Au Canada, un ours noir a surpris les propriétaires d’une petite station-service en s’offrant un encas sucré inattendu à l’aube.
Sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, une station-service de la petite localité de Lake Cowichan a reçu un client pour le moins inhabituel : un ours noir. L’animal est entré calmement dans le commerce, a parcouru les rayons comme un habitué, puis est reparti avec un sachet de bonbons. La scène, filmée par la vidéosurveillance et relayée par le média canadien CTV News, amuse, mais rappelle aussi la cohabitation délicate entre humains et faune sauvage au Canada.
Une visite matinale inattendue dans une station-service canadienne
Les faits se déroulent au Tipton Gas Bar, une petite station-service de Lake Cowichan, sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique. Les images de vidéosurveillance datent du 9 octobre 2023, vers 6 h 30 du matin, alors que le jour se lève à peine. L’ours noir profite d’une porte laissée ouverte pour entrer tranquillement dans la boutique.
À ce moment-là, les lieux appartiennent encore à Jay et Karen deGoesbriand. Jay se trouve derrière le comptoir, un café à la main, lorsque l’animal franchit le seuil. Selon le récit rapporté par CTV News, l’ours ne montre aucun signe d’agressivité. Il avance d’un pas lent, jette un œil aux étals, renifle les rayons et semble prendre le temps de « faire ses courses ».
Les caméras montrent un ours noir qui traverse la boutique sans rien renverser, inspecte les produits, puis s’oriente vers le rayon confiseries.
Cette attitude calme tranche avec l’image d’animaux capables de provoquer d’importants dégâts en quelques secondes lorsqu’ils fouillent des garages ou des poubelles. Ici, pas de rayons renversés ni de paquet éventré sur place : tout ressemble à une visite méthodique.
Un ours noir qui choisit… des bonbons en forme d’ours
La scène prend tout son relief au moment du choix du « snack ». L’ours se dirige vers le coin des sucreries, hésite à peine, attrape un petit sachet de bonbons gélifiés et repart comme si de rien n’était. Il s’agit de bonbons en forme d’ours, des « gummy bears », ce qui donne à la scène une dimension presque trop parfaite pour être vraie.
Selon le récit relayé par CTV News, l’animal ressort aussitôt de la boutique, toujours sans agressivité, et s’installe dans le parking pour déguster tranquillement sa prise, sous les yeux de Jay. Le propriétaire observe sans intervenir, conscient qu’il ne s’agit pas d’un simple voleur à interpeller, mais d’un animal sauvage potentiellement dangereux.
Au milieu de toutes les options possibles dans la boutique, l’ours noir a choisi un sachet de bonbons en forme d’ours, comme si le geste était scénarisé.
La vidéo, largement partagée au Canada, amuse par ce clin d’œil involontaire à la « cohérence de marque » : un ours qui mange des bonbons en forme d’ours. Derrière l’anecdote, les spécialistes de la faune rappellent pourtant que ce type de comportement n’a rien d’anodin.
Un comportement amusant, mais un signal pour les spécialistes de la faune
Pour les experts de la faune sauvage, voir un ours noir entrer dans un magasin n’est pas seulement une scène virale. C’est le signe d’un animal qui a compris que les zones habitées offrent un accès facile à la nourriture. Les ours qui associent la présence humaine à des sources de nourriture deviennent ce que les biologistes appellent des animaux « habitués » ou « conditionnés à la nourriture ».
Dans ce cas précis, l’ours a trouvé un sachet de bonbons, un produit extrêmement riche en sucre et en calories. Pour un animal omnivore, toujours à la recherche d’énergie, la tentation est grande. Les ours noirs se nourrissent principalement de végétaux, de baies, de noix, de graminées et d’insectes, mais ils ne rechignent pas devant un aliment très calorique, surtout à l’approche de la mauvaise saison.
Un ours habitué aux humains peut multiplier les incursions en zones habitées.
Il perd sa crainte naturelle des personnes, ce qui augmente le risque d’incident.
Les autorités peuvent être contraintes de capturer ou d’abattre l’animal en cas de danger.
Les spécialistes rappellent que dans les régions fréquentées par les ours, tous les déchets alimentaires doivent rester hors de portée : conteneurs renforcés, poubelles fermées, nourriture non abandonnée à l’extérieur. Chaque accès facile à la nourriture humaine renforce l’idée, chez l’animal, que les habitations et commerces sont des garde-manger.
Le Canada, bastion de l’ours noir en Amérique du Nord
L’ours noir américain (Ursus americanus) est l’une des espèces d’ours les plus répandues sur le continent nord-américain. Il vit à la fois au Canada et aux États-Unis. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) le classe dans la catégorie « préoccupation mineure », ce qui signifie que l’espèce n’est pas considérée comme globalement menacée à l’échelle du continent.
Selon les estimations très générales rapportées par l’organisme public canadien Parcs Canada, le continent nord-américain pourrait abriter jusqu’à 600 000 ours noirs. Plus de 380 000 d’entre eux vivraient au Canada. Le pays représente donc un véritable bastion pour l’espèce, même si la densité d’ours varie fortement selon les régions.
Avec plus de 380 000 individus estimés, le Canada fait partie des grands territoires de l’ours noir américain.
Les ours noirs sont des animaux plutôt solitaires. On les observe généralement seuls, sauf lorsque les femelles élèvent leurs oursons, lors de courtes périodes de reproduction ou autour de sources de nourriture très abondantes. Leur régime omnivore s’adapte aux saisons et aux ressources locales : jeunes pousses au printemps, baies et fruits sauvages l’été, glands et noix à l’automne. Ils complètent parfois ce menu par du poisson, des carcasses, de petits animaux… et, quand l’occasion se présente, par des aliments issus de l’activité humaine.
Une espèce rapide, opportuniste et adaptable
Contrairement à leur allure massive, les ours noirs sont capables de pointes de vitesse impressionnantes. Ils peuvent atteindre environ 35 miles par heure, soit plus de 55 km/h. Une telle vitesse rend illusoire toute tentative de fuite à pied si un ours se montre menaçant.
Cette combinaison d’agilité, d’intelligence et d’opportunisme alimentaire explique pourquoi ils s’adaptent relativement bien aux paysages modifiés par l’homme, notamment les zones périurbaines. Dès qu’ils apprennent qu’une poubelle mal fermée ou un commerce ouvert offre un accès régulier à des aliments très caloriques, ils sont tentés de revenir.
Ours et humains : quelles précautions en milieu urbain et périurbain ?
Les gestionnaires de la faune au Canada rappellent quelques principes simples. Ils visent à limiter les rencontres rapprochées, que ce soit dans une station-service, un camping ou un quartier résidentiel en lisière de forêt :
ne pas laisser de nourriture à l’extérieur, même sur une courte durée ;
utiliser des poubelles renforcées ou cadenassées dans les zones à ours ;
maintenir portes et fenêtres fermées lorsque personne ne surveille les lieux ;
ne jamais tenter de nourrir un ours ni de l’attirer pour prendre des images ;
signaler aux autorités compétentes tout animal qui se montre régulièrement dans un quartier.
Les autorités insistent aussi sur un point : un ours dans un magasin ne doit jamais être considéré comme une attraction touristique. Même calme, un animal de cette taille peut réagir de façon imprévisible s’il se sent coincé ou menacé. Les consignes varient selon les régions, mais elles reposent presque toujours sur le même principe : réduire autant que possible l’accès des ours à la nourriture humaine.
Les ours en France : un contexte très différent
Pour un lecteur français, cette histoire peut sembler lointaine, car la France ne connaît pas la même cohabitation avec les ours. L’ours noir américain n’est pas présent sur le territoire. Les quelques ours que l’on peut observer en milieu naturel sont des ours bruns, dans les Pyrénées, à la frontière avec l’Espagne. Leur population reste limitée et fait l’objet d’un suivi scientifique et politique régulier.
Les situations de type « ours dans une station-service » n’existent pas en France métropolitaine. Les enjeux de cohabitation concernent plutôt les éleveurs de montagne, les randonneurs et les habitants de vallées reculées, là où les forêts et estives se rapprochent des villages. Les autorités françaises, via l’Office français de la biodiversité et les services de l’État, publient des consignes de sécurité spécifiques pour les zones où l’ours brun est présent.
En France, la présence de l’ours reste très localisée, loin des scènes de commerces visités par des animaux sauvages observées dans certaines régions du Canada.
Les grandes différences de densité d’ours entre la France et le Canada expliquent aussi l’écart de perception : dans de vastes régions canadiennes, vivre « en pays d’ours » fait partie du quotidien. Poubelles fermées, nourriture à l’abri, vigilance en randonnée sont intégrés aux habitudes de nombreux habitants, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des régions françaises.
Ce que cette histoire dit de l’attirance des ours pour la nourriture humaine
L’épisode de Lake Cowichan illustre de façon presque caricaturale l’attrait des ours pour la nourriture transformée par l’homme. Un sachet de bonbons concentre du sucre et des calories dans un volume réduit, ce qui en fait une source d’énergie très intéressante pour un animal qui prépare sa réserve de graisse.
Pour la faune sauvage, chaque accès répété à ce type d’aliment renforce un apprentissage : là où il y a des humains, il y a une nourriture plus facile à obtenir que dans la forêt. Avec le temps, ce réflexe peut pousser les animaux à s’approcher de plus en plus des habitations, à fouiller les terrasses, les campings, voire à tenter d’entrer dans des maisons ou commerces.
Cette dynamique présente au moins deux risques : pour les animaux, qui s’exposent au trafic routier, aux captures, voire à des euthanasies de sécurité lorsqu’ils deviennent trop familiers ; et pour les habitants, qui voient augmenter la probabilité de rencontres rapprochées avec des animaux puissants. Derrière l’image drôle d’un ours amateur de bonbons, les gestionnaires de la faune y lisent donc un signal d’alerte sur la nécessité de mieux sécuriser les accès à la nourriture dans les régions concernées.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.