Aux États-Unis, de plus en plus de personnes vivent seules. Une liberté appréciée, mais qui s’accompagne d’une sérieuse inflation des dépenses.
Le site américain Cheapism met en lumière ce que les économistes et conseillers financiers appellent le « singles tax », la « taxe des célibataires ». Non pas un impôt officiel, mais le surcoût très concret qui pèse sur ceux qui assument seuls leurs frais de logement, de transport ou de loisirs. Aux États-Unis, près de 30 % des foyers n’ont qu’un occupant, un mode de vie qui se paie au prix fort lorsque la facture ne se divise jamais par deux.
Une « taxe des célibataires » qui frappe d’abord le logement
Aux États-Unis, un locataire vivant seul paierait en moyenne plus de 10 000 dollars de loyer supplémentaire par an par rapport à quelqu’un qui partage son appartement.
Selon les estimations citées par Cheapism et réalisées par le spécialiste immobilier Zillow, le logement est le premier poste où vivre seul coûte très cher. Sur un appartement loué 2 000 dollars par mois, deux colocataires s’acquittent chacun de 1 000 dollars. Un locataire solo, lui, encaisse l’intégralité des 2 000 dollars chaque mois.
Zillow chiffre cet écart à environ 10 470 dollars par an, en moyenne, pour un locataire américain vivant seul, par rapport à une personne qui partagerait un logement de taille comparable. Dans les villes les plus chères, l’addition grimpe encore. À New York, l’estimation évoque un « surcoût » annuel d’environ 23 400 dollars pour les locataires solos, en raison des loyers particulièrement élevés.
Opter pour un studio peut limiter la casse, mais, aux États-Unis comme ailleurs, un petit logement ne coûte pas la moitié d’un deux-pièces. Les économies restent donc limitées pour les personnes seules.
Factures fixes : quand le nombre d’occupants ne change rien
Énergie et charges, des coûts incompressibles
Les dépenses de gaz, d’électricité ou d’eau suivent la même logique : une partie de la facture ne dépend tout simplement pas du nombre de personnes dans le logement. Comme le rappelle Cheapism, le réfrigérateur tourne jour et nuit, qu’il alimente une famille de quatre ou une seule personne. Le chauffage et la climatisation dépendent surtout de la surface et de l’isolation, pas du nombre d’occupants.
Autre point soulevé : de nombreux fournisseurs appliquent des frais fixes mensuels, indépendants de la consommation réelle. Un couple peut les partager. Un célibataire doit les payer seul.
Internet, télévision et abonnements numériques
L’accès internet illustre parfaitement ces frais fixes. Un abonnement à 70 dollars par mois coûte 840 dollars par an à une personne seule. Dans un foyer de deux adultes, la facture revient, dans les faits, à 420 dollars chacun pour la même connexion.
Cheapism souligne que les ménages solos peuvent tenter de réduire la note en choisissant une vitesse plus modeste ou en achetant leur propre routeur pour éviter des frais de location. Reste que la structure même de la facture – quasi identique pour un ou plusieurs usagers – pénalise mécaniquement ceux qui vivent sans colocataire.
Manger seul peut aussi coûter plus cher
Courses alimentaires : le casse-tête des petites quantités
Remplir un caddie pour une seule personne se révèle souvent moins économique. Les grands conditionnements sont proposés à un prix au kilo plus attractif, mais encore faut-il pouvoir tout consommer avant la date limite. Sinon, les économies affichées en rayon se transforment en gaspillage.
Les produits frais – fruits, légumes, pain, viande, produits laitiers, herbes aromatiques – posent particulièrement problème lorsque les emballages semblent taillés pour un foyer de deux ou trois personnes. Même constat pour les huiles, sauces ou épices : le coût se justifie mieux lorsqu’ils servent à préparer des repas pour plusieurs bouches.
Comparer systématiquement les prix au kilo ou au litre.
Acheter des produits à l’unité (fruits, légumes) plutôt que des barquettes imposées.
Congeler des portions individuelles pour éviter de jeter.
Produits ménagers et fournitures du quotidien
Les rouleaux d’essuie-tout, le papier toilette, les sacs-poubelle, les produits d’entretien ou la lessive ne sont pas vendus « à la personne ». Qu’il y ait un ou trois habitants sous le même toit, le pack de douze rouleaux coûte le même prix. Sur le long terme, un ménage de plusieurs personnes amortit plus vite ces achats.
Seuls, les consommateurs hésitent entre de petits conditionnements, pratiques mais plus chers à l’unité, et de gros packs certes économiques, mais imposants et coûteux à l’achat. Cheapism rappelle que sur les produits qui ne périment pas, l’achat en gros reste intéressant… à condition d’avoir le budget et la place pour stocker.
Équipement, loisirs et vacances : le coût caché de la solitude
Meubles et électroménager : un investissement d’installation
Canapé, lit, table, chaises, télévision, micro-ondes, aspirateur : ces dépenses sont souvent concentrées au moment où l’on s’installe. Un point sur lequel Cheapism insiste : qu’un seul adulte occupe le logement ou non, le prix du canapé reste identique. Quand le budget repose sur une seule personne, la facture de départ pèse nettement plus lourd.
Pour les propriétaires, le constat est encore plus marqué avec les gros appareils ménagers : réfrigérateur, lave-linge, sèche-linge. Acheter progressivement, miser sur l’occasion et étaler les dépenses devient souvent une obligation pour un ménage solo.
Streaming et abonnements de loisirs
Les plateformes de streaming n’appliquent pas de tarif préférentiel aux célibataires. Un abonnement débité chaque mois coûte bien moins cher « par tête » lorsqu’il bénéficie à un couple ou à une famille.
Cheapism préconise une rotation des abonnements : s’inscrire à un service le temps de visionner les programmes souhaités, puis suspendre et passer à une autre plateforme. Une stratégie qui permet de contenir la facture quand aucun partage de compte n’est possible ou autorisé.
Hôtels, croisières et location de voiture
Sur le volet vacances, le surcoût se répète. Les chambres d’hôtel sont facturées à la chambre, non au voyageur. Deux personnes peuvent diviser un tarif de 240 dollars la nuit. Un voyageur seul paie le prix plein.
Les croisières vont plus loin avec ce que le secteur appelle le « supplément single » : les cabines sont souvent tarifées sur la base de deux passagers, et une personne seule peut s’acquitter d’un montant proche de ce qu’auraient payé deux voyageurs. Quelques compagnies proposent des cabines spécialement pensées pour les solos, mais les places restent limitées.
Pour la voiture de location, même logique : la facture – prix de la location, carburant, péages, parking – est indexée sur le véhicule, pas sur le nombre d’occupants. Un groupe divise naturellement la dépense, là où le conducteur seul assume l’ensemble.
Restauration, livraisons et cartes de fidélité : des frais qui se cumulent
Livraison de repas et plats à emporter
Les frais de livraison et de service, assortis du pourboire, pèsent particulièrement sur les petites commandes. Cheapism cite l’exemple d’une commande à 20 dollars grevée de 6 dollars de frais : ces 6 dollars représentent 30 % de la note. Sur une commande à 50 dollars, la même somme ne pèse plus que 12 %.
Les montants minimums de commande et les promotions du type « 10 dollars offerts pour 40 dollars d’achat » avantagent souvent les foyers plus nombreux. Pour réduire la facture, les experts interrogés recommandent de privilégier le retrait sur place ou de commander suffisamment pour obtenir un second repas avec les restes.
Cartes de membre et clubs d’achats en gros
Les grandes enseignes de type « club-entrepôt » comme Costco ou Sam’s Club reposent sur un principe d’adhésion annuelle. Les tarifs intéressants sont souvent conditionnés à l’achat de gros volumes. Pour une personne seule, atteindre un niveau d’économies qui compense réellement la cotisation demande une consommation très régulière de produits non périssables.
Cheapism conseille aux consommateurs solos de vérifier si les économies réalisées justifient les frais d’adhésion, et de cibler les produits qui ne s’abîment pas : papier, conserves, produits d’hygiène, certains surgelés.
Propriétaires seuls : des charges et des imprévus non partageables
Quand un chauffe-eau casse aux États-Unis, un propriétaire seul n’a aucun co-emprunteur pour encaisser la facture.
Au-delà du loyer ou du crédit immobilier, les propriétaires américains vivant seuls subissent les mêmes aléas techniques que les couples, mais avec une seule source de revenus. Un chauffe-eau hors service, une toiture qui prend l’eau, un système de chauffage ou de climatisation à remplacer représentent rapidement plusieurs milliers de dollars.
Dans son article, Cheapism rappelle que cette logique s’applique aussi aux prestations de plombiers, d’électriciens, aux contrats de dératisation, à l’entretien du jardin, aux taxes foncières ou encore à l’assurance habitation. Un poste de dépenses pour lequel le site encourage la constitution d’une « cagnotte de réparation » réservée aux urgences, afin d’éviter que ces chocs financiers ne déséquilibrent totalement le budget d’une personne seule.
En France, un phénomène comparable, même sans « singles tax » officielle
La France ne connaît pas de « taxe des célibataires » en tant que dispositif fiscal identifié. Le système d’imposition sur le revenu, avec le quotient familial, tend même à favoriser les couples mariés ou pacsés et les familles par rapport aux célibataires. Mais la mécanique des coûts fixes joue le même rôle que celui observé aux États-Unis.
Qu’il s’agisse de loyer, d’abonnement internet, de charges de copropriété, d’assurance habitation, de taxe foncière ou d’abonnement aux transports, de nombreux postes restent quasi identiques qu’un logement soit occupé par une ou deux personnes. Dans les métropoles françaises, vivre seul dans un T2 ou un studio implique d’assumer intégralement des coûts qu’un couple pourrait diviser.
Poste de dépense
Impact en vivant seul en France
Loyer et charges
Montant identique à celui d’un couple pour un logement similaire, mais supporté par un seul revenu.
Internet et énergie
Frais fixes (abonnement, part incompressible) non partageables.
Assurances
Habitation, voiture : primes calculées par contrat, peu sensibles au nombre d’occupants.
Courses et services
Promotions et conditionnements souvent calibrés pour des foyers de plusieurs personnes.
En revanche, certains mécanismes français – comme les aides personnelles au logement (APL) ou les tarifs sociaux de l’énergie pour les ménages modestes – peuvent tempérer ce surcoût pour les revenus les plus faibles, même si ces dispositifs ne compensent pas toute la différence entre vie seule et vie en couple.
Comment limiter l’effet « vivre seul coûte plus cher »
L’analyse publiée par Cheapism porte sur les États-Unis, mais plusieurs stratégies évoquées parlent aussi aux lecteurs français. La clé consiste à cibler les dépenses réellement fixes et à chercher comment les rendre plus flexibles.
Sur le logement : envisager la colocation, un logement plus petit ou mieux isolé pour réduire les charges énergétiques.
Sur les abonnements : mutualiser certains services au sein de la famille, alterner les plateformes de streaming, renégocier les forfaits internet ou mobiles.
Sur les courses : cuisiner en grande quantité, congeler, partager ponctuellement des achats en gros avec des proches ou voisins.
Sur les vacances et déplacements : voyager hors saison, privilégier le train ou le covoiturage, comparer les offres pensée pour les voyageurs solos.
Pour un lecteur français, l’idée de « singles tax » renvoie surtout à une réalité budgétaire : la structure des dépenses favorise les foyers qui partagent leurs coûts fixes. Comprendre comment ces postes fonctionnent, comme le détaille Cheapism pour les États-Unis, permet d’identifier où des marges de manœuvre existent encore, et où l’on paie avant tout le prix de son indépendance et de sa tranquillité au quotidien.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Le logement est le principal poste de surcoût, car un appartement loué 2 000 dollars par mois coûte intégralement à un locataire seul, tandis que deux colocataires le partagent à 1 000 dollars chacun. Zillow estime ce surcoût à environ 10 470 dollars annuels pour un locataire américain.
Pourquoi les factures d'énergie et internet coûtent-elles plus cher en vivant seul ?
Les frais fixes mensuels d'électricité, gaz, eau et internet ne dépendent pas du nombre de personnes dans le logement. Un couple peut les partager tandis qu'un célibataire doit les payer intégralement, même si la consommation réelle est inférieure.
Les courses alimentaires sont-elles réellement plus onéreuses pour une seule personne ?
Oui, les grands conditionnements offrent un meilleur prix au kilo, mais une personne seule risque le gaspillage si elle ne consomme pas avant la date limite. Les produits frais sont particulièrement problématiques quand les emballages sont taillés pour deux ou trois personnes.
Existe-t-il des solutions pour réduire cette « taxe des célibataires » ?
L'article suggère plusieurs stratégies : comparer les prix au kilo, acheter des fruits et légumes à l'unité, congeler des portions individuelles, faire une rotation des abonnements de streaming, et acheter progressivement les équipements et meubles plutôt que d'une traite.
Le surcoût est-il similaire en vacances ?
Non, il est encore plus marqué. Les chambres d'hôtel coûtent le prix plein (240 dollars pour une personne seule contre 120 dollars par personne à deux), et les croisières appliquent un « supplément single » faisant payer au solo un tarif proche de celui de deux voyageurs.