De plus en plus de femmes, au Pérou comme ailleurs, renoncent au maquillage. Loin d’un simple confort, ce choix interroge la psychologie.
Un article du média péruvien El Comercio s’appuie sur les travaux de la psychologue Tara Well, professeure de psychologie à l’université Columbia (États-Unis), pour analyser ce que révèle réellement le fait de ne pas se maquiller. Ce comportement, souvent vu comme de la flemme ou du laisser-aller, renvoie en réalité à des mécanismes profonds liés à l’image de soi, au rapport au regard des autres et aux normes de beauté.
Ne pas se maquiller, un choix loin d’être anodin
Selon les études évoquées par Tara Well dans El Comercio, la décision de ne pas porter de maquillage dépasse largement la simple question de goût. Elle touche à la façon dont une personne se perçoit et souhaite être perçue.
Ne pas se maquiller peut traduire une forme d’alignement entre apparence extérieure et identité intérieure, et pas seulement un rejet de la cosmétique.
Les recherches citées par la psychologue mettent en avant plusieurs dimensions :
La perception de soi : se montrer « au naturel » revient pour certaines à assumer pleinement leurs traits, rides, cernes ou imperfections.
La question de la validation sociale : renoncer au maquillage, c’est parfois accepter de ne pas répondre aux attentes implicites de l’entourage, du travail ou du partenaire.
La contestation des normes de beauté : le refus du maquillage peut prendre la forme d’un geste quasi militant face à des standards jugés irréalistes.
El Comercio souligne que ces choix ne sont ni uniformes ni définitifs. Une même femme peut alterner entre des périodes très maquillées et d’autres où elle laisse tomber toute routine esthétique, selon son état d’esprit, son environnement professionnel ou sa situation personnelle.
Ce que la psychologie observe chez les femmes qui ne se maquillent pas
Les travaux cités par Tara Well dressent plusieurs profils récurrents, qui n’épuisent pas le sujet mais permettent de mieux comprendre ce comportement.
Une recherche d’authenticité personnelle
Beaucoup de femmes interrogées dans ces études expliquent qu’elles souhaitent que leur visage reflète leur état réel, sans filtre. Pour certaines, le maquillage donne l’impression de « jouer un rôle » ou de porter un masque.
Renoncer au maquillage peut être vécu comme un moyen de se sentir plus cohérente avec soi-même, même au prix d’un regard social parfois plus critique.
Cette recherche d’authenticité se manifeste par plusieurs attitudes :
Accepter que le visage change avec la fatigue, l’âge ou le stress.
Vouloir que les interactions reposent davantage sur la personnalité que sur l’apparence.
Un rapport différent à la validation sociale
Les femmes qui choisissent de ne pas se maquiller apparaissent souvent moins dépendantes de l’approbation esthétique extérieure. Les études évoquées par El Comercio et Tara Well indiquent que certaines d’entre elles évaluent leur valeur à partir d’autres critères : compétences, humour, engagement professionnel, créativité.
Pour ces femmes, se montrer sans maquillage devient une forme de test implicite : qui les apprécie vraiment, malgré un visage jugé « ordinaire » ou « imparfait » selon les codes dominants ?
Un questionnement des normes de beauté
Les travaux cités soulignent aussi une dimension plus critique. En renonçant aux cosmétiques, certaines femmes souhaitent marquer une distance avec les prescriptions de la beauté traditionnelle : peau sans défaut, teint unifié, regard agrandi, lèvres redessinées.
Pour elles, continuer à se maquiller quotidiennement reviendrait à entretenir des standards perçus comme inatteignables pour la plupart, coûteux en temps et en argent, et parfois culpabilisants.
Motivation principale
Rapport au maquillage
Effet ressenti
Authenticité
Perçu comme un « masque » occasionnel
Sentiment de cohérence personnelle
Autonomie sociale
Utilisé ou non, mais sans pression ressentie
Moins de dépendance au regard des autres
Critique des normes
Parfois rejeté pour des raisons idéologiques
Impression de résistance aux injonctions esthétiques
Le rôle du regard dans la construction de l’image de soi
Spécialiste du rapport au miroir, Tara Well s’intéresse depuis plusieurs années à la façon dont nous nous observons et interprétons ce que nous voyons. Les études mentionnées par El Comercio montrent que le moment où l’on se regarde sans maquillage peut devenir une véritable séance d’auto-évaluation.
Le miroir ne renvoie pas seulement une image ; il active des jugements internes, des souvenirs et des comparaisons qui influencent profondément l’estime de soi.
Pour certaines femmes, se voir au naturel réactive des critiques anciennes : remarques subies dans l’enfance, comparaisons familiales, moqueries au lycée. Pour d’autres, cet instant devient au contraire un exercice d’acceptation : apprendre à tolérer puis à apprécier des traits longtemps rejetés.
En France, un débat similaire sur les normes esthétiques
Si l’article d’El Comercio s’inscrit dans un contexte péruvien et fait référence aux travaux d’une chercheuse américaine, la question se pose aussi en France. Ici, les enquêtes sur les pratiques cosmétiques montrent une évolution : beaucoup de femmes allègent leur routine, réservent le maquillage aux occasions sociales ou professionnelles, ou optent pour un style très discret.
Les psychologues françaises et français qui travaillent sur l’estime de soi et la pression esthétique décrivent des tendances proches :
Une partie des femmes revendique un visage nu au quotidien, notamment dans les milieux où l’égalité femmes-hommes est particulièrement débattue.
Dans le monde du travail, certaines se sentent encore contraintes de se maquiller pour paraître « soignées » ou « professionnelles », ce qui rappelle les thématiques abordées par Tara Well.
Les jeunes générations remettent davantage en cause l’obligation implicite de masquer l’acné, les cernes ou les rougeurs.
En France, cette réflexion croise aussi les enjeux de santé mentale : de nombreux spécialistes rappellent que la comparaison permanente avec des visages retouchés, filtrés ou lourdement maquillés sur les réseaux sociaux peut fragiliser l’image de soi, en particulier chez les adolescentes.
Quand le maquillage devient un choix et non une obligation
Les études évoquées par El Comercio et Tara Well ne condamnent pas le maquillage. Elles insistent plutôt sur la différence entre un usage choisi et un usage imposé par la pression sociale ou par une faible estime de soi.
Ce que la psychologie met en lumière, ce n’est pas le maquillage en lui-même, mais le degré de liberté avec lequel chaque femme décide d’en mettre ou non.
Dans ce cadre, le fait de passer des journées sans maquillage, puis d’en porter pour une fête ou un entretien, n’a rien de contradictoire. Cela peut au contraire signaler une capacité à adapter son apparence sans se sentir prisonnière d’un « visage obligatoire ».
Quelques points reviennent fréquemment dans les travaux cités :
Le maquillage peut soutenir la confiance en soi lorsqu’il s’inscrit dans un rituel agréable et non dans l’autocritique.
L’absence de maquillage permet parfois de vérifier que l’on reste appréciée, respectée et écoutée sans artifice.
Alterner maquillé / non maquillé offre une forme d’expérimentation identitaire, utile pour mieux se connaître.
Ce que révèle techniquement l’estime de soi derrière ces choix
En psychologie, l’estime de soi renvoie à la valeur globale qu’une personne s’accorde. Les décisions autour du maquillage servent souvent de révélateur : attachement au regard d’autrui, peur du jugement, capacité à tolérer l’imperfection visible.
Les travaux mis en avant par El Comercio montrent que les femmes qui parviennent à se montrer sans maquillage tout en se sentant acceptées développent souvent une forme de sécurité intérieure. À l’inverse, lorsque le simple fait d’imaginer un visage nu en public provoque angoisse ou honte, cela peut signaler une forte dépendance à la validation esthétique.
Pour certaines psychothérapies, ces éléments deviennent des pistes de travail concrètes : expérimenter une journée sans maquillage, analyser les émotions ressenties, observer les réactions réelles de l’entourage, et distinguer ce qui relève des faits de ce qui relève de l’auto-critique interne.
En filigrane, la question posée par l’article d’El Comercio, appuyé sur les recherches de Tara Well, est simple : dans quelle mesure chaque femme choisit-elle réellement son rapport au maquillage, et dans quelle mesure ce rapport lui est imposé par des normes, des souvenirs et des peurs intériorisées ?
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Ne pas se maquiller signifie-t-il nécessairement une forme de laisser-aller?
Non, selon la psychologue Tara Well, ce choix renvoie à des mécanismes profonds liés à l'image de soi et aux normes de beauté. Il peut refléter une recherche d'authenticité personnelle, une acceptation de soi ou une contestation critique des standards esthétiques, plutôt qu'une négligence.
Quel est le lien entre le rapport au miroir et l'estime de soi?
Tara Well souligne que le moment où l'on se regarde sans maquillage devient une séance d'auto-évaluation qui active des jugements internes, des souvenirs et des comparaisons influençant l'estime de soi. Pour certaines femmes, cela réactive des critiques anciennes, tandis que pour d'autres, cela devient un exercice d'acceptation.
Est-ce que renoncer au maquillage affecte la perception sociale?
Oui, selon les études citées, ne pas se maquiller signifie accepter de ne pas répondre aux attentes implicites de l'entourage ou du travail. Cependant, cela peut aussi servir de test implicite pour identifier qui apprécie vraiment la personne au-delà des critères esthétiques dominants.
Peut-on alterner entre des périodes avec et sans maquillage sans contradiction?
Oui, El Comercio souligne que ces choix ne sont ni uniformes ni définitifs. Une même femme peut alterner selon son état d'esprit, son environnement professionnel ou sa situation personnelle, ce qui signale une capacité à adapter son apparence sans se sentir prisonnière d'un modèle unique.
Y a-t-il des tendances similaires en France?
Oui, en France également, beaucoup de femmes allègent leur routine cosmétique, réservent le maquillage aux occasions spéciales ou optent pour un style discret. Les jeunes générations remettent davantage en cause l'obligation implicite de masquer les imperfections naturelles.