Bugatti a trouvé un moyen de réduire radicalement la facture pneus de la Veyron, aux États-Unis, sans dénaturer son hypercar mythique.
Le site spécialisé Carscoops rapporte que Bugatti propose désormais une nouvelle monte de roues et de pneus pour la Veyron, destinée à remplacer le coûteux système Michelin PAX d’origine. Une évolution très attendue par les propriétaires, confrontés depuis vingt ans à des factures de plusieurs dizaines de milliers de dollars à chaque remplacement.
Une Bugatti à plusieurs millions… mais des pneus à 42 000 dollars
Posséder une Bugatti Veyron ne met pas à l’abri des mauvaises surprises au moment de passer au garage. L’hypercar, produite à partir du milieu des années 2000, était équipée d’un système de pneus Michelin PAX, une technologie spécifique mêlant pneus et jantes dédiés. Résultat : une dépendance totale à une référence rarissime et une facture vertigineuse lors du remplacement.
Selon les chiffres rappelés par Carscoops, un train complet de pneus PAX pour Veyron pouvait atteindre 42 000 dollars, uniquement pour le caoutchouc. Et ce n’était pas tout. Pour garantir la sécurité à plus de 400 km/h, Bugatti recommandait également de remplacer les jantes après quelques changements de pneus. Des rapports évoquaient ainsi des factures globales dépassant 150 000 dollars pour un renouvellement complet roues + pneus.
Un simple remplacement de pneus sur Veyron pouvait ainsi flirter avec le prix d’une voiture de luxe neuve, jantes comprises.
Face à ce coût jugé déraisonnable, même pour des propriétaires habitués aux montants à six chiffres, certains retardaient le remplacement ou cherchaient des solutions alternatives. Bugatti a fini par répondre directement à ce problème récurrent.
La solution Bugatti : de nouvelles jantes et des pneus modernes Michelin
Pour sortir de l’impasse PAX, la marque a mobilisé sa division de restauration et de certification, La Maison Pur Sang. Cette entité, officiellement chargée de remettre en état et d’authentifier les modèles anciens, a développé un nouveau jeu de jantes spécialement conçu pour la Veyron.
Ces jantes adoptent des dimensions modernes : 20 pouces à l’avant et 21 pouces à l’arrière. Elles reprennent le dessin d’origine dit « Machiavelli », afin de ne pas dénaturer la silhouette de l’hypercar.
20 pouces à l’avant avec des pneus en 285/30 ZR20
21 pouces à l’arrière avec des pneus en 355/25 ZR21
Design inspiré des jantes d’origine pour préserver l’esthétique
Compatibilité avec les pneus de la Bugatti Chiron
Le point clé : ces dimensions sont exactement celles de la Chiron. Bugatti peut ainsi monter des pneus Michelin Pilot Sport Cup 2 développés pour ses hypercars les plus récentes, issus de la même famille que ceux utilisés sur la Chiron Super Sport ou la W16 Mistral.
En adoptant les dimensions de la Chiron, la Veyron quitte définitivement le système PAX pour des pneus « standardisés » beaucoup plus faciles à trouver.
Selon les prix cités par Carscoops, inspirés du site américain de vente de pneus Tire Rack, un train complet de Michelin dans ces dimensions se négocie autour de 3 600 dollars. Jalopnik, autre média automobile, est également mentionné pour avoir détaillé ce changement de stratégie.
De 42 000 à 3 600 dollars : une économie massive… avec une contrepartie
La baisse de coût est spectaculaire : on passe d’un ordre de grandeur de 42 000 dollars à environ 3 600 dollars pour un jeu complet de pneus. Autrement dit, le prix est divisé par plus de dix pour la seule partie « gomme ».
Élément
Ancienne configuration PAX
Nouvelle configuration Chiron
Type de pneus
Michelin PAX spécifiques Veyron
Michelin Pilot Sport Cup 2 (tailles Chiron)
Coût estimé du train de pneus
Environ 42 000 dollars
Environ 3 600 dollars
Disponibilité
Très limitée, technologie dédiée
Dimensions partagées avec d’autres hypercars Bugatti
Remplacement périodique des jantes
Recommandé après quelques trains
Théoriquement non nécessaire, jantes prévues pour durer
Il y a toutefois un « détail » que Bugatti ne met pas forcément en avant dans son discours : pour profiter de ces pneus bien moins chers, il faut impérativement investir dans les nouvelles jantes. Le constructeur n’a pas communiqué de prix officiel pour ces roues développées par La Maison Pur Sang. Mais tout laisse penser qu’il s’agit d’un investissement conséquent.
Le tarif des nouvelles jantes reste inconnu, mais l’achat est présenté comme une dépense unique, là où les pneus reviennent régulièrement.
La logique de Bugatti est claire : le coût des jantes représenterait une dépense ponctuelle, là où la facture pneus se répète tout au long de la vie de la voiture. Sur une longue période, les économies réalisées à chaque changement pourraient compenser le prix initial de ces nouvelles roues.
Préserver le style d’origine de la Veyron
La marque insiste aussi sur l’aspect esthétique. Les nouvelles jantes reprennent l’esprit visuel de la Veyron d’origine, dans un design simplement réinterprété. Bugatti cherche ainsi à rassurer les collectionneurs, souvent attachés au respect scrupuleux de la configuration de sortie d’usine.
Les photos diffusées montrent une Veyron équipée des anciennes jantes PAX et, en bas de l’image, une Veyron chaussée des nouvelles roues. L’allure générale reste fidèle, avec même un rendu jugé un peu plus élégant par Carscoops.
Ces jantes modernisées ont été présentées lors de la Monterey Car Week, grand rendez-vous automobile en Californie. Elles équipaient une Veyron spéciale baptisée « Veyron 20 Years », préparée par La Maison Pur Sang pour célébrer les vingt ans du modèle.
Un programme de personnalisation plus large
La Veyron exposée à Monterey illustre aussi l’ampleur des possibilités de personnalisation désormais offertes aux propriétaires. Cette version unique mélange :
une peinture Rouge Rembrandt issue de la palette du modèle Tourbillon, le nouveau coupé Bugatti,
un bleu Petrol Blue emprunté à la Chiron,
un intérieur en cuir Magnolia rappelant les configurations les plus luxueuses de la marque.
Bugatti a aussi retravaillé certains détails techniques et esthétiques : nouvelle grille d’admission en relief, surpiqûres spéciales baptisées « Mocassin » ou encore finition « Côte de Genève » sur la console centrale, inspirée de l’horlogerie de luxe.
La Maison Pur Sang propose même un configurateur spécifique à destination des propriétaires de Veyron. Objectif : permettre à ces clients de revoir et d’actualiser leur voiture sans la dénaturer, tout en bénéficiant des dernières avancées techniques, comme ces nouvelles jantes.
Et pour un propriétaire français de supercar, que faut-il retenir ?
En France, aucun modèle ne cumule exactement les mêmes contraintes que la Veyron et son système PAX. Mais la problématique des pneus spécifiques et très onéreux existe aussi pour les supercars et hypercars récentes, qu’il s’agisse de Ferrari, Lamborghini, Porsche ou autres.
Les propriétaires français de véhicules très performants se heurtent souvent à :
des dimensions de pneus rares, donc plus chères,
des références homologuées par le constructeur, parfois limitées à quelques modèles très précis,
la nécessité de passer par des centres agréés pour le montage, pour conserver la garantie ou le certificat d’authenticité.
Les distributeurs français de pneus haut de gamme se fournissent, dans la majorité des cas, auprès des grands manufacturiers comme Michelin, Pirelli ou Bridgestone, qui produisent déjà des gammes très spécialisées pour les voitures sportives. L’enjeu n’est pas tant l’existence de ces pneus que leur prix et leur disponibilité.
Le cas Bugatti montre surtout que les constructeurs peuvent, avec le temps, proposer des solutions techniques permettant de sortir d’impasses créées par des technologies très spécifiques. En France, pour un propriétaire d’ancienne sportive équipée de pneus rares, un dialogue avec la marque, ou avec un préparateur reconnu, peut parfois déboucher sur une monte alternative homologuée, un peu comme ce qui vient d’être fait pour la Veyron.
Pourquoi le système PAX posait autant de problèmes
Le système Michelin PAX, utilisé sur la Veyron, associait une jante spécifique et un pneu à flancs renforcés avec un insert interne. Ce type de technologie visait à maintenir la voiture contrôlable même en cas de perte de pression, tout en conservant les performances à très haute vitesse.
Sur le papier, la solution offrait une sécurité intéressante pour une voiture capable de dépasser les 400 km/h. Mais en pratique, elle a rendu les propriétaires totalement dépendants d’un format très étroitement lié à Bugatti et à Michelin, produit en petit nombre. C’est cette rareté, associée à la complexité du système, qui a fait exploser les prix au fil des ans.
À l’inverse, les nouvelles dimensions alignées sur celles de la Chiron permettent de mutualiser le développement et la production de pneus entre plusieurs modèles. Cette approche limite les risques de pénurie et stabilise davantage les prix, tout en conservant un niveau de performance très élevé.
Pour un passionné français de voitures de collection, le cas de la Veyron rappelle enfin un principe simple : au-delà du prix d’achat d’une supercar, le choix d’une technologie très particulière (pneus, freins, électronique) peut entraîner des coûts d’entretien considérables à long terme. Une donnée à prendre en compte avant de signer, même lorsque le badge sur le capot s’appelle Bugatti.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.