En balade en France ou dans votre jardin, votre chien avale de l’herbe, parfois des excréments, sans que vous compreniez vraiment pourquoi.
Ce comportement surprend puis inquiète beaucoup de maîtres. Le magazine scientifique britannique BBC Science Focus a interrogé une spécialiste du comportement canin pour éclairer ces attitudes déroutantes. Entre anxiété, ennui, curiosité et restes d’instinct sauvage, les explications sont multiples, et loin d’être toujours inquiétantes pour la santé du chien.
Pourquoi les chiens mangent-ils de l’herbe ?
Les chercheurs qui étudient le cerveau et le comportement des chiens reconnaissent encore de nombreuses zones d’ombre. Selon la spécialiste du comportement animal de compagnie Emily Blackwell, de l’université de Bristol au Royaume‑Uni, les études menées jusqu’ici restent limitées et ne permettent pas d’identifier une cause unique.
Les scientifiques parlent plutôt d’un ensemble d’hypothèses crédibles : l’herbe peut traduire de l’anxiété, un besoin d’attention, de l’ennui ou un simple réflexe alimentaire.
Un comportement de « déplacement » lié à l’anxiété
Une première piste renvoie à ce que les éthologues appellent un « comportement de déplacement » : l’animal fait une action sans rapport direct avec ce qu’il ressent, pour évacuer une tension interne.
Emily Blackwell compare cela à une scène très humaine : dans une salle d’attente chez le dentiste, nous avons parfois envie de fuir, mais nous restons assis et nous mettons à nous ronger les ongles ou à tripoter notre téléphone. Nos gestes servent de soupape à notre anxiété.
Chez le chien, se mettre à brouter de l’herbe peut jouer ce rôle de soupape quand il vit un conflit intérieur : envie de courir mais tenue en laisse, excitation mêlée à de la crainte, situation inconfortable avec un autre chien ou une personne, etc.
Changement soudain d’environnement (nouvelle maison, pension, trajet en voiture)
Tension lors d’une rencontre avec un autre animal
Ordres contradictoires du maître (rappel puis autorisation de repartir jouer, par exemple)
Moment d’attente prolongé où le chien ne sait pas quoi faire
Dans ces situations, mâchonner des brins d’herbe peut simplement traduire un malaise intérieur, plus qu’un véritable besoin alimentaire.
Une façon d’obtenir votre attention
Une autre explication tient à la réaction… des humains. Beaucoup de maîtres se précipitent dès que le chien commence à brouter, par crainte qu’il ne soit malade ou qu’il vomisse ensuite. Pour le chien, cette agitation peut rapidement devenir un signal.
Comme le souligne Emily Blackwell, si le propriétaire parle au chien, le touche, le gronde ou le rappelle systématiquement quand il mange de l’herbe, l’animal peut enregistrer ce comportement comme une bonne méthode pour attirer l’attention.
Pour certains chiens, manger de l’herbe devient un bouton d’alerte : « si je broute, mon humain réagit tout de suite ». Même une réaction négative reste une forme d’attention.
Quand aucun autre jeu n’est proposé, et que le chien s’ennuie, ce « truc » pour faire réagir son maître peut alors revenir régulièrement. À l’inverse, un chien laissé en liberté dans un jardin, sans personne pour l’observer, peut aussi brouter simplement parce qu’il ne sait pas comment s’occuper.
L’hypothèse du complément de fibres
Une idée circulant chez certains propriétaires et vétérinaires est que les chiens chercheraient spontanément à augmenter leur apport en fibres en mangeant de l’herbe. Emily Blackwell rappelle toutefois que cette explication reste théorique : aucune étude solide ne montre que les chiens recevant peu de fibres dans leur alimentation mangent davantage d’herbe que les autres.
La théorie n’est donc pas exclue, mais elle n’est pas démontrée. Elle se fonde notamment sur l’observation des canidés sauvages, comme les loups, dont les excréments contiennent parfois des végétaux ingérés avec le contenu de l’estomac de leurs proies ou sous forme d’herbe.
L’herbe rend-elle les chiens malades ?
Beaucoup de maîtres associent herbe et vomissements. Le réflexe est alors de se dire que le chien se purge volontairement. Les recherches évoquées par BBC Science Focus nuancent cette idée : une étude menée en 2008, citée par le média, a montré qu’environ 68 % des chiens mangent régulièrement de l’herbe, mais seulement 22 % vomissent après en avoir consommé.
La majorité des chiens qui broutent ne vomissent pas ensuite. L’herbe n’est donc pas automatiquement un « remède maison » choisi par l’animal pour soigner un mal de ventre.
Certaines théories font un parallèle avec les loups, qui consommeraient de l’herbe pour aider à éliminer des parasites intestinaux. Là encore, la piste reste plausible mais non prouvée chez le chien domestique. Dans la pratique, un chien peut vomir après avoir mangé de l’herbe simplement parce qu’il en a avalé de grandes quantités, ou parce qu’il était déjà barbouillé.
Pour un maître français, la vigilance doit surtout porter sur les endroits où l’animal broute : bords de route traités, parcs urbains où l’herbe peut être soumise à des produits phytosanitaires, jardins récemment désherbés ou fertilisés. Dans ces cas, le risque vient moins de l’herbe que des substances présentes dessus.
Pourquoi certains chiens mangent des excréments ?
Autre comportement qui choque encore plus les propriétaires : voir son chien avaler ses propres excréments ou ceux d’un autre animal. Là encore, Emily Blackwell explique que ce geste, appelé coprophagie, n’a rien d’exceptionnel chez le chien et ne provoque pas systématiquement de problèmes de santé.
La spécialiste souligne que le danger réel apparaît surtout si les excréments proviennent d’un animal porteur d’une maladie ou d’un parasite sérieux. Dans un environnement urbain ou rural fréquenté par de nombreux chiens, chevaux, chats ou animaux sauvages, le risque théorique existe, d’où l’intérêt de suivre les conseils d’un vétérinaire si ce comportement devient régulier.
Une curiosité très développée chez le chiot
Les experts en comportement canin décrivent souvent la coprophagie comme le prolongement de la curiosité extrême du jeune chien. Le chiot explore tout avec sa gueule, sans le dégoût que peuvent éprouver les humains.
Pour un chiot, les excréments n’ont pas l’odeur « répugnante » qu’ils ont pour nous. Ils constituent un objet d’exploration comme un autre, avec une signature olfactive très riche.
L’odeur des selles renseigne un animal sur celui qui les a émises : espèce, sexe, état hormonal, alimentation. Ce canal d’information joue un rôle clé dans la communication entre chiens et avec d’autres mammifères. À force de sentir, certains chiots en viennent à goûter.
Dans la plupart des cas, ce comportement diminue avec l’âge, lorsque le chien reçoit d’autres stimulations (jeux, balades, entraînement, interactions sociales). Mais chez certains, l’habitude reste ancrée.
Quand le maître renforce malgré lui le comportement
L’analyse rapportée par BBC Science Focus insiste sur l’effet des réactions humaines. Beaucoup de propriétaires, horrifiés, se précipitent dès qu’ils voient des excréments sur le trottoir ou dans un parc pour empêcher le chien d’y toucher. Or se ruer systématiquement vers les selles, parler fort, tirer sur la laisse peut transformer ces excréments en « objet précieux » aux yeux du chien.
En cherchant à empêcher coûte que coûte le chien de manger des excréments, certains maîtres finissent par les rendre plus attrayants. Le chien comprend que c’est quelque chose d’important aux yeux de son humain, donc digne d’intérêt.
L’animal peut alors développer une sorte de course de vitesse : atteindre les selles avant son propriétaire. Dans ce cas, le chien ne mange plus uniquement par curiosité, mais aussi parce que cette situation est devenue un jeu ou une source d’excitation renforcée par les réactions humaines.
Comment réagir face à ces comportements en France ?
Pour un lecteur français, l’enjeu concret est de savoir quand s’alarmer et comment gérer au quotidien ces attitudes. Les vétérinaires et éducateurs canins installés en France adoptent en général une ligne assez proche de celle décrite par Emily Blackwell : observer, relativiser et, si besoin, réorienter le comportement.
Les situations qui justifient un avis vétérinaire
Un recours au vétérinaire se justifie notamment dans les cas suivants :
Le chien se met soudainement à manger beaucoup d’herbe alors qu’il ne le faisait pas auparavant
Les épisodes s’accompagnent de vomissements répétés, diarrhée, abattement ou perte d’appétit
Le chien mange fréquemment des excréments et présente des troubles digestifs ou un amaigrissement
Les selles ingérées peuvent provenir d’animaux malades ou traités par des médicaments spécifiques
Les vétérinaires en France disposent d’outils de diagnostic (analyses de selles, prise de sang, imagerie) pour vérifier l’absence de maladie digestive ou de carences. Ils peuvent également conseiller des adaptations alimentaires si nécessaire.
Rôle de l’éducation et de l’occupation mentale
Les éducateurs canins et comportementalistes français travaillent beaucoup sur la prévention par l’occupation du chien. Un animal qui dispose de promenades suffisantes, de jeux de recherche olfactive, d’exercices d’obéissance ou de jouets adaptés aura moins tendance à se rabattre sur l’herbe ou les excréments pour se stimuler.
Certains exercices, comme l’apprentissage du « laisse » ou du « tu laisses », permettent d’obtenir progressivement que le chien renonce à un objet trouvé au sol en échange d’une récompense. L’objectif est de réduire l’excitation autour des excréments ou de l’herbe tout en maintenant une relation apaisée.
Que peut faire concrètement un maître au quotidien ?
Les éléments rapportés par BBC Science Focus et l’expérience des professionnels offrent plusieurs pistes pratiques :
Surveiller l’environnement : limiter l’accès du chien aux zones traitées chimiquement, ou très souillées par d’autres animaux.
Rester calme : éviter de courir vers les excréments ou de crier, ce qui peut renforcer leur intérêt.
Travailler un signal d’abandon : apprendre au chien à laisser ce qu’il a dans la gueule grâce à une récompense adaptée.
Occuper le chien : proposer plus de jeux, de stimulation olfactive et d’interactions pendant les promenades.
Consulter en cas de doute : si le comportement évolue brutalement ou s’accompagne de symptômes physiques.
Herbe, excréments : quelles différences de risque ?
Comportement
Risque principal
Réaction recommandée
Manger de l’herbe propre
Faible, sauf ingestion excessive ou herbe traitée
Surveiller, éviter les zones traitées, consulter si vomissements répétés
Manger des excréments de chiens connus et suivis
Risque modéré de parasites ou bactéries
Limiter, renforcer l’éducation, faire des contrôles vétérinaires réguliers
Manger des excréments d’animaux inconnus ou sauvages
Risque plus élevé (parasites, maladies)
Éviter autant que possible, consulter en cas de signes digestifs
Ces comportements interrogent surtout notre regard humain. Pour le chien, herbe et excréments sont avant tout des sources d’odeurs et de textures, intégrées à son environnement. Comprendre les raisons avancées par les scientifiques et les comportementalistes permet au maître français d’ajuster son attitude : ni banaliser un trouble réel, ni dramatiser un geste fréquent et souvent sans gravité.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.