Double vainqueur du Dakar, Sam Sunderland s’est attaqué au record du tour du monde à moto (29 000 km, 16 pays) sur ce qui ressemble à la future Triumph Tiger 1200
Depuis Londres, le Britannique Sam Sunderland tente un tour du monde à moto en un temps record, au guidon d’une Triumph encore méconnue.
Le constructeur britannique Triumph a choisi un terrain spectaculaire pour montrer, sans vraiment l’avouer, la future évolution de sa Tiger 1200. Selon les informations publiées par le site spécialisé New Atlas à partir de données fournies par Triumph, le double vainqueur du Dakar Sam Sunderland s’est élancé de Londres début septembre pour un tour du globe chronométré, à travers 16 pays et cinq continents, sur ce qui ressemble fort à un prototype de la prochaine Tiger 1200.
Un tour du monde chronométré pour battre un record vieux de plus de 20 ans
Sam Sunderland, 35 ans, pilote britannique sacré deux fois sur le Dakar, s’est élancé de Londres le 5 septembre 2026. Son objectif : boucler plus de 29 000 km à moto, dans un seul sens de rotation, pour battre le record officiel du tour du monde le plus rapide à moto, établi en 2002 par les Britanniques Kevin et Julia Sanders.
Pour effacer ce record, Sam Sunderland doit achever son périple en moins de 19 jours, 8 heures et 25 minutes, sur la même moto, en respectant un trajet continu.
Le défi est autant humain que mécanique. Le pilote prévoit de passer jusqu’à 17 heures par jour au guidon, avec une moyenne visée proche de 1 600 km quotidiens. Le règlement du record impose par ailleurs plusieurs contraintes : voyager dans une seule direction, toucher deux points antipodaux (diamétralement opposés sur le globe) et n’utiliser qu’une seule et même moto sur l’ensemble du parcours.
Le trajet a été découpé en six grandes étapes :
De Londres à Istanbul, en Turquie, pour la première traversée Europe–Asie ;
De Bangkok à Kuala Lumpur, en Asie du Sud-Est ;
De Perth à Sydney, en Australie ;
Une boucle en Nouvelle-Zélande ;
Une traversée de l’Amérique du Nord, de Vancouver à Montréal ;
Le retour vers Londres à partir de Casablanca, au Maroc.
Les liaisons maritimes obligatoires, notamment entre continents, ne sont évidemment pas parcourues à moto, mais elles s’intègrent au chronomètre global du record.
Une Triumph Tiger 1200 qui n’a plus grand-chose de “série”
Officiellement, Triumph affirme que Sam Sunderland roule sur une Tiger 1200 Rally Explorer issue de la gamme actuelle. Mais les photos officielles du départ, diffusées par Triumph et analysées par New Atlas, montrent clairement une machine aux lignes retravaillées, qui ressemble à un prototype de la prochaine génération.
Le dessin de l’avant, le nouvel éclairage, la présence d’un radar et la taille de la roue avant trahissent une profonde évolution de la Tiger 1200.
Parmi les changements visibles sur les clichés :
Un avant entièrement redessiné, avec un “bec” intégré plus fluide et une nouvelle signature lumineuse.
Un unique projecteur LED central, associé à un feu diurne repensé.
Un module radar logé au-dessus du phare, tourné vers l’avant.
Une roue avant qui semble passer de 21 à 19 pouces.
Le radar frontal vient compléter le radar arrière déjà présent sur la Tiger 1200 actuelle, afin d’intégrer un régulateur de vitesse adaptatif, une technologie déjà proposée sur des concurrentes directes comme la BMW R 1300 GS ou la Ducati Multistrada V4. Ce système permet à la moto d’ajuster automatiquement sa vitesse en fonction du trafic, un atout pour les longs trajets autoroutiers.
La roue de 19 pouces observée sur la moto de Sunderland marque un écart par rapport à la roue de 21 pouces montée d’ordinaire sur les versions Rally, les plus orientées tout-terrain. Cela laisse penser à une déclinaison plutôt routière ou “crossover touring”, tandis que les versions dédiées au tout-terrain conserveraient une configuration plus typée off-road.
Peu de changements mécaniques, mais une électronique largement renforcée
Selon les informations reprises par New Atlas, Triumph semble concentrer cette mise à jour sur le style et les aides électroniques, en conservant le châssis et le moteur actuels. La Tiger 1200 continuerait donc d’embarquer le trois-cylindres en ligne de 1 160 cm³, donné pour environ 150 chevaux et 130 Nm de couple.
Élément
Version actuelle
Évolution attendue
Moteur
3 cylindres en ligne 1 160 cm³
Conservé, réglages possibles
Puissance / couple
Environ 150 ch / 130 Nm
Valeurs similaires annoncées
Électronique
Aides classiques, radar arrière
Ajout du radar avant, régulateur adaptatif
Train avant
Roue de 21 pouces sur les versions Rally
Roue de 19 pouces sur une variante plus routière
Design
Face avant actuelle à double optique
Nouvelle face avant, mono-projecteur et DRL revu
Pour Triumph, envoyer un prototype quasiment final sur un périple de plus de 18 000 miles, au vu et au su de tout le milieu moto, constitue un test d’endurance grandeur nature, mais aussi un coup marketing calculé. Là où la plupart des constructeurs masquent leurs prototypes sous d’épaisses bâches ou des carénages camouflés, la marque britannique choisit au contraire de les exposer sur une opération à forte visibilité.
Un coup marketing aussi audacieux que le défi sportif
En associant un record du monde à un modèle encore non officiellement lancé, Triumph cherche clairement à ancrer la Tiger 1200 dans l’univers des très grands voyages et de la fiabilité au long cours. Le message adressé aux motards est simple : si la moto encaisse près de 30 000 km en moins de trois semaines sous un pilote de niveau mondial, elle sera taillée pour les usages intensifs du quotidien ou du tourisme au long cours.
Ce type de stratégie n’est pas inédit dans l’automobile ou la moto, mais il reste relativement rare. Les records d’endurance servent à la fois de laboratoire technique, pour éprouver moteurs, suspensions, électronique et ergonomie, et de vitrine, en occupant l’espace médiatique à un moment clé du cycle de vie d’un modèle.
Ce que cela représente pour un motard français
Pour un lecteur français, ce projet mené depuis le Royaume-Uni évoque directement le segment des gros trails routiers, très prisé en France. Les catégories sont comparables : gros bicylindres ou trois-cylindres, confort au long cours, suspensions à grand débattement, bagagerie et électronique avancée.
Sur le marché français, la Triumph Tiger 1200 se positionne face à des références bien connues :
BMW R 1300 GS, best-seller de la catégorie trail routier ;
Ducati Multistrada V4, très équipée en électronique et en radar ;
KTM 1290 Super Adventure, plus sportive ;
Honda Africa Twin, plus orientée tout-terrain, mais souvent cross-shopée par les mêmes clients.
La généralisation du régulateur de vitesse adaptatif sur ces modèles change progressivement le quotidien des grands rouleurs. Sur autoroute française, où les limitations sont strictes et les contrôles fréquents, ce type de système aide à maintenir une allure constante et à gérer les écarts de vitesse avec les autres véhicules, sans avoir à jouer constamment avec la poignée de gaz.
Pour les motards français qui rêvent de grands voyages, le tour du monde de Sam Sunderland rappelle aussi l’existence de démarches administratives spécifiques : visas selon les pays traversés, assurances adaptées, carnets de passage en douane pour certains territoires. Les grands constructeurs comme Triumph, BMW ou Honda disposent souvent de réseaux de concessionnaires et d’ateliers répartis sur plusieurs continents, un facteur qui pèse dans le choix d’une moto de voyage.
Tour du monde à moto : ce que cela implique réellement
Un tour du globe en moins de 20 jours reste un exercice extrême, loin du voyage “aventure” habituel. En roulant jusqu’à 17 heures par jour, Sam Sunderland impose à son corps un rythme éprouvant : manque de sommeil, alimentation irrégulière, adaptation météo express entre climats très différents. Pour la moto, ce sont des milliers de kilomètres avalés d’une traite, avec des contraintes mécaniques continues.
Sur un trail routier de ce gabarit, plusieurs points techniques deviennent cruciaux :
Le confort de selle et de position de conduite, pour limiter les douleurs répétitives ;
La protection contre le vent, gérée par la bulle et les carénages ;
La capacité du réservoir, qui conditionne l’autonomie entre deux pleins ;
La facilité d’entretien rapide (pression des pneus, tension de chaîne, contrôles visuels) ;
La lisibilité et la fiabilité de l’électronique, à toute heure et dans toutes les conditions.
Dans ce contexte, une moto comme la Tiger 1200 sert de vitrine à ce que peut proposer un gros trail moderne : régulateur de vitesse, multiples modes de conduite, suspensions semi-actives, aides au freinage en virage, voire surveillance des angles morts via le radar arrière. Chaque technologie doit rester simple d’usage, même après quinze heures de roulage, où la fatigue augmente le risque d’erreur humaine.
Une opération qui pourrait inspirer d’autres constructeurs
Le choix de Triumph de transformer un test d’endurance en démonstration publique pourrait donner des idées à d’autres marques. Utiliser des records du monde ou des raids extrêmes comme validation à ciel ouvert devient une manière de contourner les traditionnels essais secrets.
Pour les passionnés, suivre le périple de Sam Sunderland revient à observer en temps réel le comportement d’un prototype très proche de la série. Chaque image, chaque détail aperçu sur les photos diffusées par Triumph et relayées par New Atlas alimente les spéculations sur la future fiche technique de la Tiger 1200, bien avant sa présentation officielle.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.