EUROTEL

Une « étoile de mer à gros derrière » et des dizaines d’espèces jamais vues filmées à 4 000 mètres de profondeur au large de l’Argentine

Une « étoile de mer à gros derrière » et des dizaines d'espèces jamais vues filmées à 4 000 mètres de profondeur au large de l'Argentine

Au large de l’Argentine, une mission scientifique en eaux profondes révèle des dizaines d’espèces inédites, dont une étoile de mer au physique inattendu.

Dans le canyon sous-marin de Mar del Plata, au large des côtes argentines, une expédition de recherche a filmé plus de 40 espèces encore jamais observées, rapporte le site scientifique anglophone Live Science. Parmi elles, une étoile de mer rondelette, rapidement surnommée « étoile de mer à gros derrière » par les internautes séduits par son allure de personnage de dessin animé.

Une mission à 4 000 mètres de fond au large de l’Argentine

La mission se déroule dans le canyon sous-marin de Mar del Plata, un vaste gouffre qui entaille le plateau continental argentin dans l’Atlantique Sud. Ce secteur est considéré comme un « point chaud » de biodiversité, mais reste très peu étudié en raison de sa profondeur et de ses conditions extrêmes.

Les plongées ont débuté le 23 juillet à l’aide d’un véhicule téléopéré (ROV) baptisé SuBastian, guidé depuis un navire de recherche. Les scientifiques contrôlent l’engin à distance et envoient les images en haute définition en direct, avec des commentaires en temps réel sur la faune observée.

Cette campagne, menée jusqu’à 4 000 mètres de profondeur, a déjà permis de documenter plus de 40 espèces jamais décrites dans l’Atlantique Sud, dont des poissons translucides, des raies colorées, des éponges carnivores et de nouveaux coraux.

Aux côtés des équipes argentines, les chercheurs s’appuient sur la logistique de l’institut privé Schmidt Ocean Institute, qui met à disposition le ROV et la diffusion en direct sur sa chaîne YouTube.

L’« étoile de mer à gros derrière », nouvelle star des grands fonds

Parmi toutes les découvertes, une étoile de mer a volé la vedette. Filmée sur une paroi du canyon, elle présente un disque central épais, des bras courts et trapus et une silhouette étrangement rebondie. Rapidement, les spectateurs du direct, commentant le flux vidéo, la baptisent « estrella culona », soit « étoile à gros derrière » en espagnol.

Sa silhouette rappelle Patrick l’étoile de mer, personnage de la série animée « Bob l’éponge ». L’animal appartient au genre Hippasteria, un groupe d’étoiles de mer connues pour leur corps massif et carnivore.

Sur les réseaux sociaux, l’étoile de mer est devenue virale, les internautes soulignant son air bonhomme et sa ressemblance avec un personnage de cartoon.

Pour les scientifiques, cette forme particulière intrigue. Les chercheurs argentins avancent plusieurs hypothèses :

  • l’animal est peut-être simplement très bien nourri, ces étoiles de mer étant de redoutables carnivores ;
  • la position sur une paroi verticale accentue l’effet « postérieur » : le disque central pend vers le bas, créant l’illusion de fesses prononcées ;
  • la perspective de la caméra et l’éclairage renforcent encore cette impression.

Non, les étoiles de mer n’ont pas de fesses

Le buzz autour de cette « étoile de mer à gros derrière » a poussé une biologiste argentine à remettre les choses au clair. Interrogée en espagnol par le site d’information Infobae, Mariela Romanelli, biologiste et conservatrice de la collection d’invertébrés au Musée argentin des sciences naturelles, insiste sur l’anatomie réelle de l’animal.

« Les étoiles de mer ont bien un tube digestif complet et un anus, mais pas à l’endroit que les gens montrent sur les réseaux sociaux », précise-t-elle, en ajoutant que la ressemblance avec les fesses de Patrick reste « franchement hilarante ».

Les étoiles de mer présentent une symétrie radiale, sans avant ni arrière comme les humains. Leur bouche se trouve sur la face inférieure, plaquée contre le fond marin, là où elles saisissent leurs proies. L’anus, lui, se situe au centre de la face supérieure. Ce que les plongeurs ou les caméras voient en premier est donc cette surface dorsale, et non un « derrière » au sens humain.

Un bestiaire inédit des abysses argentins

L’« étoile de mer à gros derrière » n’est pas la seule vedette de l’expédition. Les caméras ont également capté un étrange concombre de mer violet, lui aussi vite baptisé par les chercheurs. Son corps dodu et sa couleur pourpre lui valent le surnom affectueux de « Batatita », ou « petite patate douce ».

Ce concombre de mer appartient au genre Benthodytes, un groupe d’holothuries adaptées aux grandes profondeurs. L’échantillon a été prélevé par le ROV et ramené vivant à la surface, où il est désormais étudié en laboratoire.

Au total, les chercheurs ont déjà identifié au moins 25 espèces de poissons, des éponges carnivores jamais signalées dans l’Atlantique Sud, ainsi qu’une multitude de crustacés et d’autres invertébrés adaptés à l’obscurité totale.

Les animaux observés partagent plusieurs traits communs :

  • une adaptation à l’absence de lumière, souvent avec des corps translucides ou dépigmentés ;
  • des stratégies de prédation originales, comme les éponges carnivores qui piègent les petites proies ;
  • des formes parfois étranges, liées à la pression extrême et à la rareté de la nourriture.

Les organismes collectés sont confiés aux instituts de recherche argentins, dont le Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET). Les spécialistes vont y analyser l’ADN, l’anatomie et l’écologie de ces espèces, pour confirmer lesquelles sont réellement nouvelles pour la science.

Un direct inédit à 4 000 mètres de profondeur

L’un des aspects marquants de la mission reste l’accès en temps réel offert au grand public. Pour la première fois, un flux vidéo est diffusé depuis près de 4 000 mètres de profondeur dans cette région de l’Atlantique Sud.

Les internautes peuvent suivre les plongées sur la chaîne YouTube de l’institut océanographique et réagir dans un chat en direct. C’est précisément là que sont nés les surnoms « étoile à gros derrière » et « petite patate douce ».

Élément Détail
Lieu Canyon sous-marin de Mar del Plata, au large de l’Argentine
Profondeur maximale Environ 4 000 mètres (13 100 pieds)
Outil principal ROV SuBastian, véhicule téléopéré
Découvertes Plus de 40 espèces jamais observées dans l’Atlantique Sud
Dates des plongées À partir du 23 juillet, avec un direct prévu jusqu’au 10 août

La diffusion permet aux chercheurs de s’appuyer sur une forme de « science participative ». Les réactions des spectateurs, leurs questions et leurs captures d’écran contribuent à la mise en valeur des observations, même si l’identification finale reste l’affaire de spécialistes.

À quoi sert ce type d’expédition pour la science ?

Au-delà du côté spectaculaire, ces plongées profondes répondent à plusieurs enjeux scientifiques et environnementaux. L’Atlantique Sud, et en particulier le large de l’Argentine, demeure largement méconnu sous 1 000 mètres de profondeur. Or ces zones abritent des écosystèmes fragiles, potentiellement menacés par la pêche profonde ou, à terme, par l’exploitation minière des fonds marins.

En décrivant précisément les espèces présentes et leurs habitats, les biologistes peuvent :

  • mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes profonds ;
  • identifier des zones particulièrement sensibles à protéger ;
  • suivre, dans la durée, l’effet du réchauffement et des activités humaines.

Les images à fort impact, comme celle de l’« étoile de mer à gros derrière », jouent aussi un rôle pédagogique. Elles rendent concrètes ces profondeurs autrement abstraites et suscitent l’intérêt du public, condition souvent nécessaire pour faire avancer les politiques de protection.

Et en France, où en sont les recherches sur les grands fonds ?

Pour un lecteur français, ce type d’expédition fait écho aux campagnes menées au large de la métropole et des territoires d’outre-mer, notamment dans l’Atlantique Nord, la Méditerranée ou encore autour de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française.

En France, l’exploration scientifique des grands fonds implique souvent :

  • des navires océanographiques opérés par l’institut de recherche public Ifremer ;
  • des sous-marins habités comme le Nautile ou des ROV proches de SuBastian ;
  • des collaborations avec des universités et des organismes internationaux.

Les enjeux sont comparables à ceux identifiés au large de l’Argentine : description de la biodiversité profonde, suivi des impacts du changement climatique et préparation d’éventuelles décisions politiques sur la protection ou l’exploitation de ces zones. Les scientifiques français insistent régulièrement sur la nécessité de disposer de données robustes avant toute activité industrielle sur les grands fonds.

Ce que cette « étoile à gros derrière » révèle sur les animaux des abysses

Pour un non-spécialiste, l’anatomie des étoiles de mer reste déroutante. Elles n’ont pas de tête, pas de queue, pas d’yeux au sens classique, mais cinq bras (ou plus) disposés autour d’un disque. La symétrie radiale est typique des échinodermes, groupe qui inclut aussi les oursins et les concombres de mer.

Leur digestion fonctionne pourtant de manière complète : un tube digestif traverse le corps, de la bouche à l’anus, comme chez les vertébrés. Simplement, tout est organisé autour du centre plutôt que le long d’un axe avant-arrière. Ce fonctionnement illustre la diversité des solutions développées par la vie pour occuper tous les milieux, y compris les plus extrêmes.

Le concombre de mer violet surnommé « petite patate douce » relève lui aussi d’adaptations profondes : corps mou, parfois gélatineux, pour supporter la pression ; tentacules spécialisés pour filtrer la fine couche de sédiments qui recouvre le fond ; métabolisme ralenti pour économiser l’énergie dans un environnement pauvre en nourriture.

Pour le public, ces formes étranges deviennent plus accessibles grâce à l’humour des surnoms et à la viralité des images. Pour les chercheurs, chaque séquence filmée est une source d’informations sur la façon dont ces organismes vivent, se nourrissent et interagissent à plusieurs kilomètres sous la surface de l’océan.

Questions fréquentes

Combien d'espèces nouvelles ont été découvertes lors de cette expédition ?

Plus de 40 espèces jamais observées dans l'Atlantique Sud ont été filmées et documentées lors de cette mission. Parmi elles figurent 25 espèces de poissons identifiées, des éponges carnivores, des crustacés et d'autres invertébrés.

Pourquoi l'étoile de mer a-t-elle l'air d'avoir un « gros derrière » ?

C'est une illusion créée par plusieurs facteurs : sa position sur une paroi verticale fait pendre son disque central vers le bas, sa silhouette naturellement massive et rebondie accentue l'effet, et la perspective de la caméra renforce cette impression. Les étoiles de mer n'ont pas réellement de fesses.

Quel est l'intérêt scientifique de ces découvertes en eaux profondes ?

Ces zones abritent des écosystèmes fragiles peu connus, potentiellement menacés par la pêche profonde et l'exploitation minière des fonds marins. En décrivant précisément ces espèces et leurs habitats, les biologistes peuvent mieux comprendre et protéger ces milieux extrêmes.

Comment le public peut-il suivre cette expédition ?

Pour la première fois, un flux vidéo en direct est diffusé depuis 4 000 mètres de profondeur sur la chaîne YouTube du Schmidt Ocean Institute. Les internautes peuvent regarder les plongées et réagir en temps réel dans un chat interactif.

Qu'est-ce que le ROV SuBastian ?

C'est un véhicule téléopéré guidé à distance depuis un navire de recherche, capable de filmer en haute définition et d'envoyer les images en direct avec commentaires en temps réel. Il permet aux scientifiques d'explorer les zones inaccessibles aux plongeurs humains.
Défiler vers le haut