44 heures à l’infirmerie facturées 4 620 dollars, 12 600 au total : en Australie, une croisiériste de 90 ans découvre le coût des soins à bord d’un paquebot Carnival
En Australie, une retraitée de 90 ans s’est retrouvée avec une facture médicale vertigineuse après un simple passage à l’infirmerie d’un paquebot.
Une croisière censée être un moment de détente en famille s’est transformée en cauchemar financier pour un couple australien de 90 ans, raconte le site spécialisé Cruise Passenger. Faute d’assurance voyage, la nonagénaire et son mari font face à une facture médicale dépassant 12 600 dollars pour moins de deux jours de soins à bord d’un navire Carnival, alors même que la croisière se déroulait le long des côtes australiennes.
Deux jours à l’infirmerie, 12 600 dollars de facture
La passagère, qui a souhaité rester anonyme, voyageait avec son mari, lui aussi âgé de 90 ans. Tous deux avaient déjà l’habitude des croisières. Cette fois, tout bascule lorsqu’elle est prise de violentes douleurs à l’estomac et se présente au service médical du bord.
En 44 heures passées à l’infirmerie du paquebot, la seule « chambre » d’observation lui est facturée 4 620 dollars. Au total, examens, médicaments et évacuation portent la note à plus de 12 600 dollars australiens.
C’est leur gendre qui détaille la somme au média australien :
44 heures en « sick bay » (infirmerie du navire) : 4 620 dollars ;
examens médicaux et traitements : plusieurs milliers de dollars ;
évacuation médicale sur le territoire australien, par des services australiens : le reste de la facture, pour atteindre plus de 12 600 dollars.
Selon le récit de la famille, la nonagénaire ne peut quitter le navire qu’à une condition : la signature d’un engagement de paiement.
Un « billet à ordre » et 140 dollars d’intérêts par jour
Avant de pouvoir accompagner sa femme lors de son évacuation, le mari de 90 ans est, lui aussi, placé sous forte pression, affirme le gendre.
Le croisiériste lui demande de signer un « promissory note », l’équivalent d’un billet à ordre, document par lequel il s’engage personnellement à régler la totalité des frais. En cas de retard de paiement, une pénalité journalière est prévue : 140 dollars par jour, selon la famille.
Le couple affirme n’avoir reçu ni proposition d’échelonnement, ni remise liée aux jours de croisière perdus, alors qu’ils sont tous deux retraités.
Autre point relevé par le gendre : s’ils avaient pu patienter une nuit et débarquer pour se rendre dans un hôpital australien, les soins auraient été pris en charge par Medicare, le système de santé public, ou au moins largement couverts.
Un couple fidèle aux croisières, désormais ruiné par les soins
Pour la famille, la facture est d’autant plus difficile à accepter que le couple était constitué de clients réguliers. Le gendre explique qu’ils auraient probablement dépensé, en quelques années de croisières supplémentaires, davantage que le montant de cette seule note médicale. Désormais, ils n’envisagent plus de remonter à bord d’un navire.
Leur erreur, reconnaissent-ils, n’est pas d’avoir ignoré l’existence de l’assurance voyage, mais d’avoir sous-estimé le niveau des tarifs médicaux à bord. Leur âge avancé rendait aussi très complexe – et coûteuse – la souscription d’une couverture adaptée.
Ce que dit Carnival : « Les navires ne sont pas couverts par Medicare »
Sollicitée par Cruise Passenger, la compagnie Carnival répond par un message très clair : chaque passager doit disposer d’une assurance voyage, même lors d’une croisière domestique.
Dans sa déclaration, la compagnie rappelle que la santé des passagers constitue sa priorité et met en avant la présence permanente d’une équipe médicale formée. Mais elle insiste surtout sur un point : les soins prodigués à bord ne dépendent pas du système public australien.
Les croisières en Australie ne sont pas couvertes par Medicare. Carnival recommande fortement une assurance voyage, y compris pour les trajets côtiers.
Sur son site, la compagnie va plus loin. Elle prévient que :
les hospitalisations à bord ou à l’étranger, ainsi que les évacuations médicales, peuvent atteindre « jusqu’à 5 000 dollars australiens par jour » ;
ces frais ne sont pas pris en charge par Medicare ni par les mutuelles privées classiques ;
les consultations, traitements et médicaments sont facturés « à des tarifs privés » ;
les voyageurs non assurés, ou leurs proches, restent personnellement redevables de tous les coûts, avant, pendant et après la croisière.
La compagnie recommande des contrats d’« assurance voyage internationale » même lorsque le trajet reste dans les eaux australiennes, précisément parce que le navire se situe en dehors du champ de Medicare.
L’assurance voyage pour les seniors : possible, mais chère
Au cœur du problème, une question sensible : un très grand nombre de personnes âgées peuvent-elles réellement s’assurer, et à quel prix ? Carnival cite par exemple l’assureur Cover-More, qui annonce pouvoir couvrir les passagers jusqu’à 99 ans.
Les assureurs reconnaissent toutefois que les primes augmentent vite avec l’âge, en particulier en cas d’antécédents médicaux. Pour les seniors, la facture de l’assurance peut atteindre plusieurs centaines, voire plus de mille dollars, en fonction du profil et de la durée du voyage.
Pour les assureurs cités, ne pas s’assurer revient à accepter l’éventualité de factures médicales de plusieurs dizaines de milliers de dollars, surtout en croisière.
La directrice des opérations de 1Cover Travel Insurance, Natalie Ball, citée par Cruise Passenger, insiste sur ce point. Selon elle, les passagers tendent à sous-estimer le coût réel des soins à bord, même lors de croisières purement domestiques. Les services d’un médecin sur un navire, les équipements de diagnostic et une éventuelle évacuation représentent des dépenses rapidement considérables.
Certains contrats, comme la formule « Comprehensive » de 1Cover, n’affichent pas de limite d’âge, sous réserve d’éligibilité et de conditions spécifiques. Les candidats doivent toutefois déclarer leurs pathologies préexistantes et accepter une prime souvent élevée.
Des témoignages qui montrent l’écart entre assurés et non assurés
Après la publication du cas de la nonagénaire, plusieurs Australiens ont raconté, sur les réseaux sociaux, leurs propres expériences de frais médicaux en croisière. Un point commun ressort : ceux qui étaient assurés ont été intégralement remboursés, malgré des sommes comparables.
Une Australienne explique ainsi que sa mère de 92 ans, hospitalisée sur un autre navire pour un montant de 10 500 dollars, a ensuite dû rester deux semaines dans un hôtel à Sydney, avec les frais de transport et de vie quotidienne. Total de la note : environ 12 500 dollars. L’assurance a couvert l’ensemble, pour une prime d’environ 1 250 dollars payée au départ.
D’autres témoignages de professionnels du voyage confirment que des contrats existent pour les plus de 90 ans, à condition parfois de passer par un courtier spécialisé, de fournir des justificatifs médicaux détaillés et d’accepter une prime plus élevée. Plusieurs agents de voyages cités par Cruise Passenger affirment avoir réussi à assurer des clients de plus de 90 ans pour des croisières de quelques jours, avec des contrats aux alentours de 500 dollars pour deux personnes dans certains cas.
Ce que cela signifie pour un Français en croisière
Pour un lecteur français, cette affaire australienne pointe un risque similaire dès qu’un navire bat pavillon étranger ou navigue hors des eaux territoriales françaises. Les soins à bord d’un paquebot, qu’il soit au large de la Méditerranée, de l’Atlantique ou d’un autre continent, ne relèvent généralement pas du régime général de la Sécurité sociale.
En France, la Caisse primaire d’assurance maladie peut, dans certains cas, rembourser des soins reçus à l’étranger, mais pas à hauteur des montants facturés sur un navire de croisière. Les frais d’évacuation sanitaire, par hélicoptère ou bateau, restent, en l’absence d’assurance, très largement à la charge du voyageur.
Les mutuelles françaises couvrent rarement les évacuations maritimes sans extension spécifique.
L’assurance voyage vendue par les agences ou en ligne inclut souvent une garantie « frais médicaux » et « rapatriement » avec des plafonds élevés.
Pour les seniors, le principe reste le même qu’en Australie : les primes montent avec l’âge et les antécédents de santé.
Les équivalents français des assureurs cités en Australie sont les compagnies d’assurance voyage et les grandes mutuelles qui proposent des contrats spécifiques pour les séjours à l’étranger et les croisières. Elles exigent généralement une déclaration des maladies chroniques éventuelles et adaptent leur tarif en conséquence.
Pourquoi les soins coûtent si cher sur un paquebot
Les tarifs médicaux en croisière surprennent souvent les passagers. Les compagnies avancent plusieurs raisons : un service médical disponible 24 heures sur 24, du matériel embarqué pour gérer les urgences, un personnel formé et rémunéré selon des standards internationaux, ainsi que des contraintes logistiques lourdes. Sur le plan juridique, il ne s’agit pas d’un service public mais d’une prestation privée, facturée en conséquence.
Les honoraires ne se limitent pas au médecin : examens de laboratoire, imagerie si le navire en est équipé, médicaments fournis sur place et, si nécessaire, évacuation vers un hôpital à terre gonflent très vite le total. Les montants évoqués par Carnival – jusqu’à 5 000 dollars par jour d’hospitalisation – ne sont pas inhabituels pour ce type de structure.
Ce que cette affaire enseigne aux voyageurs âgés
Pour les personnes âgées, la multiplication des témoignages australiens met en lumière deux réalités : d’un côté, des solutions d’assurance existent parfois jusqu’à un âge très avancé ; de l’autre, leur coût peut dissuader certains retraités aux revenus modestes. Les professionnels du secteur, eux, répètent qu’un contrat cher peut, en cas de problème de santé, représenter une économie importante au regard des tarifs médicaux pratiqués en mer ou à l’étranger.
Cette histoire australienne rappelle enfin qu’une croisière, même « domestique », reste juridiquement et financièrement différente d’un simple voyage intérieur. La frontière invisible des eaux internationales, le pavillon du navire, le statut particulier du service médical embarqué créent une zone grise pour les systèmes de santé publics. Sans assurance adaptée, le risque n’est pas seulement sanitaire, il devient aussi budgétaire, avec des couples de retraités qui, comme ce ménage australien, se retrouvent à 90 ans face à une dette qu’ils mettront des années à absorber.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi les soins à bord d'un paquebot en eaux australiennes ne sont-ils pas couverts par Medicare ?
Selon Carnival, les navires en croisière se situent en dehors du champ de Medicare car les soins prodigués à bord dépendent d'une équipe médicale privée du navire et non du système public australien.
Quel était le coût détaillé de la facture médicale de la nonagénaire ?
44 heures à l'infirmerie ont été facturées 4 620 dollars, auxquels s'ajoutent plusieurs milliers de dollars pour les examens médicaux, traitements et évacuation médicale vers l'Australie, pour un total de plus de 12 600 dollars.
Quelles pénalités ont été appliquées en cas de retard de paiement ?
Selon la famille, une pénalité journalière de 140 dollars a été prévue en cas de retard de paiement du billet à ordre signé par le mari.
Est-il possible de trouver une assurance voyage pour les passagers de plus de 90 ans ?
Oui, certains assureurs comme Cover-More annoncent pouvoir couvrir jusqu'à 99 ans, mais les primes augmentent considérablement avec l'âge et atteignent souvent plusieurs centaines ou plus de mille dollars, en particulier avec des antécédents médicaux.
Quel était l'avantage de s'assurer au départ de la croisière selon les témoignages d'autres passagers ?
Une autre Australienne a expliqué que sa mère de 92 ans, hospitalisée pour 10 500 dollars, a été intégralement remboursée par son assurance après avoir payé une prime d'environ 1 250 dollars au départ.