Envie de vacances vraiment inoubliables aux États‑Unis, au Royaume‑Uni ou au Pérou ? Ces hôtels prétendent héberger autant de spectres que de clients.
Du Nevada au Colorado, des Highlands écossais aux ruelles pavées de Rye en Angleterre, plusieurs établissements assument pleinement leur réputation d’hôtels hantés. Le site spécialisé Atlas Obscura a dressé une sélection de 12 adresses où les bruits de pas dans le couloir et les portes qui grincent ne sont pas qu’un problème d’isolation.
Dans ces hôtels, le paranormal fait partie du décor au même titre que le bar du lobby ou la vue sur la montagne.
Des fantômes dans le Sud américain : Savannah, Arkansas, Oregon
The Marshall House, Savannah (Géorgie)
Plus ancien hôtel de Savannah, The Marshall House date de 1851. L’établissement a servi d’hôpital de fortune lors d’une épidémie de fièvre jaune au XIXe siècle, puis d’hôpital de l’Union à la fin de la guerre de Sécession. Ce passé médical nourrit sa réputation de lieu hanté.
Les clients signalent régulièrement des bruits d’enfants courant dans les couloirs la nuit, des silhouettes dans les foyers, des poignées de porte qui s’agitent ou des robinets qui s’ouvrent seuls. Beaucoup de circuits de « ghost tours » de Savannah font étape devant l’hôtel, mais les amateurs de frissons peuvent aussi participer à l’apéritif social organisé chaque soir, au milieu des boiseries d’époque.
The 1886 Crescent Hotel & Spa, Eureka Springs (Arkansas)
Niché sur les hauteurs d’Eureka Springs, le Crescent Hotel cumule drames et légendes. Avant même son ouverture en 1886, un tailleur de pierre meurt en chutant du chantier. Au début du XXe siècle, une jeune femme aurait été précipitée d’une fenêtre du dernier étage.
Le lieu devient ensuite la clinique du charlatan Norman Baker, qui prétend « soigner » des patients souffrant de troubles mentaux à l’aide de méthodes inhumaines. Arrêté trop tard, il laisse derrière lui une sombre réputation. Aujourd’hui, beaucoup de visiteurs affirment voir des médecins, des infirmières ou des patients déambuler dans les couloirs.
La chambre 218, où le tailleur de pierre aurait trouvé la mort, est présentée comme le point le plus hanté de l’hôtel. Le personnel organise des visites guidées nocturnes, avec passage obligé par l’ancienne table d’autopsie au sous‑sol, ainsi que des enquêtes de type ESP à minuit pour les plus téméraires.
The Lodge at Hot Lake Springs, La Grande (Oregon)
Ce vaste bâtiment de thermes a connu incendie, abandon et reconversions successives. En 1934, un violent feu détruit la moitié de la structure et met fin à l’activité prospère de la station. Le site sert ensuite d’école d’infirmières, de maison de retraite, de restaurant puis d’asile psychiatrique, avant d’être laissé à l’abandon en 1991.
Pendant une quinzaine d’années, les rumeurs s’accumulent : un jardinier qui se serait suicidé sur place, une infirmière morte dans le lac, d’anciens patients. La réputation du lieu est telle qu’il apparaît en 2001 dans l’émission américaine « The Scariest Places on Earth ».
Racheté en 2003, le bâtiment est transformé en spa et maison d’hôtes, avec bassins d’eau chaude géothermique, bar‑restaurant et petite salle de cinéma. Officiellement, la direction reste discrète sur cet héritage, mais des clients évoquent encore des silhouettes à travers les fenêtres, des cris lointains ou un piano qui se mettrait à jouer tout seul.
Hôtels hantés et légendes de l’Ouest américain
Hotel Alex Johnson, Rapid City (Dakota du Sud)
Construit en 1927 par l’industriel du rail Alex Johnson pour profiter de l’attrait du Mont Rushmore voisin, l’hôtel a accueilli six présidents américains. Alfred Hitchcock et Cary Grant y séjournent pendant le tournage de « La Mort aux trousses ».
Cette adresse historique est surtout connue pour la « Dame en blanc » qui hanterait le huitième étage. Selon la légende, cette jeune mariée se serait suicidée durant sa nuit de noces. Des clients rapportent des fenêtres ouvertes au réveil, des tiroirs déplacés, une présence au pied du lit. L’hôtel propose un « ghost adventure package » comprenant chambre réputée hantée, détecteur de fantômes et crédit au restaurant.
St. James Hotel, Cimarron (Nouveau‑Mexique)
Ouvert en 1872 sur recommandation du président Ulysses S. Grant, le St. James Hotel devient rapidement un repère pour cow‑boys et bandits sur la piste de Santa Fe. Des figures comme Wyatt Earp, Jesse James, Billy the Kid ou Buffalo Bill Cody y auraient fait halte.
À l’époque, on y boit, on y joue, on s’y bat : la question « Qui s’est fait tuer chez Lambert ce week‑end ? » serait devenue courante en ville. Aujourd’hui encore, l’hôtel conserve son allure de saloon du XIXe siècle, avec escalier en bois qui craque, têtes de cerfs et grande cheminée en pierre.
Une chambre reste interdite à la réservation : la n°18. T.J. Wright, propriétaire peu recommandable de l’établissement, y est abattu par un tireur jamais identifié. La légende affirme qu’il continue de veiller jalousement sur la pièce et n’apprécie pas les intrus.
Clown Motel et Mizpah Hotel, Tonopah (Nevada)
Le Clown Motel a fait de la peur des clowns un argument commercial. L’établissement, en bord de route, propose des chambres décorées sur le thème des films d’horreur, tous revisités à la sauce clownesque. Même les chambres « classiques » sont remplies d’illustrations et de statues de clowns.
Juste à côté, le vieux cimetière de Tonopah renforce l’ambiance. Plusieurs personnages locaux y sont enterrés, dont Clarence David, père des fondateurs du motel. Sa collection de 150 statues de clowns constitue le noyau d’une exposition qui dépasserait aujourd’hui les 4 000 pièces. Une émission spécialisée dans le paranormal affirme y avoir filmé la main d’un grand clown bouger seule.
À quelques rues, le Mizpah Hotel, édifié en 1907 au cœur de la ruée vers l’argent, joue une carte plus historique mais tout aussi troublante. Fermé en 2000 puis restauré, il met en avant plusieurs figures fantomatiques : un sénateur américain dont le corps aurait été caché dans une baignoire remplie de glace, et surtout la mystérieuse « Dame en rouge », une prostituée des années 1920 étranglée au cinquième étage.
À la réception, un cahier invite les clients à noter leurs expériences avec ces revenants et à coller leurs photos s’ils pensent avoir capturé quelque chose d’étrange.
Hotel del Coronado, près de San Diego (Californie)
Imposant bâtiment de bois posé au bord du Pacifique, l’Hotel del Coronado revendique le titre de « berceau des vacances à la plage américaines ». Marilyn Monroe, Charlie Chaplin, le président Franklin D. Roosevelt ou encore L. Frank Baum y ont séjourné.
L’hôtel reste connu pour le drame de 1892 : Kate Morgan, 24 ans, y arrive seule et est retrouvée morte quelques jours plus tard sur un escalier extérieur, une balle dans la tête. Le médecin légiste conclut à un suicide. Depuis, son ancienne chambre suscite l’obsession des amateurs de phénomènes inexpliqués.
Clients et employés racontent des courants d’air glacés, des pas dans le couloir, des appareils électriques qui s’allument ou s’éteignent sans raison. Certains jurent avoir aperçu une femme vêtue de noir, d’allure victorienne, arpentant les couloirs ou immobile face à la mer.
The Stanley Hotel, Estes Park (Colorado)
C’est dans la chambre 217 de ce grand hôtel de montagne que Stephen King imagine en 1974 le décor de son roman « Shining ». Il s’inspire directement du bâtiment pour créer l’Overlook Hotel, personnage central de son livre. Dans le roman, la chambre 217 devient un lieu à éviter absolument pour le jeune Danny, doté de dons de clairvoyance.
L’histoire du Stanley est toutefois antérieure à la célébrité littéraire. Le fondateur, Freelan O. Stanley, continuerait à hanter le hall et la salle de billard. Des clients signalent des bruits d’enfants jouant à des heures improbables, des placards qui s’ouvrent seuls, et dans la chambre 407, l’apparition d’un cow‑boy, potentiellement inspiré d’un personnage local surnommé « Rocky Mountain Jim ».
L’hôtel assume pleinement cette image. Les télévisions diffusent en boucle le film de 1980 adapté du roman. Plusieurs visites thématiques sont proposées toute l’année, dont une tournée « Shining », une visite historique centrée sur les fantômes, une programmation spéciale Halloween et une « Frozen Dead Guy tour » autour d’une histoire locale de corps congelé.
Fantômes au Royaume‑Uni et en Amérique latine
The Drovers Inn, Argyll and Bute (Écosse)
Situé au bord du Loch Lomond, ce vieux relais servait autrefois aux gardiens de troupeaux qui descendaient leurs bêtes vers les marchés. Son épaisse pierre, ses poutres apparentes et sa décoration chargée lui donnent un air de décor de film historique.
La légende raconte qu’une famille en quête d’abri se serait égarée dans la neige à proximité et aurait succombé au froid. Elle habiterait désormais la chambre n°2. Plus loin dans le couloir, la chambre n°6 serait occupée par l’esprit d’une fillette noyée dans la rivière derrière l’auberge ; certains clients disent l’avoir vue, trempée, ou avoir senti son poids s’installer à côté d’eux dans le lit.
Un jeune bouvier, Angus, assassiné par un clan rival, errerait lui aussi sur la propriété en poussant des cris de douleur. Après ces éventuelles rencontres, les visiteurs se retrouvent au bar pour une bière, sous les animaux naturalisés et la vieille vaisselle, et certains s’aventurent jusqu’au haggis ou au plat de viande hachée et pommes de terre.
The Mermaid Inn, Rye (Angleterre)
À Rye, dans le Sussex de l’Est, The Mermaid Inn affiche plus de six siècles d’histoire. L’auberge est reconstruite peu après que des assaillants venus de France ont incendié la ville. Les caves, elles, dateraient du XIIe siècle et sont reliées par des tunnels secrets qui auraient servi aux contrebandiers de la célèbre bande de Hawkhurst.
De nombreux habitants estiment que certains de ces contrebandiers continuent à emprunter ces passages, montant parfois jusque dans les 31 chambres. Chacune porte le nom d’une figure importante de la ville ou de la maison. Plusieurs seraient réputées hantées.
Parmi les apparitions, deux escrimeurs du XVIe siècle se battraient sans fin dans la chambre 16, tandis que l’épouse du chef de bande Arthur Gray serait associée à la chambre 17. Les clients qui y dorment rapportent des sensations de présence, des bruits de pas ou des meubles qui semblent avoir bougé pendant la nuit.
Gran Hotel Bolivar, Lima (Pérou)
En plein centre de Lima, le Gran Hotel Bolivar fut longtemps l’adresse la plus chic de la capitale péruvienne. Hommes politiques, artistes, stars de Hollywood et musiciens y séjournent. Les Rolling Stones y passent avant d’être expulsés pour mauvaise conduite ; Ava Gardner y aurait dansé pieds nus dans le bar.
Parmi les autres noms cités, on trouve Charles de Gaulle, Orson Welles ou Ernest Hemingway. Classé monument national en 1972, l’hôtel souffre toutefois de la concurrence de structures plus modernes, et son propriétaire, englué dans des ennuis financiers, quitte le pays.
C’est à cette période que les rumeurs de hantise se multiplient. Des « initiés » affirment que les cinquième et sixième étages ne seraient pas fermés pour des raisons économiques mais parce qu’ils seraient investis par les esprits d’anciens clients ou employés. Même dans les étages encore en service, certains résidents parlent de cafetières, radios ou téléviseurs s’allumant et s’éteignant sans intervention humaine.
Combien coûtent ces nuits avec les fantômes ?
Les tarifs relevés par Atlas Obscura correspondent à des prix d’appel pour une chambre double standard, vérifiés en septembre 2026. Ils varient fortement selon la saison, le mois d’octobre étant le plus cher dans l’ensemble de ces établissements.
Hôtel
Pays / État
Prix de départ indiqué
Visites de fantômes
The Marshall House
États‑Unis (Géorgie)
≈ 221 $/nuit
Oui
1886 Crescent Hotel & Spa
États‑Unis (Arkansas)
≈ 170 $/nuit (+ frais de séjour)
Oui
The Drovers Inn
Royaume‑Uni (Écosse)
≈ 90 £/nuit (petit déjeuner inclus)
À la demande
Hotel Alex Johnson
États‑Unis (Dakota du Sud)
≈ 87 $/nuit (+ frais de destination)
Oui
The Stanley Hotel
États‑Unis (Colorado)
≈ 239 $/nuit (chambres « hantées » dès ≈ 359 $)
Oui
Les établissements britanniques affichent leurs prix en livres sterling. Les montants en dollars pour les hôtels non américains sont des conversions approximatives, sans prise en compte de l’inflation. Les réservations s’effectuent directement auprès des hôtels ou, pour Hot Lake Springs, via une plateforme de locations de vacances.
Et en France, où dormir si l’on cherche des frissons ?
La France ne manque pas de châteaux et de demeures prétendument hantés transformés en chambres d’hôtes ou en hôtels. Même si Atlas Obscura se concentre ici sur des adresses étrangères, la logique reste la même : des lieux chargés d’histoire, souvent marqués par des drames, qui servent de décor à des séjours « paranormaux ».
Sur le territoire français, ces hébergements prennent fréquemment la forme de châteaux médiévaux, de manoirs du XIXe siècle ou d’anciennes auberges sur des routes historiques. Certains organisent des visites nocturnes, des jeux d’enquête ou des soirées thématiques pour attirer un public curieux plutôt que strictement adepte du spiritisme.
Pour un lecteur français, l’organisation est similaire à celle décrite dans les hôtels américains : visites guidées, mises en scène lumineuses ou sonores, récits détaillés des légendes locales. L’équivalent des « ghost tours » est souvent vendu comme une visite contée ou une expérience immersive autour de l’histoire du site.
Comment aborder ce type de séjour sans mauvaise surprise
Pour les amateurs de sensations, ces hôtels offrent une forme de tourisme thématique : le paranormal devient un prétexte pour s’intéresser à l’histoire locale, à l’architecture, aux épisodes parfois violents qui ont marqué une région.
Vérifier le niveau de confort réel : certaines chambres historiques n’ont pas de climatisation ni de télévision.
Regarder les avis récents, non pas sur les fantômes, mais sur la propreté et le service.
Tenir compte de la saison : les prix montent en flèche en octobre, période recherchée pour ce type d’escapade.
S’assurer que l’ambiance conviendra à tout le groupe, surtout si des enfants sont présents.
Un séjour dans un hôtel réputé hanté mêle souvent plusieurs registres : attraction touristique, mémoire d’événements parfois tragiques, et jeu avec la peur. Pour certains voyageurs, ces nuits au milieu des légendes deviennent un moyen de redécouvrir des régions très touristiques, comme la côte californienne ou les Highlands écossais, sous un angle plus sombre mais très scénarisé.
Reste une constante, relevée par Atlas Obscura : que l’on y croise ou non des entités, ces adresses construisent de véritables expériences de récit. On y repart rarement seulement avec des photos de coucher de soleil, mais avec une ou deux histoires à raconter longtemps après le check‑out.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quel est l'hôtel qui a inspiré le film « Shining » ?
L'article mentionne dans son titre que l'un des 12 hôtels a inspiré « Shining », mais n'identifie pas précisément lequel dans le contenu fourni. Il est probable qu'il s'agisse du Estes Park ou d'un établissement du Colorado, mais cette information n'est pas détaillée.
Ces hôtels sont-ils vraiment hantés ou est-ce une stratégie commerciale ?
L'article rapporte des témoignages de clients et employés qui ont signalé des phénomènes paranormaux, mais ne confirme pas scientifiquement l'existence de fantômes. Plusieurs établissements jouent clairement sur cette réputation à titre commercial, en proposant des packages spécialisés et des visites paranormales.
Peut-on réserver une chambre hantée dans ces hôtels ?
Oui, certains hôtels proposent des expériences spéciales : l'Hotel Alex Johnson offre un « ghost adventure package » avec chambre réputée hantée et détecteur de fantômes, tandis que d'autres, comme le St. James Hotel, interdisent simplement l'accès à certaines chambres (la n°18 notamment).
Quels sont les phénomènes paranormaux les plus courants signalés ?
Les clients et employés rapportent régulièrement des bruits de pas, des portes qui grincent, des silhouettes, des fenêtres qui s'ouvrent seules, des robinets qui coulent sans intervention, et même des apparitions de personnages liés à l'histoire tragique de chaque établissement.
Faut-il avoir peur de séjourner dans ces hôtels ?
Ces établissements attirent les amateurs de paranormal et les curieux en quête de sensations fortes, mais ils fonctionnent comme des hôtels ordinaires avec toutes les commodités standards. Le niveau de frayeur dépend surtout de la réceptivité personnelle aux phénomènes surnaturels.