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685 465 euros, 621 kWh de batterie et 45 000 km autour du monde : ce camping-car électrique sur base de camion Mercedes eActros vise 1 000 km par charge

Un camion Mercedes eActros transformé en camping-car électrique prépare un tour du monde inédit de 45 000 km, depuis l’Allemagne, sans une goutte de carburant.

Présenté au salon Caravan de Düsseldorf et relaté par le média en ligne spécialisé New Atlas, ce gigantesque camping-car électrique sur base de camion Mercedes eActros 600 ambitionne de boucler un tour du monde de 45 000 km, uniquement à la batterie. Imaginé par Mercedes-Benz Trucks, le carrossier néerlandais Bliss Mobil et le chauffeur allemand Tobias Wagner, ce projet veut démontrer que le fret lourd et le voyage au long cours peuvent, eux aussi, passer au tout-électrique.

Un camion électrique de fret transformé en maison roulante

À l’origine, le véhicule est un camion électrique Mercedes eActros 600, habituellement destiné au transport de marchandises avec semi-remorque. Pour ce projet, le châssis a été produit à l’usine de Wörth am Rhein, en Allemagne, avant de passer entre les mains de partenaires spécialisés pour être converti en véhicule d’expédition.

Le résultat : un énorme porteur 100 % électrique doté d’une cellule de camping signée Bliss Mobil, longue de 4,1 mètres et fixée derrière la cabine. L’ensemble forme un camping-car surdimensionné, plus proche d’un poids lourd d’expédition que d’un profilé classique de camping-cariste du week-end.

Avec une batterie de 621 kWh, ce camping-car électrique vise jusqu’à 1 000 km d’autonomie par charge et un périple total de 45 000 km autour du globe.

Ce véhicule n’est pas un modèle de série : il s’agit d’un exemplaire unique, développé spécifiquement pour ce tour du monde. Le projet est porté par Tobias Wagner, chauffeur routier de formation, entrepreneur et créateur de contenus, connu sur YouTube sous le pseudonyme « Elektrotrucker ».

Objectif : faire le tour du monde en 80 recharges

Avec ce camion-camping-car, Tobias Wagner veut aller au-delà de la simple démonstration technique. Sa mission : réaliser la première circumnavigation de la planète en camion entièrement électrique. La série de vidéos qui documentera ce voyage porte un titre parlant : « Around the World in 80 Charging Stops ».

Le défi chiffré est clair :

  • 45 000 km à parcourir au total ;
  • 80 arrêts de recharge prévus ;
  • soit en moyenne 560 km par charge ;
  • avec, sur certains tronçons, un objectif de 1 000 km sur une seule charge.

En configuration classique de tracteur routier transportant un lourd chargement, le Mercedes eActros 600 est annoncé avec environ 500 km d’autonomie grâce à sa batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 621 kWh. Ce serait insuffisant pour atteindre les 45 000 km visés avec seulement 80 recharges.

Le pari repose donc sur deux leviers : l’allègement du véhicule et une conduite très économe, dite « hypermiling », visant à tirer le maximum de kilomètres de chaque kilowattheure.

Un eActros allégé et optimisé pour l’endurance

Pour transformer ce camion de fret en voyageur au long cours, Mercedes et ses partenaires ont revu certains éléments clés. La configuration arrière à roues jumelées a été remplacée par un seul pneumatique de chaque côté, afin de réduire le poids et la résistance au roulement. Le poids total autorisé en charge de ce véhicule d’expédition descend ainsi à 15 500 kg, contre 22 000 kg pour un eActros 600 standard.

La chaîne de traction reste celle du modèle d’origine :

Caractéristique Valeur
Capacité batterie 621 kWh (triple pack LFP)
Puissance continue 536 ch
Puissance en crête Jusqu’à 805 ch
Poids total en charge du véhicule d’expédition 15 500 kg
Autonomie visée par charge Jusqu’à 1 000 km (hypermiling)

La puissance crête permettra de franchir les cols et dépasser en sécurité, même avec le poids de la cellule d’habitation et de l’équipement embarqué. Wagner et Mercedes estiment qu’en combinant allègement, conduite optimisée et absence de semi-remorque lourd, atteindre ponctuellement 1 000 km sur une charge reste possible.

Quelques étapes à 1 000 km permettront d’atteindre l’objectif global de 45 000 km avec seulement 80 recharges, notamment dans les zones dépourvues de bornes.

Cette grande autonomie sera indispensable sur certaines portions du trajet, comme en Asie centrale ou sur certains tronçons de la Panamericana, où les bornes rapides restent rares.

Un système de recharge pensé pour traverser les continents

Pour qu’un tel tour du monde soit envisageable, le camion a été équipé d’un dispositif de recharge particulièrement complet. Le véhicule dispose :

  • de deux prises CCS2 de 400 kW, une de chaque côté, pour la recharge rapide en Europe et dans de nombreux pays ;
  • d’un adaptateur GBT pour la Chine ;
  • d’un adaptateur CCS1 pour l’Amérique du Nord.

Mercedes annonce qu’avec une borne de 400 kW, il faut environ 70 minutes pour recharger la gigantesque batterie de 621 kWh.

Le châssis a également été préparé pour la future norme de recharge MCS (Megawatt Charging System) à 1,2 MW, qui permettrait, en théorie, de tomber à environ 30 minutes de recharge. Mais Tobias Wagner n’a pas prévu d’utiliser cette option, les infrastructures MCS étant encore quasi inexistantes, y compris aux États-Unis et en Chine.

Une cellule Bliss Mobil 100 % électrique, sans gaz ni carburant

À l’arrière, la cellule réalisée par Bliss Mobil fait toute la différence avec un camion de fret classique. Ce module de 13 pieds (4,1 m) adopte un toit fixe, et non relevable, pour gagner en robustesse. Son aménagement se structure ainsi :

  • à l’avant, un salon en U avec banquettes et table, servant d’espace de vie et de travail ;
  • au centre, une cuisine équipée, face à la porte d’entrée ;
  • à l’arrière, une salle de bain complète.

Pour dormir, Wagner utilisera principalement le lit de pavillon qui descend au-dessus du salon. La dînette reste convertible, ce qui permettrait d’accueillir jusqu’à quatre couchages. Dans les faits, il voyagera seul avec son chien Krümelix, ce qui lui offrira deux espaces distincts : un coin couchage permanent et une zone de travail et de repas séparée. Un atout précieux pour produire régulièrement vidéos et contenus sur les réseaux sociaux au fil du périple.

La cellule Bliss Mobil de ce projet a été conçue pour fonctionner sans diesel, sans essence et sans gaz, uniquement à l’électricité et au solaire.

La cellule embarque :

  • une batterie lithium de 400 Ah ;
  • environ 1 000 W de panneaux solaires sur le toit ;
  • un système électrique capable d’alimenter un réfrigérateur-congélateur, un micro-ondes, une plaque de cuisson à induction deux feux, une climatisation, une pompe à eau et un WC broyeur ;
  • un chauffage au sol purement électrique (le chauffage diesel habituel de Bliss Mobil a été supprimé pour rester sans énergies fossiles).

La cellule reste globalement autonome en énergie, mais un lien de 24 V permet de puiser, si nécessaire, dans la batterie principale du camion. Tobias Wagner ne compte l’utiliser qu’en dernier recours, afin de réserver au maximum l’énergie de traction à la route.

Un système d’eau et de gestion à la hauteur d’un tour du monde

Pour rester indépendant longtemps, le véhicule transporte 400 litres d’eau propre. Les modules Bliss Mobil de cette taille intègrent un traitement de l’eau très complet :

  • préfiltration des sédiments ;
  • double filtration par ultraviolet ;
  • filtre à charbon actif.

Ce dispositif permet d’utiliser différentes sources d’eau, un point crucial pour un voyage qui doit traverser 35 pays. Un système de gestion type « smart home » centralise le contrôle des équipements et des niveaux (eau, énergie, température), ce qui simplifie le suivi au quotidien.

Le plus grand camping-car électrique au monde ?

New Atlas souligne que, d’après ses recherches, cet eActros carrossé par Bliss Mobil surclasse les autres camping-cars électrifiés connus, en poids comme en gabarit, lorsqu’on reste strictement sur du « tout-électrique » sans prolongateur d’autonomie thermique.

Certains modèles cités par le média, comme un grand camping-car Entegra Embark à chaîne de traction électrifiée, reposent sur un moteur thermique d’appoint et n’entrent donc pas dans la même catégorie. Sur le segment du 100 % électrique, seuls quelques modèles comme le Grounded G2 ou l’Iridium approchent sa longueur, mais aucun ne rivalise sur le poids total ou la base camion lourd.

Une moto électrique Honda pour prolonger l’aventure

À l’arrière, un porte-moto complète l’équipement d’expédition. Lors du salon de Düsseldorf, il était relevé pour limiter l’encombrement dans le stand, mais les images montrent qu’il peut emporter une moto électrique Honda WN7. Cette machine de 67 ch, dotée d’une batterie NMC de 9,3 kWh, adopte la même décoration que le camion.

Elle servira de relais lorsque les pistes ou routes deviendront trop étroites ou difficiles pour le poids lourd. Une façon d’augmenter encore le rayon d’action de l’ensemble sans brûler de carburant, la moto étant elle aussi électrique.

Un budget à près de 700 000 euros pour ce camping-car hors norme

Fait rare pour un véhicule aussi spécifique, un récapitulatif de prix était affiché sur le salon. Il détaille les coûts comme suit :

  • Mercedes eActros 600 : 300 000 € ;
  • cellule Bliss Mobil : 235 000 € ;
  • accessoires divers : 31 500 € ;
  • soit 566 500 € hors taxes ;
  • soit 685 465 € toutes taxes comprises avec une TVA de 21 %.

La moto Honda WN7 n’était pas incluse sur cette fiche, mais son tarif de départ, inférieur à 15 000 €, reste marginal au regard du coût global du projet.

Où et quand ce tour du monde électrique doit-il commencer ?

Le camping-car eActros 600 a d’abord été présenté lors du salon Abenteuer & Allrad, en Allemagne, au début de l’été, avant de faire étape au Caravan Salon de Düsseldorf. Le départ du tour du monde doit avoir lieu lors du salon IAA Transportation, à Hanovre, un lundi 14 septembre, pour une durée d’environ un an et un itinéraire passant par 35 pays.

Les avancées et difficultés rencontrées seront partagées sur YouTube et sur d’autres réseaux sociaux, via le compte de Tobias Wagner, déjà connu pour ses vidéos consacrées aux poids lourds électriques.

Ce que cela dit de l’avenir des camping-cars électriques en France

En France, l’offre de camping-cars 100 % électriques reste embryonnaire, en particulier sur les gros gabarits. La plupart des projets concernent aujourd’hui des vans ou fourgons compacts dérivés d’utilitaires électriques. Les poids lourds électriques existent déjà dans le transport de marchandises, mais leur usage en véhicule de loisirs au long cours reste marginal.

Le projet eActros 600-Bliss Mobil montre qu’un voyage de très longue distance sans carburant ni gaz est techniquement envisageable, à condition :

  • de disposer d’une batterie de très grande capacité ;
  • d’accepter un poids et un coût très élevés ;
  • de planifier précisément les recharges rapides sur plusieurs continents.

Pour un utilisateur français, la principale limite reste aujourd’hui le maillage des bornes rapides adaptées aux très grosses batteries et aux poids lourds, ainsi que le prix d’un tel ensemble, très loin du budget d’un camping-car familial classique. En revanche, certaines solutions mises en œuvre ici, comme la cellule d’habitation sans gaz, 100 % électrique et largement alimentée par le solaire, commencent déjà à se décliner sur des véhicules plus modestes.

Une vitrine technologique et un laboratoire grandeur nature

Sur le plan technique, ce tour du monde servira aussi de test à ciel ouvert. Il permettra d’observer la tenue d’une batterie LFP de 621 kWh sur des milliers de cycles partiels, dans des conditions variées de climat, de relief et de qualité de recharge. Il mettra aussi en lumière l’intérêt de l’architecture Bliss Mobil, où la cellule de vie reste quasi indépendante du châssis, et peut en théorie être transférée sur un autre camion dans le futur.

Pour le public français, ce type de projet donne un aperçu de ce que pourrait devenir, à terme, le voyage itinérant longue distance : des camping-cars très autonomes, largement électriques, avec une forte dépendance à la qualité des réseaux de recharge et une planification poussée des itinéraires. Un sujet qui pourrait évoluer rapidement à mesure que les infrastructures pour poids lourds électriques se développent en Europe et ailleurs.

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