Au Gabon, des crocodiles nains vivent dans des grottes obscures et chassent des chauves-souris dans des conditions extrêmes.
La séquence, révélée par le média scientifique en ligne Live Science, ne montre pas le pays depuis l’espace, mais documente un comportement jusqu’alors jamais observé chez une population très particulière de crocodiles nains des grottes d’Abanda, sur la côte ouest de l’Afrique centrale.
Une chasse filmée dans l’obscurité des grottes d’Abanda
Les crocodiles nains filmés au Gabon appartiennent à l’espèce Osteolaemus tetraspis. Ces reptiles, les plus petits crocodiles connus au monde, atteignent environ 1,5 mètre de long. Habituellement, ils fréquentent les forêts, les rivières et les marécages d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.
Dans les grottes d’Abanda, leur quotidien est très différent. Une partie de cette population s’est installée sous terre, dans un réseau difficile d’accès où règnent l’obscurité, les chauves-souris et d’importants dépôts de guano, les déjections de ces mammifères volants.
Des caméras installées à distance ont permis de voir, pour la première fois, ces crocodiles capturer leurs proies dans leur refuge souterrain.
Les chercheurs savaient déjà que les reptiles se nourrissaient de chauves-souris et d’insectes. Ils ignoraient pourtant leur méthode de chasse. La présence humaine modifiait le comportement des animaux, qui ne semblaient pas poursuivre leurs activités habituelles lorsque des scientifiques entraient dans les cavités.
La nouvelle vidéo apporte donc un élément précieux : elle montre les crocodiles profiter du milieu souterrain pour tendre des embuscades. Les images doivent aider les équipes scientifiques à mieux reconstituer leurs habitudes et l’évolution de cette population isolée.
Des animaux observés depuis plus de quinze ans
Matt Shirley, écologue spécialiste de la conservation et membre d’un programme d’exploration soutenu par Rolex et National Geographic, travaille sur cette population depuis de nombreuses années. Il souligne le caractère inédit de ces images.
« Je travaille avec cette population depuis près de quinze ou seize ans, et c’est quelque chose que nous n’avions jamais pu voir », a déclaré Matt Shirley à Live Science.
Les grottes ont été repérées en 2008. Matt Shirley a participé à la première documentation scientifique de ces crocodiles en 2010. Une étude parue en 2016 dans la revue African Journal of Ecology a comparé les individus souterrains à leurs congénères vivant dans les forêts voisines.
Le travail de terrain y est particulièrement éprouvant. Durant la saison sèche, le sol peut être recouvert d’une épaisse couche de guano. Lorsqu’il pleut, cette matière se transforme en boue liquide et rend les déplacements encore plus complexes.
Matt Shirley décrit un environnement fermé, bruyant et difficile à parcourir, où les chercheurs doivent parfois progresser dans des tunnels étroits. Il explique avoir dû se tenir dans le guano jusqu’au cou ou ramper à travers des passages couverts de cette matière.
Une couleur orange liée au milieu souterrain
Les crocodiles des grottes d’Abanda se distinguent aussi par leur apparence. Leur peau, habituellement grisâtre, prend une teinte orange. Selon les observations scientifiques, l’acidité du guano altère progressivement leur épiderme et produit cette coloration singulière.
Cette vie extrême ne semble pas empêcher les animaux de se nourrir correctement. Les chercheurs ont constaté que les crocodiles des grottes étaient souvent mieux alimentés que ceux des forêts. L’abondance de proies et l’absence apparente de prédateurs dans les cavités pourraient expliquer cet avantage.
Ils vivent dans une obscurité permanente.
Ils chassent des chauves-souris et des insectes.
Ils évoluent sur des amas de guano parfois très acides.
Ils présentent une coloration orange inhabituelle.
Ils forment un groupe génétiquement isolé.
Une évolution qui pourrait se jouer sous terre
Les scientifiques ne savent pas depuis quand ces crocodiles occupent les grottes. Ils pourraient y vivre depuis plusieurs milliers d’années. L’isolement du site et la difficulté d’accès expliquent en partie pourquoi cette population est restée longtemps méconnue.
Sur le plan génétique, les crocodiles cavernicoles restent rattachés à l’espèce des crocodiles nains. Ils constituent toutefois un groupe isolé. En vivant et en se reproduisant principalement entre eux, ils accumulent des différences génétiques susceptibles de favoriser leur adaptation au milieu souterrain.
« C’est l’évolution en action », a estimé Matt Shirley, évoquant la capacité de ces animaux à s’adapter à un environnement aussi hostile.
Cette évolution n’implique pas forcément la naissance prochaine d’une nouvelle espèce. Elle illustre plutôt un mécanisme bien connu : lorsqu’un groupe reste séparé d’autres populations durant de longues périodes, ses caractéristiques peuvent progressivement diverger.
La situation en France et les enjeux de protection
La France métropolitaine ne compte pas de population sauvage de crocodiles nains. Pour le public français, l’intérêt de cette observation réside donc surtout dans la compréhension de la biodiversité tropicale et dans les enjeux de conservation d’une espèce présente hors d’Europe.
Le crocodile nain est classé comme vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cette évaluation n’a pas été actualisée depuis longtemps, ce qui laisse une part d’incertitude sur l’état réel des populations à l’échelle de son aire de répartition.
Dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, l’espèce subit la pression de la chasse pour sa viande ainsi que la dégradation de ses habitats. Au Gabon, les crocodiles nains restent relativement abondants, d’après les éléments cités par National Geographic. Leur vaste répartition ne garantit pas pour autant la sécurité de chaque groupe local.
Une population vulnérable hors des zones protégées
Les grottes d’Abanda ne se trouvent pas dans une aire protégée du Gabon. Cette situation expose les crocodiles cavernicoles à d’éventuelles activités humaines autour du site. Le gouvernement gabonais travaille, selon Matt Shirley, à la mise sous protection spécifique des grottes.
Pour les scientifiques, le risque concerne moins la disparition immédiate de l’espèce entière que le devenir de cette petite population souterraine. Sa rareté, son isolement et son habitat très localisé la rendent plus fragile face à toute perturbation.
Les images doivent être diffusées dans un épisode consacré à la jungle d’une série de National Geographic consacrée aux milieux naturels africains. La captation à distance limite les dérangements et offre une solution utile pour étudier des animaux discrets, dans des habitats où l’observation directe reste presque impossible.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment les crocodiles nains survivent-ils dans les grottes d'Abanda ?
Ces crocodiles se nourrissent principalement de chauves-souris et d'insectes en abondance dans les grottes. Ils s'y sont adaptés au fil des milliers d'années possibles d'occupation souterraine, développant des techniques de chasse par embuscade efficaces dans l'obscurité.
Pourquoi la peau de ces crocodiles est-elle orange ?
L'acidité du guano (les déjections de chauves-souris) qui recouvre le sol des grottes altère progressivement l'épiderme des crocodiles, ce qui produit cette coloration orange singulière, très différente de leur teinte grisâtre habituelle.
Depuis combien de temps ces crocodiles vivent-ils dans les grottes ?
Les scientifiques ne le savent pas avec certitude, mais ils pourraient y occuper les grottes depuis plusieurs milliers d'années. Les grottes ont été repérées en 2008 et documentées scientifiquement à partir de 2010.
Cette population risque-t-elle de devenir une nouvelle espèce ?
Bien que ces crocodiles accumulent des différences génétiques en se reproduisant isolément, ils restent rattachés à l'espèce Osteolaemus tetraspis. Leur évolution illustre une divergence génétique progressive, mais n'implique pas forcément la naissance d'une nouvelle espèce.
Les crocodiles des grottes sont-ils mieux nourris que ceux de la forêt ?
Oui, les observations scientifiques montrent que les crocodiles des grottes sont souvent mieux alimentés que leurs congénères des forêts avoisinantes, probablement en raison de l'abondance de proies et de l'absence de prédateurs dans les cavités.