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30 à 35 prix différents en moyenne pour les sièges d’un même vol : le régulateur néerlandais démonte le mythe du billet plus cher selon votre appareil

30 à 35 prix différents en moyenne pour les sièges d'un même vol : le régulateur néerlandais démonte le mythe du billet plus cher selon votre appareil

Aux Pays-Bas, le régulateur de la concurrence s’attaque à la jungle des tarifs aériens et aux soupçons de billets « gonflés » selon l’appareil.

Alors que les voyageurs néerlandais ont le sentiment de se faire parfois « piéger » par les algorithmes des compagnies aériennes, l’Autorité néerlandaise des consommateurs et des marchés (ACM), équivalent de l’Autorité de la concurrence en France, vient de publier une étude pointant des écarts de prix massifs pour un même vol, rapporte le site spécialisé Luchtvaartnieuws. Les soupçons les plus répandus, comme un billet plus cher sur iPhone que sur un ordinateur bon marché, y sont clairement examinés.

Un soupçon tenace : les billets plus chers sur iPhone

Selon l’ACM, de nombreux consommateurs et professionnels néerlandais se méfient des algorithmes qui fixent les prix des billets d’avion. Les compagnies modifient en permanence leurs tarifs selon plusieurs paramètres : remplissage de l’avion, calendrier, vacances scolaires, événements, prix des concurrents. Une pratique connue sous le nom de tarification dynamique.

Une porte-parole de KLM, citée par Luchtvaartnieuws, rappelle ce principe : la tarification dynamique est un « élément habituel » des marchés de consommation concurrentiels. Elle explique qu’elle sert à « faire coïncider l’offre et la demande » et permet aux voyageurs de choisir entre plusieurs niveaux de prix selon la date et les conditions de voyage. Les tarifs peuvent ainsi « augmenter, mais aussi baisser ».

Les participants à l’étude, eux, vont plus loin. Près de la moitié des personnes interrogées pensent que les compagnies pratiquent ce que l’on appelle la personnalisation des prix : un même billet serait plus ou moins cher selon le profil du client. Plusieurs croient, par exemple, que le tarif peut varier en fonction :

  • des recherches effectuées auparavant pour la même destination,
  • de l’historique global de navigation,
  • du type d’appareil utilisé, comme un iPhone jugé « haut de gamme » ou un ordinateur portable d’entrée de gamme.

L’ACM s’est penchée sur ce point très précis. D’après le régulateur néerlandais, ces soupçons sont infondés : l’étude ne confirme pas que les compagnies aériennes ajustent leurs prix selon l’appareil utilisé ou les recherches individuelles de chaque client.

Les autorités néerlandaises jugent infondé le mythe du billet d’avion plus cher sur un smartphone haut de gamme, tout en constatant une extrême complexité des tarifs.

30 à 35 prix différents pour un même siège

Là où l’ACM tire une sonnette d’alarme, c’est sur le nombre de tarifs réellement appliqués pour un même vol. Pour une place donnée dans l’avion, le régulateur a recensé en moyenne entre 30 et 35 prix différents. Tous ces montants correspondent à des combinaisons de conditions, de classes tarifaires, de restrictions d’échange ou de remboursement, ou tout simplement à des ajustements continus au fil des jours.

Cette pratique n’est pas illégale aux Pays-Bas. Les compagnies peuvent proposer autant de grilles tarifaires qu’elles le souhaitent, à condition de respecter le droit de la consommation et de ne pas tromper les clients. Mais l’ACM estime que cette profusion de prix « accroît l’incertitude et renforce la défiance des consommateurs » à l’égard des compagnies aériennes.

KLM, principale compagnie néerlandaise, défend au contraire ce système. Elle y voit « une caractéristique importante d’un marché concurrentiel ». Elle assure toutefois vouloir clarifier les choses pour ses clients : la compagnie affirme accorder de l’attention à la compréhension du prix payé, aux conditions applicables et aux moyens de comparer les différentes offres.

Pour un même vol, les autorités néerlandaises recensent en moyenne entre trente et trente-cinq tarifs différents appliqués au même type de siège.

Les agences de voyages néerlandaises perdues dans la « jungle » des tarifs

Cette complexité ne touche pas seulement les particuliers. Les agences de voyages néerlandaises, pourtant habituées à manipuler des systèmes de réservation, se disent elles aussi dépassées par la « jungle » tarifaire. C’est ce que constate une enquête du site Luchtvaartnieuws et de la plateforme Reisbizz auprès de professionnels.

Certains agents reconnaissent que la vente de billets d’avion secs, sans hôtel ni autre prestation, devient de moins en moins attractive. Pour ces acteurs, l’effort nécessaire pour suivre les variations de prix, répondre aux questions des clients et gérer les déceptions est trop lourd. Quelques agences préfèrent tout simplement ne plus proposer cette prestation.

Des professionnels qui doivent se couvrir face aux variations

Denise Smoor, de l’agence Personal Touch Travel, continue à réserver des billets pour ses clients, mais elle le fait en général directement sur le site des compagnies aériennes. Elle prévient ses clients très clairement de la volatilité des prix : dans ses propositions, elle précise qu’un tarif donné n’est valable qu’à un instant T et qu’il peut « être cent euros plus cher dès le lendemain ».

Certains clients acceptent de réserver immédiatement pour verrouiller le tarif. « Mais neuf sur dix veulent d’abord en discuter avec leur groupe de voyage avant de prendre une décision », explique-t-elle. Entre-temps, le prix peut augmenter, ce qu’elle décrit comme « le risque du métier ».

Koen Evers, de l’agence The Travel Club, va parfois jusqu’à absorber lui-même une partie de la hausse entre la proposition et la réservation effective. Sa logique : ne pas brusquer des clients qui réservent un voyage coûteux. S’ils revenaient quelques jours plus tard et découvraient un billet très nettement plus cher, l’expérience serait désastreuse. Il lui arrive donc « d’ajouter de l’argent de sa poche » pour que le client ne voie pas cette augmentation. Il accepte une marge plus faible sur la vente, mais assure que, selon lui, une hausse de tarif ne l’a encore jamais conduit à perdre une réservation.

Le régulateur néerlandais réclame plus de transparence

Dans son étude, l’ACM adresse un message direct aux compagnies : elles doivent, selon elle, devenir plus transparentes sur la manière dont les prix sont fixés via les algorithmes. L’objectif n’est pas de figer les tarifs, mais d’éclairer les règles du jeu : à quel moment un prix peut changer, quels critères sont déterminants, quelles sont les grandes catégories tarifaires proposées.

KLM répond en rappelant que le transport aérien est un marché international. La compagnie estime que d’éventuelles nouvelles règles ne prendraient tout leur sens que si elles s’appliquent de manière uniforme à toutes les compagnies opérant sur les mêmes liaisons. Elle juge les mesures les plus efficaces lorsqu’elles « contribuent à la transparence pour les consommateurs » tout en imposant les « mêmes conditions » à tous les transporteurs.

Tarification dynamique, personnalisation : deux logiques à distinguer

L’étude néerlandaise met en lumière une nuance importante pour les voyageurs comme pour les régulateurs. La tarification dynamique consiste à ajuster le prix pour tout le monde en fonction de la demande globale et du remplissage du vol. La personnalisation des prix, elle, viserait à proposer des tarifs différents à chaque individu selon son profil, sa capacité supposée à payer, son historique ou son équipement.

Dans le cas étudié par l’ACM, la première pratique est omniprésente, la seconde n’est pas démontrée. Pour un lecteur français, cette distinction aide à mieux comprendre pourquoi le même billet peut grimper en quelques heures, sans pour autant qu’il soit prouvé qu’un acheteur sur smartphone haut de gamme paie systématiquement plus cher.

Ce que cela signifie pour les voyageurs français

En France, les grandes compagnies comme Air France ou les low cost utilisent elles aussi des systèmes de tarification dynamique proches de ceux observés aux Pays-Bas. L’équivalent de l’ACM est l’Autorité de la concurrence, qui veille également à ce que les entreprises ne trompent pas les consommateurs ou ne s’entendent pas sur les prix. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) contrôle, elle, le respect des règles d’information tarifaire.

Les plateformes de réservation en ligne et les sites des compagnies sont tenus de présenter des prix toutes taxes comprises, avec des frais obligatoires clairement indiqués. Les autorités françaises peuvent sanctionner une pratique jugée trompeuse, comme l’affichage d’un prix qui n’est pas réellement accessible dans les conditions annoncées.

Pour un voyageur français, l’expérience reste donc très proche de ce que décrivent les clients néerlandais : des prix qui varient rapidement, une multiplication de grilles tarifaires, des options payantes qui s’ajoutent parfois au dernier moment. Les mêmes réflexes s’imposent : comparer, vérifier les conditions d’échange et de remboursement, et garder à l’esprit qu’un tarif vu un jour ne sera pas forcément identique le lendemain.

Comment réagir face à 30 tarifs pour le même vol ?

Face à cette complexité croissante, quelques stratégies permettent de reprendre un peu de contrôle, sans garantir pour autant le « meilleur prix » absolu. Les professionnels néerlandais interrogés par Luchtvaartnieuws mettent en avant des réflexes de base :

  • définir à l’avance un budget maximum par billet et s’y tenir,
  • surveiller les prix sur quelques jours, sans multiplier à l’infini les comparaisons,
  • accepter qu’un prix attractif peut disparaître rapidement et décider vite en cas d’accord,
  • utiliser une agence de voyages lorsque le voyage est complexe ou coûteux, pour déléguer la surveillance des tarifs.

La notion même de « bon prix » devient relative lorsque 30 à 35 montants coexistent pour un même siège. L’objectif pour les voyageurs est surtout d’obtenir un tarif cohérent avec leurs besoins : flexibilité, bagages inclus, horaires pratiques. Un billet légèrement plus cher mais modifiable peut, par exemple, éviter des frais importants en cas d’imprévu.

Pour les autorités de contrôle, l’enjeu dépasse le simple montant du billet. Il s’agit de vérifier que les algorithmes respectent les règles de la concurrence et n’instaurent pas, à bas bruit, des discriminations tarifaires illégitimes. Les Pays-Bas, à travers l’ACM, montrent que ce sujet devient un champ d’attention à part entière, au croisement de l’aérien, du numérique et de la protection des consommateurs.

Questions fréquentes

Est-ce vrai que les billets d'avion coûtent plus cher sur un iPhone que sur un ordinateur bon marché ?

Non, selon l'étude du régulateur néerlandais. L'ACM a examiné précisément ce soupçon et conclu qu'il est infondé : les compagnies aériennes n'ajustent pas leurs prix en fonction du type d'appareil utilisé par le client.

Pourquoi y a-t-il autant de prix différents pour le même vol ?

Les 30 à 35 tarifs différents pour un même siège correspondent à des combinaisons de conditions tarifaires, de classes de service, de restrictions d'échange et de remboursement, ainsi qu'à des ajustements continus effectués par les compagnies au fil des jours.

Les compagnies aériennes pratiquent-elles la personnalisation des prix selon mon profil ?

Selon l'ACM, ces soupçons sont infondés. L'étude ne confirme pas que les compagnies ajustent les prix en fonction de vos recherches antérieures ou de votre historique de navigation.

Comment les agences de voyages gèrent-elles cette complexité tarifaire ?

Certaines agences ont cessé de vendre des billets aériens seuls face à cette complexité. D'autres avertissent clairement leurs clients de la volatilité des prix ou absorbent partiellement les hausses tarifaires entre la proposition et la réservation effective.

Que demande le régulateur néerlandais pour améliorer la situation ?

L'ACM réclame plus de transparence des compagnies sur la manière dont les prix sont fixés via les algorithmes : à quel moment un prix peut changer, quels critères sont déterminants et quelles sont les grandes catégories tarifaires proposées.
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