Au Royaume-Uni, des milliers de véhicules circulent chaque jour avec des plaques d’immatriculation « fantômes », quasi invisibles pour les radars de police.
Au Royaume-Uni, des caméras de nouvelle génération commencent à mettre au jour l’ampleur d’un phénomène inquiétant : la prolifération de plaques d’immatriculation dites « fantômes », conçues pour échapper aux systèmes de lecture automatique. Selon le média automobile britannique Auto Express, ces dispositifs seraient désormais présents sur une part significative du parc roulant.
Des plaques « fantômes » conçues pour déjouer les caméras
Les faits se déroulent au Royaume-Uni, où les forces de l’ordre s’appuient massivement sur la reconnaissance automatique des plaques, l’équivalent des dispositifs LAPI déployés en France. Les plaques « fantômes » restent lisibles à l’œil nu, mais apparaissent floues, déformées ou illisibles pour la majorité des caméras automatiques.
Selon Auto Express, ces plaques spéciales sont utilisées pour contourner :
les radars automatiques et contrôles de vitesse,
les systèmes de péage ou de tarification routière,
les caméras de zones à restriction de circulation,
et plus largement la surveillance des véhicules impliqués dans des activités criminelles.
Les plaques « fantômes » ne trahissent rien à l’œil nu, mais deviennent illisibles pour de nombreux systèmes de lecture automatique, permettant à certains conducteurs de passer sous les radars.
Auto Express rappelle que nombre de ces plaques illégales peuvent être achetées auprès de fournisseurs tout à fait classiques parmi les dizaines de milliers d’entreprises habilitées à fabriquer des plaques au Royaume-Uni. L’achat lui-même n’est pas prohibé, mais le montage de ces plaques sur un véhicule circulant sur route ouverte expose à une contravention pouvant atteindre 1 000 livres sterling et à une possible saisie du véhicule.
Une caméra près du Dartford Crossing repère plus de 1 000 plaques illégales en un jour
Pour contrer cette dérive, l’entreprise britannique MAV Systems, spécialisée dans la reconnaissance automatique des plaques, teste une nouvelle génération de caméras. Ces appareils combinent des prises de vue en infrarouge et en couleur, analysées par des algorithmes d’intelligence artificielle, afin d’identifier les plaques volontairement altérées.
Les premiers résultats sont frappants. Une seule caméra installée à proximité du Dartford Crossing, un axe très fréquenté à l’est de Londres, a détecté plus de 1 000 plaques suspectes en vingt-quatre heures. D’autres points de contrôle, notamment près de Folkestone et le long de l’autoroute M25, ont enregistré entre 400 et près de 2 000 plaques « fantômes » sur une même journée.
Sur certains sites testés, plusieurs centaines, voire près de 2 000 plaques « fantômes » ont été identifiées en seulement vingt-quatre heures, révélant un phénomène massif.
Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du problème sur les grands axes britanniques. Ils permettent aussi aux forces de l’ordre de mieux cibler les zones où les véhicules frauduleux circulent le plus, en appui des opérations de terrain.
Une voiture sur 15 serait équipée d’une plaque anti-radar au Royaume-Uni
L’ampleur estimée du phénomène avait déjà été pointée dans un rapport parlementaire. L’All-Party Parliamentary Group for Transport Safety (APPGTS), groupe de travail transpartisan dédié à la sécurité routière au Royaume-Uni, estime qu’une voiture sur 15 circulant sur les routes britanniques pourrait être équipée d’une plaque « fantôme » ou d’un dispositif similaire destiné à tromper les systèmes automatiques.
Si cette estimation se confirme, cela représenterait plusieurs millions de véhicules potentiellement invisibles pour une partie des dispositifs de contrôle. Une vulnérabilité qui inquiète les autorités chargées de la sécurité routière, mais aussi de la lutte contre la fraude et le crime organisé.
Le problème touche aussi la chaîne d’approvisionnement. Une demande d’accès à l’information adressée à l’administration, citée par Auto Express, révèle que seulement deux fournisseurs de plaques ont été radiés du registre de l’agence d’immatriculation (DVLA) depuis 2020. Et le suivi des plus de 34 000 fournisseurs disposerait de seulement six agents au niveau national.
Avec plus de 34 000 fournisseurs de plaques et seulement une poignée d’agents pour les contrôler, le système britannique d’agrément est fortement sous tension.
Le gouvernement britannique durcit enfin le ton
Face à cette montée en puissance des plaques illégales, le gouvernement britannique a annoncé, en septembre 2026, une série de mesures supplémentaires. Un nouveau centre national de coordination de la police routière doit centraliser le renseignement et mieux coordonner les opérations entre forces régionales.
Les autorités testent par ailleurs des lunettes de détection de plaques « fantômes » destinées aux patrouilles. Ces équipements doivent aider les agents sur le terrain à repérer plus facilement les plaques modifiées ou non conformes, là où l’œil nu peut se laisser tromper par un marquage apparemment classique.
Ces annonces s’inscrivent dans la nouvelle stratégie de sécurité routière du Royaume-Uni, présentée plus tôt dans l’année, qui promet un renforcement des sanctions pour les conducteurs affichant des plaques illégales.
Le ministre des Routes, Justin Madders, cité par Auto Express, a présenté ces mesures comme « un signal à toute personne utilisant des plaques illégales que son temps est compté ». Le député travailliste d’Ellesmere Port et Bromborough ajoute : « Nous serrons la vis contre les plaques illégales avec de nouveaux moyens pour la police et des technologies innovantes. Les plaques illégales servent à des infractions allant de l’évitement des frais de stationnement au trafic de drogue et nous intervenons pour protéger les conducteurs. »
Pourquoi ces plaques illégales intéressent autant les criminels
Les plaques « fantômes » offrent un avantage direct à ceux qui cherchent à échapper à toute forme de traçage automatique. Elles peuvent servir :
à circuler sans payer certains péages automatisés ou taxes urbaines,
à éviter la verbalisation pour excès de vitesse ou non-respect du code de la route,
à rendre plus difficile l’identification de véhicules impliqués dans des trafics ou des cambriolages,
à compliquer les enquêtes en cas de délit de fuite.
Pour les forces de l’ordre, ces plaques créent des zones d’ombre dans des systèmes largement automatisés. Les nouveaux dispositifs de détection basés sur l’intelligence artificielle cherchent précisément à refermer ces brèches.
Que se passerait-il avec de telles plaques en France ?
En France, la réglementation sur les plaques d’immatriculation est stricte et codifiée, avec un format, une police de caractères et des matériaux normalisés. Toute modification visant à rendre une plaque moins lisible pour les radars ou les caméras de la police est interdite.
La lecture automatique des plaques, via les systèmes LAPI (lecture automatique de plaques d’immatriculation), est utilisée par :
la gendarmerie et la police nationales pour repérer les véhicules recherchés,
certains radars automatiques,
des dispositifs urbains de contrôle de stationnement ou de circulation.
Les plaques volontairement masquées, modifiées ou illisibles exposent le conducteur à une sanction. Sans entrer dans le détail chiffré des amendes, la législation française prévoit des infractions spécifiques en cas de plaque non conforme, altérée ou dissimulée, avec des conséquences pouvant aller jusqu’à l’immobilisation du véhicule.
En France comme au Royaume-Uni, une plaque modifiée pour tromper les radars reste une infraction. Les forces de l’ordre disposent de bases légales pour verbaliser et, le cas échéant, immobiliser le véhicule.
La généralisation croissante des systèmes automatiques en France pourrait aussi susciter des tentatives de contournement comparables à celles observées au Royaume-Uni : films réfléchissants, supports inclinés, caractères altérés. Les autorités françaises surveillent déjà ces pratiques, souvent repérées lors de contrôles routiers classiques.
Les technologies de détection, un enjeu partagé
Les techniques expérimentées au Royaume-Uni illustrent un mouvement plus large en Europe : croiser plusieurs types d’images (infrarouge, couleur) et utiliser l’intelligence artificielle pour détecter des anomalies. En France, sans reprendre exactement les mêmes équipements, la logique reste similaire : améliorer la fiabilité de la lecture automatique, même lorsque les plaques sont sales ou légèrement altérées, et signaler les cas manifestement frauduleux à un opérateur humain.
Pour un automobiliste, la leçon est claire : toute solution « miracle » censée rendre une plaque invisible aux radars ou aux caméras finit tôt ou tard par être ciblée par les autorités. Les sanctions, qu’elles soient britanniques ou françaises, restent bien réelles.
Comprendre le principe d’une plaque « fantôme »
Une plaque « fantôme » ne repose pas nécessairement sur un gadget sophistiqué. Plusieurs techniques peuvent être combinées :
usage de matériaux réfléchissants perturbant la lecture en infrarouge,
variation de la couleur ou de l’épaisseur des caractères, à peine perceptible pour l’œil humain,
déformation de certains chiffres ou lettres pour tromper les algorithmes,
superposition de films ou revêtements qui font apparaître des reflets sur les images des caméras.
Les nouvelles caméras comme celles testées par MAV Systems tentent de repérer ces anomalies en comparant plusieurs vues de la même plaque, sous différents éclairages. L’intelligence artificielle sert à apprendre les motifs typiques des plaques conformes, puis à signaler celles qui s’en éloignent.
Ces dispositifs montrent que la lutte entre fraudeurs et autorités se joue désormais aussi sur le terrain technologique. Pour les conducteurs respectant la loi, l’enjeu reste la fiabilité des contrôles et la garantie que ceux qui utilisent des plaques « fantômes » ne bénéficient pas d’un avantage injuste sur la route.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.