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Quatre empreintes dans le Dakota du Nord : les paléontologues identifient les premières traces connues d’un T. rex adulte

Dans les Badlands du Dakota du Nord, aux États-Unis, une série d’empreintes fossilisées vient bouleverser la connaissance du plus célèbre des dinosaures carnivores.

Repérée par un professeur de lycée amateur de fossiles puis analysée par une équipe du Denver Museum of Nature & Science, cette piste de pas attribuée à un Tyrannosaurus rex adulte constitue, selon le média américain National Geographic cité par le site d’actualités historiques qui rapporte l’étude, une première mondiale pour cette espèce emblématique.

Une piste de 23 pieds laissée par un géant du Crétacé

La découverte a eu lieu dans la Hell Creek Formation, dans le sud-ouest du Dakota du Nord, un secteur des Grandes Plaines américaines bien connu des paléontologues. C’est là, au cœur des Badlands, que Kent Hups, enseignant dans un lycée du Colorado et chasseur de fossiles à ses heures perdues, a remarqué une structure étrange affleurant du sol.

« J’ai vu quelque chose qui sortait du sol, et ça avait l’air vraiment particulier, comme rien de ce que j’avais déjà vu », a-t-il raconté à National Geographic. En observant le site plus attentivement, il comprend qu’il se tient peut‑être devant une empreinte de dinosaure hors du commun.

Les recherches menées ensuite avec les scientifiques du Denver Museum of Nature & Science confirment l’intuition. Non seulement il s’agit d’empreintes de T. rex, mais elles forment une véritable piste, ce que les spécialistes appellent une « trackway ».

La piste s’étend sur environ 23 pieds (un peu plus de 7 mètres) et aligne quatre empreintes d’environ 90 centimètres de long, deux du pied gauche et deux du pied droit.

Les chercheurs datent ces traces de 66,5 millions d’années, à la toute fin du Crétacé, peu avant l’extinction massive qui a fait disparaître les dinosaures non aviens.

Première série d’empreintes d’un T. rex adulte jamais identifiée

D’après l’étude publiée dans le Journal of Vertebrate Paleontology, cette piste présente un caractère unique. Jusqu’ici, les paléontologues n’avaient repéré que deux empreintes isolées attribuées à des T. rex adultes dans le monde, l’une au Nouveau-Mexique, l’autre au Montana. Aucune série cohérente, laissant suivre le déplacement d’un même individu, n’avait été formellement identifiée.

La trouvaille du Dakota du Nord change la donne. Elle fournit pour la première fois une suite de pas appartenant à un seul T. rex adulte, ce qui permet d’en déduire sa démarche et sa vitesse de déplacement sur un terrain précis.

À partir de relevés 3D de haute résolution, l’équipe a pu estimer la vitesse de l’animal entre 3,5 et 4,5 miles par heure, soit le rythme d’une marche soutenue chez un humain.

Les scientifiques estiment que le T. rex avançait à peu près à l’allure d’un humain qui marche d’un pas vif, bien loin de l’image de sprinteur incontrôlable souvent véhiculée par la culture populaire.

Pour Tyler Lyson, conservateur en paléontologie des vertébrés au Denver Museum of Nature & Science et co-auteur de l’étude, l’intérêt dépasse de loin l’aspect spectaculaire. « Les os nous apprennent énormément de choses sur ces animaux, mais les empreintes capturent un moment de comportement », explique-t-il dans un communiqué. « Avec une piste, nous pouvons réellement suivre un animal pendant qu’il se déplace dans le paysage. C’est incroyablement rare pour T. rex. »

Pourquoi Hell Creek est un trésor pour les dinosaures

Hell Creek Formation couvre une vaste zone englobant notamment le Dakota du Nord et le Montana. À l’époque du T. rex, cette région correspondait à une plaine inondable boisée, ponctuée de rivières et de marécages. Le terrain, composé de sédiments tendres, favorise une excellente conservation des ossements.

En revanche, les empreintes y survivent rarement. L’eau qui circulait dans cette ancienne plaine avait tendance à éroder les traces laissées au sol par les animaux. Le fait qu’une piste de T. rex ait pu se fossiliser relève donc d’un enchaînement très particulier de conditions géologiques.

Les chercheurs avancent un scénario précis : après le passage de l’animal, les empreintes se seraient remplies d’une eau sablonneuse chargée de bactéries. La forte teneur en matière organique aurait alors facilité la cristallisation des sédiments et des minéraux en couches successives, jusqu’à ce qu’un mélange de carbonate de calcium et de grès finisse par solidifier l’ensemble.

Selon l’étude, un cocktail de sédiments, d’eau et de bactéries a transformé ces pas éphémères en fossiles capables de traverser 66,5 millions d’années.

La Hell Creek Formation a déjà livré des fossiles de T. rex célèbres. C’est là que le collecteur Barnum Brown a mis au jour l’un des premiers squelettes de l’espèce en 1902, dans l’est du Montana. C’est également dans cette formation qu’a été exhumé « Sue », le squelette de T. rex le plus complet connu, ainsi que d’autres spécimens emblématiques surnommés « Stan » ou « Gus ».

À une dizaine de miles de la nouvelle piste, les chercheurs avaient déjà découvert un T. rex juvénile, surnommé « Teen Rex », aujourd’hui conservé au Denver Museum of Nature & Science. La région est également riche en fossiles de Triceratops, dont une tête, un cou et une poitrine entiers mis au jour en 2025.

Une fenêtre rare sur la vie quotidienne d’un prédateur géant

Tyrannosaurus rex a vécu entre 68 et 66 millions d’années avant notre ère. Ce grand carnivore pouvait atteindre environ 12 mètres de longueur et près de 6 mètres de hauteur, avec une tête massive et des mâchoires capables d’exercer une force de morsure colossale.

La plupart des informations sur T. rex proviennent de ses ossements, qui permettent d’estimer sa taille, sa musculature, son régime alimentaire ou encore certaines pathologies. Les empreintes fossilisées apportent un autre type de renseignement : elles renseignent sur la locomotion, le comportement en mouvement et parfois les interactions entre individus.

  • Longueur de la piste : environ 7 mètres
  • Nombre d’empreintes : quatre, alternant pied gauche et pied droit
  • Longueur d’une empreinte : près de 90 centimètres
  • Âge estimé des traces : 66,5 millions d’années
  • Vitesse de déplacement : 3,5 à 4,5 miles par heure

Pour les paléontologues, ces chiffres construisent une scène précise : un T. rex adulte qui traverse un terrain meuble, sans courir, à une allure mesurée. Cette vision nuance encore les débats récurrents sur la vitesse maximale possible de l’animal, souvent discutée à partir de modèles biomécaniques ou informatiques.

Autre avantage : une piste permet parfois de savoir si l’animal boitait, accélérait, tournait, ou si plusieurs individus se déplaçaient ensemble. Dans le cas présent, les scientifiques décrivent une marche régulière, sans signe évident de blessure.

Une fouille complexe pour des empreintes en roche dure

Le Denver Museum of Nature & Science prévoit de récupérer trois des quatre empreintes à l’aide d’un hélicoptère, tant le terrain est escarpé et l’extraction délicate. « C’est vraiment difficile à fouiller parce que c’est roche contre roche, pas roche contre os », explique Tyler Lyson à National Geographic.

Contrairement à un squelette enchâssé dans des sédiments plus friables, une empreinte fossilisée forme un bloc solide qu’il faut dégager sans le fracturer. Le recours à un transport aérien permet de limiter les risques de casse et de déplacer des blocs lourds vers les laboratoires du musée.

L’équipe compte communiquer cet hiver sur l’état de conservation des empreintes et les travaux engagés, afin de permettre au public de suivre l’avancée de cette opération inédite. Pour Kent Hups, cette aventure illustre parfaitement ce qu’il enseigne à ses élèves : « En tant que professeur, je dis toujours à mes étudiants que la science commence par la curiosité, la passion et une observation attentive. Je n’aurais jamais imaginé que cela pourrait me mener à une découverte comme celle-ci. »

Comment la France étudie ses propres traces de dinosaures

Si T. rex reste spécifique à l’Amérique du Nord, la France possède elle aussi de nombreux sites à empreintes de dinosaures. Les paléontologues français exploitent ces traces fossilisées avec des méthodes proches de celles utilisées à Hell Creek, notamment la photogrammétrie et les relevés 3D pour mesurer les pas, reconstituer la démarche et estimer la vitesse des animaux.

Les empreintes françaises concernent d’autres groupes de dinosaures, souvent plus anciens, mais l’approche scientifique reste comparable :

  • repérer des séries de pas cohérentes pour identifier une piste complète ;
  • mesurer l’écartement des foulées pour déduire la taille et la vitesse ;
  • analyser la forme des doigts et des griffes pour attribuer les traces à un groupe (théropodes carnivores, sauropodes, etc.) ;
  • étudier le contexte sédimentaire pour comprendre comment les empreintes se sont conservées.

Les recherches menées aux États-Unis sur T. rex servent ainsi de référence pour les paléontologues qui travaillent sur d’autres espèces. Les grandes questions restent identiques : comment ces animaux se déplaçaient-ils, à quelle vitesse, et quelles étaient leurs habitudes de vie sur les plaines, les plages ou les marécages de l’époque ?

Ce que révèle une simple empreinte fossile

Une empreinte de dinosaure ne se résume pas à un « trou » dans la roche. Elle correspond à la déformation précise d’un sédiment mou sous le poids d’un animal. Les scientifiques parlent parfois de « structure de déformation », car le pied enfoncé modifie en profondeur les couches sédimentaires.

Dans le cas du T. rex du Dakota du Nord, la taille et la profondeur des pas donnent une indication sur la masse de l’animal et la nature du sol. Le substrat devait être suffisamment humide pour enregistrer fidèlement les contours du pied, mais assez ferme pour garder sa forme jusqu’à la fossilisation.

Ce type d’empreinte offre aussi une vision très concrète de la présence de l’animal dans un lieu précis. Alors que les os peuvent être déplacés par les crues ou les charognards avant d’être enfouis, un pas fossile se trouve à l’endroit même où le dinosaure s’est posé. Pour les scientifiques, il s’agit presque d’une « photo instantanée » de sa vie quotidienne.

À terme, ces nouvelles empreintes de T. rex rejoindront les collections du Denver Museum of Nature & Science, où elles seront étudiées plus finement et, probablement, présentées au public. Elles viendront compléter le « portrait » de ce prédateur emblématique, déjà connu par ses squelettes spectaculaires, mais encore loin d’avoir livré tous les détails de son comportement réel.

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