En Angleterre, un passionné s’offre la spectaculaire moto Millyard Viper V10 et la teste sur une piste privée, sous l’œil de son créateur.
Acheter une moto unique au monde à plus de 170 000 euros est une chose, oser la démarrer et la lancer sur une piste en est une autre. C’est le pari un peu fou relevé par le Britannique Tim Whittaker, nouveau propriétaire de la Millyard Viper V10, qui a livré ses premières sensations au guidon dans une séance d’essais relatée par le média moto britannique MCN.
Une moto à moteur de supercar vendue 149 500 livres
En juillet, lors d’une vente aux enchères organisée par la maison H&H Classics au National Motorcycle Museum au Royaume-Uni, Tim Whittaker décroche le graal : la Millyard Viper V10, une machine unique animée par un moteur de Dodge Viper d’environ 8 litres pour quelque 500 ch.
Le montant final fait lever les sourcils : 149 500 livres sterling, soit plus de 170 000 euros selon le taux de change actuel. Une somme que même son concepteur, l’ingénieur-artisan britannique Allen Millyard, juge impressionnante.
Cette moto artisanale concentre un moteur de supercar V10 de 8 litres et environ 500 ch, vendu 149 500 livres lors d’une enchère au Royaume-Uni.
Interrogé par MCN après la vente de juillet, Allen Millyard confie qu’il est « ravi » de voir sa création atteindre un tel prix, tout en soulignant que peu de motos se vendent à ce niveau sur le marché.
Premiers tours de roue sur une piste privée, loin de la route
Plutôt que de partir aussitôt sur route ouverte, le nouveau propriétaire suit le conseil du constructeur. Le 3 septembre, il effectue ses premiers essais sur une piste privée, sorte de longue piste d’aérodrome réservée à une séance de mise au point, en présence d’Allen Millyard lui-même.
Ce jour-là, Tim Whittaker met en route le colossal V10, puis enchaîne quelques accélérations prudentes, avec une obsession : apprivoiser l’engin avant de l’exposer au trafic réel.
Allen Millyard lui a clairement recommandé de ne surtout pas rouler immédiatement sur route et de se faire la main sur piste en premier.
Ces premiers tests se déroulent aux côtés du créateur, qui lui prodigue des conseils techniques et de pilotage, tout en veillant à ce que la moto soit utilisée dans de bonnes conditions.
Une accélération trompeuse : 70 mph quand on croit en faire 30
Au guidon, Tim Whittaker se dit rapidement « submergé ». La sensation de vitesse est l’un des points qui le marquent le plus lors de cette journée, confie-t-il au magazine Classic Bike, média sœur de MCN.
Il explique notamment que la moto donne l’impression de rouler doucement, alors que le compteur grimpe déjà très haut :
Pour le nouveau propriétaire, la Millyard Viper V10 « est vraiment trompeuse » : quand il pense rouler à 30 mph, il est déjà autour de 70 mph.
Sur la longue piste, la Viper V10 transforme rapidement la distance disponible en quelques secondes d’accélération. Tim Whittaker raconte que, dès qu’il ouvre vraiment les gaz, la piste lui paraît soudain très courte. Il doit alors penser au freinage et au demi-tour, ce qui ajoute une dose de stress à l’expérience.
Un engin comparé à un missile Polaris
Pour décrire les sensations, Tim Whittaker ne cherche pas midi à quatorze heures : il parle d’un véritable missile.
Il va jusqu’à comparer l’engin à « un missile Polaris » lorsqu’il s’élance, saluant le travail d’Allen Millyard. La poussée du V10, installée longitudinalement, offre une accélération brutale, sans commune mesure avec une moto de série, même très performante.
Une masse de Gold Wing rien que pour le moteur
L’un des aspects les plus déroutants pour le nouveau propriétaire reste le poids. Le moteur V10 pèserait à lui seul autant qu’une Honda Gold Wing, une des routières les plus lourdes du marché. Cette masse élevée, placée très bas et très en longueur, influe sur tous les gestes de conduite.
Tim Whittaker évoque particulièrement :
la lourdeur de la commande d’embrayage ;
les réactions de la moto lorsque le V10 prend des tours ;
le « mouvement de bascule » lié au vilebrequin monté dans l’axe de la moto ;
la nécessité d’anticiper très tôt freinages et demi-tours.
Il admet avoir d’abord pensé que la machine était presque « inconduisible » tant l’embrayage demande de force. Il décrit la technique qu’il a dû adopter : agripper l’extrémité du levier et utiliser tout son corps pour le ramener vers le guidon. Il parle d’un effort bien au-delà de ce qu’impose une moto classique.
Selon Tim Whittaker, pour actionner l’embrayage, il faut saisir l’extrémité du levier et tirer avec tout son corps, loin d’une moto de route ordinaire.
À ses yeux, Allen Millyard apparaît presque « surhumain » pour réussir à manœuvrer régulièrement cette machine sur route ouverte.
Allen Millyard, un constructeur-artisan habitué aux projets extrêmes
La Millyard Viper V10 a été mise sur route en 2009. Depuis, Allen Millyard a parcouru des milliers de kilomètres avec elle, y compris un trajet jusqu’au Tourist Trophy de l’île de Man, l’une des destinations mythiques des motards britanniques.
La moto détient aussi un record du monde homologué par le Guinness World Records : celui de la « vitesse la plus élevée atteinte par une moto tandem », record signé avec l’animateur Henry Cole installé en passager. En essai, entre les mains d’un pilote d’essai de MCN, Bruce Dunn, la Viper V10 a atteint 207,101 mph, soit plus de 330 km/h.
La démarche d’Allen Millyard s’inscrit dans une tradition britannique de préparateurs et constructeurs artisans, capables de créer des motos très originales à partir de moteurs automobiles ou de blocs surdimensionnés, en dehors de toute logique industrielle classique.
Un propriétaire prudent, décidé à s’entraîner encore
Fort de cette première journée, Tim Whittaker reste humble. Il juge « insensé » de vouloir l’utiliser tout de suite sur route ouverte et prévoit davantage de sessions sur piste privée avant d’envisager d’affronter le trafic.
Il n’exclut pas d’y aller un jour, mais à condition d’avoir pratiqué suffisamment et de s’être renforcé physiquement, évoquant même l’idée d’aller « à la salle de sport » pour mieux encaisser l’effort que demande cette machine hors normes.
Et en France, où en est-on des motos artisanales extrêmes ?
En France, un engin comme la Millyard Viper V10 resterait une curiosité rarissime, notamment en raison du cadre réglementaire. Toute moto construite de manière artisanale doit répondre à des règles strictes d’homologation pour pouvoir circuler sur route ouverte.
Dans la pratique :
les constructeurs artisans doivent passer par une réception à titre isolé, procédure technique et administrative exigeante ;
la puissance n’est plus officiellement limitée comme cela a été le cas avec la réglementation des 100 ch, mais le véhicule doit rester maîtrisable et conforme aux normes de sécurité ;
les modifications extrêmes (moteur automobile, poids très élevé, vitesse de pointe hors norme) compliquent considérablement l’obtention d’une carte grise.
Il existe en France des préparateurs et constructeurs de motos artisanales, souvent orientés vers les préparations esthétiques, les cafés racers ou les dragsters de piste. Mais intégrer un V10 de supercar sur route ouverte resterait un défi de tous les instants en matière d’homologation, d’assurance et d’usage quotidien.
Une machine qui pose la question de l’usage réel
La Viper V10 soulève aussi un sujet récurrent chez les passionnés : jusqu’où aller pour une moto qui sera probablement utilisée avec parcimonie ? Entre puissance extrême, poids colossal et coût d’achat vertigineux, l’usage réel reste limité à quelques longues pistes, des démonstrations et de rares balades choisies.
Pour un collectionneur, ce type de machine devient davantage une pièce de musée vivante qu’un véhicule utilitaire. La valeur se trouve dans la rareté, le savoir-faire artisanal et l’histoire singulière qui entoure sa création, bien plus que dans la simple performance chiffrée.
Ce que cela implique pour un motard lambda
Pour un motard français habitué à un roadster ou une sportive moderne, l’expérience décrite par Tim Whittaker illustre ce qui change quand on passe sur une machine extrêmement puissante et lourde :
Aspect
Moto de série performante
Millyard Viper V10
Moteur
4 cylindres ou V-twin de 1 000 à 1 300 cm³
V10 de supercar de 8 litres
Gestion de la vitesse
Sensation plus proche de la réalité
Vitesse ressentie nettement sous-estimée
Poids
Environ 200 kg
Moteur seul proche du poids d’une Gold Wing complète
Embrayage
Utilisable d’un seul doigt sur la plupart des modèles récents
Nécessite tout le corps pour être actionné correctement
Cette comparaison met en lumière l’écart gigantesque entre un engin extrême, presque expérimental, et une moto de route moderne pensée pour un usage quotidien, avec assistance électronique, ergonomie et confort.
Pour beaucoup, la Viper V10 restera un fantasme mécanique admiré lors de vidéos ou d’événements. Pour Tim Whittaker, c’est désormais une réalité très concrète, exigeante, mais aussi gratifiante, à condition de l’aborder avec patience, prudence et un certain sens de l’effort physique.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.