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Aveiro, la « Venise du Portugal » à une heure de train de Porto : canaux, bateaux moliceiros colorés et maisons rayées de Costa Nova

Aveiro, la « Venise du Portugal » à une heure de train de Porto : canaux, bateaux moliceiros colorés et maisons rayées de Costa Nova

Canaux paisibles, lagune de 45 km, sel, azulejos et desserts aux œufs : au centre du Portugal, Aveiro cultive un charme singulier.

Aveiro, sur la côte ouest du Portugal, attire chaque année davantage de visiteurs français. Longtemps restée en marge des grands circuits, la ville est mise en avant par le guide de voyage Lonely Planet, qui en décrit le patrimoine maritime, religieux et architectural, mais aussi ses spécialités culinaires et ses plages voisines de Costa Nova et Barra. Le tout à seulement une heure de train de Porto, ce qui en fait une escapade facile à organiser depuis la France.

Une lagune de 45 km qui façonne la ville

Quatre canaux traversent le centre d’Aveiro avant de rejoindre la Ria de Aveiro, une vaste lagune longue d’environ 45 km qui sépare la ville de l’océan Atlantique. Les plages, elles, se situent à une dizaine de kilomètres, côté Costa Nova et Barra. Entre les deux, ce plan d’eau saumâtre a modelé l’histoire locale, l’économie et même le paysage urbain.

La lagune conditionne tout : production de sel, présence de flamants roses dans les anciennes salines, architecture des maisons de pêcheurs, itinéraires de promenade. Lonely Planet rappelle qu’en 1575, une violente tempête a bouché l’entrée naturelle du port. Aveiro est alors restée isolée des grandes routes maritimes pendant près de trois siècles, jusqu’à la construction de canaux artificiels au début du XIXe siècle. Cette coupure forcée a laissé une atmosphère calme et un rythme lent, loin des grandes stations balnéaires surpeuplées.

La Ria de Aveiro reste le fil conducteur du territoire : elle a façonné le commerce du sel, le transport, le tourisme et même les desserts locaux.

Les moliceiros, anciennes barques d’algues devenues emblème touristique

Les bateaux qui glissent sur les canaux d’Aveiro s’appellent des moliceiros. Ces embarcations traditionnelles se reconnaissent à leur proue très relevée, à leurs flancs peints de couleurs vives et à leurs panneaux décoratifs. À l’origine, ces peintures représentaient des scènes de la vie quotidienne, parfois sous forme de caricatures.

Leur nom vient du moliço, une algue de la lagune utilisée autrefois comme engrais par les agriculteurs de la région. Les moliceiros servaient à collecter puis transporter cette ressource vers les champs. Lorsque ce commerce a perdu de son importance économique, les bateaux ont été reconvertis en support d’excursions pour les visiteurs.

Aujourd’hui, ils partent du Cais dos Moliceiros, au cœur de la ville, et empruntent les quatre principaux canaux : le Canal Central, le canal de la Pirâmide, le canal de São Roque et le canal do Cojo. Les circuits durent en général entre 45 minutes et une heure, avec un passage devant les façades art nouveau qui bordent les berges et une incursion vers la Foz do Vouga, là où la lagune s’ouvre davantage.

  • Départ habituel : Cais dos Moliceiros, en centre-ville.
  • Durée moyenne des balades : 45 à 60 minutes.
  • Itinéraire : principaux canaux urbains, zones art nouveau, embouchure de la Vouga.
  • Détail à surveiller : chaque bateau possède ses propres dessins peints sur la coque.

Pour les voyageurs français, ces croisières rappellent parfois les gondoles vénitiennes, d’où le surnom de « Venise du Portugal ». Mais Lonely Planet souligne que la comparaison est réductrice : Aveiro possède ses propres codes esthétiques, liés à la pêche, aux marais salants et aux traditions rurales environnantes.

Salines, sel fin et flamants roses dans la lagune

Les salines d’Aveiro témoignent d’une activité ancienne, attestée au moins depuis le Xe siècle par les documents conservés. Au XVe siècle, le sel produit ici se vendait partout au Portugal mais aussi en Galice et dans les Asturies, au nord de l’Espagne. Il servait notamment à conserver le cabillaud salé, élément central du fameux bacalhau portugais.

Le produit le plus recherché est la « flor de sal », ces cristaux légers qui se forment à la surface des bassins d’évaporation et sont récoltés à la main. Dans les années 1960, on comptait encore environ 270 salines en activité autour d’Aveiro. Selon Lonely Planet, seules neuf fonctionnent désormais.

Les anciennes salines, abandonnées par les sauniers, ont peu à peu été reconquises par la faune. Elles forment aujourd’hui des habitats adaptés aux oiseaux d’eau, notamment les flamants roses. L’un des meilleurs secteurs pour les observer se situe dans la réserve naturelle des Dunas de São Jacinto, à l’extrémité sud de la lagune, accessible grâce à une combinaison bus-ferry sur la ligne 13 locale.

Autour d’Aveiro, les bassins de sel actifs cohabitent avec d’anciennes salines devenues refuge pour les flamants roses et autres espèces d’oiseaux.

Certaines salines encore exploitées accueillent désormais des espaces bien-être. On y trouve des bassins dans lesquels les visiteurs peuvent flotter grâce à une forte concentration en sel, ainsi que des zones de boue naturelle utilisée comme gommage. Ce type de spa salin, déjà répandu dans d’autres pays, commence à devenir un argument touristique pour la région.

Costa Nova, palheiros rayés et plus haut phare du Portugal

À une dizaine de kilomètres à l’ouest, les localités de Costa Nova et de Barra servent de façade maritime à Aveiro. Elles sont accessibles en bus en environ 30 minutes (ligne 5191, rotations fréquentes) ou en 45 minutes de vélo depuis le centre-ville.

Côté Costa Nova, les visiteurs longent une péninsule bordée de petites maisons rayées, appelées palheiros. Ces constructions, décorées de bandes verticales colorées, étaient à l’origine de simples cabanes en paille utilisées par les pêcheurs. Elles ont ensuite été reconstruites en dur, souvent recouvertes de bois peint, et sont devenues l’image de carte postale de la station.

Sur le versant Barra, de longues plages de dunes sablonneuses s’étendent le long de l’Atlantique. Une passerelle en bois permet de circuler en préservant le cordon dunaire. À l’extrémité se dresse le Farol de Aveiro, un phare de 62 mètres, considéré comme le plus haut du Portugal. Il a été construit en 1893, sous la forme d’une tour conique alternant bandes rouges et blanches.

L’accès intérieur n’est possible qu’un seul jour par semaine, le mercredi après-midi, à partir d’environ 14 heures. Il faut alors gravir près de 300 marches. Les visites se font sans réservation en ligne, les places étant distribuées par ordre d’arrivée, ce qui suppose de venir tôt en période de forte affluence.

Mosteiro de Jesus : une princesse, un couvent et un musée

Le Mosteiro de Jesus occupe une place centrale dans l’histoire d’Aveiro. Ce couvent dominicain du XVe siècle, doté d’une église baroque, abritait la princesse Joana, fille du roi Afonso V. La jeune femme a refusé le mariage pour se consacrer à la vie religieuse, un choix qui lui a valu une aura de sainteté dans la région.

Le couvent est resté actif comme école religieuse jusqu’en 1910. Cette année-là, les lois de la Première République portugaise ont entraîné la fermeture de nombreuses institutions religieuses. L’église a alors été classée monument national et l’ensemble a été transformé en Museu de Aveiro.

Le Museu de Aveiro, installé dans l’ancien Mosteiro de Jesus, conserve une importante collection d’art sacré et le tombeau en marbre de la princesse Joana.

Les visiteurs y trouvent des retables, des pièces de mobilier liturgique, des azulejos et le sarcophage en marbre de la princesse, installé à l’endroit même où elle avait choisi de vivre. Le lieu illustre le rôle des couvents dans la vie sociale et économique des villes portugaises jusqu’au début du XXe siècle.

Ovos moles : un dessert monastique devenu emblème d’Aveiro

Parmi les spécialités locales, les ovos moles occupent une place à part. Ce dessert à base de jaunes d’œufs et de sucre est né directement des pratiques du couvent de Jesus. Les religieuses utilisaient les blancs d’œufs pour amidonner les vêtements liturgiques et se retrouvaient avec de grandes quantités de jaunes à ne pas gaspiller.

D’après Lonely Planet, la recette est rendue possible par une livraison annuelle de sucre en provenance de l’île de Madère, accordée au couvent en 1502 par le roi Manuel Ier. Le mélange obtenu, une pâte épaisse et sucrée, est ensuite enfermé dans de fines coques d’hostie en forme de coquillages, de poissons ou de palourdes, rappelant le lien avec la mer. Il existe aussi une variante au chocolat, connue sous le nom d’ovos moles pretos.

Lorsque les couvents ont fermé en 1910, la recette a circulé dans la bourgeoisie locale, puis s’est diffusée dans la ville. En 2008, les ovos moles d’Aveiro ont obtenu une indication géographique protégée (IGP) auprès de l’Union européenne, ce qui garantit leur lien avec le territoire et encadre leur fabrication.

Art nouveau le long des canaux

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, Aveiro s’est dotée d’un ensemble de façades dans le style art nouveau. Cette architecture se concentre surtout le long des canaux et dans les rues du centre historique. On y repère des azulejos polychromes, des motifs floraux, des balcons incurvés, parfois intercalés entre des immeubles plus sobres, sans signalisation particulière.

La promenade la plus riche part généralement du Cais dos Moliceiros. Elle longe le Canal Central vers l’ancienne gare ferroviaire, puis traverse la Praça Marquês de Pombal. Sur le trajet, une halte s’impose devant l’Igreja da Misericórdia, petite église à façade travaillée, dont l’intérieur est lui aussi recouvert d’azulejos.

Se déplacer : une ville compacte à une heure de train de Porto

Le centre d’Aveiro reste relativement compact et plat. Il se parcourt à pied sans difficulté, ce qui facilite les enchaînements entre canaux, musée, quais et restaurants.

La ville s’est dotée d’un système de vélos en libre-service, le bikesharing BUGA, qui compte une vingtaine de stations ouvertes de 8 heures à 20 heures. L’usage repose sur une application mobile pour déverrouiller les vélos. Ce réseau permet aussi de rejoindre plus facilement les zones périphériques et certains tronçons le long de la lagune.

Trajet Durée indicative Mode principal
Porto – Aveiro Environ 1 h Train
Aveiro – Costa Nova / Barra Env. 30 min Bus (ligne 5191)
Centre d’Aveiro Variable À pied / vélo BUGA

Depuis Porto, la liaison ferroviaire directe place Aveiro parmi les excursions d’une journée les plus accessibles de la région Nord. Pour un public français, la configuration rappelle certaines liaisons entre grandes villes et stations littorales, avec l’avantage d’un centre-ville directement connecté à la gare.

Ce que représente Aveiro pour un voyageur français

Pour un visiteur venant de France, Aveiro offre une alternative plus tranquille aux capitales touristiques du Portugal comme Lisbonne ou Porto. Le surnom de « Venise du Portugal » indique la présence de canaux et de bateaux pittoresques, mais la réalité quotidienne reste très différente de celle de la lagune italienne : ici, l’activité tourne autour du sel, de la pêche et d’un patrimoine religieux et culinaire spécifique.

Côté organisation, la ville ne demande aucune démarche particulière autre que celles nécessaires pour un séjour au Portugal en général. Les structures touristiques, souvent familiales, s’appuient sur une combinaison de transports publics (train, bus) et d’initiatives locales comme les moliceiros ou les spas salins. La Ria de Aveiro peut intéresser les amateurs de nature, en particulier pour l’observation des oiseaux, ainsi que les voyageurs sensibles à l’architecture, entre art nouveau, azulejos et maisons rayées de Costa Nova.

Patrimoine lagunaire et comparaison avec les côtes françaises

Le fonctionnement de la Ria de Aveiro évoque certains secteurs du littoral atlantique français où des lagunes et des marais salants ont façonné l’économie, comme le bassin de Guérande ou l’île de Ré. Dans ces régions, le sel a également structuré les échanges, l’urbanisme et les paysages. À Aveiro, ce rôle reste visible à petite échelle : nombre de circuits touristiques mêlent salines, promenades en barque et dégustation de produits locaux.

Pour la France, la mise en avant de ce type de patrimoine passe souvent par des labels et des circuits thématiques (routes du sel, réserves naturelles, écomusées). À Aveiro, la dynamique se joue davantage à l’échelle municipale et régionale, avec la valorisation de la Ria, des Dunas de São Jacinto ou encore des activités liées aux anciens couvents.

Quelques repères utiles avant un séjour

Même si l’article de Lonely Planet ne donne pas de tarifs précis, plusieurs éléments pratiques se dégagent pour préparer un voyage :

  • Les balades en moliceiro sont fréquentes en haute saison et s’avèrent particulièrement adaptées pour une première approche de la ville.
  • Une visite des salines actives peut être complétée par un passage dans un spa salin pour profiter du bain flottant.
  • Le mercredi après-midi est le seul créneau pour gravir le phare de Barra, avec un accès limité et non réservable à l’avance.
  • La dégustation d’ovos moles constitue presque un passage obligé, ceux bénéficiant de l’IGP étant produits dans un périmètre défini autour d’Aveiro.

Les voyageurs qui souhaitent combiner ville, plage et nature peuvent structurer leur séjour autour de ces temps forts : une journée en centre-ville entre canaux, musée et art nouveau, une demi-journée en moliceiro et vers les salines, puis une sortie à Costa Nova et Barra pour les dunes et le phare. Le tout en gardant à l’esprit que la lagune reste le véritable fil rouge de ce territoire, autant pour ses paysages que pour ses traditions encore vivantes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un moliceiro et d'où vient son nom ?

Un moliceiro est une embarcation traditionnelle d'Aveiro reconnaissable à sa proue relevée et ses flancs peints de couleurs vives. Son nom vient du moliço, une algue de la lagune autrefois utilisée comme engrais par les agriculteurs. Ces bateaux servaient à collecter et transporter cette algue avant d'être reconvertis en support d'excursions touristiques.

Combien de temps dure une croisière en moliceiro ?

Les circuits en moliceiro durent généralement entre 45 minutes et une heure. Ils empruntent les quatre principaux canaux d'Aveiro (Canal Central, canal de la Pirâmide, canal de São Roque et canal do Cojo), avec un passage devant les façades art nouveau et une incursion vers la Foz do Vouga.

Peut-on visiter le phare de Barra et à quelles conditions ?

Le Farol de Aveiro, haut de 62 mètres et considéré comme le plus haut phare du Portugal, ne peut être visité que le mercredi après-midi à partir d'environ 14 heures. L'accès se fait sans réservation en ligne et les places sont distribuées par ordre d'arrivée, ce qui suppose de venir tôt en période d'affluence.

Combien de salines restent actives aujourd'hui autour d'Aveiro ?

Selon Lonely Planet, seules neuf salines fonctionnent désormais autour d'Aveiro, contre environ 270 dans les années 1960. Les anciennes salines abandonnées ont été reconquises par la faune et forment désormais des habitats pour les oiseaux d'eau, notamment les flamants roses.

Qui était la princesse Joana et quel lien entretient-elle avec Aveiro ?

La princesse Joana était la fille du roi Afonso V. Elle a refusé le mariage pour se consacrer à la vie religieuse et a vécu au Mosteiro de Jesus, un couvent dominicain du XVe siècle d'Aveiro. Son choix lui a valu une aura de sainteté dans la région.
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