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Ce pilier de l’industrie allemande vieux de 267 ans va adapter le plus puissant moteur diesel haute vitesse du monde pour en faire un groupe électrogène

Moteur diesel haute vitesse 175D de couleur métallique, vue perspective montrant ses composants turbocompressés intégrés dans une structure compacte de groupe électrogène pour data center.

En Allemagne, le groupe Everllence mise sur un moteur marin surpuissant pour attaquer un marché stratégique : la sécurité électrique des data centers.

Le média en ligne français Media24.fr rapporte qu’Everllence, héritier de MAN Energy Solutions, transforme son moteur 175D, présenté comme le plus puissant moteur diesel haute vitesse au monde, en un groupe électrogène taillé pour les centres de données. Une offensive industrielle qui intervient alors que la demande mondiale en serveurs, cloud et IA fait exploser les besoins en alimentation de secours, en Europe comme en France.

Un géant allemand de 267 ans qui se réinvente avec Everllence

Derrière Everllence se cache l’un des doyens de l’industrie européenne : Maschinenfabrik Augsburg-Nürnberg, fondé en 1758. L’entreprise, longtemps connue sous le nom de MAN Energy Solutions, a vu passer l’histoire du moteur dans ses ateliers. C’est chez elle que Rudolf Diesel a développé, entre 1893 et 1897, le premier moteur qui porte aujourd’hui son nom.

Le 4 juin 2025, le groupe a officiellement adopté son nouveau nom, Everllence. Un mot-valise construit autour des termes anglais « ever » et « excellence », qui accompagne une stratégie baptisée « Moving big things to zero ». Objectif affiché : réduire progressivement la dépendance au diesel fossile pour se tourner vers les carburants alternatifs, les pompes à chaleur industrielles, la capture de carbone et l’hydrogène.

Contrôlé par Volkswagen, Everllence emploie environ 15 000 personnes, avec un siège à Augsbourg, en Bavière, et une présence industrielle en France, notamment à Saint-Nazaire pour les moteurs marins.

Le moteur 175D, développé pour les navires rapides, devient le cœur d’un groupe électrogène de 2,4 mégawatts destiné aux data centers.

Du patrouilleur militaire au data center : la reconversion du 175D

Présenté le 20 juillet 2026, le 175D GenSet reprend la base du moteur 175D déjà utilisé depuis plus de quinze ans sur des patrouilleurs de marine, des yachts de luxe, des ferries rapides et des navires de soutien offshore. Selon Everllence, ce moteur, dans ses configurations les plus puissantes, atteint jusqu’à 4,4 mégawatts en version V20, ce qui en ferait le moteur diesel haute vitesse le plus puissant au monde.

Pour les applications data centers, le 175D est décliné en groupe électrogène stationnaire haute vitesse de 2,4 mégawatts électriques, soit 3 MVA, calibré pour le marché européen en 50 Hz. Sa mission : prendre le relais en cas de panne du réseau et assurer une alimentation de secours stable pour des salles de serveurs particulièrement sensibles aux coupures.

Le groupe électrogène est conçu pour être intégré dans des solutions containerisées, un format prisé par les opérateurs de grandes plateformes numériques. Everllence fabrique en interne les principaux composants critiques du système – bloc-moteur, turbocompresseurs, culasses – et assemble le 175D GenSet en Allemagne et au Danemark.

Haute vitesse contre moyenne vitesse : deux philosophies pour un même data center

Dans un centre de données, l’électricité doit être quasi infaillible. Les sites les plus exigeants visent une disponibilité dite Tier IV : 99,995 % du temps de fonctionnement, soit au maximum une vingtaine de minutes de coupure par an.

Pour faire face aux incidents, l’architecture type repose sur deux lignes de défense :

  • Les onduleurs UPS, qui basculent instantanément sur batterie lors des microcoupures et tiennent les premières secondes ou minutes.
  • Les groupes électrogènes, qui prennent ensuite le relais des batteries pour assurer l’alimentation pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours.

C’est à ce niveau que la notion de moteur haute vitesse ou moyenne vitesse devient centrale. Un moteur haute vitesse tourne autour de 1 500 à 1 800 tours par minute. Il est compact, léger, démarre en quelques secondes et convient parfaitement au secours rapide, au prix d’une consommation plus élevée.

Un moteur moyenne vitesse, lui, tourne entre 400 et 900 tours par minute. Plus massif, plus lent à démarrer, mais optimisé pour fonctionner longtemps, voire en continu, il sert d’alimentation principale ou de complément durable au réseau.

Everllence revendique une position particulière : proposer les deux technologies aux opérateurs de centres de données. Comme l’explique Marius Zasche, directeur du développement mondial sur la haute vitesse chez Everllence :

« Nous sommes le seul fournisseur à offrir aux opérateurs de data centers à la fois des moteurs moyenne vitesse pour l’alimentation primaire et des moteurs haute vitesse pour le secours. »

Caractéristiques techniques clés du 175D GenSet

Le 175D GenSet ne se limite pas à la puissance brute. Everllence met en avant une fiche technique pensée pour séduire les grands opérateurs de serveurs en Europe.

Caractéristique Valeur
Type Groupe électrogène haute vitesse stationnaire
Usage principal Alimentation de secours pour data centers
Puissance 2,4 MW électriques (3 MVA)
Fréquence visée 50 Hz (marché européen)
Norme d’acceptation de charge ISO 8528-5
Norme émissions NOx US EPA Tier II
Carburants supportés Diesel, HVO, méthanol (prévu)
Système de contrôle SaCoS 5000, développé en interne
Sites de fabrication Allemagne et Danemark
Refroidissement Système alimenté électriquement, compact
Turbocompression Simple étage haute performance
Support après-vente Réseau PrimeServ, plus de 140 implantations

Avec 2,4 MW dans un format containerisable, le 175D GenSet vise clairement les grands data centers européens en quête de puissance et de compacité.

HVO et méthanol : Everllence prépare l’ère post-diesel

Pour convaincre à l’heure de la décarbonation, Everllence s’appuie sur deux axes : la compatibilité avec le HVO et une conception « methanol-ready ».

Le HVO, carburant de transition déjà opérationnel

Le HVO, pour Hydrotreated Vegetable Oil, désigne une huile végétale hydrotraitée produite à partir de graisses animales, d’huiles alimentaires usagées ou d’autres formes de biomasse. Ce carburant liquide présente un avantage décisif : il peut être utilisé dans un moteur diesel classique sans modification majeure.

Les études disponibles indiquent des réductions potentielles d’émissions de CO₂ allant jusqu’à 90 % sur l’ensemble du cycle de vie par rapport au diesel fossile, en fonction des matières premières employées. Sa limite actuelle se situe sur le coût, deux à trois fois supérieur à celui du diesel, et sur la disponibilité, encore restreinte.

Le marché bouge néanmoins vite. Rolls-Royce mtu affirme avoir livré plus de 500 groupes électrogènes HVO en 2024, pour un total de 1,3 gigawatt de puissance de secours, tandis que l’américain Generac a lancé sa gamme EcoGen HVO fin 2025. En intégrant dès maintenant le support HVO, Everllence s’aligne sur cette nouvelle norme émergente pour les groupes de secours.

Méthanol : un pari industriel sur le long terme

Le second axe concerne le méthanol. Cet alcool liquide peut être produit soit à partir de gaz naturel, avec un bilan carbone défavorable, soit à partir de CO₂ capté et d’hydrogène décarboné, on parle alors de méthanol vert.

Facile à stocker et à transporter, le méthanol intéresse déjà le transport maritime. Everllence a livré en juin 2025 ce qu’il présente comme le moteur bicarburant méthanol le plus puissant du monde, destiné à des porte-conteneurs de 24 000 EVP construits en Chine.

Sur le 175D GenSet, la mention « methanol-ready » signifie que l’architecture du moteur est pensée pour être convertie vers le méthanol lorsque la filière sera suffisamment mûre, sans devoir remplacer l’installation complète. Les premiers clients achètent donc un groupe diesel classique, mais avec une option d’évolution vers un carburant plus propre lorsque celui-ci sera disponible à grande échelle.

Cybersécurité : le SaCoS 5000 comme argument de souveraineté

Au-delà du moteur, Everllence met en avant son système de contrôle électronique SaCoS 5000, développé entièrement en interne. L’enjeu se situe à la croisée de la cybersécurité et de la souveraineté technologique.

Un groupe électrogène relié au système de gestion d’un data center peut constituer un point d’entrée pour un attaquant. En théorie, prendre la main sur cet équipement permettrait de désactiver les moyens de secours et de provoquer un arrêt massif des services, avec un coût potentiel de plusieurs millions d’euros par heure de panne pour certains grands acteurs du numérique.

Les opérateurs européens s’inquiètent du fait que les grands centres de données utilisent souvent des systèmes de contrôle américains. En développant un contrôleur électronique en Europe, Everllence veut offrir une alternative intégrée, maîtrisée de bout en bout sur le territoire européen, avec des standards élevés en cybersécurité.

Dans un contexte de tensions géopolitiques, l’origine du système de contrôle des groupes électrogènes devient un critère stratégique pour les data centers européens.

Un marché des générateurs pour data centers en forte croissance

Selon l’institut MarketsandMarkets, le marché mondial des groupes électrogènes pour data centers représentait 8,43 milliards de dollars en 2024, soit environ 7,2 milliards d’euros. Les projections évoquent 19,66 milliards de dollars en 2030, environ 16,7 milliards d’euros, soit une multiplication par 2,3 en six ans.

La structure concurrentielle apparaît aujourd’hui très marquée par les acteurs américains. Caterpillar tiendrait autour de 18 % de parts de marché, Cummins environ 15 %, suivis par Generac et Kohler/Rehlko. Rolls-Royce Power Systems, avec sa filiale MTU basée en Allemagne, joue le rôle de champion européen avec une offre déjà bien implantée chez les grands opérateurs de data centers.

Everllence arrive donc en challenger, avec plusieurs atouts : une forte intégration verticale, une capacité à couvrir à la fois les solutions de secours et d’alimentation principale, et une offre orientée vers les carburants alternatifs.

Ce que cela implique pour les data centers en France

En France, les grands centres de données – qu’ils appartiennent à des hyperscalers américains, à des opérateurs télécoms ou à des acteurs du cloud français – reposent eux aussi sur une combinaison d’UPS et de groupes électrogènes diesel.

Les règles qui encadrent ces installations relèvent notamment des réglementations environnementales et des règles sur les installations classées, qui imposent des limites d’émissions et des exigences de sécurité. Les grands sites doivent aussi gérer l’intégration avec le réseau électrique français, exploité par RTE et Enedis, et composer avec les épisodes de tension sur le système électrique, en particulier en hiver.

Les industriels comme Everllence, Rolls-Royce Power Systems, Caterpillar ou Cummins fournissent déjà des équipements au marché français, via des intégrateurs ou directement. La montée en puissance du HVO intéresse les exploitants établis en France, qui cherchent à verdir leurs bilans carbone sans renoncer à la sécurité que procure le diesel.

L’arrivée d’un groupe comme le 175D GenSet, compact, européen, HVO-compatible et conçu pour être converti au méthanol, fournit une option supplémentaire pour les futurs projets de data centers sur le territoire français, notamment ceux liés au déploiement massif de l’IA générative.

Vers quelles alternatives à moyen terme ?

Les projections de marché mentionnées par Media24.fr soulignent aussi l’arrivée d’autres technologies. À moyen terme, certains projets envisagent des petits réacteurs modulaires nucléaires (SMR) dédiés à l’alimentation de data centers, ou encore des piles à combustible à hydrogène pour une production électrique décarbonée et continue.

Des sociétés comme Newcleo ou AMPERA planchent sur ces pistes, avec l’idée de rapprocher fortement la production d’électricité des sites de consommation numérique. Ces solutions restent toutefois en phase de développement ou de démonstration, là où les groupes électrogènes diesel, surtout lorsqu’ils peuvent fonctionner au HVO, sont immédiatement disponibles et largement maîtrisés.

Pour un lecteur français, l’enjeu se situe à la jonction entre souveraineté numérique, sécurité d’alimentation électrique et transition énergétique. Les serveurs qui hébergent nos données, nos services de paiement, nos réseaux sociaux ou nos outils d’IA dépendent encore largement du diesel. Des industriels comme Everllence tentent de rendre cette dépendance plus acceptable en préparant les moteurs à accueillir des carburants moins carbonés et en renforçant la maîtrise européenne sur les technologies critiques.

Questions fréquentes

Qui est Everllence et d'où vient-elle ?

Everllence est le nouveau nom adopté le 4 juin 2025 par MAN Energy Solutions, héritier de Maschinenfabrik Augsburg-Nürnberg fondée en 1758. C'est chez elle que Rudolf Diesel a développé le premier moteur diesel entre 1893 et 1897. L'entreprise, contrôlée par Volkswagen, emploie environ 15 000 personnes.

Qu'est-ce que le moteur 175D et pourquoi les data centers l'intéressent ?

Le 175D est un moteur diesel haute vitesse présenté comme le plus puissant au monde, qui atteint jusqu'à 4,4 mégawatts en version V20. Décliné en groupe électrogène stationnaire de 2,4 mégawatts pour les data centers, il assure une alimentation de secours stable en cas de panne du réseau et s'intègre dans des solutions containerisées prisées par les grands opérateurs.

Quelle est la différence entre un moteur haute vitesse et un moteur moyenne vitesse pour les data centers ?

Un moteur haute vitesse tourne à 1 500 à 1 800 tours par minute, est compact et démarre en quelques secondes, idéal pour le secours rapide mais consomme plus. Un moteur moyenne vitesse tourne à 400 à 900 tours par minute, est plus massif et lent à démarrer, mais optimisé pour fonctionner longtemps ou en continu comme alimentation principale. Everllence est le seul fournisseur à offrir les deux technologies.

Le 175D GenSet peut-il fonctionner avec d'autres carburants que le diesel ?

Oui, le 175D GenSet supporte le diesel, le HVO (huile végétale hydrotraitée) qui réduit les émissions de CO₂ jusqu'à 90 %, et le méthanol est prévu. Le HVO est déjà opérationnel et compatible sans modification majeure du moteur, bien qu'il coûte deux à trois fois plus cher que le diesel.

Pourquoi la sécurité électrique des data centers est-elle un marché stratégique ?

La demande mondiale en serveurs, cloud et intelligence artificielle fait exploser les besoins en alimentation de secours. Les data centers les plus exigeants visent une disponibilité Tier IV de 99,995 %, soit au maximum une vingtaine de minutes de coupure par an, ce qui nécessite des solutions fiables de secours électrique.
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