Un grand voyageur, qui revendique plus de 100 villes européennes au compteur, dresse pour le site de voyage américain Travel Off Path sa liste très personnelle de cinq villes qu’il juge plus agréables que les capitales, pour le portefeuille comme pour la tranquillité.
Alors que les capitales européennes attirent toujours l’essentiel des touristes, au risque de saturer, un rédacteur de Travel Off Path, riche de plus de 60 pays visités, défend une autre idée du voyage. Selon lui, plusieurs villes secondaires offrent un meilleur équilibre entre charme, authenticité, prix raisonnables et moindre affluence. Il cite cinq coups de cœur, tous en Europe, qui lui paraissent plus séduisants que Rome, Prague, Dublin, Lisbonne ou Oslo.
Une approche anti-capitales pour voyager plus serein
L’auteur, basé à Paris et habitué des grandes métropoles, pose d’emblée le décor : oui, les capitales concentrent musées, monuments et vie culturelle, mais elles imposent aussi files d’attente, hausse des prix et sentiment de parc d’attractions. D’où son parti pris : privilégier des villes « secondaires » où l’on retrouve l’âme du pays, avec moins de foules et un budget plus léger.
Son constat après plus de 40 pays européens : des villes souvent ignorées par les touristes peuvent offrir une expérience plus riche que les capitales, tout en coûtant moins cher.
Dans sa sélection, quatre villes régionales côtoient un cas un peu particulier : Cagliari, qui reste malgré tout capitale… mais de la Sardaigne, et non de l’Italie entière. Toutes partagent des points communs : centre historique séduisant, vie locale bien vivante, prix nettement inférieurs à ceux des capitales voisines et densité de visiteurs bien plus supportable.
Cagliari, en Sardaigne : l’Italie de carte postale, sans la cohue de Rome
L’auteur reconnaît le pouvoir de séduction de Rome, mais critique les foules étouffantes, la commercialisation croissante et même l’instauration de droits d’entrée dans des lieux autrefois gratuits, comme le Panthéon. Face à cela, Cagliari, au sud de la Sardaigne, lui apparaît comme une alternative très convaincante.
La ville coche quasiment toutes les cases de l’Italie rêvée : façades pastel, ruelles pavées en pente menant à un quartier fortifié (Castello), églises baroques, places ensoleillées et vie de quartier animée à Stampace ou dans le vieux quartier du port, aujourd’hui transformé en repaire de trattorie.
Cagliari lui semble offrir « tout ce qu’il aime en Italie », mais sans la mise en scène touristique et la pression des prix de Rome.
Atout de taille : la plage urbaine de Poetto, bande de sable blanc longue d’environ 8 km, accessible en une vingtaine de minutes de bus depuis le centre. Une rareté pour une grande ville italienne de ce profil.
Budget à Cagliari : environ 30 à 40 % moins cher que Rome
Selon Travel Off Path, un séjour à Cagliari revient globalement un tiers moins cher que dans la capitale italienne. Repas, hébergements et coûts du quotidien restent contenus, tout en donnant accès à un patrimoine historique et à un littoral de premier plan.
Snack à emporter : environ 4 à 6 dollars
Cappuccino : autour de 2 dollars
Plat principal en trattoria : 15 à 18 dollars
Nuit en hôtel 3 étoiles : 90 à 110 dollars
Le journaliste recommande au moins trois nuits sur place et cite Iglesias, petit bourg médiéval à une heure de route, comme excursion d’une journée idéale.
Brno, en Tchéquie : l’atout charme face à Prague saturée
Pour la Tchéquie, il écarte sans ménagement l’idée que Prague serait encore une destination « sous-estimée ». À ses yeux, la capitale est aujourd’hui l’une des villes médiévales les plus saturées d’Europe, avec des ponts et des ruelles littéralement envahis.
À l’inverse, Brno, deuxième ville du pays et grande cité universitaire, lui apparaît comme une version plus respirable, sans renoncer au décor tchèque classique : cathédrale gothique, centre historique compact, cafés chaleureux et pâtisseries traditionnelles.
Brno lui donne « tout ce qui rend Prague attractive, mais sans les interminables files d’attente et avec des prix divisés, parfois par deux ».
Autre avantage : sa position au cœur de la Moravie, région de châteaux et de vignobles. Depuis Brno, de nombreux villages viticoles et paysages vallonnés se rejoignent facilement en train ou en voiture, sans longs trajets.
Brno, une ville étudiante agréable et abordable
La ville compte environ 380 000 habitants, avec un fort pourcentage d’étudiants. L’ambiance y est décrite comme dynamique mais locale, loin d’un centre historique « muséifié ». Côté budget, le site évoque généralement 25 à 35 % de dépenses en moins par rapport à Prague pour les repas, la bière et l’hébergement.
Bière locale (50 cl) : 1,60 à 2,60 dollars
Plat principal au restaurant : 12 à 16 dollars
Nuit en hôtel 3 étoiles : 75 à 90 dollars
Lit en auberge : 20 à 30 dollars
Parmi les points forts, Travel Off Path met en avant le château de Špilberk, la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul et le bunker 10-Z, ancien abri nucléaire de l’époque de la guerre froide, transformé en musée.
Limerick, en Irlande : une ville irlandaise encore très locale
L’auteur se montre particulièrement sévère avec Dublin, qu’il juge chère, bruyante et peu marquante architecturalement. Il pointe le prix des pintes, l’ambiance très arrosée de certains quartiers comme Temple Bar et un centre-ville qu’il trouve peu lisible.
S’il devait choisir une ville irlandaise, il opterait pour Limerick, sur le fleuve Shannon. Il y voit un condensé d’Irlande urbaine : quartier médiéval, pubs au bord de l’eau, vie étudiante, mais sans ce qu’il perçoit comme la « prétention » dublinoise ou l’encombrement de stations balnéaires très touristiques.
Selon lui, Limerick est l’une des dernières villes d’Irlande où, en entrant dans un pub ordinaire, la majorité des clients restent des habitants, et non des groupes de visiteurs étrangers.
Autre argument, le prix : la pinte y serait nettement moins coûteuse qu’à Dublin, ce qui, pour un pays où la sortie au pub fait partie de la culture, pèse vite dans le budget. Le site avance une économie de l’ordre de 20 à 30 % sur les repas, les boissons et l’hébergement.
Ponta Delgada, aux Açores : Lisbonne en plus douce et moins chère
Pour le Portugal, le journaliste voyageur regrette la foule, les vols à la tire et les montées incessantes d’escaliers à Lisbonne. Il recommande plutôt Ponta Delgada, principale ville et capitale historique de l’archipel des Açores, sur l’île de São Miguel.
La ville conserve un centre aux façades blanches et à l’architecture héritée de l’époque des Grandes découvertes. À quelques kilomètres, l’île aligne lacs de cratère, vallées géothermales, forêts brumeuses et plages de sable noir. Un cadre qui, selon lui, rappelle par certains aspects le Brésil colonial, avec un environnement plus ordonné et un niveau de sécurité qu’il juge élevé.
Travel Off Path rappelle que le Portugal figure parmi les destinations les plus sûres d’Europe, avec un faible niveau de délinquance de rue et un risque politique limité.
Côté prix, Ponta Delgada serait environ 15 à 20 % moins chère que Lisbonne au global, avec des loyers encore bien inférieurs et des repas au restaurant généralement 10 à 12 % moins chers.
Trondheim, en Norvège : une Norvège de carte postale plutôt qu’une capitale futuriste
En Norvège, l’auteur estime qu’Oslo, très moderne, ne répond pas forcément à l’image que de nombreux touristes se font du pays. Il lui préfère Trondheim, au bord d’un fjord, qu’il décrit comme une parfaite introduction au style scandinave.
La ville se distingue par sa grande cathédrale médiévale de Nidaros, considérée comme la plus grande construction en pierre du Moyen Âge en Scandinavie et la cathédrale gothique la plus septentrionale d’Europe. Autour, des ruelles pavées bordées de maisons en bois colorées, en particulier dans le quartier de Bakklandet, composent un décor très photogénique.
Pour ce voyageur, Trondheim rassemble sur un format compact tout ce que les visiteurs recherchent dans une « carte postale » de Norvège : cathédrale, maisons en bois, front de mer et fjord.
Les prix restent néanmoins élevés : Travel Off Path souligne que Trondheim n’est pas significativement moins chère qu’Oslo. Le bénéfice se joue donc sur l’ambiance et le cadre plus historique, pas sur le budget.
Pourquoi ce choix intéresse aussi les voyageurs français
Pour un Français, ces cinq destinations ouvrent des perspectives concrètes. Depuis la métropole, Cagliari, Brno, Limerick, Ponta Delgada et Trondheim sont toutes accessibles par avion avec, selon les cas, une correspondance dans une grande ville européenne. Elles permettent de contourner les hausses tarifaires des capitales, particulièrement sensibles en haute saison.
Les capitales françaises, à commencer par Paris, connaissent elles aussi une forme de saturation touristique, avec flambée des prix hôteliers, files d’attente devant les principaux monuments et quartiers très orientés vers les visiteurs étrangers. À l’inverse, des villes comme Lyon, Nantes, Bordeaux ou Strasbourg jouent un rôle proche de celui décrit par Travel Off Path pour les pays cités : forte identité locale, centre historique attractif et fréquentation plus supportable en dehors de certains pics.
Capitale ou ville secondaire : comment arbitrer son city-trip ?
Pour préparer un week-end ou une semaine en Europe, la grille de lecture mise en avant par ce grand voyageur peut aider à choisir :
Affluence, hausse des prix, quartiers très touristiques
Ville secondaire
Ambiance plus locale, coûts moindres, accès facilité à la campagne environnante
Moins de grands musées, moins de vols directs
Son expérience montre aussi qu’une capitale n’est pas toujours le meilleur point d’entrée pour rayonner dans un pays. Brno donne un accès direct aux vignobles moraves, Ponta Delgada à l’île de São Miguel, Limerick à une partie de la côte ouest irlandaise, Trondheim au fjord voisin, Cagliari au sud de la Sardaigne.
Des repères pratiques pour les voyageurs français
Les fourchettes de prix communiquées par Travel Off Path sont exprimées en dollars. Elles donnent un ordre de grandeur utile pour comparer ces destinations aux capitales voisines, mais ne tiennent pas compte des variations liées aux saisons, aux événements ou aux réservations de dernière minute.
Pour un Français, plusieurs points méritent une attention particulière :
La saison : les villes secondaires restent généralement agréables même en haute saison, avec des flux plus modérés.
Les liaisons : l’absence de vol direct peut être compensée par des trajets ferroviaires rapides depuis une grande capitale proche.
Le rythme : à Ponta Delgada ou Trondheim, l’auteur insiste sur l’intérêt de rester plusieurs nuits, afin de profiter des environs sans courir.
Cette façon de voyager, moins centrée sur les capitales, peut aussi limiter le sentiment de saturation ressenti par certains touristes dans les grandes métropoles européennes. Elle offre surtout davantage de contacts avec les habitants, comme le souligne le cas de Limerick, où la clientèle des pubs reste majoritairement locale.
Au-delà des cinq villes citées, la logique défendue par Travel Off Path peut s’appliquer à bien d’autres pays : choisir une ville régionale bien desservie, à forte identité, en complément ou à la place de la capitale, pour gagner à la fois en confort et en pouvoir d’achat.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi ces villes sont-elles moins chères que les capitales ?
Les villes secondaires attirent moins de touristes de masse, ce qui réduit la pression sur les prix des restaurants, hôtels et attractions. L'absence de commercialisation touristique intensive maintient également les tarifs plus contenus pour les habitants comme pour les visiteurs.
Perd-on en qualité de patrimoine en choisissant ces villes ?
Non, selon le voyageur. Ces villes conservent l'essentiel du patrimoine historique et culturel de leurs pays respectifs (architecture médiévale, monuments baroques, châteaux, cathédrales) sans la mise en scène excessive des capitales.
Quel budget prévoir pour visiter Cagliari ou Brno ?
À Cagliari, un plat principal coûte 15 à 18 dollars et une nuit en hôtel 3 étoiles entre 90 et 110 dollars. À Brno, les prix sont similaires avec une bière locale à 1,60 à 2,60 dollars et une nuit d'hôtel entre 75 et 90 dollars.
Ces villes sont-elles faciles d'accès depuis les capitales voisines ?
Oui, elles sont bien connectées : Cagliari s'atteint par avion depuis Rome, Brno est facilement accessible en train depuis Prague, et les autres villes disposent de bonnes connexions de transport régional.
Risque-t-on de trouver ces villes trop calmes par rapport aux capitales ?
Au contraire, elles proposent une vie locale dynamique sans être chaotiques. Brno dispose d'une atmosphère étudiante vivante, Limerick maintient une culture de pub authentique, et toutes offrent restaurants, cafés et activités culturelles sans surcharge touristique.