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Freiner devant le radar puis réaccélérer : cet « effet kangourou » explique pourquoi le radar tronçon réduit de 56 % les accidents graves, selon une étude australienne

Route encombrée avec files de voitures qui ralentissent puis accélèrent devant un panneau de radar, illustrant l'effet kangourou perturbant la circulation.

En Espagne, une étude australienne met en lumière un comportement très répandu des conducteurs face aux radars, avec des conséquences lourdes sur la sécurité.

Sur les routes espagnoles, un même scénario se répète dès qu’un panneau annonce un radar fixe : file de voitures qui ralentissent brutalement, circulation qui se fige, puis accélération énergique une fois l’appareil dépassé. Ce « coup de frein avant radar », que la Direction générale de la circulation espagnole (DGT, l’équivalent de la Sécurité routière en France) connaît bien, vient d’être disséqué dans un vaste travail scientifique cité par le média technologique Xataka. Les chercheurs y montrent que ce réflexe, baptisé « effet kangourou », réduit l’efficacité des radars classiques, alors que les radars tronçons s’avèrent bien plus performants, surtout pour limiter les accidents graves.

Un « effet kangourou » qui perturbe tout le trafic

Dans la description rapportée par Xataka, la scène est familière à tout automobiliste : le système d’alerte signale un radar, les feux de freinage s’illuminent en chaîne, et une route initialement fluide se transforme en convoi de véhicules roulant bien en dessous de la vitesse autorisée. Passé le radar, la voiture de tête s’éloigne d’un coup, entraînant une brusque accélération des suivants, jusqu’au prochain appareil.

Les chercheurs australiens ont choisi de qualifier ce comportement d’« effet kangourou » : un nom imagé pour décrire la succession de freinages appuyés et de reprises franches, comme les bonds de l’animal lorsqu’il prend de l’élan pour avancer plus loin.

Selon l’étude, ce jeu de freinage-accélération autour du radar fait chuter l’efficacité des dispositifs ponctuels à mesure qu’on s’en éloigne.

Le radar classique agit en réalité sur une portion de route très limitée. Le conducteur repère l’appareil, adapte brutalement sa vitesse, puis « remet les gaz » sitôt le danger de contravention passé. Cette variation rapide de vitesse entraîne des écarts de distance de sécurité, des réactions en chaîne et, in fine, un risque accru d’accrochages, surtout en trafic dense.

Une méta-analyse sur l’efficacité réelle des radars

L’étude citée par Xataka est un métanalys, c’est-à-dire une compilation et une analyse statistique de plusieurs travaux préexistants. Les auteurs ont retenu quinze études consacrées aux radars fixes classiques et quatre centrées spécifiquement sur les radars de tronçon.

Leur constat global est clair : les radars contribuent à réduire l’accidentalité là où ils sont installés. D’après les résultats repris par le média espagnol :

  • les radars fixes entraînent une baisse d’environ 20 % des accidents sur les zones concernées ;
  • les radars de tronçon affichent une réduction d’environ 30 % des accidents ;
  • surtout, les accidents mortels ou impliquant des blessés graves diminuent de 56 % sur les sections contrôlées par radar tronçon.

Les radars de tronçon sont associés à une chute de 56 % des accidents mortels ou avec blessés graves, soit un impact bien supérieur à celui des radars ponctuels.

Les chercheurs ne se contentent pas de comparer les chiffres bruts. Ils avancent une explication : dans les zones surveillées par un radar tronçon, les conducteurs maintiennent une allure plus constante, car ils savent que c’est la vitesse moyenne sur plusieurs kilomètres qui sera contrôlée, et non un « flash » ponctuel.

Pourquoi le radar tronçon s’en sort mieux

Un radar de tronçon mesure la vitesse moyenne entre deux points distants de plusieurs centaines de mètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Tant que le véhicule reste dans le secteur surveillé, tout excès durable se traduit par une infraction potentielle. Impossible donc de freiner violemment quelques dizaines de mètres avant, puis d’accélérer juste après pour « compenser ».

Face à ce dispositif, la stratégie des conducteurs change. Pour rester sous la vitesse autorisée en moyenne, ils adoptent une conduite plus régulière, sans les à-coups propres à l’« effet kangourou ». Le trafic se stabilise, les écarts de vitesse entre véhicules diminuent, ce qui limite les situations propices aux collisions.

Xataka souligne un deuxième point : dans les études compilées, les accidents qui surviennent malgré les radars de tronçon sont en moyenne moins graves que ceux observés à proximité des radars fixes classiques. Cette moindre gravité s’explique par des vitesses d’impact plus faibles et des manœuvres d’urgence moins brutales.

La DGT mise sur les radars de tronçon

En Espagne, ces résultats confortent la stratégie de la DGT. L’organisme avance justement ce type de données pour justifier l’extension des radars de tronçon au détriment d’une partie des radars ponctuels. Xataka rappelle que certains radars de tronçon installés dans le pays couvrent déjà des sections de 30 kilomètres.

Le journal en ligne précise aussi qu’une rumeur circule régulièrement : l’idée que la DGT placerait systématiquement des radars mobiles juste après un radar fixe, pour piéger les conducteurs qui réaccélèrent trop tôt. Sollicitée par Xataka, la DGT a démenti cette pratique.

Les autorités espagnoles affirment ne pas avoir donné d’instruction générale visant à placer des radars mobiles juste derrière les radars fixes.

Pour autant, la DGT assume sa volonté d’augmenter la proportion de radars de tronçon, notamment sur des axes sensibles ou dans des zones urbaines à vitesse limitée. À Madrid, l’organisme prépare ainsi un nouveau radar de tronçon sur une portion limitée à 50 km/h, mentionné par Xataka, à la demande des autorités municipales.

Quelles leçons pour les conducteurs français ?

En France, les deux types d’appareils coexistent déjà : les radars fixes classiques, qui contrôlent un point précis, et les radars de tronçon, qui calculent la vitesse moyenne sur une distance déterminée. La logique est la même qu’en Espagne : inciter les automobilistes à adopter une allure continue plutôt qu’une conduite en dents de scie.

Pour un conducteur français, la principale leçon de l’étude australienne tient dans la gestion de la vitesse. Une conduite marquée par des ralentissements brusques, puis des accélérations franches, ne sert pas seulement à éviter une amende sur le moment. Elle génère aussi :

  • des files de véhicules qui se compriment, surtout lorsque quelqu’un freine plus fort que nécessaire ;
  • des réactions tardives de conducteurs inattentifs, qui peuvent provoquer des collisions arrière ;
  • des tensions et des comportements agressifs liés aux variations de rythme.

À l’inverse, garder quelques kilomètres/heure en dessous de la limite et s’y tenir crée un trafic plus prévisible. Les radars de tronçon renforcent cette approche, car une pointe de vitesse ponctuelle suivie d’un fort ralentissement ne suffit plus à éviter l’infraction.

Comprendre concrètement l’« effet kangourou »

Sur le terrain, l’« effet kangourou » se repère facilement. Sur une autoroute limitée à 120 km/h en Espagne ou à 130 km/h en France, les voitures roulent à la vitesse maximale ou un peu au-dessus. À l’approche d’un radar connu, un véhicule en tête lève brusquement le pied, parfois jusqu’à descendre 15 ou 20 km/h sous la limite. Les suivants réagissent chacun avec un léger décalage, certains freinant encore plus fort par peur de la sanction.

En quelques secondes, la circulation fluide se transforme en un accordéon de ralentissements et de reprises qui se propage loin derrière le déclencheur. Une fois le radar passé, les conducteurs les plus pressés accélèrent vivement pour « rattraper le temps perdu », ce qui crée de nouveaux écarts de vitesse et de nouvelles zones de tension.

Le problème n’est pas seulement la vitesse maximale atteinte, mais la façon dont elle varie brutalement dans un trafic dense.

Un radar de tronçon, en contraignant la moyenne sur plusieurs kilomètres, casse ce mécanisme. Les conducteurs comprennent vite qu’un freinage appuyé à l’entrée de la zone ne compensera pas une allure excessive sur le reste du tronçon. Ils adoptent donc une vitesse plus proche de la limite, mais surtout plus stable.

Un enjeu de sécurité, mais aussi de confort de conduite

Au-delà des chiffres spectaculaires de l’étude australienne sur les accidents graves, la réduction de l’« effet kangourou » améliore aussi le confort de conduite. Un trafic plus homogène limite les coups de frein inutiles, la fatigue et la nervosité au volant. Pour les usagers des transports collectifs et les conducteurs professionnels, cette régularité se traduit également par une meilleure prévisibilité des temps de trajet.

Pour les autorités, le message reste cohérent des deux côtés des Pyrénées : les radars ne sont pas seulement des outils de sanction, mais des instruments de régulation. En Espagne comme en France, les dispositifs de type tronçon apparaissent, à la lumière des données reprises par Xataka, comme un levier particulièrement efficace pour réduire les accidents les plus graves, ceux qui bouleversent durablement des vies entières.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'« effet kangourou » au volant ?

C'est le comportement de freinage brusque avant un radar, suivi d'une accélération énergique après son passage. Cet à-coup répété entraîne une perturbation du trafic et augmente les risques de collision.

Quel est le principal avantage du radar de tronçon par rapport au radar fixe ?

Le radar de tronçon mesure la vitesse moyenne sur plusieurs kilomètres, forçant les conducteurs à maintenir une allure constante. On ne peut plus freiner juste avant et réaccélérer après, ce qui crée un trafic plus fluide et sûr.

De combien les radars de tronçon réduisent-ils vraiment les accidents graves ?

Selon l'étude australienne, les radars de tronçon réduisent les accidents mortels ou impliquant des blessés graves de 56 %, soit un impact bien supérieur aux radars fixes qui en réduisent 20 %.

La DGT place-t-elle volontairement des radars mobiles juste après les radars fixes ?

Non, la DGT a démenti cette pratique auprès de Xataka. L'organisme affirme ne pas avoir donné d'instruction générale pour placer des radars mobiles derrière les radars fixes dans le but de piéger les conducteurs.

Comment cette étude s'applique-t-elle à la France ?

La France dispose déjà de radars fixes et de radars de tronçon. L'étude incite les conducteurs français à adopter une vitesse régulière plutôt qu'une conduite en dents de scie pour améliorer la sécurité et la fluidité du trafic.
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