EUROTEL

Une usine française aux États-Unis décroche la note maximale du gendarme du nucléaire : 20 ans sans le moindre défaut relevé

Vue intérieure d'une installation nucléaire industrielle avec équipements de fabrication de combustible, tablettes d'uranium et structures d'assemblage dans un environnement contrôlé aux normes de sûreté.

Une usine française installée dans l’État de Washington enchaîne, aux États-Unis, les audits du nucléaire sans la moindre remarque depuis deux décennies.

Une performance rarissime vient d’être confirmée outre-Atlantique : le site américain de Framatome à Richland, dans l’État de Washington, a obtenu pour la dixième fois d’affilée la meilleure évaluation possible de l’autorité de sûreté nucléaire américaine. Un parcours sans faute que détaille le média en ligne français Media24.fr, et qui illustre la place prise par l’expertise française dans le redéploiement du nucléaire civil aux États-Unis.

Vingt ans sans défaut : un record pour Framatome à Richland

Le 30 juin 2026, Framatome a annoncé que son usine de Richland venait de réussir, pour la dixième fois consécutive, l’examen de performance bisannuel mené par la Nuclear Regulatory Commission (NRC), le « gendarme du nucléaire » américain.

Depuis vingt ans, tous les deux ans, l’usine obtient la mention maximale de la NRC : « aucun domaine ne nécessite d’amélioration ».

Ces Licensee Performance Reviews (LPR) passent l’installation au crible selon quatre axes :

  • sûreté des opérations ;
  • contrôles radiologiques ;
  • support à l’installation (maintenance, organisation, logistique) ;
  • un volet plus large couvrant sécurité, formation, gestion documentaire et culture de sûreté.

À chaque cycle, les inspecteurs évaluent ces domaines et peuvent exiger des corrections, imposer des plans d’actions, voire renforcer la surveillance. À Richland, rien de tout cela depuis vingt ans : la NRC n’a jamais identifié le moindre domaine nécessitant une amélioration spécifique.

Tony Robinson, patron des activités américaines de Framatome, a salué cet historique dans un communiqué, tout en restant mesuré. Il rappelle que « la culture de la sûreté-sécurité et de la qualité est la priorité de Framatome et de tous [ses] sites de production industrielle » et souligne que cette revue confirme « l’engagement des équipes envers les normes les plus élevées de l’industrie ».

Obtenir une seule fois la meilleure mention de la NRC est déjà difficile. L’enchaîner dix fois d’affilée sur vingt ans, pour un site produisant du combustible nucléaire, relève clairement de l’exception industrielle.

Ce que fabrique l’usine : le combustible des réacteurs américains

Des pastilles d’uranium à l’assemblage combustible

Le site de Richland fabrique le combustible nucléaire utilisé dans les réacteurs de puissance, ceux qui produisent l’électricité aux États-Unis ou en France. Ce combustible commence sa vie sous forme de petites pastilles cylindriques d’oxyde d’uranium (UO2), enrichi entre 3 et 5 % en uranium 235.

Chaque pastille mesure environ un centimètre de haut pour un peu moins d’un centimètre de diamètre. Malgré ce format minuscule, une seule pastille concentre l’équivalent énergétique d’environ une tonne de charbon.

Le processus est extrêmement encadré :

  • fabrication de la poudre d’oxyde d’uranium à partir d’uranium enrichi ;
  • pressage de la poudre en pastilles ;
  • cuisson au four à haute température ;
  • rectification au micron près ;
  • empilage de 350 pastilles environ dans un tube en alliage de zirconium, formant un « crayon » ;
  • assemblage de 200 à 300 crayons dans une structure métallique, l’« assemblage combustible ».
  • Chaque assemblage, qui pèse près de 600 kg, est ensuite chargé dans le cœur du réacteur. Selon la taille de celui-ci, entre 150 et 250 assemblages sont nécessaires. Ils restent trois à quatre ans en cuve, avant d’être retirés pour stockage ou retraitement.

    La moindre erreur – pastille mal calibrée, soudure imparfaite, assemblage mal aligné – peut provoquer des défauts coûteux et impacter la sûreté de l’installation.

    C’est précisément cette sensibilité qui explique la rigueur extrême des inspections de la NRC, et le retentissement du « zéro défaut » sur une si longue période.

    Une usine intégrée unique aux États-Unis

    Située au 2101 Horn Rapids Road, dans la partie nord de Richland, l’usine s’étend sur plusieurs bâtiments et couvre l’ensemble de la chaîne :

    • conversion et préparation de la poudre d’oxyde d’uranium ;
    • mise en forme des pastilles ;
    • fabrication des crayons ;
    • assemblage final des structures combustibles.

    Media24.fr rappelle que Richland est la seule installation aux États-Unis qui regroupe sur un même site conversion d’uranium et fabrication complète d’assemblages. Cet atout industriel lui permet de fournir environ 5 % du combustible nucléaire américain, tout en alimentant, par certains composants, près de 30 % de la flotte de réacteurs du pays.

    Caractéristique Valeur
    Localisation Richland, État de Washington (région des Tri-Cities)
    Ouverture du site Fin des années 1960 (55 ans d’activité en 2026)
    Effectifs Environ 600 professionnels
    Part de la production américaine Environ 5 % du combustible nucléaire des États-Unis
    Réacteurs desservis Environ 30 % de la flotte américaine
    Performance NRC 10 examens bisannuels consécutifs avec la mention maximale
    Licence NRC 40 ans Accordée en 2009, valable jusqu’en 2049
    Types de réacteurs servis Réacteurs à eau pressurisée (PWR) et à eau bouillante (BWR)
    Nouvelles capacités (2026) Combustible LEU+ (5–10 % U-235) et haut taux de combustion

    LEU+ et haut taux de combustion : les paris techniques de Richland

    Le combustible LEU+ pour sécuriser l’approvisionnement occidental

    Richland ne se contente pas de produire du combustible classique. En mai 2026, le site a obtenu de la NRC l’autorisation de fabriquer des combustibles avec un enrichissement en uranium 235 supérieur à 5 % et jusqu’à 10 %. Ce segment, appelé LEU+ (pour Low-Enriched Uranium Plus), devient central pour les nouveaux designs de combustible à haut rendement.

    Ces combustibles LEU+ permettent :

    • des cycles de rechargement plus longs ;
    • une meilleure utilisation de l’uranium ;
    • un gain économique pour les exploitants (moins d’arrêts, plus d’énergie produite).

    Jusqu’à récemment, l’industrie russe, à travers Rosatom, dominait ce créneau. L’interdiction décidée par les États-Unis en mai 2024 sur les importations d’uranium enrichi russe a créé une tension mondiale. Framatome à Richland se place ainsi comme une brique essentielle de la nouvelle chaîne d’approvisionnement occidentale, en s’appuyant notamment sur Centrus Energy, société américaine d’enrichissement.

    La première production de combustible LEU+ est visée en 2027, après une revue d’aptitude opérationnelle programmée début 2027 par la NRC.

    Le haut taux de combustion pour allonger les cycles des réacteurs

    La NRC a également validé des designs permettant un « higher burnup », c’est-à-dire un taux de combustion plus élevé du combustible. Dans la pratique, l’objectif est de passer, pour un réacteur à eau pressurisée typique, de cycles de 18 mois à des cycles de 24 mois entre deux arrêts de rechargement.

    Allonger les cycles, c’est moins d’arrêts programmés, plus de production sur la durée de vie du réacteur et moins de déchets par kilowattheure produit.

    Ces évolutions concernent notamment les gammes de combustibles GAIA (conçus pour mieux résister à certains types d’accidents) et HTP (haute performance thermique) de Framatome. Les bénéfices attendus sont multiples : réduction du nombre de manœuvres sensibles autour du cœur, optimisation de l’exploitation des réacteurs existants, baisse du volume de combustibles usés à gérer.

    Une présence française au cœur du redémarrage nucléaire américain

    Un marché très disputé derrière Westinghouse et Global Nuclear Fuel

    Aux États-Unis, le marché du combustible se partage principalement entre trois acteurs :

    • Westinghouse, leader historique, qui fournit environ la moitié du combustible du pays à partir de son usine de Columbia (Caroline du Sud) ;
    • Global Nuclear Fuel (coentreprise entre General Electric et Hitachi), qui couvre environ 30 % du marché, surtout sur les réacteurs à eau bouillante ;
    • Framatome, avec une part plus modeste en volume mais en progression régulière grâce à Richland.

    Dans ce contexte concurrentiel, les vingt ans de mention parfaite de la NRC deviennent un argument commercial central. Les grands électriciens américains – comme Duke Energy, Constellation, Southern Company ou Vistra – cherchent désormais à diversifier leurs fournisseurs, à réduire leurs dépendances géopolitiques et à renforcer la traçabilité de leur combustible.

    Framatome apparaît comme un partenaire attractif : entreprise européenne, filiale majoritaire d’EDF, avec une présence industrielle locale aux États-Unis et un historique de sûreté irréprochable sur deux décennies.

    Contrats emblématiques et pression sur les capacités

    Cette crédibilité se traduit dans les carnets de commandes. Media24.fr rappelle que Framatome a annoncé plusieurs accords majeurs :

    • un contrat avec la société américaine NuScale Power pour fabriquer à Richland les assemblages combustibles destinés à ses réacteurs modulaires (SMR), avec une première livraison prévue autour de 2030 pour un client américain ;
    • la fourniture du combustible pour le redémarrage de la centrale de Palisades, dans le Michigan, première installation nucléaire américaine à revenir en exploitation après un arrêt définitif ;
    • des livraisons d’assemblages pour la centrale de Barakah aux Émirats arabes unis, premier programme nucléaire civil du monde arabe ;
    • des projets internationaux liés notamment aux futurs petits réacteurs modulaires de Holtec au Royaume-Uni, via des partenariats avec EDF.

    Avec environ 600 salariés déjà au maximum de leurs capacités, l’usine de Richland devra encore monter en puissance pour produire le combustible LEU+ tout en honorant ses contrats actuels.

    Quel équivalent en France pour le contrôle du combustible nucléaire ?

    En France, l’équivalent de la NRC américaine pour la sûreté des installations nucléaires civiles est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet organisme indépendant délivre les autorisations, encadre les prescriptions techniques et mène des inspections régulières dans les centrales d’EDF comme dans les usines du cycle du combustible.

    Les activités de fabrication de combustible en France sont concentrées autour de sites comme Romans-sur-Isère (Drôme), exploité par Framatome. Comme à Richland, on y produit des pastilles d’oxyde d’uranium, des crayons et des assemblages destinés aux réacteurs français et à l’export. Les contrôles portent sur la sûreté, la radioprotection, la qualité des fabrications et le respect des normes internationales.

    Les inspections de l’ASN peuvent déboucher sur des demandes de mise en conformité, voire sur des prescriptions renforcées. Les résultats sont publiés, ce qui permet un suivi par le public et les collectivités. Un site présentant un historique aussi parfait que Richland serait donc, en France également, mis en avant comme une vitrine de la filière.

    Ce que signifie concrètement une telle performance industrielle

    Pour un lecteur français, cette série de dix évaluations parfaites illustre plusieurs réalités :

    • la capacité d’un industriel français à opérer aux standards américains dans un domaine très réglementé ;
    • l’importance stratégique du combustible dans la souveraineté électrique d’un pays ;
    • la compétition mondiale sur les nouvelles générations de combustibles, plus performants et plus économes en matière.

    Elle montre aussi que la sûreté nucléaire repose sur une accumulation de gestes techniques maîtrisés : calibrer des pastilles au micron, contrôler des soudures, gérer des flux de matières radioactives, tracer chaque lot de production. Un défaut peut se traduire par un arrêt de réacteur coûteux, voire, dans le pire des cas, par un incident de sûreté.

    Pour les acteurs français du secteur, cette réussite américaine de Framatome renforce enfin un argument souvent mis en avant : la combinaison d’une culture de sûreté très exigeante, d’un tissu industriel capable d’innover (comme sur le LEU+ ou les combustibles à haut taux de combustion) et d’une présence internationale de long terme, ici ancrée dans le paysage nucléaire américain depuis les années 1990.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que l'usine Framatome de Richland fabrique exactement ?

    L'usine produit le combustible nucléaire utilisé dans les réacteurs de puissance. Elle couvre l'ensemble de la chaîne : conversion de l'uranium enrichi en poudre, pressage en pastilles, cuisson, empilage dans des tubes (crayons) et assemblage final des structures combustibles.

    Pourquoi vingt ans sans défaut est-il un exploit pour une usine nucléaire ?

    Obtenir une seule fois la meilleure mention de la NRC est déjà difficile. L'enchaîner dix fois d'affilée sur vingt ans pour un site produisant du combustible nucléaire, où la moindre erreur peut coûter cher et impacter la sûreté, relève clairement de l'exception industrielle.

    Qu'est-ce que le combustible LEU+ et pourquoi est-ce important ?

    Le LEU+ (Low-Enriched Uranium Plus) est un combustible enrichi à 5-10 % en uranium 235, autorisé en mai 2026. Il permet des cycles de rechargement plus longs, une meilleure utilisation de l'uranium et un gain économique pour les exploitants, tout en renforçant l'indépendance occidentale face à l'embargo sur l'uranium russe.

    Quel est le poids économique de l'usine Framatome à Richland ?

    L'usine produit environ 5 % du combustible nucléaire américain, mais approvisionne environ 30 % de la flotte de réacteurs du pays, ce qui en fait un fournisseur stratégique majeur de l'industrie nucléaire américaine.

    Pourquoi l'usine de Richland est-elle unique aux États-Unis ?

    C'est la seule installation aux États-Unis qui regroupe sur un même site la conversion d'uranium et la fabrication complète d'assemblages combustibles, intégrant l'ensemble de la chaîne de production.
    Défiler vers le haut