La Jaguar I-Pace perd 72,2 % de sa valeur en cinq ans aux États-Unis, la Porsche 911 à peine 19,5 % : le classement des voitures qui fondent le plus à la revente
Une étude américaine révèle des écarts gigantesques de décote en cinq ans entre voitures électriques, berlines de luxe, pick-up et sportives.
Aux États-Unis, une analyse du site spécialisé iSeeCars, reprise par le média automobile américain qui publie ces chiffres, met en lumière des différences de dépréciation impressionnantes entre les modèles, avec certains véhicules qui perdent près des trois quarts de leur valeur en cinq ans, quand d’autres ne lâchent qu’une poignée de pourcents.
Une décote moyenne de 45,6 %, mais un grand écart entre les modèles
L’étude d’iSeeCars porte sur le marché américain des voitures d’occasion âgées de cinq ans. Objectif : mesurer la perte de valeur moyenne selon les modèles et les grandes catégories de véhicules.
À cinq ans, une voiture perd en moyenne 45,6 % de sa valeur aux États-Unis, mais la fourchette va de 19,5 % à… 72,2 %.
Cette décote globale s’explique par l’usure, le kilométrage, l’arrivée de nouvelles générations plus modernes ou encore les changements de goûts des automobilistes. Mais le type de motorisation et le segment jouent un rôle déterminant :
véhicules électriques : –58,8 % en moyenne sur cinq ans ;
tous modèles confondus : –45,6 % ;
pick-up : –40,4 % ;
hybrides : –40,7 %.
Autrement dit, sur le marché américain, les voitures électriques se déprécient beaucoup plus vite que la moyenne, tandis que les pick-up et les hybrides limitent nettement la casse.
Les mauvaises élèves : Jaguar I-Pace, grosses berlines et SUV de luxe
En haut de la liste des plus grosses décotes, on retrouve la Jaguar I-Pace. Le SUV électrique britannique est le modèle qui perd le plus de valeur en cinq ans aux États-Unis.
La Jaguar I-Pace abandonne 72,2 % de sa valeur en cinq ans, soit environ 51 953 dollars « évaporés ».
Derrière ce résultat spectaculaire, on retrouve un cocktail de facteurs bien connus des analystes : marché de l’occasion peu structuré pour ce modèle, inquiétudes sur l’autonomie réelle, coût de remplacement de la batterie, image de marque moins solide que les ténors allemands en électrique.
Le top 5 des voitures qui décotent le plus
Selon iSeeCars, les cinq véhicules qui perdent le plus sur cinq ans sont :
Rang
Modèle
Décote à 5 ans
Perte en dollars
1
Jaguar I-Pace
72,2 %
51 953 $
2
BMW Série 7
67,1 %
65 249 $
3
Tesla Model S
65,2 %
52 165 $
4
Infiniti QX80
65,0 %
53 571 $
5
Maserati Ghibli
64,7 %
70 874 $
La suite du classement des 25 pires décotes confirme une tendance forte : les gros SUV et berlines haut de gamme sont fortement touchés. On y retrouve notamment :
plusieurs Tesla (Model S, Model X, Model Y) au-delà de 60 % de décote ;
des SUV de prestige comme les Cadillac Escalade et Escalade ESV, le Land Rover Range Rover, le Land Rover Discovery, l’Audi Q7, l’Infiniti QX60 ;
des grandes berlines de luxe comme la Mercedes Classe S, l’Audi A8 L, l’Audi A7, l’Audi A6, la BMW Série 5 ;
la Porsche Taycan électrique, avec une perte de 60,1 % et près de 59 700 dollars de valeur envolée.
À l’inverse de l’image parfois entretenue par les marques, l’achat neuf d’un grand SUV de luxe ou d’une berline très haut de gamme s’avère donc particulièrement coûteux lorsqu’on intègre la revente.
Les champions de la valeur : Porsche 911, sportives et pick-up japonais
À l’autre extrémité du spectre, l’étude met à l’honneur les sportives thermiques, avec un doublé pour Porsche.
La Porsche 911 n’abandonne que 19,5 % de sa valeur en cinq ans, un record parmi tous les modèles étudiés.
Elle est suivie par la Porsche 718 Cayman, qui ne perd que 21,8 %. L’écart avec la Jaguar I-Pace est saisissant : en proportion, la compacte électrique de Jaguar fond plus de trois fois plus vite que la 911.
Top 5 des voitures qui décotent le moins
Rang
Modèle
Décote à 5 ans
Perte en dollars
1
Porsche 911
19,5 %
24 428 $
2
Porsche 718 Cayman
21,8 %
15 851 $
3
Toyota Tacoma
26,0 %
8 217 $
4
Chevrolet Corvette
27,2 %
18 557 $
5
Honda Civic
28,0 %
6 987 $
Les sportives américaines et japonaises s’en sortent très bien : Chevrolet Corvette, Chevrolet Camaro, Ford Mustang, Subaru BRZ, Subaru WRX ou encore Porsche 718 Boxster figurent dans ce groupe des « bons élèves ».
Autre enseignement majeur : plusieurs modèles généralistes appréciés pour leur fiabilité et leur polyvalence réussissent presque aussi bien que ces sportives. La Honda Civic, la Toyota Corolla Hatchback ou le SUV Toyota RAV4 ne perdent qu’entre 28 % et 30,9 % de leur valeur sur cinq ans. Une performance largement supérieure à la moyenne.
Pourquoi les électriques décrochent et les hybrides résistent
Le classement dédié aux véhicules électriques confirme le décalage entre ce segment et le reste du marché américain. En moyenne, un modèle électrique perd 58,8 % de sa valeur sur cinq ans, contre 45,6 % pour l’ensemble des véhicules.
Rang EV
Modèle
Décote à 5 ans
Perte en dollars
1
Tesla Model 3
55,9 %
23 771 $
2
Hyundai Kona Electric
58,0 %
19 062 $
…
Porsche Taycan
60,1 %
59 691 $
…
Tesla Model Y
60,4 %
36 225 $
…
Tesla Model S
65,2 %
52 165 $
9
Jaguar I-Pace
72,2 %
51 953 $
Dans les colonnes de l’étude, l’analyste en chef d’iSeeCars, Karl Brauer, rappelle le rôle central de cette variable : selon lui, « la dépréciation reste l’aspect le plus coûteux de l’achat d’un véhicule neuf ». Il estime que la différence de perte de valeur entre l’achat d’un hybride et celui d’une voiture 100 % électrique peut atteindre « des dizaines de milliers de dollars » au bout de quelques années.
Aux États-Unis, cette forte décote des électriques tient notamment à l’évolution rapide des technologies de batteries, à la baisse des prix du neuf sur certains modèles, aux inquiétudes sur la durée de vie des accumulateurs et au rythme irrégulier du développement des bornes de recharge.
Décote automobile : ce que cela change pour un acheteur français
Les chiffres d’iSeeCars concernent le marché américain, avec ses propres habitudes : forte culture des pick-up, poids des marques locales, fiscalité spécifique. Les pourcentages ne sont donc pas transposables tels quels en France.
En revanche, plusieurs logiques observées outre-Atlantique se retrouvent généralement sur le marché français :
les petites berlines et compactes fiables de marques reconnues (type Toyota Corolla, Honda Civic, Peugeot 208, Renault Clio) préservent souvent mieux leur valeur que des modèles plus exotiques ;
les SUV et berlines de luxe très chers à l’achat supportent une décote lourde, en particulier lorsque les moteurs sont gourmands ou mal vus fiscalement ;
les sportives emblématiques et rares peuvent très bien tenir la cote, voire parfois se valoriser si la demande est supérieure à l’offre ;
la question de la batterie et de la technologie joue de plus en plus pour les électriques et les hybrides rechargeables.
En France, comme aux États-Unis, la décote n’est pas linéaire : elle est particulièrement forte dans les trois premières années, puis ralentit. Un automobiliste français qui achète un véhicule de deux ou trois ans peut donc limiter une grande partie de cette perte de valeur tout en profitant encore d’une voiture récente.
Comment utiliser ces enseignements avant d’acheter sa voiture
Pour un acheteur, la décote est une « dépense cachée » : elle ne figure pas sur la facture, mais pèse lourd lors de la revente. L’étude américaine montre qu’à prix d’achat équivalent, le choix du modèle peut faire varier de dizaines de milliers de dollars (ou d’euros) la valeur récupérée au bout de cinq ans.
Entre deux modèles de prix similaire, celui qui décote le moins peut représenter, à terme, plusieurs années de carburant ou d’assurance économisées.
Concrètement, pour préparer un achat, un conducteur français peut :
Comparer la décote historique des modèles qui l’intéressent sur le marché français (via les cotes d’occasion publiées par les professionnels).
Se renseigner sur la fiabilité et le coût d’entretien, fortement liés à la valeur de revente.
Évaluer la pertinence d’un modèle électrique ou hybride en fonction de son usage réel et non d’un simple effet de mode.
Regarder la demande sur le marché de l’occasion : un modèle très recherché à cinq ans gardera plus facilement sa valeur.
La notion de décote permet enfin de mieux arbitrer entre achat neuf, LOA, LLD et achat d’occasion. Un modèle qui perd 60 à 70 % de sa valeur en cinq ans se prête souvent mieux à une formule de location avec engagement limité dans le temps, alors qu’une voiture qui conserve bien sa valeur peut être intéressante à acheter et garder plus longtemps.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.