Alors que Madrid réfléchit à faire payer l’usage de toutes les routes, plusieurs grandes autoroutes à péage espagnoles s’apprêtent à devenir gratuites.
Selon un article du média spécialisé espagnol Autopista, le gouvernement d’Espagne poursuit sa stratégie de fin progressive des concessions privées sur les autoroutes à péage. Après plusieurs suppressions depuis 2018, de nouveaux tronçons majeurs vont, à leur tour, lever définitivement les barrières dans les prochaines années, à commencer par l’AP-7 à Alicante, l’AP-68 entre Bilbao et Saragosse, puis l’AP-6 entre Madrid et la Castille-et-León.
Une Espagne déjà largement en avance sur la gratuité des autoroutes
Autopista rappelle que l’Espagne a déjà engagé depuis 2018 une vaste libéralisation de plusieurs axes historiques à péage. Des autoroutes bien connues des automobilistes espagnols ont déjà abandonné leurs barrières, comme :
l’AP-1, l’une des premières concernées ;
l’AP-4 entre Séville et Cadix ;
l’AP-7 sur plusieurs sections entre Alicante, Valence, Tarragone et Barcelone ;
l’AP-2 entre Saragosse et la Méditerranée.
Malgré ces suppressions, le pays compte encore environ 20 autoroutes à péage, pour un total de plus de 1 500 kilomètres de routes payantes. Ce réseau de péage reste pourtant limité à l’échelle européenne.
Espagne concentre déjà 68 % des routes de grande capacité non tarifées de toute l’Union européenne, avec seulement 13 % de ces voies encore payantes, loin devant la France ou l’Italie.
D’après les chiffres cités par Autopista, la part des autoroutes payantes atteint environ 74 % en France, 87 % en Italie, et même 100 % dans certains pays européens. L’Espagne se situe donc dans une situation inverse : la majorité de ses grands axes reste gratuite pour les automobilistes.
AP-7 à Alicante : une gratuité pérennisée après une phase de test
Premier changement majeur : la section de l’AP-7 correspondant à la rocade d’Alicante va devenir définitivement gratuite. La date clé évoquée par Autopista est le 15 février 2026.
Jusqu’ici, le ministère espagnol des Transports et de la Mobilité durable avait opté pour une solution intermédiaire, avec des prolongations successives et des remises à 100 % sur les péages de cette rocade très fréquentée, surtout en été. Ces mesures visaient à tester l’impact d’une gratuité temporaire sur le trafic local.
Les résultats ont convaincu Madrid. Selon les données rapportées par Autopista, la gratuité expérimentale de l’AP-7 autour d’Alicante a permis de désengorger significativement les axes voisins, en particulier l’A-70, gratuite mais saturée par le trafic poids lourds.
Les congestions et embouteillages dans la zone auraient été réduits jusqu’à 74 % aux jours et heures de pointe grâce au report du trafic vers l’AP-7 devenue gratuite.
Fort de ce bilan, le gouvernement espagnol prépare désormais la réglementation nécessaire pour officialiser, au cours de l’année 2026, la suppression définitive des barrières de péage sur cette section de l’AP-7. Les automobilistes n’auront donc plus à s’acquitter d’aucun droit de passage sur ce tronçon.
AP-68 Bilbao–Saragosse : fin de concession le 11 novembre 2026
L’autre grande étape de 2026 concerne l’AP-68, l’autoroute qui relie Bilbao à Saragosse, axe clé entre le nord industriel et l’intérieur de la péninsule.
Selon le calendrier officiel des concessions consulté par Autopista, le contrat privé de cette infrastructure arrive à échéance en novembre 2026. La date avancée pour la fin de la concession est le 11 novembre 2026, à partir de laquelle l’autoroute doit devenir gratuite pour les usagers.
Le plan du gouvernement espagnol suit un principe simple : une fois les contrats de concession arrivés à leur terme, les autoroutes reviennent dans le giron public et basculent vers la gratuité, sauf décision contraire des autorités compétentes sur certains tronçons.
Une incertitude persiste néanmoins sur une partie de l’AP-68. Autopista souligne que la communauté autonome du Pays basque n’adhère pas totalement à la stratégie nationale consistant à financer l’entretien via le budget de l’État.
Le gouvernement basque a déjà prévenu que les tronçons sous sa responsabilité pourraient continuer à être payants, via une nouvelle formule de tarification locale.
En pratique, cela signifie que tous les segments de l’AP-68 ne deviendront pas forcément gratuits au même moment, voire pas selon les mêmes règles, ce qui pourrait créer des différences d’un territoire à l’autre sur un même axe.
AP-6 : gratuité annoncée pour 2029 entre Madrid et la Castille-et-León
Au-delà de 2026, le prochain grand rendez-vous se situe en 2029. Autopista indique qu’à cette échéance, c’est l’AP-6, entre la Communauté de Madrid et la Castille-et-León, qui doit à son tour lever ses barrières.
Cette autoroute, qui franchit la sierra de Guadarrama et relie notamment Guadarrama à Adanero, constitue un axe stratégique entre Madrid et le nord-ouest du pays. Ses deux ramifications, l’AP-51 (Villacastín–Ávila) et l’AP-61 (Ségovie–San Rafael), sont également concernées.
L’AP-6 et ses branches AP-51 et AP-61 devraient devenir gratuites avant la fin de la décennie, lorsque leurs concessions actuelles prendront fin en 2029.
Pour les usagers, l’échéance reste encore lointaine, mais elle figure déjà noir sur blanc dans le calendrier officiel des concessions d’autoroutes à péage en Espagne. Sauf revirement politique majeur, ces axes devraient donc cesser d’être payants aux dates prévues.
Un calendrier de gratuité qui s’étale jusqu’en… 2074
Au-delà de ces trois autoroutes très visibles, le document détaillé relayé par Autopista dresse la liste de l’ensemble des concessions restant à échoir dans les prochaines décennies. Les dernières d’entre elles ne prendront fin qu’au milieu du siècle, voire bien plus tard.
AP-53, autopista Central de Galicia (Saint-Jacques-de-Compostelle–Alto de Santo Domingo)
Ce calendrier illustre la coexistence durable, en Espagne, entre de longues sections déjà gratuites et des autoroutes encore sous concession pour plusieurs décennies.
Un paradoxe : vers une tarification généralisée de toutes les routes ?
Autopista souligne un paradoxe : pendant que certaines autoroutes à péage deviennent gratuites à mesure que leurs concessions expirent, le gouvernement espagnol débat en parallèle d’un plan de paiement pour l’usage de toutes les routes.
Au niveau européen, l’idée d’un système de tarification kilométrique sur l’ensemble des réseaux rapides est déjà évoquée. En Espagne, la fédération des entreprises de construction et de concessions d’infrastructures, Seopan, a proposé une grille de péage généralisée :
3 centimes d’euro par kilomètre pour les véhicules légers sur toutes les autoroutes et voies rapides ;
jusqu’à 14 centimes par kilomètre pour les poids lourds.
Dans le même temps, le ministère des Transports a annoncé au début de 2026 une hausse de 2 % des tarifs de tous les péages encore gérés par l’entreprise publique SEITT, pour l’ensemble des catégories de véhicules. Autopista ne précise pas si ce projet de tarification généralisée aboutira, ni à quel horizon.
Ce que cela change pour un automobiliste français
Pour un lecteur français habitué à un réseau largement concédé, la situation espagnole présente plusieurs particularités. Une part importante des longs trajets peut déjà s’effectuer sans payer de péage, ce qui réduit le coût des vacances ou des déplacements professionnels vers la péninsule Ibérique.
La suppression programmée des barrières sur l’AP-7 à Alicante, l’AP-68 Bilbao–Saragosse ou l’AP-6 au nord de Madrid renforcera encore cet avantage pour les conducteurs venant de France, notamment ceux qui :
traversent le Pays basque et la Navarre pour rejoindre la Méditerranée ou l’Andalousie ;
circulent entre Barcelone, Valence, Alicante et la côte sud-est ;
montent ou descendent vers la Galice et le nord-ouest espagnol via Madrid.
En France, la gestion des autoroutes repose principalement sur des concessions privées à long terme. L’équivalent de SEITT n’existe pas à grande échelle : l’entretien et l’exploitation du réseau concédé sont majoritairement assurés par des sociétés autoroutières, sous le contrôle de l’État, mais avec une logique de péage durable et non de retour systématique à la gratuité à la fin des contrats, les reconductions ayant été la règle dans le passé.
Pour un automobiliste français, la principale vigilance consiste donc à se renseigner sur les sections qui restent payantes en Espagne, notamment certaines portions d’AP-7 ou d’autres axes listés dans le calendrier, tout en profitant d’un maillage très important de voies rapides gratuites.
Comprendre la logique des concessions et leurs effets concrets
Une concession autoroutière correspond à un contrat passé entre l’État et une entreprise, privée ou publique, qui finance, construit, entretient et exploite l’infrastructure en échange du droit de percevoir des péages pendant une durée donnée. En Espagne, comme le rappelle Autopista, l’orientation actuelle consiste à laisser s’éteindre ces concessions, puis à basculer vers une gestion publique avec gratuité pour l’usager, au moins sur les tronçons contrôlés par l’État central.
Pour les conducteurs, l’issue de ces concessions se traduit très concrètement par :
la disparition des barrières physiques ou leur maintien à titre purement technique, mais ouvertes ;
la fin des paiements en espèces, carte ou télépéage sur les sections concernées ;
un report possible du trafic depuis les routes nationales ou autovías gratuites vers l’autoroute ex-payante, avec un effet de décongestion ;
un financement assuré ensuite par l’impôt, national ou régional, plutôt que directement par l’usager.
Les exemples de l’AP-7 à Alicante et, à terme, de l’AP-68 ou de l’AP-6 montrent aussi un enjeu de concurrence entre territoires : l’État espagnol peut choisir la gratuité sur ses tronçons, tandis que certaines communautés autonomes, comme le Pays basque, envisagent de maintenir une forme de tarification locale.
Pour les années à venir, l’Espagne restera donc un cas à part en Europe, avec un réseau rapide largement gratuit mais traversé de poches de péage, dont le poids diminuera progressivement au fil des échéances listées dans le calendrier officiel relayé par Autopista.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.