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Un paléoanthropologue de Harvard alerte sur la mode du CrossFit : « Ce mélange de cardio et de force provoque de l’incontinence intestinale »

Un paléoanthropologue de Harvard alerte sur la mode du CrossFit : « Ce mélange de cardio et de force provoque de l'incontinence intestinale »

Une athlète contrainte de finir une course couverte de ses propres selles en Chine relance un débat brûlant sur les dérives du fitness extrême.

La scène s’est déroulée lors d’une compétition Hyrox à Pékin, en Chine, et a depuis fait le tour du monde. Un incident d’incontinence intestinale en pleine épreuve, rapporté par le quotidien britannique The Guardian, amène désormais certains scientifiques, dont un paléoanthropologue de l’université Harvard, à alerter sur les limites d’un entraînement hybride proche du CrossFit, mêlant cardio très intense et exercices de force.

Une course Hyrox gagnée malgré… une incontinence intestinale

L’affaire débute avec Joanna Wietrzyk, compétitrice australienne de Hyrox, un format de course hybride très en vogue. Lors d’un événement organisé à Pékin il y a un peu plus d’une semaine, l’athlète continue à courir alors qu’elle vient de se souiller de manière visible avec ses propres excréments. Les images montrent la matière fécale coulant le long de ses jambes, sous les yeux des autres participants et des spectateurs.

Loin de se cacher, Wietrzyk revendique d’abord son choix. Dans une publication Instagram depuis supprimée, elle écrit : « Ou tu donnes tout ou tu rentres à la maison… une victoire est une victoire », citée par The Guardian. La coureuse termine la course et la remporte.

Les organisateurs de Hyrox semblent, dans un premier temps, valider cette mentalité. Un communiqué – lui aussi effacé depuis – explique : « Nous demandons à nos athlètes de se dépasser au maximum. Parfois, ils iront au-delà de ce que même nous pensions possible. » L’idée est claire : repousser sans cesse les limites physiques et mentales.

La victoire de l’athlète australienne à Pékin, malgré une incontinence intestinale visible, est devenue le symbole des dérives du culte de la performance dans le fitness.

Mais à mesure que les vidéos de l’incident circulent sur les réseaux sociaux, la réaction du public change. Peu de commentaires saluent sa détermination. De nombreux internautes s’inquiètent d’abord du risque sanitaire pour les autres compétiteurs, exposés à des matières fécales sur la piste et dans une salle fermée.

Excuses publiques et nouvelles règles chez Hyrox

Face au tollé, la situation se retourne rapidement. Joanna Wietrzyk finit par faire machine arrière. Elle reconnaît qu’elle aurait dû quitter la piste et explique qu’« il y a plus dans la vie que les courses ». Un message bien différent de celui affiché initialement.

Hyrox, de son côté, présente aussi des excuses. Moritz Fürste, cofondateur de la marque, admet : « Hyrox a commis une erreur en ne réagissant pas immédiatement pendant la course ». Il annonce que « de nouvelles règles et procédures ont été mises en place pour éviter que des situations comme celle-ci ne se reproduisent ».

L’organisation ne détaille pas dans l’extrait relayé les mesures exactes, mais le message est net : la tolérance zéro vis-à-vis de ce type d’incidents sanitaires devient la nouvelle ligne officielle. Au-delà du cas individuel, l’affaire met en lumière une question plus large : jusqu’où peut-on aller dans la recherche de performance sans mettre la santé – et celle des autres – en danger ?

CrossFit, Hyrox, athlons hybrides : quand le culte de la performance dérape

Hyrox appartient à une nouvelle génération de compétitions dites « hybrides ». Elles combinent des séries d’exercices cardiovasculaires (course à pied, rameur, ski ergométrique…) et des mouvements de force (port de charges, poussée de traîneau, fentes, burpees…). Un modèle qui rappelle fortement l’univers du CrossFit, dont les Games internationaux ont popularisé le format ultra-intensif.

Ces épreuves séduisent un public grandissant, du Royaume-Uni à l’Australie en passant par l’Asie. D’autres formats similaires, comme ATHX ou les grandes compétitions CrossFit, surfent sur la même vague : courses fractionnées, épreuves de puissance, efforts répétés au plus haut niveau d’intensité.

Dans la communauté fitness, ce modèle a longtemps été porté par une mentalité très agressive : « no pain, no gain », littéralement « pas de douleur, pas de progrès ». L’incident de Pékin montre toutefois que cette philosophie rencontre désormais une résistance plus forte.

« La santé n’est pas au centre » : l’alerte du paléoanthropologue de Harvard

C’est dans ce contexte que s’exprime Daniel Lieberman, paléoanthropologue à l’université Harvard, spécialiste de l’évolution du corps humain et auteur de travaux sur l’activité physique. Interrogé sur ce type de compétitions hybrides, il tranche nettement :

« Je pense que cela devrait être évident que participer à Hyrox n’a rien à voir avec la santé, mais avec la compétition », affirme le paléoanthropologue de Harvard Daniel Lieberman.

Pour lui, l’être humain possède bien la capacité de supporter des efforts extrêmes, mais ces efforts ne correspondent pas à ce pour quoi nous avons évolué. Il cite un exemple parlant : nous n’avons jamais été « conçus » pour rester sur une ligne et courir aussi vite que possible jusqu’à une autre ligne située à 42,2 km de là, comme lors d’un marathon. Selon lui, l’idée est encore plus déroutante pour un format où l’on doit, comme en Hyrox, « courir un kilomètre huit fois puis pousser des traîneaux, porter des poids, faire des burpees, etc. ».

Dans un second temps, Lieberman rappelle que les bénéfices de l’activité physique ont, eux aussi, une limite. « Nous disposons déjà de centaines d’études qui montrent qu’il ne faut pas beaucoup d’activité physique pour promouvoir la santé », explique-t-il. Il ajoute : « Une activité plus importante peut apporter des avantages plus grands, mais seulement jusqu’à un certain point, à partir duquel les bénéfices diminuent et peuvent même s’inverser. »

Ce message vise en filigrane les pratiquants qui confondent santé et performance extrême. Chercher un record personnel, enchaîner des compétitions exigeantes et ignorer les signaux d’alerte du corps peut conduire à des blessures, à un épuisement mental, voire à des incidents spectaculaires comme l’incontinence intestinale observée à Pékin.

Psychologue du sport : un tournant dans la mentalité des pratiquants

Le débat n’est pas uniquement scientifique. Harvey Smith, psychologue du sport spécialisé dans l’exercice physique, observe un changement de mentalité parmi ses patients. Il suit de nombreux athlètes engagés dans des épreuves d’endurance et des compétitions hybrides comme Hyrox, mais aussi dans d’autres sports exigeants.

Selon lui, « dernièrement, j’ai remarqué que les gens se préoccupent davantage de leur bien-être ». Il constate « une prise de conscience croissante que la poursuite de records de performance extrêmes ne correspond pas toujours à la santé physique ou mentale à long terme ». De plus en plus de sportifs, affirme-t-il, réfléchissent à ce dilemme au lieu de considérer que le plus difficile est forcément mieux.

Pour le psychologue Harvey Smith, un nombre croissant de sportifs se demandent si viser l’extrême vaut vraiment le prix payé en matière de santé.

Chez les pratiquants réguliers de salle de sport, les blessures à répétition, la fatigue chronique ou la pression sociale des réseaux peuvent servir de déclencheurs. Beaucoup commencent à questionner la nécessité de s’aligner sur des épreuves type CrossFit ou Hyrox, ou de suivre des programmes d’entraînement conçus pour des élites.

Pourquoi ces efforts extrêmes peuvent conduire à l’incontinence intestinale

L’épisode vécu par Joanna Wietrzyk illustre un phénomène bien documenté chez les sportifs d’endurance : les troubles gastro-intestinaux à l’effort. Lors d’un exercice prolongé et très intense, une partie du flux sanguin est détournée du système digestif pour alimenter les muscles et la peau. L’intestin se retrouve alors moins irrigué, ce qui peut provoquer crampes, diarrhée, voire une perte de contrôle des sphincters.

Les facteurs aggravants sont nombreux :

  • intensité très élevée de l’exercice, proche du maximum ;
  • durée prolongée sans pause suffisante ;
  • ingestion d’aliments ou de boissons mal tolérés peu avant l’épreuve ;
  • stress psychologique et pression de la compétition ;
  • chaleur, déshydratation ou mauvaise gestion des ravitaillements.

Dans un format hybride cardio + force, ces éléments s’ajoutent : impact des mouvements explosifs, rebonds, poussées de charges lourdes qui augmentent la pression abdominale. Les athlètes qui repoussent leurs limites malgré les signaux d’inconfort digestif s’exposent alors à des incidents d’incontinence, parfois spectaculaires.

Ce que cela change pour les pratiquants en France

Hyrox et le CrossFit gagnent aussi du terrain en France, avec des salles affiliées, des compétitions locales et des événements nationaux. Les pratiquants français se retrouvent confrontés aux mêmes logiques que ceux observés en Chine ou dans les pays anglo-saxons : culture de la performance, glorification du dépassement de soi, mise en scène de la souffrance physique sur les réseaux sociaux.

En France, la pratique sportive structurée s’inscrit dans un cadre plus large : recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, programmes nationaux de prévention, encadrement par des éducateurs sportifs diplômés d’État. Ces derniers sont censés adapter le niveau d’intensité, surtout pour les publics débutants ou fragiles.

Les professionnels français de santé sportive – médecins du sport, kinésithérapeutes, préparateurs physiques – insistent généralement sur quelques principes : démarrage progressif, respect de la fatigue, importance de la récupération, et adaptation de la charge de travail à l’âge et à l’historique médical. Ces recommandations vont dans le sens des alertes rappelées par Daniel Lieberman : l’activité modérée et régulière est bénéfique, le très intense à répétition peut devenir problématique.

Pour les adeptes français de CrossFit ou de formats hybrides proches de Hyrox, l’enjeu consiste à clarifier l’objectif : viser la santé ou la performance compétitive. Dans le premier cas, il est possible de conserver l’esprit ludique et varié de ces disciplines tout en réduisant nettement l’intensité, en évitant les compétitions et en écoutant davantage les signaux du corps.

Comment pratiquer un entraînement hybride sans mettre sa santé en jeu

Un entraînement mêlant cardio et renforcement musculaire reste intéressant pour la condition physique globale : amélioration de l’endurance, de la force, de l’équilibre et de la composition corporelle. Les dérives apparaissent lorsque ces séances sont systématiquement menées au maximum des capacités, avec une pression de résultat ou d’image.

Pour limiter les risques, plusieurs pistes sont fréquemment mises en avant par les professionnels de l’activité physique :

  • Définir clairement son objectif principal : santé, plaisir, performance ou compétition.
  • Adapter l’intensité à son niveau, sans copier les programmes d’athlètes élites.
  • Prévoir des jours de récupération et des semaines allégées.
  • Surveiller les signaux d’alerte : douleurs persistantes, troubles digestifs, fatigue inhabituelle.
  • Échanger régulièrement avec un médecin du sport ou un coach formé si la charge d’entraînement augmente.
  • En pratique, un entraînement hybride orienté santé pourrait, par exemple, associer des blocs de course modérée ou de vélo avec des exercices de renforcement à charges légères à moyennes, réalisés sans recherche de chrono, et avec des pauses suffisantes.

    Performance extrême, pression psychologique et image de soi

    Au-delà du corps, ces compétitions mettent également à rude épreuve le mental. La pression de performance, la peur de décevoir un coach ou une équipe, mais aussi le besoin de prouver quelque chose à soi-même jouent un rôle dans la décision de « ne rien lâcher », même lorsque la situation devient malsaine, comme l’illustre l’incident d’incontinence de Pékin.

    Pour un psychologue du sport, l’enjeu consiste à aider le sportif à distinguer ambition saine et mise en danger. Apprendre à s’arrêter, renoncer à terminer une course ou accepter un abandon ne signifie pas manquer de volonté, mais reconnaître des limites protectrices. Cette capacité à dire non fait partie intégrante d’une pratique durable, compatible avec la vie professionnelle, familiale et sociale.

    L’épisode Hyrox de Pékin agit ici comme un signal. Il interroge les organisateurs d’événements, les salles de sport, les coachs, mais aussi les pratiquants français qui s’identifient à ces modèles de performance. L’alerte du paléoanthropologue de Harvard, qui rappelle que santé et compétition extrême n’ont pas les mêmes objectifs, offre un repère simple : un entraînement efficace n’a pas besoin d’atteindre des niveaux de souffrance où le corps finit par « lâcher » de manière aussi spectaculaire.

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