre ce rapport de domination extrême :

Le chanteur, un homme réduit en esclavage, y raconte comment il servait son maître, lui apportait son assiette, sa bouteille et chassait les mouches autour de lui.

Si certaines versions modernes ont atténué ou modifié les paroles, l’origine de la chanson reste directement liée à l’esclavage et aux spectacles racistes du XIXe siècle aux États-Unis.

« Eenie Meeny Miny Mo » : quand une formule d’enfant intègre un terme raciste

« Eenie Meeny Miny Mo » est, à la base, une formule rythmique utilisée par les enfants pour « compter » et choisir quelqu’un au hasard, un peu comme « am stram gram ». Dans sa version aujourd’hui la plus connue, il est question d’« attraper un tigre par la patte ».

Mais le média américain rappelle que, aux États-Unis et en Australie, le mot « tiger » a longtemps remplacé un terme raciste visant les personnes noires. Le cœur de la formule n’était pas problématique, mais la manière dont elle a été réécrite au fil du temps dans certains pays a introduit ce mot haineux.

Cette origine continue de susciter un malaise, même lorsque le terme offensant a été retiré, tant l’association historique avec le racisme reste documentée.

« Oh! Susanna » : un classique ancré dans l’histoire des minstrel shows

Dernière comptine pointée par Ms Rachel : « Oh! Susanna », écrite en 1848 par le compositeur américain Stephen Foster. Cette chanson a été très vite adoptée par les minstrel shows, qui en ont transformé les paroles en pseudo « dialecte noir », truffé de stéréotypes racistes.

Les paroles originales, aujourd’hui largement inconnues du grand public, contenaient des expressions et descriptions racistes, parfois violentes. Les versions modernes ont gommé ces passages, mais l’histoire du morceau reste intimement liée à ces spectacles qui tournaient en dérision les personnes afro-américaines.

Pour Ms Rachel, retirer ces trois comptines du répertoire pour enfants ne retire rien à la richesse culturelle, car leur héritage repose sur l’esclavage et les spectacles racistes du XIXe siècle.

Ce que propose Ms Rachel à la place

Face aux réactions inquiètes de certains parents, qui se demandent ce qu’ils pourraient bien chanter si ces comptines disparaissaient, la YouTubeuse se veut rassurante. Elle rappelle qu’il existe déjà une multitude de comptines et chansons pour enfants sans problématique raciale ou éducative de ce type.

Elle souligne qu’il n’y a pas eu qu’« une époque » de création de comptines et que cette époque est révolue. Selon elle, rien n’empêche d’écrire de nouvelles chansons, porteuses de messages plus inclusifs et mieux adaptés à ce que souhaitent transmettre les parents d’aujourd’hui.

  • préserver les rituels du coucher, du bain ou des trajets en voiture ;
  • moderniser les textes dont l’héritage est problématique ;
  • créer des chansons qui reflètent les valeurs actuelles des familles.

Et en France, que faire avec nos vieilles comptines ?

En France, de nombreuses comptines traditionnelles circulent encore, apprises à l’école maternelle, à la crèche ou en famille. Certaines sont très anciennes, parfois nées à une époque où l’esclavage, le colonialisme ou les punitions physiques faisaient partie du quotidien.

Les spécialistes de l’enfance et les enseignants adaptent déjà certains textes lorsqu’ils comportent des termes datés, des stéréotypes ou des images jugées violentes. Les structures d’accueil, comme les crèches municipales ou les écoles maternelles, actualisent peu à peu leurs répertoires, en privilégiant des chansons plus récentes ou retravaillées.

En France, un parent qui s’interroge peut :

  • se renseigner sur l’histoire d’une comptine s’il a un doute sur ses origines ;
  • adapter un mot ou une phrase sans changer l’air, si une formulation pose problème ;
  • proposer à l’enfant d’autres chansons portant sur les mêmes thèmes (animaux, saisons, chiffres…) sans arrière-plan sensible.
  • Les enseignants de maternelle ou les professionnels de la petite enfance restent des interlocuteurs privilégiés pour en parler, à la manière dont Ms Rachel ouvre ce débat aux États-Unis pour son public anglophone.

    Comment parler de ces sujets avec un jeune enfant

    Lorsqu’un parent découvre qu’une comptine appréciée a des origines racistes ou véhicule un message dérangeant, plusieurs options existent. Certains choisissent d’arrêter de la chanter, d’autres préfèrent expliquer, de façon très simple, que la chanson vient d’une époque où l’on pensait des choses injustes sur certaines personnes.

    Une approche consiste à garder la mélodie mais à réécrire entièrement le texte, en inventant une nouvelle histoire plus positive. C’est une activité créative qui peut être réalisée avec l’enfant : choisir de nouveaux personnages, transformer un maître en ami, un châtiment en entraide, un enfermement en aventure.

    Transformer une comptine critiquée en jeu créatif permet aux parents de garder un rituel, tout en donnant aux enfants un message plus cohérent avec leurs valeurs.

    Les débats soulevés par Ms Rachel montrent surtout que les comptines ne sont pas figées. Elles peuvent être analysées, questionnées, adaptées ou remplacées, en fonction de ce que chaque famille souhaite transmettre aux plus jeunes.

    Défiler vers le haut