Sous les trottoirs de Paris, un univers de catacombes, bunkers, caves et stations oubliées attire chaque année des milliers de curieux.
À Paris, sous les boulevards haussmanniens et les cafés animés, s’étend un réseau souterrain fascinant et parfois inquiétant. Comme le rappelle le guide de voyage Lonely Planet, la capitale française cache un ossuaire géant, des abris de la Résistance, des anciennes carrières et même des stations fantômes du métro. Un visage méconnu de la ville, accessible au public à quelques points précis, à condition de savoir où descendre sous terre.
À Denfert-Rochereau, la porte d’entrée officielle vers le Paris souterrain
Le point de départ de la plupart des visites se situe place Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement. Sur ce rond-point agité se font face deux sites emblématiques : l’entrée des Catacombes de Paris et le Musée de la Libération de Paris.
Au 1, avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy se trouve le discret accès à l’un des ossuaires les plus connus au monde. À quelques mètres de là, sur la même place, le Musée de la Libération raconte l’histoire de la capitale entre l’Occupation et août 1944. Sous ses salles d’exposition, un ancien poste de commandement de la Résistance, creusé à 20 mètres sous la surface, se visite lui aussi.
À Denfert-Rochereau, en plein cœur de Paris, un simple escalier suffit à vous faire passer de la circulation actuelle aux traces les plus sombres de l’histoire de la ville.
Les Catacombes : un ossuaire géant né de la crise des cimetières
Les Catacombes de Paris constituent l’un des plus vastes ossuaires au monde. D’après Lonely Planet, leur histoire commence en 1785, à la fin de l’Ancien Régime. Les cimetières parisiens, surchargés, posent alors des problèmes sanitaires majeurs. Les autorités décident de transférer les ossements dans les galeries de carrières abandonnées situées au sud de la ville.
Les dépouilles de plusieurs cimetières, notamment celui des Innocents, sont progressivement déplacées dans ce réseau souterrain. Les crânes et les fémurs sont alors méticuleusement empilés pour former les murs macabres qui impressionnent aujourd’hui les visiteurs. Le nombre de personnes dont les restes reposent dans ces galeries est évalué à plusieurs millions.
Un parcours à 20 mètres sous terre, sur 1,5 kilomètre
Depuis l’entrée officielle, les visiteurs empruntent un escalier en colimaçon de 131 marches. En bas, ils atteignent un premier niveau de galeries, à environ 20 mètres de profondeur. Le parcours s’étend ensuite sur 1,5 kilomètre, ponctué de couloirs étroits, de salles voutées et d’inscriptions gravées.
On y accède par l’avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy et l’on ressort avenue René-Coty, à l’autre extrémité du tracé. L’itinéraire balisé ne représente pourtant qu’une infime partie du réseau de carrières qui sillonne le sous-sol de la capitale.
Profondeur approximative : 20 mètres sous la surface
Nombre de marches à descendre : 131
Longueur du parcours de visite : environ 1,5 km
Période de création de l’ossuaire : à partir de 1785
Le site est strictement encadré : seules les galeries officielles sont ouvertes, le reste du réseau, très étendu, étant interdit d’accès pour des raisons de sécurité. Les passionnés qui s’y aventurent illégalement sont connus sous le nom de « cataphiles ».
Sous Paris, des kilomètres de galeries d’anciennes carrières subsistent, mais seuls 1,5 km sont autorisés au public dans les Catacombes.
Le poste de commandement de Rol-Tanguy, vestige de la Libération
À quelques pas de là, le Musée de la Libération de Paris est consacré à deux figures de la Résistance : le général Leclerc et Jean Moulin. Selon Lonely Planet, ce musée abrite sous ses salles un lieu chargé de symboles : le bunker du colonel Henri Rol-Tanguy.
Ce poste de commandement souterrain, situé lui aussi à une vingtaine de mètres sous terre, a servi de centre névralgique lors de l’insurrection parisienne contre l’occupant allemand en août 1944. Rol-Tanguy, chef des Forces françaises de l’intérieur pour la région parisienne, y coordonne alors les combats et les négociations qui mèneront à la reddition allemande.
Ce refuge militaire, longtemps méconnu du grand public, est aujourd’hui intégré au parcours de visite du musée. Toujours d’après Lonely Planet, l’accès au bunker est gratuit et la découverte dure environ une trentaine de minutes.
En descendant sous le Musée de la Libération, les visiteurs se retrouvent dans le lieu où fut organisée l’insurrection de Paris à l’été 1944.
Les stations fantômes du métro parisien
Le sous-sol de Paris ne se limite pas aux carrières et aux bunkers. Lonely Planet rappelle que certaines stations du métro ont, elles aussi, été englouties par l’histoire. Fermées pendant la Seconde Guerre mondiale, souvent faute de personnel, elles n’ont jamais rouvert aux voyageurs.
Des quais visibles uniquement depuis la rame
Quatre stations désaffectées sont mentionnées sur le réseau actuel :
Arsenal sur la ligne 5
Croix-Rouge sur la ligne 10
Champ de Mars sur la ligne 8
Saint-Martin sur les lignes 8 et 9, brièvement rouverte après la Libération, puis refermée
Ces stations ne sont pas accessibles au public et n’apparaissent pas dans les itinéraires de la RATP. Elles subsistent toutefois dans les tunnels. Le guide numérique précise que leurs quais se devinent depuis le wagon, quand la rame ralentit entre deux stations voisines. On distingue encore parfois les carrelages, les inscriptions ou les anciennes publicités.
Les stations fantômes ne se visitent pas, mais leurs quais se laissent encore apercevoir au passage du métro, entre deux arrêts.
Autres expériences souterraines à Paris
Au-delà des ossements et des tunnels ferroviaires, le sous-sol parisien abrite aussi des lieux de visite plus inattendus. Lonely Planet cite notamment un musée du vin installé dans d’anciennes caves, ainsi qu’un musée dédié aux égouts de la capitale.
Entre caves à vins et égouts en activité
Sous le quartier de Passy, d’anciennes carrières de calcaire ont servi de caves à des religieux, les frères Minimes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Elles étaient utilisées pour stocker des bouteilles de vin dans des conditions de température et d’humidité idéales. Ces caves voûtées accueillent aujourd’hui un musée consacré au patrimoine viticole parisien.
Autre site insolite : le Musée des Égouts de Paris. Ce parcours, installé dans une partie du réseau encore en fonctionnement, permet de circuler au-dessus des canalisations où s’écoulent les eaux usées de la ville. Un moyen concret de comprendre comment la capitale a été assainie au fil des siècles.
Site souterrain
Type de lieu
Période mise en avant
Catacombes de Paris
Ossuaire dans anciennes carrières
À partir de 1785
Bunker de Rol-Tanguy
Poste de commandement de la Résistance
Août 1944
Stations fantômes
Stations de métro désaffectées
Seconde Guerre mondiale et après-guerre
Caves de Passy
Caves viticoles dans carrières
XVIe–XVIIIe siècles
Musée des Égouts
Réseau d’assainissement
Époque moderne à aujourd’hui
Un réseau souterrain encadré et des risques bien réels
Si certains lieux sont ouverts au public, le reste du Paris souterrain demeure strictement réglementé. Les anciennes carrières, fragiles, peuvent s’effondrer. Seuls des tronçons sécurisés et consolidés sont accessibles, comme aux Catacombes ou dans certaines parties du Musée des Égouts.
Les visites non autorisées dans les galeries sont passibles d’amendes. Les zones non aménagées présentent des risques de chute, de mauvaise qualité d’air et de désorientation. Les itinéraires officiels, à l’inverse, sont encadrés, entretenus et balisés pour limiter ces dangers.
Les galeries ouvertes à la visite ne représentent qu’une fraction d’un réseau souterrain beaucoup plus vaste, qui reste interdit pour des raisons de sécurité.
Ce que cela représente pour un visiteur français
Pour un habitant de France, ces sites constituent une occasion rare d’observer, en quelques heures, plusieurs couches de l’histoire parisienne : du transfert des cimetières au XVIIIe siècle aux combats de la Libération, en passant par la modernisation du métro et du réseau d’égouts.
Les Catacombes et le Musée de la Libération fonctionnent, comme les grands musées nationaux, avec un système de réservation et de contrôle d’accès. Le Musée des Égouts, lui, est géré par la Ville de Paris, à la manière d’autres équipements municipaux patrimoniaux. Les règles de sécurité (escaliers étroits, humidité, circulation en groupe) se rapprochent de celles appliquées dans les monuments historiques ou les souterrains visitables en région.
Les stations fantômes, en revanche, n’ont pas d’équivalent accessible en France aujourd’hui. Certaines sont ponctuellement ouvertes pour des tournages, des événements ou des opérations de communication, mais ces initiatives restent encadrées et ne relèvent pas de visites régulières.
Pourquoi ce sous-sol fascine autant
Le réseau souterrain parisien concentre plusieurs éléments qui attirent le public : la proximité des morts dans les Catacombes, le souvenir des combats de 1944, la curiosité pour les coulisses du métro et des égouts, et l’impression, en descendant quelques marches, de changer d’époque.
Pour un voyageur français comme pour un touriste étranger, ces visites complètent les images classiques de la capitale. Elles montrent la ville non plus seulement par ses façades et ses monuments, mais par ses infrastructures cachées, essentielles à son fonctionnement et chargées de mémoire.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.