En Irlande, une course-poursuite folle à 180 km/h se termine au tribunal, où le conducteur ne réclame pas sa liberté, mais ses pneus.
Cette scène pour le moins déroutante s’est jouée dans la petite ville d’Athy, en Irlande. Comme le raconte le média irlandais à l’origine de cette affaire, un automobiliste de 25 ans, déjà condamné pour conduite dangereuse, a surpris le tribunal en ne réclamant pas sa voiture après une course-poursuite spectaculaire… mais uniquement les pneus de sa BMW, que la justice s’apprête à envoyer à la casse.
Une course-poursuite à 180 km/h dans les rues d’Athy
Les faits remontent au 14 décembre 2023. Ce jour-là, les rues d’Athy, ville du comté de Kildare, se transforment en décor de film d’action. Au volant d’une BMW, Liam Hubbock, 25 ans, refuse de s’arrêter lorsque la police irlandaise lui intime de le faire.
Les agents découvrent qu’il n’a ni permis de conduire ni assurance. Les tests révèlent aussi une consommation de cocaïne. L’interpellation tourne alors à la course-poursuite. La BMW file jusqu’à 180 km/h, une vitesse délirante au cœur d’une agglomération.
Sur son trajet, le bolide percute d’abord un véhicule de police. Puis deux voitures civiles sont à leur tour heurtées. L’impact est tel que la BMW « décolle » littéralement, selon les témoignages lus à l’audience. La scène choque les policiers présents.
La poursuite atteint 180 km/h, la BMW percute un véhicule de police puis deux voitures civiles avant de s’envoler sous l’impact.
Face au tribunal, l’agente Amanda Kirwan, qui a participé à l’intervention, n’a pas hésité à comparer ce qu’elle a vu à une production hollywoodienne. Elle déclare que la scène était « presque comme un film de James Bond ». À la différence près que l’histoire ne se termine pas par un générique, mais par une condamnation bien réelle.
Neuf chefs d’accusation et une BMW méconnaissable
Pour ces faits, Liam Hubbock a été condamné l’année dernière. Il répondait de neuf chefs d’accusation de conduite dangereuse, un ensemble d’infractions qui traduisent la gravité de son comportement au volant et les risques pris pour les autres usagers.
Il purge aujourd’hui sa peine d’emprisonnement. Sa BMW, elle, ne roule plus depuis longtemps. La voiture a été saisie par la police irlandaise, comme le permet la législation locale en cas de conduite sans permis ni assurance ou de délit routier d’une telle ampleur.
Selon les éléments présentés lors de l’audience récente, le véhicule serait dans un état catastrophique : cabossé, désossé, probablement méconnaissable. Les dégâts liés à la course-poursuite et aux collisions successives ont transformé la berline allemande en épave.
Au tribunal, il ne veut pas la voiture… mais les pneus
Dernier rebondissement, et non des moindres : lors d’une audience qui se tient la semaine dernière, le dossier revient devant le juge pour trancher le sort définitif du véhicule. On pourrait imaginer que le conducteur souhaite tenter de récupérer sa BMW ou de contester sa destruction.
Rien de tout cela. Devant le tribunal, Liam Hubbock ne demande ni clémence ni restitution du véhicule. Sa requête porte sur un point très précis : il veut simplement récupérer les pneus de la BMW.
Au lieu de contester la saisie, le conducteur formule une requête inattendue : il souhaite uniquement récupérer les pneus de sa BMW.
Cette demande surprend tout le monde dans la salle, à commencer par le magistrat chargé de l’affaire. Le juge Desmond Zaidan réagit à voix haute. Interloqué, il lâche : « Les pneus ? C’est dingue ! » Une phrase qui donne le ton de la stupéfaction générale.
Le juge tranche : destruction totale de la BMW
Derrière ce moment quasi comique se cache pourtant une décision très sérieuse. La justice irlandaise applique une ligne ferme face à ce type de délinquance routière. Le juge Desmond Zaidan accorde à la police une ordonnance de destruction complète du véhicule.
Concrètement, sauf opposition formelle déposée dans un délai de 14 jours, la BMW sera envoyée à la casse. Aucun démontage au profit du conducteur n’est prévu, ni pour les pneus ni pour aucune autre pièce. L’épave disparaîtra entièrement du paysage judiciaire… et des rêves automobiles de son pilote.
Véhicule saisi après la course-poursuite
Demande du conducteur limitée aux pneus
Juge stupéfait par la requête
Ordonnance de destruction totale accordée à la police
Délai de 14 jours laissé pour une éventuelle opposition
La demande de pneus, qui pouvait prêter à sourire, se heurte donc à une réalité implacable : l’ensemble de la BMW, jusqu’au moindre enjoliveur, doit être détruit.
Un propriétaire officiel introuvable
L’affaire prend une tournure encore plus déroutante quand la question de la propriété du véhicule est abordée. D’après les policiers entendus à l’audience, un certificat établit que Liam Hubbock n’est pas le propriétaire officiel de la BMW.
Cette précision crée un flottement : si le conducteur n’est pas le titulaire du véhicule, qui l’est vraiment ? Les forces de l’ordre expliquent détenir un document qui renvoie à un autre propriétaire. Mais cette personne reste introuvable, malgré les recherches menées.
La police affirme disposer d’un certificat prouvant que la BMW n’appartient pas officiellement au conducteur, tandis que le propriétaire déclaré demeure introuvable.
Résultat : quelque part en Irlande, une personne se retrouve théoriquement propriétaire d’une BMW qui a servi dans une course-poursuite, qui a fini transformée en épave, et qui va bientôt être broyée sur décision de justice. Sans forcément avoir revu, ni même su, ce qu’il est advenu de sa voiture.
Cette situation illustre un scénario courant dans certains dossiers routiers : le conducteur n’est pas toujours le propriétaire administratif du véhicule. En France comme en Irlande, cela complique les responsabilités civiles et les démarches d’indemnisation.
Que risque un conducteur dans une telle situation en France ?
Pour un lecteur français, cette affaire irlandaise pose une question évidente : qu’adviendrait-il dans un cas comparable sur le territoire français ? Le code de la route français prévoit lui aussi des sanctions lourdes pour ce type de comportement.
Un conducteur qui roule sans permis, sans assurance, sous l’emprise de stupéfiants, à très haute vitesse et en provoquant des collisions, s’expose à :
une peine de prison, qui peut être significative en cas de récidive ou de blessés ;
une amende pénale, dont le montant varie selon la gravité des faits et le cumul des infractions ;
une suspension ou une annulation de permis, avec interdiction de le repasser pendant un certain temps ;
la confiscation du véhicule, qui peut être ordonnée par le tribunal comme peine complémentaire.
En France, la confiscation du véhicule signifie que l’État devient propriétaire du bien. Le tribunal peut ordonner sa destruction, sa vente ou son affectation à un service public. Le conducteur, même s’il a financé la voiture, perd alors tout droit sur le véhicule et ses équipements, pneus compris.
Lorsque le véhicule ne lui appartient pas, la situation devient plus complexe. Le véritable propriétaire, s’il est de bonne foi, peut tenter de récupérer son bien, mais il doit souvent prouver qu’il ignorait l’usage délictuel du véhicule. Les assureurs, eux, examinent les circonstances avec attention avant d’envisager une éventuelle indemnisation.
Pourquoi la destruction d’un véhicule peut être décidée
La destruction d’une BMW ou de toute autre voiture après une affaire de conduite dangereuse peut surprendre, mais cette mesure répond à plusieurs logiques juridiques et pratiques :
Motif
Objectif
Sanction pénale
Marquer la gravité de l’infraction et priver le conducteur de l’objet du délit.
Sécurité
Éviter qu’un véhicule gravement accidenté et mal réparé ne retourne sur la route.
Prévention
Envoyer un signal fort aux autres conducteurs tentés par les excès.
Clôture du dossier
Écarter les conflits ultérieurs sur la propriété ou l’usage du véhicule.
Dans certains pays, dont la France, les autorités peuvent aussi prononcer l’immobilisation définitive d’un véhicule trop dangereux ou gravement endommagé. Après expertise, l’épave part au recyclage, où métaux et composants sont récupérés.
Course-poursuite, pneus et responsabilité : les enjeux cachés
Au-delà de l’anecdote des pneus réclamés par un conducteur déjà condamné, ce dossier irlandais rappelle plusieurs réalités que les automobilistes tendent à sous-estimer. Une course-poursuite à 180 km/h n’a rien d’un jeu : elle met en danger la vie des autres, engage la responsabilité pénale du conducteur et laisse parfois des victimes marquées à vie.
Dans ce genre d’affaire, l’absence de permis et d’assurance rend aussi les conséquences financières potentiellement dramatiques. Si des blessés ou des dégâts matériels importants apparaissent, les victimes doivent se tourner vers les mécanismes d’indemnisation spécifiques, comme les fonds de garantie, et les procédures peuvent s’avérer longues et complexes.
La destruction du véhicule, elle, agit comme un signal. Elle rappelle qu’un automobiliste qui transforme sa voiture en projectile, sous stupéfiants, dans une ville, risque non seulement la prison mais aussi la perte pure et simple de son bien, sans possibilité de réclamer la moindre pièce… pas même un pneu.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.