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Une partie de la population n’entend jamais de voix dans sa tête : les psychologues l’appellent « anendophasie », et ce silence intérieur change réellement la façon de penser

Pour la plupart d’entre nous, penser revient à se parler à soi-même en silence. Mais une partie de la population n’a tout simplement jamais entendu cette fameuse voix intérieure. Des psychologues ont baptisé ce phénomène « anendophasie », et leurs travaux montrent qu’il a des conséquences bien réelles sur certaines capacités mentales.

Relisez une liste de courses dans votre tête, répétez-vous un numéro de téléphone, préparez mentalement ce que vous allez dire à votre patron : tout cela passe par un monologue silencieux que l’on appelle le discours intérieur. On a longtemps cru que cette petite voix était universelle. Elle ne l’est pas.

Une expérience que tout le monde ne partage pas

Lorsque des psychologues interrogent des adultes sur leur vie mentale, les réponses sont étonnamment variées. Certains disent se parler quasiment en permanence. D’autres rapportent ne presque jamais penser en mots : leurs réflexions prennent la forme d’images, de sensations ou de concepts abstraits, sans phrases formulées.

Pendant des années, ces témoignages ont été accueillis avec scepticisme. Comment pourrait-on réfléchir sans langage ? C’est pour décrire cette absence de voix intérieure que des chercheurs américains et danois ont proposé le terme d’anendophasie, construit sur le modèle de l’aphantasie, qui désigne l’incapacité à visualiser des images mentales.

Ce que révèlent les tests

Pour vérifier si cette différence d’expérience a des effets concrets, les chercheurs ont comparé deux groupes d’adultes : une cinquantaine de personnes déclarant un discours intérieur très faible, et une cinquantaine d’autres rapportant au contraire une voix intérieure quasi constante.

Résultat : les participants sans voix intérieure obtenaient de moins bons scores à une tâche de mémoire de travail verbale, celle qui consiste à retenir une série de mots pendant quelques secondes. Ils avaient aussi plus de difficultés à juger si deux mots riment, un exercice qui demande généralement de « prononcer » les mots dans sa tête.

En revanche, d’autres capacités ne semblaient pas affectées. La faculté de passer rapidement d’une tâche à une autre, que l’on pensait liée à des consignes verbales que l’on se donne à soi-même, était identique dans les deux groupes. Même constat pour certains jugements perceptifs influencés par les catégories de langage.

Une pensée différente, pas une pensée diminuée

Ces résultats ne signifient pas que les personnes sans voix intérieure sont moins intelligentes. Elles semblent plutôt mobiliser d’autres stratégies pour accomplir les mêmes opérations mentales. Face à un exercice de rimes, par exemple, certaines s’appuient sur une représentation visuelle des mots plutôt que sur leur sonorité.

Les chercheurs soulignent d’ailleurs que ces différences apparaissent surtout dans des tâches très spécifiques, en laboratoire. Dans la vie quotidienne, la plupart des personnes concernées n’avaient jamais remarqué qu’elles fonctionnaient autrement, avant qu’on ne leur pose la question.

Un débat encore ouvert

Tout le monde ne s’accorde pas sur l’existence d’une véritable absence de voix intérieure. Certains spécialistes estiment qu’il s’agit plutôt d’une question de degré, ou que les personnes concernées ont un discours intérieur dont elles n’ont pas conscience. D’autres rappellent que les questionnaires d’auto-évaluation restent imparfaits pour mesurer quelque chose d’aussi intime que la pensée.

Ce qui fait consensus, en revanche, c’est que l’expérience de la pensée varie bien plus d’une personne à l’autre qu’on ne l’imaginait. Et que le fameux « flux de conscience » décrit par les écrivains n’est qu’une façon parmi d’autres d’habiter son propre esprit.

Comment savoir si vous êtes concerné ?

Un test simple consiste à s’observer en train de lire : entendez-vous les mots résonner dans votre tête, ou les comprenez-vous directement, sans son ? Quand vous attendez un rendez-vous, vous racontez-vous ce qui va se passer, ou visualisez-vous la scène ? Il n’existe pas de bonne réponse. Mais la question, elle, mérite d’être posée : elle révèle à quel point nos cerveaux, en apparence semblables, vivent des expériences radicalement différentes.

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