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Une méga-usine de flotteurs pour éoliennes en mer arrive dans le sud de la France : 1 300 emplois à la clé

À Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, un immense site industriel dédié aux flotteurs d’éoliennes en mer doit voir le jour d’ici 2030.

Selon le média en ligne français Media24.fr, cette usine géante portée par BW Ideol et NGE ambitionne de faire de Fos-sur-Mer la référence méditerranéenne de l’éolien flottant, avec des investissements massifs et des centaines d’emplois à la clé.

Une méga-usine pour 30 flotteurs par an et 1 300 emplois

Le 23 juillet 2026, BW Ideol et NGE ont officialisé leur partenariat exclusif pour développer Fos3F, une ligne de fabrication en série de flotteurs pour éoliennes en mer sur la plateforme DEOS du Grand Port Maritime de Marseille, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).

Fos3F vise une capacité de 30 flotteurs par an, soit 500 mégawatts par an et plus de 200 fondations flottantes produites entre 2030 et 2037, avec 1 300 emplois directs annoncés.

L’usine occuperait environ 30 hectares de terre-pleins et disposerait de 400 mètres linéaires de quai pour l’assemblage et l’embarquement des structures. Une candidature a déjà été déposée auprès du Grand Port Maritime de Marseille dans le cadre de l’aménagement de la plateforme DEOS.

Le ticket d’entrée est à la hauteur des ambitions : près de 200 millions d’euros d’investissements pour bâtir ce qui s’annonce comme la première grande usine française entièrement dédiée aux flotteurs d’éoliennes en mer.

Caractéristique Valeur
Localisation Plateforme DEOS, Grand Port Maritime de Marseille (Fos-sur-Mer)
Actionnaires BW Ideol et NGE (50/50)
Surface industrielle 30 hectares, 400 mètres de quai
Cadence visée 30 flotteurs par an (500 MW/an)
Période 2030-2037 Plus de 200 fondations flottantes livrées
Emplois directs 1 300 postes à Fos-sur-Mer
Démarrage de production Prévu à partir de 2030

BW Ideol et NGE, un duo 100 % français pour un pari massif

BW Ideol, pionnier de l’éolien flottant né à La Ciotat

BW Ideol a été créée en 2010 à La Ciotat, où se trouve toujours son siège. L’entreprise s’est imposée comme un pionnier de l’éolien flottant grâce à sa technologie brevetée Damping Pool.

Ce flotteur, de type barge annulaire, est conçu en béton ou en acier. Sa particularité : une « piscine » intérieure qui permet d’amortir les mouvements de la mer en jouant sur le déplacement de l’eau. Cette innovation, au cœur du projet Fos3F, reste un brevet français, même si BW Ideol est aujourd’hui majoritairement détenue par le groupe norvégien BW Offshore, entré au capital en 2021.

NGE, poids lourd du BTP pour construire les fondations

Face à BW Ideol, NGE apporte son expertise de géant du BTP. Basé à Saint-Étienne-du-Grès, dans les Bouches-du-Rhône, le groupe compte environ 22 000 collaborateurs pour un chiffre d’affaires proche de 4,5 milliards d’euros.

Son métier : le génie civil, les infrastructures complexes, les grands chantiers. Sur Fos3F, NGE doit prendre en charge la construction industrielle des fondations en béton bas-carbone, en s’appuyant notamment sur les bétons fournis par Holcim. L’alliance avec BW Ideol permet de couvrir tout le spectre, de la conception des flotteurs à leur fabrication en série.

Fos3F associe une technologie française d’éolien flottant et un grand groupe de BTP pour ancrer physiquement la filière dans les Bouches-du-Rhône.

Un projet déjà sécurisé par des financements publics européens et français

Côté finances, une étape clé a été franchie en 2025. Fos3F a sécurisé 126 millions d’euros de soutiens publics, ce qui réduit fortement le risque pour les investisseurs privés.

  • 74 millions d’euros de subventions via le Fonds Innovation de la Commission européenne, dédié aux projets de décarbonation.
  • 52 millions d’euros obtenus au titre du crédit d’impôt Investissement Industrie Verte (C3IV), créé par la France en 2024.

Le financement restant doit être complété par des capitaux privés, au rythme des contrats signés avec les futurs parcs éoliens flottants en Méditerranée et ailleurs sur le littoral français.

Trois fermes pilotes en Méditerranée comme terrain d’essai

La montée en puissance industrielle ne part pas de zéro. La France a déjà mis à l’eau trois fermes pilotes en Méditerranée, chacune avec une technologie de flotteur différente pour tester les solutions en conditions réelles.

Projet Localisation Puissance Opérateurs Technologie de flotteur Mise en service
Provence Grand Large Au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) 25 MW EDF Renouvelables, Enbridge, CPP Investments Flotteur à lignes tendues (TLP) Juin 2025
Éoliennes Flottantes du Golfe du Lion (EFGL) Au large de Port-la-Nouvelle (Aude) 30 MW Ocean Winds, Banque des Territoires Flotteur semi-submersible en acier Début 2026
EolMed Au large de Gruissan (Aude) 30 MW Qair, TotalEnergies, BW Ideol Flotteur Damping Pool en béton Mai 2026

Provence Grand Large a déjà produit 94 000 mégawattheures lors de sa première année d’exploitation, alimentant 45 000 personnes selon EDF. EolMed vient de passer en régime de croisière, tandis qu’EFGL exploite ses trois éoliennes géantes de 186 mètres de haut depuis le début de l’année 2026.

Ces trois sites pilotes ont servi de laboratoire à ciel ouvert : trois consortiums, trois technologies de flotteurs, trois retours d’expérience décisifs avant le grand saut industriel.

AO10, le gigantesque appel d’offres qui pousse à industrialiser

Si Fos3F émerge aujourd’hui, c’est aussi à cause du changement d’échelle décidé par l’État français. Le 12 juin 2026, le gouvernement a lancé l’AO10, dixième appel d’offres pour l’éolien en mer.

AO10, c’est :

  • 10 gigawatts de puissance à attribuer, soit l’équivalent d’environ six réacteurs nucléaires EPR.
  • 5 gigawatts en éolien posé et 5 gigawatts en éolien flottant.
  • 11 zones réparties sur les trois façades maritimes métropolitaines.
  • Un prix cible inférieur à 100 euros par mégawattheure sur 25 ans.
  • Des candidatures possibles jusqu’au 12 octobre 2026, pour une attribution attendue en février 2027.

La Méditerranée concentre une part importante de ces futurs projets flottants, avec des zones identifiées au large de la Provence, du golfe de Fos, du golfe du Lion et de la côte narbonnaise.

Deux projets antérieurs, déjà attribués dans le cadre de l’appel d’offres AO6 fin 2024, constituent d’ailleurs un carnet de commandes potentiel pour Fos3F : Méditerranée Grand Large au large de Fos et EFLO au large de l’Aude, chacun pour une puissance comprise entre 230 et 280 mégawatts, avec des mises en service prévues autour de 2031-2032.

Entre les projets AO6 déjà signés et les futurs lauréats AO10, plusieurs gigawatts d’éolien flottant devront être équipés en flotteurs d’ici la fin des années 2030, ce qui justifie le lancement d’une production en série dès 2030.

Autre élément clé : AO10 intègre pour la première fois des critères issus du Net Zero Industry Act européen. Les candidats doivent garantir un pourcentage minimal de composants produits en Europe. Un cadre qui favorise clairement une usine comme Fos3F, installée en France, alimentée en béton bas-carbone et portée par des acteurs locaux.

Une filière mondiale qui accélère, avec la France bien placée

À l’échelle mondiale, l’éolien flottant est en phase de décollage. D’après le Global Wind Energy Council, plus de 220 gigawatts de projets étaient en développement fin 2025, à différents stades (planification, autorisation, construction).

Les projections de cabinets spécialisés cités par Media24.fr anticipent entre 2,3 et 2,5 gigawatts réellement opérationnels d’ici 2030, majoritairement en Chine et au Royaume-Uni. À l’horizon 2040, les analystes tablent sur environ 56 gigawatts en service ou en construction, avec une accélération dans les années 2030 à mesure que les flotteurs se standardisent et que les coûts baissent.

Dans ce paysage, trois marchés ressortent comme particulièrement attractifs : le Royaume-Uni, la France et la Corée du Sud. Le Japon vise à lui seul 15 gigawatts d’éolien flottant à l’horizon 2040, tandis que la Chine s’est engagée à installer au moins 15 gigawatts d’éolien en mer par an entre 2026 et 2030, avec une part croissante de flottant.

Ce que cela change pour la France et pour Fos-sur-Mer

Un outil industriel structurant face aux besoins français

Pour un lecteur en France, Fos3F s’inscrit dans une trajectoire claire : le pays veut déployer massivement l’éolien en mer et ne plus dépendre uniquement de fournisseurs étrangers pour les composants stratégiques.

Avec 10 gigawatts mis en jeu par AO10 et d’autres appels d’offres déjà passés ou à venir, la demande en flotteurs va s’étaler sur plusieurs décennies. Un outil comme Fos3F doit permettre :

  • d’assurer une partie de la fabrication en France, avec des emplois industriels locaux ;
  • de consolider une chaîne d’approvisionnement française pour l’éolien flottant ;
  • de mutualiser les séries pour réduire les coûts et rendre la filière compétitive face à l’éolien posé.

Pour les collectivités et les habitants, le principal impact sera l’emploi : 1 300 postes directs annoncés, auxquels pourront s’ajouter des emplois indirects chez les sous-traitants et dans les services liés au port, au transport, à la maintenance ou à la logistique.

Réindustrialisation verte pour un territoire en reconversion

Fos-sur-Mer, commune ouvrière d’environ 15 000 habitants, porte encore les traces de la désindustrialisation de la sidérurgie, du raffinage et de la pétrochimie. L’installation d’une usine de pointe liée aux énergies renouvelables marque un tournant pour ce bassin historiquement industriel.

Pour la Provence-Alpes-Côte d’Azur, Fos3F représente la perspective de milliers d’emplois directs et indirects dans une filière verte à haute valeur ajoutée.

Des études sectorielles évoquées par Media24.fr estiment qu’un emploi direct dans l’éolien en mer pourrait générer jusqu’à trois emplois indirects. En appliquant ce ratio, les 1 300 postes annoncés à Fos-sur-Mer pourraient se traduire par plusieurs milliers d’emplois dans le bassin, entre fabrication de pièces, transport, assemblage ou maintenance en mer.

Éolien flottant : comment fonctionne un flotteur en béton ?

Pour un lecteur non spécialiste, la notion de « flotteur » peut sembler abstraite. Dans un parc éolien flottant, chaque éolienne est fixée à une structure flottante ancrée au fond de la mer. Le flotteur maintient la stabilité de la turbine, absorbe les mouvements de la houle et transmet les efforts aux lignes d’ancrage.

La technologie Damping Pool développée par BW Ideol repose sur un flotteur en forme de barge annulaire, en béton bas-carbone :

  • un anneau flottant qui porte l’éolienne ;
  • une sorte de « piscine » centrale dans laquelle l’eau se déplace ;
  • ce déplacement d’eau atténue les mouvements dus aux vagues, ce qui stabilise l’ensemble.

Le choix du béton présente plusieurs avantages pour un pays comme la France : disponibilité de la ressource, savoir-faire du BTP, possibilité de produire au plus près des ports industriels, et réduction potentielle des coûts à grande échelle.

Pour les riverains et les élus, un parc flottant permet aussi d’installer les éoliennes plus loin des côtes, au-delà des zones où la profondeur empêche les fondations posées classiques. Cela limite l’impact visuel depuis le littoral tout en accédant à des zones de vent plus régulier.

Avec Fos3F, la France se dote d’un outil industriel capable de produire ces structures en série depuis un grand port méditerranéen, avec l’objectif affiché de sécuriser une filière éolienne flottante « made in France » pour les vingt prochaines années.

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