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Rafael Antonín, cuisinier de 70 ans, regrette l’évolution d’un marché de Barcelone : « Il faut retrouver l’esprit des commerçants »

Étal de marché couvert avec fruits et légumes frais exposés, clients en arrière-plan discutant avec des vendeurs sous l'éclairage artificiel d'une halle traditionnelle.

À Barcelone, un cuisinier très suivi sur les réseaux sociaux alerte sur la transformation d’un marché historique, désormais largement tourné vers les visiteurs.

Pour Rafael Antonín, faire ses courses au marché ne se limite pas à remplir un sac. C’est un rituel du matin, fait de discussions, d’odeurs, de produits de saison et de conseils donnés au comptoir. À 70 ans, celui que le public connaît sous un surnom sur les réseaux sociaux défend une vision directe et populaire de la cuisine. Il s’inquiète surtout du virage pris par le célèbre marché couvert situé sur la Rambla, à Barcelone.

Un marché devenu difficile à reconnaître

Le cuisinier garde le souvenir d’un lieu où les habitants venaient chercher du poisson frais, des légumes, de la viande ou des fruits mûrs. Selon lui, l’atmosphère a changé au fil des années. La fréquentation touristique a pris une place considérable et l’offre alimentaire s’est adaptée à ce nouveau public.

Pour Rafael Antonín, un marché vivant repose d’abord sur les produits bruts, les échanges avec les vendeurs et le retour régulier des clients.

Son reproche vise notamment la multiplication des préparations prêtes à manger, des stands conçus pour une consommation rapide et des produits frits. Il juge que cette évolution a éloigné le lieu de sa fonction première : nourrir les habitants du quartier et les Barcelonais qui souhaitent cuisiner chez eux.

Il critique aussi l’entretien général du site. À ses yeux, les responsables auraient dû engager une transformation plus tôt, avant que l’identité du marché ne s’efface progressivement. Le constat est sévère, mais il intervient alors que la municipalité prévoit justement un vaste chantier de rénovation.

Plus de 12 millions d’euros pour changer de cap

La ville de Barcelone a annoncé une enveloppe supérieure à 12 millions d’euros afin de moderniser l’établissement. Le projet concerne les sanitaires, l’éclairage, les installations techniques, les accès et la couverture du bâtiment. L’objectif affiché ne se limite pas à remettre les infrastructures en état.

La municipalité veut aussi rééquilibrer l’offre commerciale. Les produits préparés principalement destinés aux visiteurs devraient être davantage encadrés. Les activités liées à l’alimentation fraîche, aux étals traditionnels et aux achats du quotidien doivent retrouver une place plus visible.

  • Rénover des équipements vieillissants et améliorer le confort des usagers ;
  • Faciliter les déplacements à l’intérieur du marché ;
  • Préserver l’activité des commerçants spécialisés ;
  • Réduire le poids des offres pensées uniquement pour les visiteurs de passage ;
  • Redonner envie aux habitants de venir acheter des produits frais.

Le défi est considérable. En 2025, ce marché a accueilli 22,7 millions de personnes. Durant les six premiers mois de 2026, il a enregistré environ 11 millions de visiteurs. Les travaux menés sur la Rambla ont compliqué les accès et provoqué un recul de la fréquentation, sans faire disparaître la pression touristique.

Le marché, un lieu où l’on apprend à cuisiner

Rafael Antonín insiste sur ce que l’on perd quand la relation avec le commerçant disparaît. Pour lui, un vendeur ne se contente pas de peser des fruits ou de couper un morceau de viande. Il peut conseiller une cuisson, signaler l’arrivée d’un produit de saison ou proposer une solution lorsqu’un aliment risque d’être perdu.

Il raconte avoir voulu préparer des confitures de pêche et de figue. Un commerçant lui a alors donné plusieurs cagettes de fruits très mûrs, invendables en l’état mais encore parfaitement adaptés à une cuisson longue. Le cuisinier a pu réaliser ses conserves au lieu de voir ces produits jetés.

Cette forme de solidarité alimentaire réduit le gaspillage et crée un lien que les grandes surfaces reproduisent rarement.

La confiture est un bon exemple de cuisine anti-gaspillage. Des fruits trop souples peuvent convenir, à condition d’écarter ceux qui présentent de la moisissure ou une odeur anormale. Une cuisson avec du sucre et du citron permet de prolonger leur conservation. Les figues, les pêches, les abricots ou les prunes se prêtent particulièrement bien à cet usage.

Pourquoi les produits bruts comptent autant

Le cuisinier se montre aussi critique envers certains repas très sophistiqués, composés de nombreuses petites assiettes et de présentations parfois difficiles à comprendre. Sa préférence va à une cuisine lisible : acheter un ingrédient de qualité, le respecter et le cuire avec précision.

Cette approche ne signifie pas qu’il faut renoncer à la créativité. Elle impose plutôt de partir d’un bon produit. Un poisson frais réclame souvent peu d’artifices. Un légume de saison peut gagner en saveur avec une cuisson courte, un peu d’huile d’olive et une pointe de sel. Une tomate mûre n’a pas besoin d’être masquée par une longue liste d’ingrédients.

Les quatre détails qui font revenir les clients

Lorsqu’il parle de restauration, Rafael Antonín avance une règle simple : le but n’est pas seulement de remplir une salle une fois, mais de donner envie aux gens de revenir. Il ne cite pas des techniques compliquées. Il évoque quatre repères très concrets.

  • Servir un café soigné ;
  • Choisir une bonne huile ;
  • Ne jamais négliger le pain ;
  • Maintenir des sanitaires irréprochables.
  • Le pain occupe une place centrale dans son raisonnement. Dans un sandwich, il représente la majeure partie de ce que le client mange. Un bon jambon ou un fromage de qualité ne suffisent pas si le pain est sec, trop dense ou sans goût. Le même principe vaut pour le café : il clôt souvent un repas et laisse une dernière impression durable.

    Une cuisine populaire, sans mise en scène inutile

    Son plat de prédilection illustre cette philosophie : des œufs au plat accompagnés de pommes de terre frites. Un repas modeste, mais exigeant sur les détails. Les œufs doivent être frais, l’huile bien maîtrisée et les pommes de terre correctement choisies. Une variété farineuse donnera un intérieur fondant, tandis qu’une huile trop froide les rendra grasses et molles.

    À Barcelone comme ailleurs, la rénovation des marchés soulève une question concrète : comment accueillir les visiteurs sans chasser les habitudes des habitants ? Pour Rafael Antonín, la réponse passe par des étals utiles, des commerçants reconnus et une cuisine qui ne fait pas oublier l’origine des produits.

    Questions fréquentes

    Quel est le problème du marché de la Rambla selon Rafael Antonín ?

    Le marché s'est transformé en destination touristique avec une majorité de stands de consommation rapide et de produits préparés, éloignant les habitants qui souhaitent acheter des produits frais pour cuisiner chez eux.

    Combien d'argent Barcelone investit-elle pour rénover le marché ?

    La ville a annoncé une enveloppe supérieure à 12 millions d'euros pour moderniser les infrastructures, l'éclairage, les accès et rééquilibrer l'offre commerciale du marché.

    Quel rôle jouent les commerçants du marché selon le cuisinier ?

    Au-delà de vendre, les vendeurs conseillent sur la cuisson, signalent les produits de saison et peuvent proposer des solutions pour éviter le gaspillage, créant ainsi un lien que les grandes surfaces ne reproduisent pas.

    Quels sont les quatre détails importants pour fidéliser les clients selon Rafael Antonín ?

    Servir un café de qualité, choisir une bonne huile d'olive, ne jamais négliger la qualité du pain et maintenir des sanitaires irréprochables.

    Combien de visiteurs fréquentaient le marché en 2025 et 2026 ?

    Le marché a accueilli 22,7 millions de personnes en 2025 et environ 11 millions de visiteurs durant les six premiers mois de 2026, avec une baisse due aux travaux sur la Rambla.
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