Randonnée nue interdite en Suisse (Appenzell), selfie dos à Bouddha illégal au Sri Lanka : les faux pas de voyage qui peuvent coûter cher, selon Lonely Planet
Entre traditions religieuses, codes de politesse et lois locales, certains gestes anodins pour un touriste peuvent valoir amende, expulsion ou garde à vue.
Le guide de voyages Lonely Planet met en garde contre ces faux pas qui ne relèvent plus seulement de la gêne ou du malaise, mais peuvent entraîner de vraies sanctions, de la Suisse au Sri Lanka en passant par l’Asie et l’Amérique. Le média de voyages anglo-saxon détaille dans un ouvrage des situations concrètes où un simple selfie, un tatouage visible ou une mauvaise habitude dans les transports peuvent coûter très cher aux voyageurs.
Des bouddhas à respecter, du Sri Lanka à la Birmanie
Dans plusieurs pays d’Asie à majorité bouddhiste, les autorités sanctionnent désormais très fermement les marques d’irrespect envers les représentations religieuses. Lonely Planet rappelle que des voyageurs ont été renvoyés du Sri Lanka pour des tatouages ou des vêtements jugés offensants envers Bouddha.
En 2015, en Birmanie (officiellement Myanmar), trois hommes ont même été condamnés à des peines de prison pour avoir publié sur Facebook l’image d’une statue de Bouddha affublée d’un casque audio. L’affaire avait marqué les esprits et envoyé un message clair : l’humour ou la « personnalisation » des divinités ne passent pas.
Au Sri Lanka, prendre un selfie le dos tourné à une statue de Bouddha n’est pas seulement mal vu : c’est illégal.
Poser devant un Bouddha comme devant un monument touristique classique est particulièrement risqué. Le Sri Lanka interdit explicitement les selfies pris en tournant le dos à une statue de Bouddha. Les autorités considèrent ce geste comme un signe d’irrespect. Même en dehors de ce pays, adopter une posture de yoga ou des poses jugées suggestives devant des effigies bouddhiques expose à une forte réprobation sociale.
Dans une grande partie de l’Asie bouddhiste du Sud-Est, un autre détail peut trahir un manque de connaissance des codes : la position des pieds. Les pieds sont perçus comme la partie la plus basse et la plus impure du corps. Pointer la plante de ses pieds vers une image de Bouddha, un moine ou même une personne bouddhiste est tabou.
Ne pas montrer la plante des pieds vers une statue, un autel ou un moine.
Se déchausser (souvent aussi enlever les chaussettes) à l’entrée des temples et monastères.
Respecter les règles locales de photographie, parfois totalement interdites à l’intérieur.
Lonely Planet rappelle aussi qu’il n’est pas possible d’entrer partout comme on visiterait une église ouverte en France. Certains lieux de culte n’acceptent que les fidèles de la religion concernée, d’autres sont fermés pendant les prières ou imposent des tenues spécifiques. En cas de doute, la consigne est claire : demander à un employé du site, à l’hébergement ou à un habitant plutôt que forcer l’accès.
Randonnée nue en Suisse : Appenzell a dit stop
Le titre du livre de Lonely Planet, « Don’t Hike Naked in Switzerland », vient d’un cas suisse bien réel. Dans ce pays pourtant assez tolérant sur la nudité, une affaire a fait scandale dans le canton d’Appenzell.
Un randonneur s’y est présenté sur un sentier en pleine montagne entièrement nu, à l’exception de ses chaussures et de son sac à dos, passant notamment devant une maison de retraite chrétienne. L’épisode a provoqué un tollé local.
À Appenzell, la promenade « en tenue de naissance » a débouché sur une amende et une loi cantonale interdisant définitivement la randonnée nue.
La police a verbalisé le randonneur et le canton a adopté un texte interdisant ce type de pratique sur son territoire. Dans le reste de la Suisse, en revanche, la randonnée sans vêtements n’est pas illégale au niveau national, même si elle reste très marginale.
Le guide rappelle qu’en Allemagne, où la « culture du corps libre » est particulièrement ancrée, la loi ne proscrit pas la nudité en tant que telle dans l’espace public. Deux sentiers de randonnée officiellement prévus pour la marche nue existent même, l’un dans le massif du Harz, l’autre en Basse-Saxe.
À l’inverse, certains pays obligent au contraire les visiteurs à se dévêtir dans des lieux bien précis. Au Japon, l’accès à la plupart des bains thermaux traditionnels, les « onsen », se fait entièrement nu. Les bassins sont généralement non mixtes, mais le port du maillot y est interdit. Autre contrainte surprenante pour certains touristes : de nombreux onsen refusent l’entrée aux personnes tatouées, à cause de l’association historique des tatouages avec la criminalité organisée.
Saluer sans gaffe : bise, accolades et salutations sans contact
Les salutations constituent un autre terrain miné pour les voyageurs. Lonely Planet rappelle que le simple fait d’embrasser quelqu’un sur la joue ne signifie pas la même chose partout.
En Europe et en Amérique latine, la bise marque souvent la familiarité, l’amitié ou la convivialité. Dans certaines régions du Moyen-Orient, un baiser peut symboliser le respect, la déférence ou l’honneur. Le geste, la distance et la personne à qui l’on s’adresse comptent beaucoup.
Pays / région
Usage courant de la bise
France, Italie, Espagne
Généralement deux bises, une de chaque côté
Belgique, Pays-Bas
Souvent trois bises
Amérique du Sud
Plutôt une seule bise
Afghanistan (entre hommes)
Le nombre de bises peut aller jusqu’à huit
En Asie, de nombreux pays privilégient au contraire une salutation sans contact. Au Japon, une légère révérence suffit. En Thaïlande, le « wai » combine un petit salut de la tête avec les mains jointes, comme pour prier. En Inde, le « namaste » suit le même principe : mains jointes au niveau de la poitrine et buste légèrement incliné.
Face à un code de salutation inconnu, Lonely Planet recommande une règle simple : observer et suivre le geste des locaux, sans en rajouter.
Autre conseil : ne pas transformer la salutation en étreinte systématique. Dans certaines cultures, l’accolade n’est réservée qu’aux proches. Se figer, en revanche, peut paraître froid ou méfiant. Le juste milieu consiste à laisser l’hôte initier le geste et à s’adapter.
Transports : ce qui hérisse les voyageurs aux quatre coins du monde
Les transports sont un terrain classique pour les petites incivilités, mais certaines peuvent clairement vous attirer des ennuis. À bord d’un avion, allonger immédiatement son siège au maximum dès que le signal « attachez vos ceintures » s’éteint, puis refuser de le redresser au moment des repas, fait partie des comportements pointés par Lonely Planet.
Sur les rails, le guide met en garde contre ceux qui transforment le train en salon personnel. Sac sur le siège d’à côté, gros bagages posés en travers de l’allée, pieds sur les banquettes… Au Royaume-Uni, poser les pieds sur un siège constitue d’ailleurs une infraction pénale passible d’une amende.
La nourriture à bord divise aussi fortement. Si un casse-croûte bien préparé reste l’un des plaisirs du train, certains aliments très odorants ou salissants posent problème. Sandwichs aux œufs, fruits qui éclaboussent, repas particulièrement épicés peuvent vite incommoder tout un wagon.
Dans quelques pays, manger dans les transports en commun ne relève pas seulement du manque de savoir-vivre, mais du faux pas culturel. À Hong Kong et au Japon, grignoter dans les trains locaux et de banlieue suscite facilement des regards réprobateurs. En Malaisie, en Thaïlande et à Singapour, il est strictement interdit de transporter du durian, fruit réputé pour son odeur extrêmement forte, dans les bus ou les trains.
En Corée du Sud, manger devant des personnes qui ne mangent pas, quel que soit le moyen de transport, est mal vu.
Les comportements jugés les plus insupportables varient aussi considérablement d’un pays à l’autre. Lonely Planet cite un sondage où les Brésiliens désignent comme première nuisance dans les transports publics les « activités sexuelles », tandis qu’au Chili, aux États-Unis, au Royaume-Uni ou au Canada, ce sont plutôt les personnes écoutant de la musique à fond sans casque qui exaspèrent.
L’art de laisser un pourboire sans créer de malaise
Le pourboire reste l’un des sujets les plus déroutants pour les voyageurs. Le guide explique que même dans les pays où la pratique n’est pas centrale, serveur, portier ou employé d’hôtel apprécient généralement un petit geste pour un bon service. À condition de le faire de manière claire, en donnant directement quelques pièces ou un petit billet à la personne concernée, surtout lorsque le service est déjà facturé sur la note.
En Scandinavie, l’habitude n’est pas ancrée dans les hôtels, au point que certains employés paraissent étonnés lorsqu’un client laisse un pourboire. À l’opposé, aux États-Unis, omettre de laisser quelque chose à l’équipe de l’hôtel réduit rapidement l’enthousiasme. Oublier le pourboire au restaurant ou au bar peut même conduire le personnel à interpeller le client à la sortie, les salariés dépendant largement de ces gratifications pour compléter leurs revenus.
En Asie, la situation varie fortement d’un pays à l’autre. En Inde et dans d’autres États d’Asie du Sud, une modeste somme peut avoir un réel impact pour des salariés très peu payés. Le guide mentionne la notion de « baksheesh », qui englobe aussi bien l’aumône que les rémunérations informelles pour un service, parfois proposé sans qu’on l’ait demandé.
En Chine et dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, les pourboires ne sont pas attendus dans les restaurants et les hôtels, même s’ils ne choquent pas s’ils sont donnés discrètement. Au Japon, en revanche, un pourboire remis ouvertement risque de mettre très mal à l’aise. Pour un séjour dans une auberge traditionnelle, le geste approprié consiste à glisser une petite somme dans une enveloppe, accompagnée d’un mot de remerciement, et à la déposer dans un endroit bien visible.
Ce que cela implique pour un voyageur français
Pour un lecteur français habitué à la bise, au tutoiement parfois rapide et à une relative tolérance dans l’espace public, ces rappels soulignent un point clé : ce qui passe en France peut être choquant ailleurs, parfois au point de tomber sous le coup de la loi.
En France, photographier une statue religieuse n’est pas interdit, tant qu’il n’y a ni dégradation ni trouble manifeste à l’ordre public. La nudité, elle, est strictement encadrée hors des zones prévues comme les plages naturistes ou certains espaces dédiés. La randonnée intégralement nue peut aboutir à des poursuites pour exhibition sexuelle, un délit pénal.
Côté transports, les règles sont surtout fixées par les opérateurs (SNCF, RATP, réseaux régionaux). Les incivilités – pieds sur les sièges, musique sans écouteurs, dégradations – peuvent donner lieu à des amendes prévues par le règlement intérieur, voire à des infractions plus lourdes en cas de dégradation ou de violences.
Pour les pourboires, la pratique française diffère aussi fortement du modèle américain. Le service est en principe inclus dans la note. Laisser quelques euros au restaurant ou dans un bar reste apprécié mais non obligatoire, contrairement aux États-Unis où l’absence de pourboire est assimilée à un affront. À l’étranger, l’erreur la plus fréquente pour un Français consiste à appliquer spontanément le modèle hexagonal sans se renseigner sur les usages locaux.
Comment limiter les faux pas en voyage
Les exemples mis en avant par Lonely Planet montrent surtout qu’un détail peut faire la différence entre une anecdote amusante et un sérieux problème avec la police ou la communauté locale. Une tenue jugée déplacée dans un temple, un tatouage visible, un simple geste des pieds, un selfie mal placé ou un pourboire donné au mauvais moment peuvent être interprétés comme une provocation.
Avant de partir, vérifier les règles propres aux lieux de culte, aux transports et à la nudité dans le pays visité permet de désamorcer une grande partie des risques. Certains offices du tourisme, sites officiels ou guides spécialisés détaillent précisément ces usages. Sur place, observer les habitants et imiter leurs attitudes reste souvent la meilleure boussole.
Un point mérite enfin d’être souligné : au-delà des sanctions, ces codes locaux conditionnent aussi la qualité du séjour. Un salut adapté, un comportement discret dans les transports, un respect strict des consignes autour des statues religieuses ou des bains traditionnels facilitent les échanges avec les habitants et évitent des tensions inutiles. Apprendre à les repérer devient ainsi un véritable outil de voyage, au même titre qu’une carte ou qu’un dictionnaire de poche.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi un selfie le dos tourné à une statue de Bouddha est-il illégal au Sri Lanka ?
Les autorités considèrent ce geste comme un signe d'irrespect envers les représentations religieuses. Plusieurs pays d'Asie bouddhiste sanctionnent fermement les marques d'irrespect envers Bouddha, y compris par des expulsions ou des condamnations.
Quelles sont les conséquences d'une randonnée nue en Suisse ?
Dans le canton d'Appenzell, la randonnée nue est interdite par la loi cantonale suite à un incident qui a provoqué un scandale local. Le contrevenant a reçu une amende et la police a verbalisé le comportement. Dans le reste de la Suisse, la randonnée sans vêtements n'est pas illégale au niveau national.
Quels sont les gestes à éviter dans les temples bouddhistes ?
Il faut éviter de pointer la plante des pieds vers une image de Bouddha ou un moine, se déchausser à l'entrée des temples, respecter les règles de photographie et adopter une tenue appropriée. Certains lieux de culte n'acceptent que les fidèles de la religion concernée.
Comment bien saluer dans un pays étranger ?
La règle simple est d'observer et suivre les gestes des locaux plutôt que d'appliquer ses propres codes. Laisser l'hôte initier le geste et s'adapter est le juste milieu entre se figer et en rajouter inutilement.
Poser les pieds sur un siège de train peut-il entraîner une amende ?
Oui, au Royaume-Uni, poser les pieds sur un siège de train constitue une infraction pénale passible d'une amende. Plus largement, de nombreux comportements dans les transports considérés comme des incivilités peuvent avoir des conséquences légales.