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Personne ne sait exactement ce qu’il renferme : ce cimetière de voitures anciennes s’étend sur l’équivalent de 90 terrains de football

Vue aérienne d'un immense cimetière automobile désertique avec des milliers de véhicules anciens alignés et dispersés sur un terrain rocailleux recouvert de végétation clairsemée

Au sud de l’Idaho, aux États-Unis, un immense cimetière de voitures anciennes intrigue passionnés et curieux, tant par sa taille que par ses trésors oubliés.

Ce site hors norme, raconté par le média automobile en ligne espagnol Motorpasión, ressemble moins à une casse qu’à une gigantesque fouille archéologique consacrée à l’automobile. Perdu près de Wendell, une petite ville rurale de l’Idaho, L&L Classic Auto aligne des milliers de véhicules abandonnés, figés dans le temps, sur une surface équivalente à environ 90 terrains de football.

Un problème de carrosserie devenu légende automobile

L’histoire commence en 1968 à Wendell, dans le sud de l’Idaho. Larry Harms, carrossier-peintre, tient un modeste atelier de réparation. Pour disposer de pièces détachées, il commence à conserver quelques voitures accidentées ou en fin de vie. Une, puis deux, puis dix. Très vite, la collection déborde.

Les épaves finissent par occuper une manzana entière du village, l’équivalent d’un pâté de maisons. Harms accumule plus de 300 véhicules jusqu’à attirer l’attention du conseil municipal, qui lui inflige une amende et lui intime de sortir ces carcasses de la ville.

Contraint de trouver une solution, Larry Harms achète alors 80 acres de terrain nu, soit environ 32 hectares, pour 8 000 dollars, ce qui correspond à quelque 6 800 euros au taux de change actuel (hors inflation). Loin de calmer le jeu, il se met ensuite à racheter des parcelles voisines. Sans s’en douter, il pose ainsi les bases de l’un des plus vastes « cimetières » de voitures anciennes de la planète.

Le lieu prend le nom de L&L Classic Auto. Les deux lettres renvoient à son prénom, Larry, mais aussi à celui de son épouse, Linda. Au fil des décennies, la collection s’étend jusqu’à couvrir 50 hectares, soit près de 90 terrains de football, et à réunir environ 8 000 véhicules produits entre les années 1920 et les années 1990.

L&L Classic Auto s’étend sur 50 hectares et abriterait environ 8 000 véhicules construits entre les années 1920 et 1990.

Pas une simple casse, une véritable fouille archéologique de l’auto

Motorpasión insiste sur un point : L&L Classic Auto n’a rien d’un dépôt de ferraille moderne. Ici, on ne trouve ni citadines récentes accidentées, ni SUV contemporains en attente de recyclage. Le site ressemble plutôt à un musée à ciel ouvert où le temps s’est arrêté quelque part au siècle dernier.

Les allées de terre serpentent au milieu de collines, de rochers affleurants et de zones où la végétation a repris ses droits. Les voitures sont alignées, éparpillées, parfois à moitié englouties par les herbes. Aucun plan précis ne recense l’ensemble des modèles présents.

Les employés eux-mêmes reconnaissent qu’ils ne peuvent pas dresser un inventaire complet de tout ce qui gît sur le domaine. L’accumulation est telle qu’il devient pratiquement impossible de tout cataloguer. C’est ce flou qui nourrit la réputation du lieu : chaque visite s’apparente à une chasse au trésor.

À L&L, il n’existe ni inventaire exhaustif ni classement parfait : même le personnel ignore tout ce qui sommeille encore sur ces 50 hectares.

Une collection américaine… et un peu européenne

Les modèles qui dorment là reflètent l’histoire automobile du XXe siècle, avec une forte dominante américaine :

  • des Cadillac des années 1950, emblèmes du luxe d’après-guerre ;
  • des Chevrolet de la période de la reconstruction ;
  • des Ford d’avant la Seconde Guerre mondiale ;
  • des Buick, Lincoln et autres grands noms américains ;
  • mais aussi quelques européennes comme des Citroën, dont une DS19 mentionnée par Motorpasión.

Le site est tellement vaste que les amateurs parlent moins de casse que de terrain d’exploration, où chaque rangée de voitures peut réserver une surprise inattendue.

Un climat désertique qui ralentit la rouille

Autre atout majeur de Wendell : son climat. Le sud de l’Idaho est très sec, avec peu de pluie et une faible humidité. Pour la tôle, c’est un détail capital.

Dans des États comme le Michigan, l’Ohio ou New York, la corrosion avance vite, accélérée par les précipitations, le sel sur les routes et les hivers rigoureux. À L&L Classic Auto, le processus est beaucoup plus lent. Résultat, même des voitures laissées dehors depuis des décennies gardent des éléments souvent introuvables ailleurs.

Motorpasión souligne que nombre d’entre elles conservent encore leurs :

  • moulures chromées ;
  • ornements d’origine ;
  • carrosseries complètes, parfois étonnamment saines ;
  • détails intérieurs préservés malgré des années d’exposition.

Grâce au climat sec de l’Idaho, certains modèles gardent encore leurs chromes, leurs moulures et parfois des carrosseries complètes, malgré un demi-siècle à l’air libre.

Des trouvailles rarissimes au milieu des épaves

Parmi les véhicules repérés et documentés au fil des ans, certains atteignent le rang de rareté absolue. Motorpasión cite notamment un DeSoto Firedome Convertible de 1953, un cabriolet produit par une marque disparue en 1961. Des spécialistes américains considèrent cette découverte comme l’une des plus étonnantes jamais faites dans une casse.

Autre curiosité : un Mercury Monterey Sun Valley de 1954, reconnaissable à son toit en Plexiglas, ou encore un Buick GS California Special de 1969 et un Dodge Coronet Super Bee de 1970, deux muscle cars emblématiques de la fin des années 1960.

Le site abrite aussi un Citroën DS19, quelques Ford d’avant-guerre et un AMC Eagle qui semble surgir d’une autre époque.

Le magazine britannique Autocar est même venu documenter sur place un Cadillac funéraire S&S de 1954 construit sur l’un des rares châssis commerciaux produits cette année-là par la marque. Dans n’importe quel rassemblement de voitures anciennes, un tel véhicule attirerait tous les regards. À L&L, il attend simplement, garé parmi des milliers d’autres.

Un cimetière, mais aussi une immense banque de pièces

Pour les restaurateurs, ce cimetière représente une réserve unique de pièces introuvables : emblèmes, pare-chocs, éléments de carrosserie spécifiques à un modèle ou à une année. Le climat désertique limite la casse, ce qui fait de L&L un fournisseur prisé des passionnés qui cherchent à remettre en état un modèle rare.

Cette dimension très concrète explique pourquoi le site fascine à la fois les amateurs d’histoire automobile et les professionnels de la restauration, aux États-Unis comme à l’étranger.

Ce que ce cimetière de voitures rappelle sur la situation en France

Pour un lecteur français, L&L Classic Auto évoque une pratique qui existe aussi en France, mais rarement à une telle échelle. L’Hexagone compte des casses spécialisées dans les anciennes, parfois installées depuis plusieurs décennies. Elles servent également de « banques de pièces » pour les collectionneurs.

À la différence de l’Idaho, la plupart des régions françaises connaissent un climat plus humide. La rouille y progresse plus vite, surtout dans les zones côtières ou montagneuses. Les carrosseries se dégradent donc davantage lorsqu’elles restent longtemps à l’extérieur. Les professionnels français stockent souvent les véhicules les plus rares à l’abri, ou les démontent plus rapidement pour préserver les pièces essentielles.

Autre différence, le cadre réglementaire : en France, l’activité de centre de véhicules hors d’usage est encadrée par le droit de l’environnement. Les exploitants doivent limiter les pollutions (carburant, huiles, liquides) et organiser les démontages et le recyclage. Les vastes étendues de carcasses dispersées sur des dizaines d’hectares, comme à L&L, restent donc exceptionnelles.

Les passionnés français se tournent parfois vers les États-Unis pour dénicher une base de restauration en meilleur état de structure. Les climats secs de l’Ouest américain et de certains États intérieurs, comme l’Idaho, offrent des châssis moins attaqués, quitte à nécessiter ensuite un rapatriement coûteux et une remise en route complète.

Un site qui attire les regards bien au-delà de l’Idaho

La notoriété de L&L Classic Auto dépasse désormais les frontières de l’Idaho. Des comptes spécialisés sur les réseaux sociaux, comme « Hidden Places in America », relaient régulièrement des images de ce labyrinthe de carcasses, renforçant son image de lieu presque irréel.

Pour un amateur d’anciennes, la visite tient autant de la promenade historique que de la quête personnelle. Chaque rangée peut abriter un modèle familier, une auto identique à celle d’un grand-parent, ou au contraire une rareté inconnue croisée jusqu’ici seulement dans un livre ou un magazine.

Caractéristique L&L Classic Auto (Idaho)
Surface 50 hectares (environ 90 terrains de football)
Nombre estimé de véhicules Environ 8 000
Années de production des véhicules Des années 1920 aux années 1990
Climat Sec, faible humidité, peu de précipitations
Types de modèles Principalement américains, quelques européens dont Citroën

Un patrimoine mécanique entre mémoire, risques et opportunités

Ce genre de cimetière pose aussi la question de la gestion d’un patrimoine mécanique accumulé sans stratégie muséale. D’un côté, la concentration de milliers de voitures anciennes constitue une mémoire matérielle de l’automobile du XXe siècle. De l’autre, certains véhicules finiront sans doute par disparaître faute de preneurs, même sous un climat favorable.

Pour les passionnés, ces sites présentent plusieurs enjeux concrets :

  • une chance de trouver une base de restauration ou une pièce introuvable ailleurs ;
  • un risque de voir certaines raretés se dégrader faute d’intervention ;
  • la nécessité de trier entre ce qui mérite réellement d’être sauvé et ce qui n’a plus de potentiel.

Le cas de L&L Classic Auto illustre aussi l’importance des conditions de stockage. Pour un collectionneur, même en France, quelques principes restent constants : limiter l’humidité, protéger les zones sensibles de la carrosserie et entretenir régulièrement la mécanique, surtout lorsque la voiture reste immobilisée longtemps.

À Wendell, la météo fait une partie du travail en freinant la rouille. Le reste dépendra des restaurateurs prêts à parcourir ces 50 hectares de carcasses, à débusquer les raretés encore cachées et à leur offrir enfin cette fameuse « seconde vie » qu’elles attendent parfois depuis plus d’un demi-siècle.

Questions fréquentes

Quand et pourquoi L&L Classic Auto a-t-il été créé ?

Le site a été créé en 1968 par le carrossier-peintre Larry Harms, qui commença à stocker des voitures accidentées pour récupérer les pièces détachées. Après avoir accumulé plus de 300 véhicules dans le centre de Wendell, il a reçu une amende du conseil municipal et a dû acheter 80 acres de terrain nu (32 hectares) pour installer sa collection.

Combien de voitures et quelle surface couvre le cimetière ?

L&L Classic Auto s'étend sur 50 hectares, l'équivalent d'environ 90 terrains de football, et abrite approximativement 8 000 véhicules produits entre les années 1920 et 1990.

Pourquoi les voitures sont-elles si bien conservées à L&L ?

Le climat très sec du sud de l'Idaho, avec peu de pluies et une faible humidité, ralentit considérablement le processus de rouille. Contrairement à des régions comme le Michigan ou New York où la corrosion avance rapidement, les véhicules gardent ici leurs chromes, moulures et carrosseries complètes malgré des décennies d'exposition.

Quelles sont les voitures rares trouvées sur le site ?

Parmi les découvertes notables figurent un DeSoto Firedome Convertible de 1953, un Mercury Monterey Sun Valley de 1954 avec toit en Plexiglas, un Buick GS California Special de 1969, un Dodge Coronet Super Bee de 1970, ainsi qu'une Citroën DS19 et même un Cadillac funéraire S&S de 1954.

Pourquoi le site fascine-t-il autant les amateurs d'automobile ?

L&L Classic Auto n'est pas une simple casse mais un musée à ciel ouvert sans inventaire complet. Le personnel lui-même ignore tout ce qui sommeille sur les 50 hectares, ce qui en fait une véritable chasse au trésor. Elle sert aussi de banque de pièces unique pour les restaurateurs cherchant des éléments introuvables ailleurs.
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