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Une compagnie aérienne supprime les sacs vomitoires de ses avions : voici pourquoi

Cette compagnie aérienne retire les sacs à vomi des sièges : ce n'est pas une question d'hygiène mais d'économies

En Lettonie, la compagnie Air Baltic, déjà placée sous protection contre les faillites, revoit chaque détail à bord pour économiser.

La compagnie lettone Air Baltic, engagée dans une procédure de faillite sous le régime américain du Chapter 11, a lancé un nouveau plan de réduction des coûts qui s’invite jusque dans les poches des sièges. Selon le site spécialisé en aviation PYOK, plusieurs petits équipements, dont les sacs à vomi, disparaissent ou deviennent plus difficiles d’accès pour les passagers comme pour les équipages.

Air Baltic en faillite protégée aux États-Unis

Air Baltic, transporteur national de la Lettonie basé à Riga, traverse une crise financière lourde. La compagnie a déposé début septembre un dossier de Chapter 11 devant un tribunal de New York. Ce dispositif américain permet à une entreprise très endettée de continuer à fonctionner tout en réorganisant sa dette sous contrôle du juge.

Le groupe cherche à sécuriser jusqu’à 350 millions d’euros de financement dit « Debtor-in-Possession » (DIP), une avance de trésorerie accordée par de nouveaux ou d’anciens créanciers pour lui éviter l’arrêt brutal des opérations. À ce stade, indique PYOK, Air Baltic n’a réussi à débloquer qu’environ 140 millions d’euros, soit une fraction de l’enveloppe visée.

Dans ce contexte tendu, chaque dépense est passée au crible. Le prix du carburant, renchéri notamment par le conflit au Moyen-Orient, a aggravé les difficultés d’une entreprise déjà endettée depuis plusieurs années. La direction multiplie donc les mesures, jusque dans les toilettes et les poches des sièges.

Les sacs à vomi retirés des dossiers de siège

Un mémo interne, adressé au personnel et cité par PYOK, détaille une série de changements à bord. L’un d’eux concerne directement un objet que les passagers connaissent bien : le sac à vomi. Ces sacs en papier, traditionnellement rangés dans la pochette face à chaque siège, ne seront plus systématiquement disponibles à ce même endroit.

Les sacs à vomi seront désormais stockés par paquets de 50 à l’arrière de l’appareil et accessibles uniquement sur demande auprès de l’équipage.

Autrement dit, les passagers qui ont le mal de l’air devront désormais solliciter un membre de l’équipage au lieu de se servir discrètement dans la pochette. La mesure ne repose pas sur une nouvelle norme sanitaire, mais bien sur une logique économique : moins de sacs distribués, moins de réassort, moins de déchets à traiter, donc des coûts réduits.

Air Baltic ne chiffre pas le gain attendu, mais dans un secteur où les marges sont faibles, chaque consommable compte. Moins il y a de sacs à bord – ou moins ils sont utilisés « par confort » – plus la compagnie limite ses dépenses, des coûts d’achat aux opérations de nettoyage.

Toilettes allégées et cockpit rationné

Les ajustements ne s’arrêtent pas là. Toujours selon le mémo interne, les toilettes des avions Air Baltic vont elles aussi perdre quelques attentions appréciées des voyageurs :

  • suppression des mouchoirs cosmétiques dans les toilettes ;
  • retrait du gel désinfectant mis à disposition ;
  • suppression des sacs-poubelles jetables dans le cockpit.

Ces éléments sont souvent perçus comme faisant partie du « confort de base » sur certaines compagnies traditionnelles. Dans la logique d’Air Baltic, ce sont autant de lignes sur la facture : achat des consommables, stockage, chargement, collecte et traitement des déchets.

PYOK rappelle qu’un précédent existe : en 2019, lorsque la compagnie low-cost Norwegian tentait de sauver son activité long-courrier, certains employés avaient suggéré la suppression des mouchoirs cosmétiques dans les toilettes. Ils expliquaient que proposer ce type de produit constituait presque un luxe pour un transporteur à bas coûts.

Des conséquences directes pour les équipages

Au-delà du confort des passagers, les équipes d’Air Baltic sur le terrain voient leurs propres conditions de travail évoluer. Le mémo annonce ainsi que, sur certains aéroports, les services de nettoyage entre deux vols seront supprimés.

Les hôtesses et stewards devront désormais ramasser les déchets à bord entre deux rotations, une tâche habituellement confiée à des prestataires spécialisés dans de nombreux aéroports.

Les aménagements touchent aussi certains avantages. Les membres d’équipage qui bénéficiaient d’un accès à la classe affaires lors de longues attentes entre deux vols perdront ce privilège. Le document interne, cité par PYOK, justifie cette décision par une formule sans détour : « Chaque zone de dépense doit être examinée avec attention… Cela implique aussi d’ajuster certains avantages et conforts auxquels les équipages s’étaient habitués. »

Ce type de mesure pèse sur l’attractivité du métier, déjà soumis à des horaires contraignants et à une forte pression opérationnelle. Il illustre aussi la détermination d’Air Baltic à prouver à ses créanciers qu’aucun poste budgétaire n’est sacré.

Une stratégie à hauts risques pour la compagnie lettone

Le recours au Chapter 11 dans l’aviation n’a rien d’exceptionnel. SAS Scandinavian Airlines y est entrée en 2022, invoquant la pandémie, la hausse du carburant et une grève de pilotes qui l’avait fragilisée. La compagnie nordique en est finalement sortie lorsque le groupe franco-néerlandais Air France-KLM a pris le contrôle du capital.

D’autres transporteurs ont connu une issue bien moins favorable. La compagnie américaine Spirit Airlines a été liquidée au printemps après le refus de ses créanciers d’injecter davantage d’argent. Elle dénonçait elle aussi la flambée du prix du kérozène.

Compagnie Année d’entrée en Chapter 11 Issue
SAS Scandinavian Airlines 2022 Sortie de Chapter 11, reprise par Air France-KLM
Spirit Airlines 2023 Liquidation en 2026 faute de nouveaux financements
Air Baltic 2026 Restructuration en cours, financement DIP partiellement débloqué

Air Baltic se situe donc à un carrefour : soit les économies et la réorganisation suffisent à rassurer les bailleurs, soit la compagnie risque de suivre le chemin de Spirit. Les petites coupes visibles à bord servent autant à réduire réellement les coûts qu’à envoyer un signal de rigueur aux financeurs et au tribunal.

Ce que cela changerait pour un passager français

Pour un voyageur français habitué aux grandes compagnies européennes, l’absence de mouchoirs en papier ou de gel désinfectant dans les toilettes restera sans doute un désagrément limité, même si certains passagers y voient un signe de déclassement du service. En revanche, le retrait des sacs à vomi des dossiers de siège peut avoir un impact plus concret pour les personnes sujettes au mal de l’air.

Sur la plupart des compagnies européennes, y compris françaises, ces sacs restent facilement disponibles à portée de main, même si certains transporteurs, notamment low-cost, ajustent déjà les quantités chargées. En cas de malaise soudain, le fait de devoir attendre l’arrivée d’un membre d’équipage peut accroître le stress, voire occasionner des situations embarrassantes pour les passagers comme pour le personnel.

Pour les équipages, la suppression des prestations de nettoyage dans certains aéroports rapproche leurs tâches de celles qu’on observe sur des low-cost très agressives sur les coûts, où le ramassage des déchets et une partie du rangement cabine sont intégrés à la mission. En France, sur les grandes compagnies, ces tâches restent majoritairement du ressort de sociétés de nettoyage aéroportuaires spécialisées, même si les équipages participent souvent au rangement rapide entre deux vols.

La situation en France : entre confort et chasse aux coûts

En France, les compagnies régulières comme Air France gèrent aussi une pression forte sur les coûts, mais n’ont pas engagé de démarche aussi visible que celle d’Air Baltic sur les petits équipements sanitaires. Les poches de sièges contiennent encore généralement un sac à vomi, la fiche de sécurité et parfois un magazine ou un catalogue.

Les transporteurs low-cost opérant sur le territoire français, eux, adoptent depuis longtemps une logique proche de celle décrite par PYOK pour Air Baltic : limitation stricte des consommables, standardisation maximale de la cabine, nettoyage rapide entre deux vols. Ils ajustent notamment le nombre de sacs à vomi chargés en fonction de la durée du vol et de l’historique de consommation, sans pour autant les rendre aussi difficiles d’accès.

Les autorités françaises ou européennes ne fixent pas de règle détaillée sur la présence d’un sac par siège. Elles imposent en revanche des obligations strictes en matière de sécurité, de gestion des déchets ou d’hygiène globale à bord. Le reste relève surtout de la politique commerciale de chaque compagnie et de l’image de marque qu’elle souhaite renvoyer.

Pourquoi ces petits objets pèsent lourd dans les comptes

Un sac à vomi, un mouchoir ou un flacon de gel peuvent paraître dérisoires à l’échelle d’un billet d’avion. Pourtant, multipliés par le nombre de sièges, de vols quotidiens et d’appareils, ces consommables représentent des milliers d’unités par jour pour une flotte de taille moyenne.

Pour une compagnie en difficulté financière, réduire ou rationner ces fournitures peut signifier plusieurs centaines de milliers d’euros économisés à l’année, entre achat, logistique et traitement des déchets.

Ces décisions s’ajoutent à d’autres leviers beaucoup plus lourds : renégociation des loyers d’avions, restructuration de la dette, révision des lignes peu rentables, discussions avec les États et les actionnaires. Mais elles ont un effet immédiat et sont visibles pour les créanciers, qui surveillent le sérieux du plan de redressement.

Pour les passagers, l’enjeu consiste à s’adapter : emporter ses propres mouchoirs, un petit flacon de gel hydroalcoolique homologué pour la cabine ou, pour les personnes sujettes au mal de l’air, prévoir un sachet personnel facilement accessible. Ces précautions ne remplacent pas un service bien pensé par la compagnie, mais limitent le risque de mauvaises surprises en cas de nouveau tour de vis budgétaire.

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