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Un groupe français livre 10 kilomètres de digues au Pérou : 16 000 habitants désormais protégés d’El Niño

Au nord du Pérou, une région désertique frappée par des crues meurtrières vient de se doter d’une nouvelle ligne de défense.

Le groupe français NGE, via sa filiale uruguayenne Saceem, a achevé dix kilomètres de digues dans la région péruvienne de Lambayeque. Un chantier discret, rapporté par le média en ligne français Media24.fr, mais qui illustre le virage du BTP mondial vers l’adaptation au dérèglement climatique et la protection des populations exposées aux phénomènes extrêmes.

Un chantier stratégique au nord-ouest du Pérou

Lambayeque se situe dans le nord-ouest désertique du Pérou, non loin de la frontière avec l’Équateur. Sur cette bande côtière, il ne tombe presque jamais de pluie… jusqu’au jour où El Niño transforme les rivières en torrents dévastateurs. Les inondations répétées ont fait de cette région l’une des plus vulnérables du pays.

C’est dans ce contexte que l’Autorité nationale des infrastructures péruvienne, l’équivalent d’une grande agence d’État chargée des ouvrages publics, a confié à NGE et à Saceem la construction de deux tronçons de digues sur les rivières Motupe et La Leche.

  • MO1 : 8 kilomètres de digue dans le district de Mórrope, sur la rivière Motupe ;
  • MO2 : 2 kilomètres de digue à Jayanca, le long de la rivière La Leche.

Au total, 10 kilomètres d’ouvrages linéaires viennent sécuriser cette plaine agricole souvent transformée en lac boueux lors des épisodes les plus violents d’El Niño.

Dix kilomètres de digues protègent désormais 16 000 habitants et environ 1 000 hectares de terres agricoles des crues liées à El Niño dans la région péruvienne de Lambayeque.

Selon les données reprises par Media24.fr, ces digues couvrent une zone où vivent plus de 16 000 personnes. Elles préservent également près de 1 000 hectares de cultures, soit environ 1 400 terrains de football, dans une région où l’agriculture de subsistance reste le principal moteur économique.

Un chantier qui fait aussi vivre la région

Au-delà de l’aspect purement hydraulique, le projet a joué un rôle social non négligeable. Près de 3 700 personnes ont travaillé sur le chantier pendant plusieurs mois. Pour une région rurale péruvienne, ce type de projet public représente une bouffée d’oxygène : emplois temporaires, activité pour les petites entreprises locales, flux de revenus supplémentaires.

Pour l’État péruvien, il s’agit d’un investissement doublement utile : limiter les dégâts lors des futures crues, et injecter des moyens dans une zone souvent délaissée hors période de crise.

Des choix techniques pensés pour le climat

Les ingénieurs de NGE et de Saceem ont opté pour une approche pragmatique en s’appuyant sur les ressources disponibles sur place. Une partie des matériaux utilisés pour les digues provient directement du lit des rivières Motupe et La Leche.

  • Réduction des coûts d’approvisionnement en matériaux ;
  • Moins de camions sur les routes parfois dégradées de la région ;
  • Empreinte carbone du chantier limitée par une logistique plus courte.

Les digues sont également équipées de systèmes de drainage, destinés à évacuer la pression de l’eau en cas de crue massive. L’objectif : éviter que la structure ne cède sous l’effet combiné du débit et de la saturation des sols.

L’utilisation de matériaux extraits du lit des rivières, couplée à des dispositifs de drainage, vise à concilier efficacité hydraulique, maîtrise des coûts et réduction de l’empreinte carbone du chantier.

Ce type de conception illustre un changement dans la manière de construire : les grands groupes du BTP intègrent désormais l’impact environnemental de leurs chantiers, tout en cherchant à optimiser la performance des ouvrages face à des événements extrêmes plus fréquents.

El Niño, menace récurrente pour le Pérou

El Niño désigne un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, qui se produit tous les deux à sept ans. Quelques degrés supplémentaires suffisent à dérégler les régimes de précipitations à l’échelle planétaire. Sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, le Pérou passe alors en mode « saison des pluies permanente » : crues torrentielles, glissements de terrain, routes coupées, quartiers entiers sous l’eau.

Les épisodes les plus marquants de l’ère récente ont laissé une empreinte profonde dans la mémoire péruvienne.

Année Intensité Bilan humain au Pérou Régions les plus touchées
1982-1983 Très fort Environ 500 morts Nord et centre-sud
1997-1998 Extrême Environ 400 morts, 500 000 sinistrés Piura, Tumbes, Lambayeque
2017 Extrême 143 morts, plus de 230 000 sinistrés Piura, Lambayeque, La Libertad, Tumbes
2023-2024 Fort à sévère Dizaines de morts, sécheresses aggravées Nord du Pérou, Amazonie

L’épisode de 2017 reste l’un des plus traumatisants. Entre mars et mai, Lambayeque et les régions voisines ont reçu en quelques jours l’équivalent de plusieurs années de pluie. Les rivières Motupe et La Leche, aujourd’hui équipées de digues par NGE, avaient alors débordé largement.

Le bilan, rappelé par les organismes internationaux cités par Media24.fr, a été lourd : 143 morts, plus de 231 000 sinistrés et près de 25 700 maisons détruites. Le gouvernement péruvien avait mobilisé environ 800 millions de soles (près de 200 millions d’euros) pour la reconstruction immédiate, pour un coût total estimé à 3 milliards de dollars, soit environ 1,5 % du produit intérieur brut du pays.

Le Pérou a lancé après 2017 un plan de reconstruction et de prévention d’environ 25 milliards de dollars sur dix ans, avec un accent mis sur la protection contre El Niño.

Les digues livrées par NGE à Lambayeque s’inscrivent dans ce programme de long terme, qui vise à éviter que chaque nouvel épisode ne ramène le pays plusieurs années en arrière en quelques semaines.

NGE, le quatrième géant discret du BTP français

Derrière les poids lourds Vinci, Bouygues et Eiffage, NGE occupe une place à part dans le paysage français du BTP. Né en 2002 de la fusion de Guintoli et EHTP, le groupe a vu son chiffre d’affaires et ses effectifs doubler depuis 2019, tout en restant non coté en Bourse.

Son capital est en majorité détenu par les fondateurs, l’encadrement et les salariés, le reste revenant au fonds français Montefiore. Ce type d’actionnariat limite la pression des marchés financiers et autorise des stratégies de long terme, notamment sur des marchés émergents comme celui de l’adaptation climatique.

NGE intervient sur huit grands métiers : cycle de l’eau, génie civil, routes, fondations, ferroviaire, énergies, télécommunications et bâtiment. Avec plus d’une centaine de sites en France et une vingtaine à l’étranger, le groupe s’est déjà positionné sur des projets majeurs comme Rail Baltica en Estonie, le tunnel West Link en Suède ou le renforcement des réseaux d’eau en Moldavie.

Selon ses résultats annuels, 62 % de son activité est désormais liée à la transition écologique : ouvrages hydrauliques, infrastructures ferroviaires, réseaux d’eau, énergies. Le chantier de Lambayeque s’inscrit clairement dans cette stratégie, en combinant génie civil, gestion de l’eau et résilience climatique.

Un marché mondial de l’adaptation en plein essor

Pendant des années, la lutte contre le dérèglement climatique s’est concentrée sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les infrastructures comme celles de Lambayeque relèvent d’un autre volet : l’adaptation, c’est-à-dire la capacité des territoires à encaisser des événements qui vont se multiplier, même si les émissions baissent.

La Banque mondiale estime que les besoins mondiaux en adaptation climatique représentent entre 140 et 300 milliards de dollars par an d’ici 2030. Un terrain immense pour les groupes du BTP capables de concevoir et de réaliser des ouvrages hydrauliques, littoraux ou urbains.

Les digues de Lambayeque illustrent un basculement : le BTP mondial se tourne vers des ouvrages moins spectaculaires, mais indispensables pour maintenir des régions entières habitables.

Pour un opérateur comme NGE, ces chantiers de taille moyenne, disséminés et techniquement pointus constituent un créneau adapté à son modèle : présence locale, compétences en hydraulique, capacité à travailler avec les autorités nationales et les bailleurs internationaux.

Quelle adaptation face aux inondations en France ?

En France, le risque n’a rien à voir avec El Niño, mais les inondations répétées rappellent la même réalité : le climat change et les infrastructures doivent suivre. Les vallées du sud-ouest, la façade atlantique, la Méditerranée ou encore le nord et l’est du pays connaissent régulièrement des crues soudaines ou des débordements de cours d’eau.

La gestion du risque inondation repose sur plusieurs acteurs :

  • les services de l’État, au travers notamment des plans de prévention des risques d’inondation ;
  • les collectivités locales, qui financent digues, bassins de rétention ou travaux sur les berges ;
  • les établissements publics territoriaux de bassin, chargés de coordonner la gestion de l’eau à l’échelle de grands bassins versants.

Les solutions mises en œuvre en France mêlent ouvrages « durs » (digues, barrages, bassins de stockage) et aménagements plus « doux », comme la restauration des zones humides qui jouent un rôle d’éponge naturelle. Les grands groupes de BTP français, dont NGE, interviennent régulièrement sur ces marchés, qu’il s’agisse de renforcer des digues fluviales, d’augmenter la capacité de certains barrages ou de restructurer des réseaux d’évacuation des eaux pluviales.

Pour un lecteur français, le chantier de Lambayeque illustre ce qui se joue déjà, à une autre échelle, le long de la Garonne, de la Loire, du Rhin ou des petits fleuves côtiers : comment adapter les infrastructures existantes à des épisodes de pluie plus concentrés et plus intenses.

Pourquoi ces digues comptent bien au-delà du Pérou

Les digues construites par NGE au Pérou matérialisent deux transformations majeures. D’un côté, un pays régulièrement frappé par El Niño tente d’anticiper plutôt que de réparer à chaque crise, en s’inscrivant dans un plan de plusieurs dizaines de milliards de dollars. De l’autre, un acteur français du BTP renforce sa présence internationale en se positionnant sur des infrastructures de résilience, appelées à devenir centrales dans les politiques publiques.

Ce type d’ouvrage rappelle aussi une réalité souvent méconnue : l’adaptation passe par des travaux très concrets, parfois modestes à l’échelle d’un budget d’État, mais décisifs pour les habitants. Une digue bien conçue peut éviter la destruction de milliers de maisons et de récoltes, donc la bascule de familles entières dans la pauvreté.

À mesure que les épisodes climatiques extrêmes se répètent, la demande pour ces infrastructures devrait s’étendre à d’autres régions du monde : deltas asiatiques, littoraux africains, grandes métropoles côtières. Les savoir-faire acquis sur des chantiers comme celui de Lambayeque pèseront alors dans les appels d’offres internationaux, et la capacité des groupes français à s’imposer sur ce marché dépendra en partie de ces premières réalisations de terrain.

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