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Des archéologues retrouvent une épave vieille de 300 ans dans ce qui fut l’un des repaires de pirates les plus redoutés de la planète

Épave sous-marine du Nossa Senhora do Cabo avec débris dispersés sur le fond marin, pièces d'or et artefacts historiques du XVIIIe siècle visibles parmi les sédiments.

Au large de Madagascar, une longue enquête sous-marine remet en lumière une attaque de pirates survenue au début du XVIIIe siècle.

Publié le 17 juillet 2025, le récit du magazine américain Smithsonian Magazine retrace l’identification probable d’un navire de guerre portugais, coulé près de l’île de Nosy Boraha, sur la côte est de Madagascar. Les chercheurs y ont déjà remonté des milliers d’objets, témoins d’un épisode violent de la piraterie dans l’océan Indien.

Un navire chargé de trésors venu d’Inde

Le bâtiment se nommait Nossa Senhora do Cabo, un nom qui signifie « Notre-Dame du Cap ». Il avait quitté Goa, alors colonie portugaise située en Inde, au début de l’année 1721. Sa destination était Lisbonne.

Le navire transportait une cargaison particulièrement précieuse : des lingots d’or et d’argent, des textiles, des bijoux ainsi que des objets religieux. Selon l’estimation citée par Smithsonian Magazine, l’ensemble aurait aujourd’hui une valeur d’environ 138 millions de dollars.

Le voyage comptait aussi plusieurs passagers de haut rang. Le vice-roi portugais sortant et l’archevêque de Goa étaient à bord. Environ 200 personnes réduites en esclavage, venues du Mozambique, se trouvaient également sur le navire.

Le sort des personnes réduites en esclavage et celui de l’archevêque de Goa restent inconnus après l’attaque.

Cette présence rappelle que les grandes routes commerciales de l’océan Indien transportaient des marchandises, des représentants du pouvoir colonial et des êtres humains victimes de la traite. L’épave ne raconte donc pas seulement une histoire de trésor perdu : elle documente aussi les violences de cette période.

L’attaque qui a condamné le navire

Le 8 avril 1721, le navire portugais mouillait près de l’île de La Réunion lorsqu’il a été encerclé par des pirates. L’équipage ne disposait plus de moyens suffisants pour résister.

Peu avant l’assaut, une tempête avait durement endommagé le bâtiment. Pour éviter qu’il ne sombre, les marins avaient dû jeter une partie des canons à la mer. Privé de son armement, le navire de 700 tonnes est devenu une cible vulnérable.

Parmi les assaillants figuraient Olivier Levasseur, pirate français surnommé « La Buse », et John Taylor. Après s’être emparés du navire, ils l’ont conduit sur plusieurs centaines de kilomètres vers l’ouest, jusqu’à l’île Sainte-Marie, aujourd’hui appelée Nosy Boraha.

Les chercheurs décrivent cet épisode dans la revue spécialisée Wreckwatch comme l’un des faits les plus marquants de l’âge d’or de la piraterie. Une fois le butin retiré, les pirates auraient volontairement coulé le navire pour effacer les traces de leur opération.

  • Le navire avait quitté Goa au début de 1721.
  • L’attaque s’est produite le 8 avril 1721 près de La Réunion.
  • Les pirates ont déplacé le bâtiment vers Nosy Boraha.
  • Le vice-roi portugais a été libéré contre une rançon de 2 000 dollars.

Plus de 3 300 objets remontés du fond marin

L’équipe du Centre pour la préservation des épaves historiques, installé dans le Massachusetts, travaille depuis plus de dix ans dans les eaux entourant Nosy Boraha. Elle a confronté les archives, les dimensions de la coque et les objets recueillis afin d’établir l’identité de l’épave.

Les archéologues ont récupéré plus de 3 300 artefacts. Parmi eux figurent des pièces d’or portant des inscriptions arabes, des fragments de porcelaine, des figurines religieuses et des morceaux de poterie.

Ils ont aussi mis au jour une plaque d’ivoire ornée de lettres dorées formant l’inscription « INRI ». Cet objet constituait vraisemblablement un élément religieux, cohérent avec la présence d’un archevêque et d’une cargaison comprenant des objets de culte.

Les objets retrouvés prouvent que les pirates n’avaient pas emporté l’intégralité de la cargaison.

Une épave ne livre pas toujours ses informations d’un seul coup. Les objets peuvent se disperser lors du naufrage, être recouverts par les courants ou enfouis sous les sédiments. Dans ce cas précis, le sable et la vase recouvrent désormais l’essentiel du site, ce qui pourrait limiter de nouvelles récupérations.

Pourquoi Nosy Boraha attirait les pirates

Au début du XVIIIe siècle, l’île Sainte-Marie occupait une position stratégique sur les routes maritimes de l’océan Indien. Ses baies naturelles pouvaient abriter des navires. Sa proximité avec les voies commerciales fréquentées par les bâtiments européens en faisait un point d’observation idéal pour les équipages pirates.

La faiblesse du contrôle politique local renforçait encore son intérêt. Les chercheurs cités dans Wreckwatch décrivent la zone comme un repaire où les commerçants légaux n’osaient pas s’aventurer. Les pirates pouvaient y réparer leurs bateaux, répartir leurs prises et échapper plus facilement aux autorités.

Au moins quatre autres épaves de navires pillés par des pirates reposeraient près de Nosy Boraha. Elles pourraient fournir de nouveaux éléments sur les réseaux maritimes, les cargaisons et la circulation des richesses entre l’Afrique, l’Inde et l’Europe à cette époque.

En France, le patrimoine archéologique sous-marin est protégé

La France possède elle aussi un important patrimoine englouti, en mer comme dans les fleuves et les lacs. L’organisme compétent est le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, rattaché au ministère de la Culture. Il coordonne les recherches, veille à la protection des sites et intervient dans la gestion du patrimoine culturel maritime.

Pour les archéologues, une épave ne se limite pas à un ensemble d’objets de valeur. Sa position, l’état de sa coque, la répartition des vestiges et les couches de sédiments apportent des informations précieuses. Retirer un objet sans étude préalable peut faire perdre une partie de son histoire.

Les recherches autour de Nosy Boraha illustrent cette méthode : les spécialistes n’ont pas fondé leur identification sur les seules pièces d’or ou la porcelaine. Ils ont croisé les archives historiques avec la forme du navire et le contexte exact des découvertes. C’est cet ensemble d’indices qui relie aujourd’hui l’épave au destin tragique du Nossa Senhora do Cabo.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Nossa Senhora do Cabo?

C'était un navire de guerre portugais de 700 tonnes qui quitta Goa en 1721 pour Lisbonne. Il transportait une cargaison exceptionnelle estimée à 138 millions de dollars, comprenant de l'or, de l'argent, des textiles et des objets religieux.

Qui a attaqué ce navire?

Le 8 avril 1721, le navire a été attaqué par des pirates dirigés par Olivier Levasseur, surnommé « La Buse », et John Taylor, près de l'île de La Réunion. Ils ont ensuite transporté le navire à Nosy Boraha.

Pourquoi Nosy Boraha était-elle importante pour les pirates?

L'île occupait une position stratégique avec des baies naturelles pour abriter les navires, une proximité avec les routes commerciales européennes et un faible contrôle politique local, ce qui en faisait un repaire idéal pour les équipages pirates.

Combien d'objets ont été retrouvés dans l'épave?

Plus de 3 300 artefacts ont été remontés du fond marin, incluant des pièces d'or avec inscriptions arabes, de la porcelaine, des figurines religieuses, de la poterie et une plaque d'ivoire avec l'inscription « INRI ».

Comment les archéologues ont-ils identifié l'épave?

L'équipe du Centre pour la préservation des épaves historiques a croisé les archives historiques, les dimensions de la coque et les objets recueillis pour établir l'identité du navire, sans se fier uniquement aux pièces d'or ou à la porcelaine.
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