Aux États-Unis, une journaliste spécialiste de l’IA partage dix petites commandes avec une barre oblique qui transforment radicalement les réponses de ChatGPT.
Dans un article de Tom’s Guide, média technologique en ligne américain, l’éditrice IA explique comment elle a fini par contourner un travers bien connu des chatbots : des réponses trop longues, trop gentilles, parfois à côté de la plaque. Sa méthode tient en un détail presque dérisoire : commencer ses requêtes par une « slash commande » comme /human ou /critic. Ce simple mot-clé change la façon dont ChatGPT – ou d’autres IA comme Gemini ou Claude – construit sa réponse.
Pourquoi ces « slash commandes » changent la discussion avec l’IA
L’autrice, décrite comme une « power user » de ChatGPT, raconte son agacement face aux réponses qui s’éternisent ou ignorent la demande précise. Elle demande un simple ajustement de texte ; le chatbot lui renvoie un exposé en cinq parties. Elle sollicite une aide ciblée ; l’outil répond parfois juste par « Oui ».
Ces commandes avec une barre oblique ne débloquent aucun mode secret chez OpenAI : elles forment un langage raccourci, compris par la plupart des chatbots, pour imposer un format et une attitude à la réponse.
Plutôt que d’ajouter des lignes d’instructions, elle conseille d’utiliser ces mots-clés placés au tout début du prompt. Ils servent de signal fort : ton attendu, niveau de détail, format de sortie. La méthode fonctionne, selon Tom’s Guide, avec ChatGPT mais aussi avec d’autres assistants comme Gemini, Claude ou Muse.
/human : rendre un texte d’IA plus naturel
La commande /human est devenue virale, rappelle Tom’s Guide. Elle sert à corriger le ton très « robotique » que prennent souvent les textes générés.
Exemple donné : /human Réécris ce texte pour qu’il sonne comme quelque chose qu’une vraie personne dirait : [coller le texte]
L’éditrice explique qu’elle s’en sert pour nettoyer les tics d’écriture de l’IA : transitions toutes faites, explications interminables, phrases qui se ressemblent, ton trop lisse. Elle l’emploie notamment avant d’envoyer un mail ou de finaliser une présentation.
Autre usage décrit : lorsqu’elle a rédigé un premier jet humain, elle refuse que l’IA le réécrive de fond en comble. Elle précise donc : /human ne fais que des modifications mineures sur ce brouillon rédigé par un humain. Le texte reste le sien, mais un peu poli.
Elle suggère également aux utilisateurs avancés de définir /human dans les instructions permanentes de ChatGPT (le champ où l’on peut décrire ses préférences) : habitudes d’écriture à éviter, niveaux de reformulation, style souhaité.
/critic : demander un regard vraiment critique
Tom’s Guide souligne un autre travers des chatbots : une tendance à être « trop gentils ». Quand on leur soumet une idée, ils commencent souvent par la complimenter avant de signaler d’éventuels défauts. Utile pour être encouragé, moins pour juger la solidité réelle d’un projet.
Exemple donné : /critic J’envisage d’acheter une machine à espresso très chère alors que je ne fais du café que deux fois par semaine. Évalue cette idée.
Avec /critic, l’intention est claire : pas de validation, pas de compliments, mais les faiblesses, les risques et les angles morts. Tom’s Guide décrit cette commande comme un outil pour tester :
une proposition ou un pitch professionnel ;
un plan de projet ;
un achat coûteux ;
une idée à laquelle on tient un peu trop.
La commande aide à lutter contre le biais de confirmation : on force l’IA à dire ce qui ne va pas, plutôt qu’à chercher uniquement des éléments qui rassurent.
/tldr : obtenir l’essentiel sans le blabla
La commande /tldr (abréviation bien connue sur internet pour « trop long, pas lu ») sert à comprimer un contenu pour en extraire l’essentiel.
Exemple donné : /tldr Explique ce qui change réellement dans cette annonce : [coller le texte]
L’autrice l’utilise pour les mails interminables, les communiqués de presse, la documentation ou les longs articles. Elle veut connaître le message clé avant de décider si le reste mérite une lecture attentive.
La force de /tldr tient au fait que l’abréviation est déjà largement comprise dans la culture web, ce qui aide l’IA à interpréter correctement la demande : résumer sans perdre le point central.
/senior : ignorer le niveau débutant
À l’inverse, /senior sert à éviter les rappels basiques quand l’utilisateur maîtrise déjà le sujet. Tom’s Guide donne l’exemple de l’IA générative : un profil expérimenté n’a pas besoin qu’on lui réexplique ce qu’est un modèle de langage à chaque question.
Exemple donné : /senior Analyse cette architecture d’agent IA. Suppose que je comprends les LLM, le tool calling, MCP et les context windows : [détails]
Le conseil est d’ajouter un minimum de contexte dans la commande : « senior » ne signifie pas la même chose en programmation, en marketing ou en finance. En précisant le niveau supposé, on gagne du temps et on limite les préambules pédagogiques.
/diff : voir précisément ce qui a changé
Dans l’article, la commande /diff est présentée comme l’une des préférées de l’éditrice pour l’édition de textes. Quand elle fournit, par exemple, 800 mots et demande trois modifications, elle ne souhaite pas recevoir juste une nouvelle version à 800 mots.
Exemple donné : /diff Resserre ce paragraphe sans changer mon argument : [texte]
Elle recommande même d’être plus explicite : /diff Montre-moi uniquement les phrases que tu modifierais et leur remplacement.
Ce fonctionnement rappelle celui des outils de comparaison de versions en code. L’idée est d’isoler les changements au lieu de devoir relire ou comparer deux blocs presque identiques, ce qui est souvent plus long que la correction elle-même.
/bullets : obtenir des listes claires
Tom’s Guide note que ChatGPT a tendance à privilégier le texte continu, parfois au détriment de la lisibilité. /bullets vise à obtenir tout de suite une réponse sous forme de points clés.
Exemple donné : /bullets Donne-moi les principales raisons de ne pas acheter un nouveau téléphone si le mien n’a que deux ans.
Cette forme se prête bien à la préparation de réunion, aux listes de pour et contre, aux décisions d’achat ou au brainstorming. L’objectif est de scanner l’information rapidement, sans se perdre dans de longues phrases.
/table : comparer d’un coup d’œil
Pour les comparaisons, la commande /table remplit la même fonction visuelle que /bullets mais en tableau.
Exemple donné : /table Compare ChatGPT, Claude et Gemini pour l’écriture, la recherche, le code et l’usage quotidien.
Plutôt que de répéter à chaque fois « mets cela dans un tableau avec des colonnes pour… », le simple mot-clé donne l’orientation générale. L’utilisateur doit tout de même préciser les catégories, mais il obtient un format directement exploitable.
Commande
Utilisation principale
/bullets
Points clés pour lecture rapide
/table
Comparaison structurée entre options
/devilsadvocate : forcer le contre-argument
Lorsque l’éditrice a l’impression d’avoir déjà pris sa décision, elle utilise /devilsadvocate. Référence à « l’avocat du diable », la personne chargée de défendre la position opposée.
Exemple donné : /devilsadvocate Je pense que résilier tous mes abonnements de streaming et passer d’un service à l’autre chaque mois va me faire économiser de l’argent. Qu’est-ce qui ne va pas dans ce plan ?
Ici, la demande n’est pas « as-tu raison ? », mais « construis le meilleur argument contre mon idée ». Tom’s Guide y voit un outil utile sur les décisions où le vrai risque est le biais personnel. Si, après un contre-argument solide, l’utilisateur maintient sa position, il sait au moins avoir considéré l’autre côté.
/rubberduck : transformer l’IA en partenaire de réflexion
La commande /rubberduck est empruntée au « rubber duck debugging », une pratique des développeurs : expliquer un problème à voix haute, parfois à un simple canard en plastique posé sur le bureau, aide à mettre le doigt sur l’erreur.
Avec ChatGPT, on demande au chatbot de jouer ce rôle.
Exemple donné : /rubberduck Ne résous pas encore ce problème. Pose-moi une question à la fois pour m’aider à comprendre pourquoi ma routine du matin prend toujours trop de temps.
Cette commande modifie le rôle de l’IA : au lieu d’être un distributeur de solutions toutes faites, elle devient un partenaire qui interroge, reformule et aide à clarifier le problème.
Tom’s Guide signale que ce mode est intéressant pour déboguer du code, réfléchir à une décision, planifier un projet ou analyser ce qui dysfonctionne dans une habitude quotidienne. L’éditrice y voit aussi un moyen d’éviter une forme de « ramollissement intellectuel » lié à une dépendance excessive aux réponses instantanées de l’IA.
Créer ses propres slash commandes personnalisées
Au-delà de ces dix exemples, Tom’s Guide insiste sur un point : chacun peut inventer ses propres commandes. L’article cite quelques idées :
/short pour exiger une réponse sous 100 mots ;
/pitch pour formater une idée selon un modèle utilisé au travail ;
/kids pour demander une explication adaptée à un enfant ;
/verify pour séparer clairement faits établis et hypothèses.
L’éditrice rappelle que le caractère « / » n’a rien de magique. Il sert surtout de déclencheur visuel simple, facile à repérer et à mémoriser. Pour un comportement vraiment constant, elle recommande de définir ces commandes dans les instructions de ChatGPT, par exemple :
« Quand je commence un prompt par /critic, évite les compliments et concentre-toi sur les faiblesses, les vulnérabilités factuelles et les informations manquantes. Quand j’utilise /human, réécris avec des phrases naturelles et supprime le langage typique de l’IA et les transitions inutiles. »
Une fois ce cadre posé, /critic ou /human ne sont plus de vagues indications, mais de véritables raccourcis paramétrés.
En France, comment utiliser ces commandes au quotidien ?
Pour un utilisateur français, le principe reste le même : ces commandes sont de simples mots-clés en anglais, mais elles fonctionnent avec la plupart des IA accessibles en France, dont ChatGPT. Elles sont particulièrement adaptées :
aux salariés qui rédigent des mails, notes internes, comptes rendus et veulent gagner du temps sans perdre leur style : /human, /diff, /bullets ;
aux indépendants et entrepreneurs qui arbitrent des choix coûteux ou structurants : /critic, /devilsadvocate ;
aux étudiants et chercheurs qui doivent synthétiser des textes longs : /tldr, /table ;
aux développeurs et techniciens : /senior, /rubberduck, /diff pour le code.
En France, ces outils ne remplacent évidemment ni les conseils d’un avocat, ni ceux d’un médecin ou d’un conseiller financier. Ils restent des assistants textuels. Les commandes orientent la forme et la profondeur des réponses, mais ne transforment pas la fiabilité des informations : pour des décisions sensibles, la vérification humaine demeure indispensable.
Un réflexe à prendre : penser « format » avant de poser sa question
L’article de Tom’s Guide montre surtout un changement de logique : ne plus seulement réfléchir au contenu de la question, mais aussi au format de réponse souhaité. Liste courte, tableau comparatif, objection argumentée ou simple coup de polish sur un texte humain : chaque commande agit comme un filtre.
Pour un lecteur francophone, l’enjeu est concret : gagner du temps, garder la main sur le style, mieux voir les risques de ses propres idées et utiliser l’IA comme un partenaire de réflexion plutôt que comme un générateur automatique de pavés de texte.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.