En Italie, un étonnant prototype de Peugeot 605 préparée pour le rallye-raid s’affiche à un tarif digne d’une supercar moderne.
Le site automobile italien ClubAlfa met en lumière une annonce hors norme : une Peugeot 605 à près de 400 000 euros. Derrière ce prix délirant pour une vieille berline se cache en réalité un pur-sang de rallye-raid, déjà passé par le Dakar Classic, et présenté comme un exemplaire unique encore opérationnel dans sa configuration d’origine.
Une Peugeot 605 à 399 990 euros qui n’a plus rien d’une routière classique
À première vue, la silhouette est bien celle d’une Peugeot 605, grande berline française des années 1990 souvent associée aux parkings d’entreprises et aux cadres supérieurs. Mais ici, pas de coffre rempli de bagages ni de V6 discret sous le capot avant. ClubAlfa précise que dans le coffre, il n’y a pas de lingots d’or… mais surtout plus de mécanique du tout.
Cette voiture très particulière porte un nom complet : IPSO‑E.Leclerc 4×4. Elle ne partage avec la 605 d’origine que son allure générale. Toute la partie technique a été repensée pour affronter les rallye‑raids désertiques, en particulier les dunes du Sahara.
Ce qui ressemble à une Peugeot 605 est en fait un prototype de rallye‑raid à châssis tubulaire, motorisé par un V6 de 4 litres placé derrière l’habitacle.
Le châssis d’origine a disparu. À sa place, un cadre tubulaire conçu à la fin des années 1990 pour les compétitions de rallye‑raid, ces épreuves d’endurance sur terre, cailloux et sable où les voitures doivent encaisser des journées entières de violence mécanique. Tous les organes majeurs – moteur, boîte, transmission – ont été déplacés à l’arrière de l’habitacle.
Un V6 PRV de 4 litres et une fiche technique taillée pour le désert
Au cœur de l’IPSO‑E.Leclerc 4×4 se trouve un bloc bien connu des passionnés français : un V6 PRV de 3 997 cm³. Ce moteur, né d’une coopération entre Peugeot, Renault et Volvo, a équipé plusieurs modèles emblématiques. Dans cette version rallye‑raid, il fonctionne en aspiration naturelle, sans turbo.
ClubAlfa rappelle que les règlements de l’époque, en constante évolution, ont pénalisé certains prototypes à moteur essence turbocompressé. Les concepteurs de cette 605 très spéciale ont donc misé sur l’aspiration naturelle, plus simple à fiabiliser dans les conditions extrêmes du désert.
La puissance est transmise aux quatre roues via une boîte de vitesses SADEV à cinq rapports associée à un réducteur, utile pour gravir des dunes ou franchir des obstacles à basse vitesse. La transmission intégrale permet de conserver de la motricité même lorsque le sable devient profond ou que le terrain se dégrade sévèrement.
Boîte SADEV à cinq vitesses, réducteur, quatre roues motrices : tout a été pensé pour avaler les pistes plutôt que l’autoroute.
Suspensions renforcées, freins de course et double réservoir
Pour survivre à un rallye‑raid, une voiture ne doit pas seulement être puissante ; elle doit surtout encaisser les chocs répétés et les réceptions brutales. Cette « ex‑605 » reçoit ainsi huit amortisseurs Donerre, deux par roue. Cette configuration permet de mieux répartir les efforts et d’éviter la surchauffe des éléments de suspension.
Le freinage est assuré par des étriers AP Racing à six pistons, un niveau digne d’une voiture de compétition moderne. L’auto dispose également de deux réservoirs de carburant, un choix logique quand on évolue au milieu du désert, loin de toute station‑service. Lors d’un rallye‑raid, l’autonomie et la gestion de l’essence deviennent des éléments de survie autant que des paramètres de performance.
Avec un tel niveau de préparation, cette Peugeot 605 a finalement plus de sens sur une dune de sable que dans un parking souterrain de centre‑ville. Son terrain de jeu naturel reste la piste, pas la ville.
Un exemplaire unique déjà passé par le Dakar Classic
L’auto mise en vente au prix de 399 990 euros est présentée comme le seul exemplaire encore fonctionnel dans sa configuration d’origine. Elle possède donc une vraie valeur historique pour les amateurs de rallye‑raid.
ClubAlfa rappelle que cette IPSO‑E.Leclerc 4×4 a été pilotée par deux figures bien connues des spécialistes : Pierre Lartigue et Bruno Gilles. Leurs noms parlent aux passionnés, ces pilotes ayant marqué les épreuves tout‑terrain par leurs résultats et leur expérience sur les pistes les plus difficiles.
Restaurée en 2021, cette Peugeot 605 de rallye‑raid a pris le départ du Dakar Classic en 2022, confirmant qu’elle reste prête à rouler.
L’auto a fait l’objet d’une restauration en 2021. Elle n’a pas terminé sa carrière au fond d’un garage : elle a participé au Dakar Classic 2022, une épreuve réservée aux véhicules historiques, inspirée du mythique Paris‑Dakar. Selon le média italien, elle n’a donc rien d’une pièce immobile destinée à trôner dans un salon : elle « a encore du sable dans les joints ».
Pour l’acheteur potentiel, le vendeur ne propose plus vraiment une Peugeot 605. À ce niveau de prix, la qualifier simplement de berline serait injuste. Il s’agit plutôt d’un véritable morceau d’histoire du rallye‑raid portant les lignes d’une grande routière française des années 1990.
Pourquoi une telle somme pour une base de berline généraliste ?
Le montant demandé, proche de 400 000 euros, correspond à ce que l’on paie pour certaines supercars récentes, voire pour des hypercars d’occasion. Mais ce tarif se justifie par plusieurs facteurs combinés :
la rareté extrême de cet exemplaire, présenté comme le seul encore en état de marche dans sa configuration initiale ;
le palmarès sportif et les noms des pilotes qui l’ont conduit ;
la complexité de la préparation rallye‑raid (châssis tubulaire, V6 PRV préparé, transmission spécifique, suspensions et freins de compétition) ;
la restauration récente et la participation à une épreuve reconnue comme le Dakar Classic.
Pour un collectionneur passionné de rallye‑raid, ce type de véhicule combine à la fois l’intérêt historique, la valeur sportive et la possibilité de rouler encore sur des épreuves historiques ou des événements privés.
Ce que représente une telle auto pour un passionné français
Pour un lecteur français, cette Peugeot 605 très spéciale a une dimension presque paradoxale. La 605 de série évoque plutôt les longues liaisons autoroutières, le confort et une image bourgeoise. La version IPSO‑E.Leclerc 4×4 renverse totalement cet imaginaire pour la transformer en machine de sable et de poussière.
En France, il existe plusieurs exemples de voitures issues de berlines ou de coupés de grande série transformées en monstres de rallye‑raid. Les Citroën et Peugeot engagées sur l’ancien Paris‑Dakar (Préparations 205, 405, 405 T16, 405 Rallye‑Raid, puis 2008 DKR et 3008 DKR) illustrent ce passage d’un modèle routier à un prototype profondément modifié, parfois sans plus grand‑chose en commun avec l’auto d’origine, si ce n’est l’allure générale et le blason sur le capot.
Les règles françaises pour l’homologation routière restent très strictes pour ce type de véhicules. Un prototype de rallye‑raid comme cette IPSO‑E.Leclerc 4×4 roule en principe dans le cadre de compétitions ou d’événements encadrés, pas comme une simple voiture de tous les jours. Son immatriculation, lorsqu’elle existe, obéit à des règles spécifiques liées à la compétition et à la sécurité.
Le marché des voitures de rallye‑raid historiques
En France comme ailleurs en Europe, les voitures de rallye‑raid ayant un passé significatif sur des épreuves emblématiques voient leur cote progresser. Les véhicules ayant roulé sur le Paris‑Dakar ou le Dakar moderne attirent un public de collectionneurs très ciblé :
anciens pilotes ou copilotes souhaitant retrouver une auto de leur époque ;
collectionneurs d’engins de compétition ;
organisateurs ou participants à des événements historiques type rallyes de régularité sur terre.
La valeur dépend fortement de l’authenticité du châssis, de la traçabilité de son historique et du respect de la configuration d’origine. Une restauration trop éloignée du spécimen initial peut faire chuter rapidement l’intérêt des acheteurs avertis.
Rallye‑raid, Dakar Classic : de quoi parle‑t‑on exactement ?
Le rallye‑raid désigne une catégorie de rallyes tout‑terrain de longue distance, disputés sur plusieurs jours, souvent dans des zones désertiques ou très isolées. Le Dakar, dans ses différentes versions, en est la référence la plus connue. Les véhicules doivent être rapides, mais surtout endurants, faciles à réparer et capables d’affronter des températures extrêmes.
Le Dakar Classic, auquel cette Peugeot 605 de compétition a déjà participé, est une épreuve dérivée, réservée aux véhicules plus anciens. L’objectif est de faire rouler des voitures et camions historiques sur un parcours adapté, tout en respectant leur mécanique et leur particularité d’époque. Cela permet aux passionnés de revoir en action des machines mythiques, tout en valorisant leur patrimoine sportif.
Pour un acheteur disposant du budget demandé, ce type de voiture ouvre la porte à des activités très spécifiques : participation à des rallyes historiques, roulages privés dans le désert, événements de clubs dédiés aux anciennes de compétition, ou simple exposition dans une collection spécialisée dans le sport automobile.
Le risque majeur reste le coût d’exploitation : entretien d’un V6 PRV préparé, pièces spécifiques de transmission ou de suspension, logistique nécessaire pour rouler en dehors des routes classiques. Tout passionné doit intégrer ces paramètres avant de se laisser séduire par le badge Peugeot d’une 605 qui, à près de 400 000 euros, n’a plus rien d’une simple routière de seconde main.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.