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Des dauphins filmés pour la première fois en train de pêcher avec des coquillages : voici comment ils s’y prennent

Des dauphins filmés pour la première fois en train de pêcher avec des coquillages : voici comment ils s'y prennent

Au large de l’Australie, des chercheurs ont observé une technique de chasse inattendue chez des dauphins, impliquant… de simples coquillages marins.

Dans le Great Sandy Marine Park, au large du Queensland, en Australie, des scientifiques ont réussi à filmer des dauphins utilisant des coquilles de gastéropodes comme de véritables outils de chasse. Cette observation, rapportée par le site spécialisé Oceanographic Magazine, vient confirmer un comportement rare et apporte un nouvel éclairage sur l’intelligence et la culture de ces mammifères marins.

Une scène surprenante dans la baie de Hervey

L’étude s’appuie sur des observations menées dans la région de Hervey Bay, zone réputée pour sa biodiversité marine. Les chercheurs y suivent depuis plusieurs années une population de dauphins vivant dans le Great Sandy Marine Park, une aire marine protégée du Queensland.

Le comportement décrit porte un nom : le « shelling ». Il s’agit d’une stratégie de chasse très particulière. Un dauphin repère un poisson, le pousse jusqu’à l’intérieur d’une grande coquille d’escargot de mer vide, puis saisit cette coquille avec son rostre. Une fois revenu à la surface, l’animal secoue la coquille tête en bas pour faire tomber directement le poisson dans sa bouche.

Le « shelling » consiste pour un dauphin à piéger un poisson dans une grande coquille vide, puis à la secouer hors de l’eau pour avaler sa proie.

Selon Oceanographic Magazine, des opérateurs de sorties touristiques à Hervey Bay disaient observer ce comportement depuis 2013. Faute d’études précises dans la zone, il n’avait toutefois jamais été documenté scientifiquement.

Le premier enregistrement scientifique sur la côte Est australienne

Ce travail constitue la première description publiée de « shelling » chez des dauphins de la côte Est australienne. Jusqu’ici, une seule population était connue pour pratiquer cette forme d’utilisation d’outil : des dauphins vivant à plus de 3 000 kilomètres de là, dans la baie de Shark Bay, en Australie-Occidentale.

L’écart géographique entre Shark Bay et Hervey Bay intrigue les chercheurs. Deux populations éloignées présentent un comportement complexe, alors qu’aucun lien direct évident n’existe entre elles. Cela soulève des questions sur l’origine de ce savoir-faire : s’agit-il d’une invention indépendante, apparue deux fois, ou d’un comportement plus ancien qui aurait été perdu dans d’autres groupes ?

La scène décisive a été observée lors d’une sortie scientifique en mer. L’équipe se trouvait sur un bateau de recherche quand un dauphin a émergé, portant un objet imposant au bout du rostre.

« Nous étions sur un bateau de recherche au large de Hervey Bay lorsque nous avons vu un dauphin lever quelque chose de volumineux hors de l’eau », raconte la Dr Alexis Levengood, spécialiste du comportement animal et autrice principale de l’étude. « J’ai commencé à crier parce que je sais à quoi ressemble le shelling. »

Un comportement transmis de la mère au petit

L’enjeu dépasse la simple description d’une astuce de chasse. En octobre 2025, les chercheurs ont obtenu des images considérées comme la première preuve potentielle d’une transmission sociale maternelle pour ce comportement. Un jeune dauphin y semble apprendre la technique en observant sa mère.

Jusqu’ici, la communauté scientifique pensait que le « shelling » se transmettait surtout entre dauphins de même génération. On parlait alors d’apprentissage vertical ou horizontal dans le réseau social, c’est-à-dire l’acquisition d’un comportement en regardant des congénères, plus que par une instruction directe de la mère.

Les nouvelles images suggèrent qu’un jeune dauphin peut apprendre à utiliser un coquillage en observant sa mère chasser, et non uniquement des congénères.

« Nos images remettent en cause l’idée que les dauphins apprennent strictement cet outil auprès de leurs pairs », explique la Dr Levengood, citée par Oceanographic Magazine. Selon elle, ces résultats « montrent à quel point les dauphins sont intelligents, ingénieux et innovants ».

Les dauphins, virtuoses de l’outil sous-marin

Les cétacés étaient déjà connus pour leur capacité à s’adapter grâce à l’usage d’outils. L’un des exemples les plus célèbres vient encore d’Australie, mais de l’ouest du pays.

Dans cette région, certains dauphins portent des éponges en forme de bol sur leur rostre. Ce « gant » naturel leur sert d’armure protectrice pour fouiller les fonds marins jonchés de débris, coraux et roches coupantes. L’éponge amortit les chocs et évite les blessures, ce qui leur permet de chercher des proies dans des zones où d’autres individus ne s’aventureraient pas.

Le « shelling » observé dans le Queensland enrichit encore ce tableau. Il suggère que l’utilisation d’objets extérieurs – coquilles, éponges, voire d’autres matériaux – pourrait être bien plus répandue chez les dauphins qu’on ne le pensait, en particulier dans les populations peu étudiées.

Que révèle ce comportement sur leur intelligence ?

Pour un lecteur, piéger un poisson dans une coquille peut paraître simple. Pour un animal, cette séquence demande pourtant plusieurs compétences :

  • repérer une coquille vide de taille suffisante ;
  • diriger un poisson à l’intérieur de cette coquille ;
  • manipuler l’objet jusqu’à la surface sans le perdre ;
  • adapter les mouvements pour faire tomber la proie dans la bouche.

Cette approche laisse penser que les dauphins sont capables de planifier une action, d’utiliser l’environnement à leur avantage et de transmettre ce savoir. Des caractéristiques souvent rapprochées de formes de culture animale.

Un comportement potentiellement répandu dans d’autres mers

Les chercheurs cités par Oceanographic Magazine estiment que cette découverte pourrait n’être que la partie émergée de l’iceberg. Si le « shelling » a été mis en évidence dans deux régions australiennes éloignées, des stratégies similaires pourraient exister dans d’autres populations non étudiées à travers le globe.

Le cas du Queensland laisse penser que des comportements sophistiqués passent encore inaperçus dans des zones marines moins suivies par la recherche.

La Dr Levengood souligne que des travaux complémentaires sont nécessaires pour cerner l’ampleur du phénomène. Les scientifiques veulent notamment :

  • mesurer la fréquence du « shelling » dans la population étudiée ;
  • identifier les individus qui le pratiquent et suivre leurs petits ;
  • comparer cette technique à celle de Shark Bay afin de repérer des similitudes ou des variantes ;
  • analyser les conditions écologiques qui favorisent l’émergence de ce comportement.
  • L’objectif est de comprendre si cette pratique résulte d’une adaptation locale à l’abondance de coquilles et à un type particulier de proies, ou si elle révèle une capacité plus générale des dauphins à inventer des stratégies de chasse innovantes.

    Que sait-on des dauphins qui fréquentent les eaux françaises ?

    En France, plusieurs espèces de dauphins fréquentent les côtes métropolitaines, notamment en Atlantique, en Manche et en Méditerranée. On y observe régulièrement des comportements complexes, comme la chasse coordonnée en groupe, où plusieurs individus rassemblent les poissons en bancs compacts pour les capturer plus facilement.

    Les scientifiques français, notamment ceux de l’Office français de la biodiversité et de plusieurs observatoires régionaux, suivent ces populations via des campagnes d’observation en mer et des programmes de recensement. Les études décrivent des techniques de chasse sophistiquées, mais l’usage d’outils tels que coquilles ou éponges n’a pas été documenté chez les dauphins présents au large des côtes françaises.

    La comparaison avec l’Australie se heurte aussi à des différences d’écosystèmes. Les grandes coquilles d’escargots de mer utilisées pour le « shelling » ne sont pas présentes partout. Les ressources disponibles, la profondeur de l’eau, la pression de pêche et le trafic maritime influencent aussi le comportement des dauphins.

    Les travaux menés en Australie intéressent toutefois les chercheurs français. Ils montrent que certaines pratiques peuvent passer inaperçues pendant des années, malgré la présence de bateaux, de pêcheurs ou de plaisanciers. Ce constat renforce l’intérêt des programmes d’observation à long terme et de la collaboration avec les acteurs locaux, comme cela a été le cas à Hervey Bay avec les opérateurs touristiques.

    Vers une meilleure compréhension des « cultures » chez les cétacés

    La notion de « transmission culturelle » chez les animaux repose sur une idée simple : certains comportements ne sont pas innés, mais appris socialement et transmis au fil des générations. Chez les dauphins comme chez les baleines, plusieurs travaux ont déjà mis en évidence ce type de dynamique.

    Le « shelling » filmé dans le Queensland s’inscrit dans cette approche. Il apporte un cas concret où une mère semble jouer un rôle clé dans l’apprentissage d’un outil, plutôt qu’un simple effet d’imitation entre individus d’un même groupe.

    Comportement Espèce concernée Rôle de la transmission
    Usage de coquilles (« shelling ») Dauphins côtiers d’Australie Apprentissage observé entre mère et petit
    Port d’éponges sur le rostre Dauphins de Shark Bay Transmission sociale au sein de certains groupes

    Pour les biologistes, ces observations aident à mieux saisir l’évolution de ces comportements. Elles posent aussi des questions sur leur fragilité. Si un groupe perd une partie de ses femelles expérimentées, certaines techniques de chasse risquent de disparaître avec elles.

    Un enjeu aussi pour la protection des dauphins

    Comprendre ces comportements a enfin une dimension très concrète pour la conservation. Si l’on considère que des populations de dauphins développent des « traditions » locales – comme le « shelling » à Hervey Bay –, la protection de ces groupes ne se limite pas à préserver des individus. Elle consiste aussi à maintenir tout un patrimoine comportemental façonné au fil du temps.

    La découverte rapportée par Oceanographic Magazine montre que de simples coquilles peuvent révéler des années d’évolution sociale chez les dauphins. Pour les gestionnaires d’aires marines protégées, en Australie comme en France, ces résultats rappellent qu’un habitat riche et peu perturbé laisse la place à l’expression de comportements sophistiqués, encore loin d’être tous connus.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que le « shelling » chez les dauphins ?

    Le shelling est une technique de chasse où un dauphin repère un poisson, le pousse dans une grande coquille d'escargot de mer vide, puis saisit la coquille avec son rostre. Une fois à la surface, il la secoue tête en bas pour faire tomber le poisson directement dans sa bouche.

    Où cette technique a-t-elle été observée pour la première fois scientifiquement ?

    Cette technique a été documentée pour la première fois scientifiquement dans le Great Sandy Marine Park, en Australie, dans la région de Hervey Bay au Queensland. Bien que des opérateurs touristiques l'observaient depuis 2013, aucune étude scientifique précise n'en avait jamais confirmé l'existence.

    Y avait-il des populations de dauphins connues pour pratiquer le shelling avant ?

    Oui, une population de dauphins vivant à Shark Bay, en Australie-Occidentale, à plus de 3 000 kilomètres de Hervey Bay, était déjà connue pour pratiquer le shelling. Cette découverte d'une deuxième population intrigue les chercheurs quant à l'origine indépendante ou ancienne de ce comportement.

    Qu'est-ce que l'étude révèle sur la façon dont les dauphins apprennent cette technique ?

    En octobre 2025, les chercheurs ont obtenu les premières images montrant qu'un jeune dauphin apprenait le shelling en observant sa mère, remettant en question la théorie selon laquelle ce comportement se transmettait uniquement entre congénères de même génération.

    Quels autres outils les dauphins sont-ils connus pour utiliser ?

    Dans la baie de Shark Bay, certains dauphins portent des éponges en forme de bol sur leur rostre pour se protéger lors de la fouille des fonds marins jonchés de débris, coraux et roches coupantes, évitant ainsi les blessures.
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