Une vaste enquête menée aux États-Unis montre qu’une partie des célibataires assume pleinement son choix de vivre seule, loin des clichés sur la solitude subie.
Réalisée par le Kinsey Institute pour la 15e édition de l’étude « Singles in America », et relayée par cette institution universitaire américaine, cette enquête dresse un portrait étonnamment serein du célibat aux États-Unis. Loin du scénario du cœur esseulé qui attend son « âme sœur », de nombreux Américains décrivent une vie en solo choisie, organisée et parfois préférée à la vie de couple.
Une étude nationale sur près de 5 000 célibataires américains
L’enquête a été menée auprès de 4 952 adultes célibataires, âgés de 18 à 93 ans, vivant partout aux États-Unis. Tous ont en commun de ne pas être mariés, ni en couple engagé, ni en concubinage.
Les chercheurs du Kinsey Institute, basé à l’université de l’Indiana, ont interrogé ces participants entre mars et avril 2026, au moyen d’un questionnaire en ligne de plus de 100 questions. L’objectif : comprendre comment ils datent, ce qu’ils recherchent (ou non) dans une relation, et ce qu’ils pensent du couple et du célibat.
51,2 % des répondants sont des hommes
47,9 % sont des femmes, une petite part se déclarant non-binaire
La majorité se définit comme hétérosexuelle, une minorité comme homosexuelle ou bisexuelle
Les revenus vont de moins de 15 000 dollars par an à plus de 150 000 dollars
Sur le plan ethnique, environ deux tiers des participants se déclarent blancs, un peu moins d’un quart noirs ou afro-américains, et près d’un dixième hispaniques ou latinos. L’étude se veut représentative de la diversité des célibataires américains.
Près d’un célibataire sur deux n’a eu aucun rendez-vous l’an dernier
Un chiffre frappe d’abord par son ampleur : 48 % des répondants n’ont eu aucun rendez-vous en face à face au cours des douze derniers mois. Le reste du panel se répartit entre ceux qui ont eu un, deux, voire plusieurs rendez-vous, mais les grands « abstinents » du rencard sont très nombreux.
Malgré l’absence de rendez-vous, plus d’un célibataire sur deux dit se sentir aujourd’hui plus heureux que dans sa dernière relation.
Interrogés sur leur niveau de bien-être par rapport à leur précédente histoire amoureuse, 52,4 % déclarent se sentir mieux depuis qu’ils sont célibataires. Parmi eux, 29 % parlent d’une nette amélioration, 23,4 % d’un léger mieux. Seuls 4,8 % jugent leur situation actuelle « bien pire » qu’avant.
Les réponses sur la confiance en soi et le stress vont dans le même sens : la moitié environ des sondés dit avoir gagné en assurance depuis sa séparation, et 54,5 % affirment se sentir moins stressés en vivant seuls.
Le test du « partenaire parfait » : un quart choisit malgré tout de rester seul
C’est l’un des volets les plus surprenants de cette étude américaine. Les chercheurs ont proposé un scénario hypothétique : « Si votre partenaire idéal apparaissait demain, que feriez-vous ? »
Le résultat est loin de l’image romantique classique :
45,7 % accepteraient tout de suite de sortir avec cette personne « parfaite »
Un célibataire sur quatre refuserait même une rencontre avec son « partenaire idéal », par choix délibéré de rester seul.
Le motif principal, tel qu’il apparaît en creux dans l’ensemble de l’étude, n’est ni la peur de s’engager, ni un agenda surchargé, ni l’absence d’opportunités. Il s’agit plutôt d’une vraie préférence pour la liberté, l’autonomie et une vie organisée selon ses propres règles.
Paradoxalement, 60,9 % des répondants approuvent pourtant l’affirmation : « Il m’arrive de souhaiter ne pas avoir à être aussi indépendant tout le temps. » Autrement dit, l’indépendance est appréciée, mais elle peut aussi peser. Ce tiraillement structure une grande partie des réponses.
Le célibat choisi, loin de l’image de « salle d’attente » avant le couple
Les réponses sur les intentions amoureuses actuelles confirment cette tendance à assumer la vie en solo :
Seuls 16,3 % des célibataires se disent en recherche active d’une relation engagée
44,7 % ne cherchent pas, mais restent ouverts « si la bonne personne se présente »
À cela s’ajoute le fait que 32,7 % des participants déclarent être célibataires depuis au moins cinq ans. Et 10,5 % indiquent n’avoir jamais eu de partenaire romantique de leur vie.
Pour beaucoup d’Américains interrogés, le célibat n’est pas une étape transitoire, mais une manière de vivre à part entière.
Les auteurs de l’étude y voient ce qu’ils appellent un « solo living » délibéré : un mode de vie choisi, avec ses routines, ses avantages et ses garde-fous, plutôt qu’un temps mort en attendant « mieux ».
Des croyances romantiques très fortes… malgré des comportements prudents
Cette montée du célibat assumé ne signifie pas la fin des grands récits amoureux. Les croyances romantiques restent largement partagées dans l’échantillon interrogé par le Kinsey Institute.
Les chiffres le montrent :
75,6 % des répondants pensent que l’amour romantique peut durer toute une vie
62,1 % croient au coup de foudre
73,6 % croient au destin ou à des relations « faites pour être »
46,8 % disent avoir déjà vécu un coup de foudre personnellement
Autre élément : environ un tiers des célibataires (34,1 %) admet tenir une sorte de « liste mentale » des qualités recherchées chez un partenaire de long terme. Mais 45,9 % déclarent être déjà tombés amoureux de quelqu’un qui ne cochait pas la plupart des cases.
Les célibataires se montrent sélectifs et attachés à leurs critères… tout en reconnaissant que leurs coups de cœur réels déjouent souvent leurs propres listes.
À l’inverse, certains comportements repoussoirs sont très clairement identifiés. Sur un rendez-vous, regarder trop souvent son téléphone arrive en tête des « tue-l’amour » cités (38,6 %), devant le fait de parler de ses ex (37 %) et de trop chercher à impressionner (16,9 %).
Comment cette tendance résonne-t-elle en France ?
La situation française n’est pas identique à celle observée aux États-Unis, mais plusieurs dynamiques se rapprochent. Les données de l’Insee montrent depuis des années une hausse du nombre de personnes vivant seules, en particulier dans les grandes villes. Les formes de couple se diversifient : colocation, couples non cohabitants, familles recomposées, célibat de longue durée.
Comme aux États-Unis, le célibat prolongé n’est plus systématiquement perçu comme un échec. En France, les débats sur la charge mentale, l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle ou l’égalité dans le couple nourrissent aussi l’idée que la vie à deux n’est pas forcément la solution idéale, notamment pour certaines femmes.
Les organismes français de statistique et de recherche, comme l’Ined ou l’Insee, décrivent régulièrement une montée de l’« autonomie résidentielle » : partir plus tôt du domicile parental, vivre seul plus longtemps, se remettre en couple plus tard. Le phénomène rejoint, par certains aspects, ce « solo living » décrit par le Kinsey Institute.
La grande différence tient à la culture du rendez-vous amoureux : aux États-Unis, le « date » formel occupe une place centrale dans la vie sociale et amoureuse. En France, la frontière est parfois plus floue entre simple sortie, rencontre amicale et début de relation, ce qui rend les comparaisons chiffrées plus délicates.
Un marché de la rencontre qui finance la recherche
L’étude « Singles in America » est financée depuis ses débuts par Match, groupe spécialisé dans les sites et applications de rencontres. Le Kinsey Institute, lui, réalise la collecte et l’analyse des données, tout en soulignant ce lien financier dans ses notes méthodologiques.
Le financement par un acteur majeur de la rencontre en ligne rappelle que ces données intéressent directement une industrie dont l’activité dépend de la vie amoureuse des célibataires.
Les auteurs du rapport invitent les lecteurs à garder ce contexte en tête. Comme toute enquête par questionnaire auto-déclaratif, les réponses reflètent ce que les participants disent d’eux-mêmes, et non des comportements constatés par observation extérieure.
Célibat heureux : ce que cela change concrètement au quotidien
Pour un lecteur français, cette étude éclaire un mouvement de fond déjà perceptible : la normalisation du célibat durable. Aux États-Unis comme en France, vivre seul peut permettre :
d’organiser son emploi du temps sans négociation quotidienne
de gérer son budget selon ses priorités personnelles
de préserver un espace intime fort, y compris lorsque l’on fréquente quelqu’un
de se concentrer sur sa carrière ou ses projets sans arbitrer en permanence avec la vie de couple
Cette autonomie a un revers possible : la tentation de se sur-responsabiliser et de ne « compter que sur soi », ce que traduit bien la phrase approuvée par plus de 60 % des sondés américains, disant qu’ils aimeraient parfois ne pas être « aussi indépendants ». L’équilibre entre liberté et soutien affectif reste fragile, surtout en cas de coup dur professionnel, de maladie ou de difficultés financières.
Enfin, l’étude rappelle un point souvent oublié : beaucoup de célibataires n’attendent pas passivement qu’un couple vienne « compléter » leur vie. Ils construisent d’autres formes de liens – amitiés fortes, réseaux professionnels, engagements associatifs – qui tiennent une place équivalente, voire supérieure, à celle qu’occuperait un partenaire romantique. Pour partie d’entre eux, cette organisation vaut au point qu’ils préféreraient la conserver… même face au partenaire « idéal » imaginé par les chercheurs du Kinsey Institute.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi un quart des célibataires refuse le partenaire idéal ?
Selon l'étude, le motif principal n'est ni la peur de s'engager, ni le manque de temps, mais une véritable préférence pour la liberté, l'autonomie et une vie organisée selon ses propres règles. Beaucoup considèrent le célibat comme un choix délibéré et non comme une étape transitoire.
Combien de célibataires américains n'ont eu aucun rendez-vous en un an ?
48 % des répondants n'ont eu aucun rendez-vous en face à face au cours des douze derniers mois, malgré une certaine ouverture au changement.
Les célibataires sont-ils vraiment plus heureux que dans le couple ?
Selon l'étude, 52,4 % des répondants se sentent mieux depuis qu'ils sont célibataires, dont 29 % parlent d'une nette amélioration. Parallèlement, 54,5 % affirment se sentir moins stressés en vivant seuls et environ la moitié a gagné en assurance depuis sa séparation.
Cette tendance existe-t-elle aussi en France ?
Les données de l'INSEE montrent une hausse similaire du nombre de personnes vivant seules, notamment dans les grandes villes. Le célibat prolongé n'est plus systématiquement perçu comme un échec, et les débats sur l'équilibre vie professionnelle-personnelle et l'égalité dans le couple renforcent cette acceptation.
Que pensent réellement les célibataires de l'amour romantique ?
Paradoxalement, les croyances romantiques restent fortes : 75,6 % pensent que l'amour peut durer toute une vie, 62,1 % croient au coup de foudre et 73,6 % au destin. Cependant, 45,9 % reconnaissent être tombés amoureux de quelqu'un qui ne correspondait pas à leurs critères.