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La France part à la chasse au lithium avec un nouveau permis exclusif de recherches dans le Puy-de-Dôme accordé à Arverne

Un vaste permis d’exploration vient d’être attribué dans le Puy-de-Dôme, nouvelle pièce d’une stratégie française visant à sécuriser son lithium.

Avec l’octroi d’un permis exclusif de recherches en Auvergne, l’entreprise Arverne renforce sa présence sur le sous-sol français et illustre l’offensive engagée par la France pour produire sur son territoire le lithium indispensable aux batteries, rapporte le média en ligne Media24.fr.

Un nouveau permis géothermal stratégique dans le Puy-de-Dôme

Le 3 septembre 2026, Arverne, présenté comme le premier fournisseur français de solutions géothermales, a obtenu un permis exclusif de recherches de lithium dans le département du Puy-de-Dôme. Ce permis, baptisé « Bassin de Limagne », couvre plus de 440 km² et s’inscrit clairement dans la montée en puissance d’une filière nationale du lithium.

Ce nouveau titre complète un portefeuille déjà dense : Arverne détient désormais neuf permis géothermiques en France, dont trois spécifiquement dédiés au lithium. L’entreprise mise sur un modèle intégré qui combine production de chaleur géothermale et extraction de « lithium géothermal » à partir des mêmes forages.

Le permis « Bassin de Limagne » marque l’extension à l’Auvergne d’une stratégie de lithium géothermal déjà engagée en Alsace par Arverne.

Le bassin de Limagne, situé dans le Puy-de-Dôme, présente des caractéristiques proches de celles du fossé rhénan alsacien : un sous-sol fracturé, des eaux profondes et chaudes, et un potentiel géothermal déjà étudié. Arverne y a mené des travaux préliminaires sur la chaleur en partenariat avec le BRGM, le service géologique national, et veut désormais tester la présence de lithium dans ces saumures.

Une réponse à la dépendance européenne au lithium importé

Le tournant pris par Paris et Bruxelles s’explique par une dépendance jugée critique. Le lithium est un métal-clé pour les batteries de voitures électriques. L’Europe ne produit qu’environ 1 % des volumes mondiaux et importe près de 98 % de ses besoins, l’essentiel depuis la Chine, l’Australie et l’Amérique du Sud.

Face à ce constat, l’Union européenne a adopté en 2024 un règlement sur les matières premières critiques. Trois objectifs sont visés d’ici 2030 :

  • assurer au moins 10 % de la consommation européenne par de l’extraction sur le sol européen ;
  • réaliser 40 % du raffinage sur le territoire de l’Union ;
  • atteindre 15 % des besoins grâce au recyclage.

La France, qui dispose à la fois de ressources géologiques (roches granitiques, bassins géothermaux) et d’une industrie automobile à maintenir, entend capter une part significative de cet effort. Plusieurs projets très différents se développent en parallèle, entre mines souterraines et extraction depuis des eaux chaudes chargées en minéraux.

Imerys et la voie de la roche dure dans l’Allier

EMILI, le projet de mine souterraine qui change d’échelle

Le projet le plus avancé concerne le groupe Imerys, spécialiste des minéraux industriels. Son projet EMILI vise le gisement historique de Beauvoir, à Échassières, dans l’Allier. Ce site produisait déjà du kaolin depuis la fin du XIXe siècle. Les travaux ont mis en évidence un granit riche en mica contenant environ un million de tonnes d’équivalent carbonate de lithium.

Imerys prévoit à partir de 2028 une production annuelle de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium, un produit directement utilisable par les usines de batteries. Ce volume permettrait d’équiper environ 700 000 véhicules électriques par an, pour une durée d’exploitation annoncée d’au moins vingt-cinq ans et un investissement de l’ordre du milliard d’euros.

La méthode repose sur une mine souterraine, creusée sous l’ancienne carrière à ciel ouvert, puis sur un traitement industriel classique :

  • extraction du minerai en galerie ;
  • concentration par flottation ;
  • raffinage chimique sur place pour obtenir l’hydroxyde de lithium.
  • En mars 2025, Bruxelles a labellisé EMILI « projet stratégique ». Ce statut lui ouvre des procédures administratives accélérées au niveau européen.

    Des tensions locales autour de l’eau et du paysage

    Ce projet cristallise toutefois des oppositions sur le terrain. Une partie des riverains s’inquiète de l’impact sur l’eau, les déchets miniers et le paysage. Un débat public agité illustre la difficulté à lancer une nouvelle mine, même avec une technologie modernisée.

    Une étude présentée par le cabinet Antea examine, par exemple, l’impact du changement climatique sur le débit d’étiage de la rivière Sioule d’ici 2050, avec une baisse estimée de 2,46 à 2,04 m³/s. Le prélèvement d’eau lié au projet EMILI est évalué à environ 1 % de ce débit, avec des analyses complémentaires programmées. Ces ordres de grandeur servent de base au débat sur la compatibilité entre extraction et préservation des milieux.

    Les projets de lithium de roche dure comme EMILI se heurtent moins à la technique qu’à l’acceptabilité sociale et environnementale.

    L’Alsace, terrain d’essai du lithium géothermal

    De la chaleur renouvelable au lithium bas carbone

    À l’autre extrémité du pays, l’Alsace expérimente une approche très différente, fondée sur la géothermie profonde. Le fossé rhénan abrite des eaux souterraines très chaudes, entre 145 et 200 °C, naturellement chargées en lithium. L’idée est de remonter ces saumures, de récupérer d’abord la chaleur pour alimenter en énergie des entreprises ou des collectivités, puis d’extraire le lithium par un procédé d’extraction directe avant de réinjecter l’eau refroidie dans le sous-sol.

    Ce schéma promet une empreinte au sol réduite (des forages plutôt qu’une mine) et deux ressources valorisables : chaleur et lithium. Deux groupes se partagent aujourd’hui ce terrain d’expérimentation :

    • Arverne, via sa filiale Lithium de France, qui a lancé fin 2025 son premier doublet de forage à Schwabwiller, avec une cible annoncée de 27 000 tonnes de carbonate de lithium et plus de 2 TWh de chaleur par an à l’horizon 2031 ;
    • Eramet, associé à Électricité de Strasbourg, avec le projet Ageli, qui s’appuie sur une technologie d’extraction déjà exploitée en Argentine.

    Les deux acteurs mettent en avant un lithium à faible empreinte carbone, présenté comme nettement moins émetteur que le lithium produit par les mines à ciel ouvert ou les grands bassins d’évaporation étrangers.

    Géothermal ou mine : deux voies, deux profils de risques

    Critère Lithium géothermal (saumure) Lithium de roche dure (mine)
    Méthode Extraction directe depuis l’eau chaude pompée Extraction minière puis broyage du minerai
    Empreinte au sol Faible, sans mine ouverte Plus marquée, avec galeries et zones de stériles
    Sous-produit Chaleur renouvelable réutilisable Principalement des déchets à gérer
    Maturité Technologie émergente à démontrer à grande échelle Techniques minières déjà éprouvées industriellement
    Principal frein Rentabilité et débits de saumure à confirmer Acceptabilité locale et impact environnemental

    Le lithium géothermal reste encore un pari technologique. Aucun site dans le monde ne produit aujourd’hui à grande échelle et de façon clairement rentable avec cette méthode. Les objectifs affichés pour 2031 en Alsace restent donc des cibles, pas des certitudes.

    Auvergne et Limousin, les nouveaux fronts de la prospection

    Le permis « Bassin de Limagne » dans le Puy-de-Dôme illustre l’extension rapide des zones de prospection. Dans cette région volcanique, Arverne veut transposer le modèle alsacien : utiliser des forages géothermaux pour produire simultanément chaleur et lithium, si les teneurs se révèlent suffisantes.

    Mais l’Auvergne n’est pas la seule concernée. Des permis d’exploration intégrant le lithium ont aussi été attribués en Haute-Vienne, dans le Limousin, autre région granitique à fort potentiel minéral. D’autres dossiers sont en cours d’instruction ailleurs sur le territoire. Le sous-sol français, longtemps délaissé, se couvre progressivement d’un maillage de permis et de zones à expertiser.

    Avec les permis en Auvergne et en Limousin, la France organise une véritable cartographie de son potentiel en « or blanc ».

    Raffinage et recyclage : les maillons discrets mais décisifs

    Extraire du lithium ne suffit pas. Les usines de batteries ont besoin de composés raffinés, purifiés et standardisés. Or la Chine domine aujourd’hui cette étape clé. En réponse, la France cherche à implanter sur son sol des capacités de raffinage :

    • Viridian Lithium développe un projet de raffinerie à Lauterbourg, dans le Bas-Rhin ;
    • Imerys prévoit de raffiner directement sur son site de Beauvoir, à proximité de la mine EMILI.

    L’enjeu consiste à éviter d’exporter du minerai brut vers l’Asie pour le récupérer ensuite sous forme de produits transformés. Une filière complète sur le territoire national limiterait les transports, sécuriserait les approvisionnements et capterait davantage de valeur ajoutée.

    Dernier maillon : le recyclage des batteries en fin de vie, parfois appelé « mine urbaine ». À Dunkerque, au cœur de la « vallée de la batterie » où s’implantent plusieurs gigafactories, un projet réunit Eramet et Suez pour récupérer lithium, nickel et cobalt des batteries usagées et les réinjecter dans la production. À terme, cette boucle permettrait d’alléger la pression sur le sous-sol et sur les importations.

    Le casse-tête économique du prix du lithium

    La dynamique industrielle est réelle, mais elle se heurte à un mur : le marché mondial. Depuis 2023, les cours du lithium ont chuté, sous l’effet d’une surproduction orchestrée en grande partie par les acteurs chinois. Les projets européens, plus coûteux à développer que les mines à bas coûts d’autres continents, voient leur équilibre économique fragilisé.

    Les investissements nécessaires sont lourds, qu’il s’agisse de creuser une mine, forer en profondeur ou construire une raffinerie. Si le prix du lithium reste bas, certains projets français ou européens pourraient être retardés, redimensionnés voire abandonnés avant même d’avoir démarré la production.

    À cette incertitude économique s’ajoutent les doutes techniques et sociaux. Le lithium géothermal n’a pas encore fait ses preuves à haute échelle. Les projets de roche dure affrontent quant à eux des résistances locales, comme EMILI l’illustre déjà. Aucun grand projet de lithium « made in France » n’est aujourd’hui entré en phase industrielle complète.

    Ce que cela change pour la France et ses automobilistes

    Pour un lecteur français, l’enjeu dépasse le simple débat minier. La filière lithium conditionne une partie du futur de l’industrie automobile nationale et des emplois associés. Sans accès sécurisé à ces matières premières, les usines de batteries et les constructeurs peuvent se retrouver dépendants de décisions prises à l’autre bout du globe.

    La stratégie actuelle vise donc à combiner plusieurs leviers :

    • un socle de production minière sur le sol français (Allier, Limousin, éventuellement d’autres régions) ;
    • des projets de lithium géothermal à plus faible empreinte apparente (Alsace, Puy-de-Dôme) ;
    • des capacités de raffinage localisées près des gisements ou des frontières ;
    • une montée progressive du recyclage, notamment autour de Dunkerque.

    À côté de ces dimensions industrielles, le débat porte aussi sur les choix de société : quelle part de l’impact environnemental des technologies « vertes » la France accepte-t-elle sur son propre territoire ? Jusqu’où les territoires ruraux sont-ils prêts à se transformer pour fournir les métaux de la transition énergétique ?

    Quelques repères techniques sur le lithium et la géothermie

    Le lithium est un métal très léger, apprécié dans les batteries pour sa capacité à stocker et restituer de l’énergie. Dans les gisements de roche dure, il se trouve souvent dans des minéraux comme la spodumène ou le mica. Dans le cas du lithium géothermal, il est dissous dans des eaux profondes fortement minéralisées.

    Les procédés d’extraction directe depuis la saumure reposent généralement sur des résines, des membranes ou des matériaux adsorbants capables de capter spécifiquement les ions lithium au passage de l’eau. La performance dépend de trois paramètres clés :

    • la concentration en lithium dans la saumure ;
    • le volume d’eau disponible et la stabilité des débits ;
    • la consommation d’énergie liée au pompage et au traitement.

    Pour un territoire comme le Puy-de-Dôme, l’intérêt d’Arverne tient justement à la combinaison possible entre chaleur géothermale et lithium. La chaleur peut alimenter des réseaux urbains ou industriels locaux, tandis que le lithium alimente la filière batterie nationale. Ce couplage pourrait améliorer la rentabilité globale des projets et faciliter leur acceptation, à condition de démontrer un impact contrôlé sur les aquifères et les risques sismiques liés aux injections profondes.

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