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Pendant des heures sans écran, ils inventent leurs jeux : ce réflexe mental s’efface chez les plus jeunes

Grandir dans les années 1960 et 1970 a souvent appris à patienter, bricoler et chercher seul des solutions face aux imprévus.

Ce n’était pas forcément une époque plus facile. Les enfants disposaient de moins de distractions immédiates, de moins de confort et de peu d’intimité. Cette réalité quotidienne aurait pourtant favorisé certaines aptitudes psychologiques aujourd’hui moins sollicitées par les usages numériques : supporter l’ennui, improviser, se repérer et composer avec le bruit des autres.

Quand l’ennui obligeait à inventer

Pour beaucoup d’enfants des années 1960 et 1970, il n’y avait pas d’écran dans la poche pour faire passer dix minutes d’attente. La télévision proposait peu de programmes, les jeux vidéo restaient rares dans les foyers et le téléphone familial ne servait pas à s’isoler dans un fil de contenus sans fin.

L’ennui occupait donc une place bien réelle dans les journées. Il fallait attendre, traîner dehors, regarder par la fenêtre, tourner autour d’une table ou chercher une idée avec ce qui se trouvait à portée de main. Une couverture devenait une cabane. Un carton se changeait en voiture de course. Un bâton suffisait à lancer une aventure dans le jardin ou au pied de l’immeuble.

Supporter un moment vide ne signifie pas ne rien faire : cela laisse au cerveau le temps de fabriquer ses propres idées.

La psychologie s’intéresse depuis longtemps à cette capacité à produire soi-même de l’intérêt. Lorsqu’aucune stimulation ne s’impose, l’enfant peut imaginer un scénario, observer son environnement ou commencer une activité sans consigne. Il exerce ainsi son autonomie mentale.

Les jeunes générations ne manquent pas d’imagination. Elles créent, filment, dessinent et inventent aussi. La différence tient surtout à l’accès permanent à une distraction prête à l’emploi. Au moindre creux, une notification, une vidéo ou une messagerie vient remplir l’espace. À force, l’attente peut devenir plus difficile à tolérer.

Le silence n’est pas une punition

Dans une journée très connectée, le cerveau reçoit une succession rapide de sons, d’images et de sollicitations. Couper ce flux quelques instants peut d’abord provoquer de l’agacement. C’est un réflexe courant : on cherche son téléphone, on consulte une application « juste deux minutes », puis le temps file.

Or, l’ennui modéré peut servir de point de départ. Il ne faut pas le confondre avec l’isolement subi ou une tristesse durable. Il s’agit plutôt de ces moments ordinaires où rien n’est prévu : un trajet, une salle d’attente, une fin d’après-midi pluvieuse. Les personnes habituées à ces temps creux peuvent plus facilement les transformer en lecture, en rêverie ou en activité manuelle.

  • laisser son téléphone dans une autre pièce pendant un quart d’heure ;
  • faire une promenade sans écouteurs ;
  • garder un carnet pour noter une idée ou un souvenir ;
  • proposer aux enfants du matériel simple, sans leur imposer un résultat ;
  • attendre quelques minutes avant d’intervenir lorsqu’ils disent s’ennuyer.

Se débrouiller sans réponse immédiate

Une autre force souvent associée à ces générations est la résolution pratique des problèmes. Sans carte numérique, se tromper de rue obligeait à regarder les panneaux, repérer un clocher, consulter un plan plié dans la boîte à gants ou demander son chemin. Sans moteur de recherche, une question demandait parfois un coup de fil, une encyclopédie ou une discussion avec un voisin.

Cette habitude ne rend pas automatiquement les adultes nés à cette période plus compétents que les autres. Elle a pu, en revanche, entraîner une posture utile : essayer avant de renoncer. Face à un appareil qui ne fonctionne plus, à une recette ratée ou à un déplacement imprévu, le premier geste consiste moins souvent à chercher une réponse instantanée qu’à examiner la situation.

Avant de demander une solution, l’expérience apprend à tester, observer et recommencer.

Les outils numériques restent précieux. Un itinéraire sur téléphone peut rassurer, une recherche permet de gagner du temps et une assistance conversationnelle aide à organiser des informations complexes. Le risque apparaît lorsque l’outil remplace systématiquement l’effort de raisonnement. Savoir utiliser la technologie ne dispense pas de savoir réfléchir sans elle lorsqu’elle tombe en panne.

Grandir au milieu du bruit et des autres

Dans de nombreux foyers des années 1960 et 1970, les chambres partagées étaient fréquentes. Le téléphone se trouvait dans le couloir ou le salon. Les repas réunissaient davantage de monde autour de la même table. Les enfants jouaient dehors avec des voisins d’âges différents, souvent sans surveillance constante.

Cette promiscuité pouvait être fatigante. Elle obligeait aussi à négocier, attendre son tour, faire avec les disputes et poursuivre une tâche dans un environnement imparfait. Certains adultes gardent de cette enfance une aisance particulière dans les bureaux animés, les transports bondés ou les réunions familiales mouvementées.

Une résistance qui a aussi ses limites

Cette capacité à tenir dans le bruit ou à « faire avec » ne doit pas devenir un modèle absolu. Les générations élevées dans une culture de la retenue ont parfois appris à minimiser leur fatigue, leur douleur ou leurs émotions. Endurer n’est pas toujours synonyme d’aller bien.

La vraie transmission peut donc être plus équilibrée. Elle consiste à apprendre aux enfants à patienter et à chercher par eux-mêmes, tout en leur donnant le droit de dire qu’ils sont dépassés. Elle invite aussi les adultes à reconnaître leurs besoins au lieu de tout encaisser.

Faire une place au vide dans la vie quotidienne

Retrouver une part de cette autonomie ne demande pas de renoncer aux outils actuels. Une famille peut instaurer un temps sans écran après le repas, préparer un trajet court sans assistance ou garder quelques jeux non numériques à disposition. Le but n’est pas de rejouer une enfance d’autrefois. Il s’agit de redonner de la valeur à une compétence devenue moins automatique : savoir rester seul avec ses pensées sans considérer cela comme une urgence.

Cette pratique peut aussi renforcer l’attention. Lorsqu’une personne ne passe pas sans cesse d’une sollicitation à l’autre, elle observe mieux ce qui l’entoure et identifie plus facilement ce qu’elle a réellement envie de faire. Une idée ne vient pas toujours en regardant un écran. Elle surgit parfois pendant ces quelques minutes un peu vides que l’on cherchait justement à éviter.

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